‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 71 sur 489 · ROUTE 1J NANCY. — ÉDIFICES CIVILS · texte numérisé non relu

ROUTE 1J NANCY. — ÉDIFICES CIVILS

cœur de la fille de Stanislas, Marie Lecksinska, reine de France.

Les Polonais qui traversèrent Nancy, en 1814, pour retourner dans leur patrie, à la chute de l'Empire, et à la fin de 1832, pour venir chercher un asile eu France, se rendirent à Bon-Secours afin d'offrir leur hommage à la mémoire du roi de Pologne. Ils y ont, chaque fois, attesté, par une inscription , le souvenir qu'ils conservaient et de la patrie et de Stanislas. L'inscription placée en 1833, au nom des réfugiés polonais, se termine pur ces mots touchants : « Die, Rex Stanislas, nos te hic vidisse errantes, pauperes, inermes, proscriptos, fortes. »

Le maltre-autel de l'église de Bon- Secours est remarquable par une grande richesse d'ornementation. — Au fond du sanctuaire, s'élève une charmante statue de la Vierge, due au sculpteur Mansny-Gauvain (commencement du xvi- s.) , à qui elle fut commandée par René II. Cette statue, placée originairement dans l'ancienne chapelle, et à laquelle les fidèles attribuaient une vertu miraculeuse, est ornée d'une couronne donnée par le pape Pie IX, et dont la remise a eu lieu le 3 septembre 1865, avec une grande solennité. — Nous signalerons encore, comme dignes d'attention : le tombeau du duc Tennezin-Ossolinski , grand-maltre de la maison du roi de Pologne ; — la balustrade séparant le sanctuaire de la nef; — enfin, à dr., dans la nef, le Vœu de la ville de Nancy, reconstruit en 1742.

L'ancien palais ducal (ville vieille, Grande-Rue) fut commencé au xv* s., par le duc Raoul et achevé par René II. Ce prince y fit son entrée le soir de la bataille de Nancy, à la lueur des flambeaux, et sous un arc de triomphe élevé avec des ossements «les animaux de toute espèce, môme les plus répugnants, dont les habitants de la ville, pressés par la faim , avaient consenti à se nourrir plutôt que d'ouvrir leurs portes au duc de

Bourgogne. Le palais des ducs de Lorraine, encore accru et embelli par les ducs Antoine et Charles III, se composait d'une suite de bâtiments, de galeries élégantes et de jardins, s'étendant depuis la Grande-Rue jusqu'à l'emplacemf nt de la promenade de la Pépinière. Le duc Léopold avait commencé, en 1717, à faire démolir la partie S. du palais faisant façade sur l'emplacement actuel île la place. Carrière, ainsi que L'église collégiale Saint-Georges, pour substituer à ces constructions un édifice dans le goût moderne et d'une riche décoration.

Stanislas, à son tour, remplaça le palais neuf de Léopold par l'édifice qui sert aujourd'hui de résidence au maréchal commandant le 3* corps d'armée. 11 aliéna, en outre, au profit de la ville de Nancy, la plupart des autres dépendances qui furent détruites ou complètement transformées.

Actuellement il ne reste plus du palais des ducs de Lorraine qu'une galerie, dont l'heureuse disposition et la riche ornementation donnent une haute idée de ce que devait être autrefois l'ensemble. Ce corps de bâtiment comprend : 1* la façade extérieure sur la Grande-Rue, avec sa grande et sa petite porterie et les balcons ; 2° la galerie des Cerfs, au premier étage; 3° le grand escalier qui y conduit ; 4° la galerie inférieure, ou portique de la cour d'entrée, au rez-de-chaussée, avec arcades dont les colonnes élégantes sont ornées de beaux chapiteaux ; 5° enfin, le vestibule, qui présente une voûte en briques décorée de clefs historiées, de portraits et de devises.

La Galerie des Cerfs, qui doit son nom aux bois de cei fs dont elle était primitivement ornée, servit lougtemps de salle de réunion aux Étits. Lorsque les autres parties du palais disparurent, cette galerie fut réservée par Stanislas au service d'une bibliothèque publique, qui ne tarda pas à être transférée d'abord a l'hôtel de ville, puis dans les salles de l'Université, afin de laisser corn-

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STRASBOURG. [ROUTE lj

plétement à la disposition de l'intendantde la province de Lorraine l'aile du palais ducal encore subsistante.

Après la Révolution, pendant laquelle elle subit de nouvelles atteintes, la galerie des Cerfs fut affectée, durant plusieurs années , au logement de la gendarmerie ; puis cette belle construction, dont les sculptures extérieures avaient été gravement endommagées, demeura abandonnée, se dégradant ebaque jour davantage.

Enfin, vers 1850, on s'occupa sérieusement du projet de transformer la galerie des Cerfs en un musée archéologique lorrain. A l'aide de souscriptions individuelles, parmi lesquelles on compte celles de plusieurs villes, non-seulement de la Meurthe, mais des départements voisins, et avec le concours de l'État et de la ville de Nancy, ce qui restait encore de l'ancienne demeure des ducs de Lorraine fut restauré, et, le 20 mai 1862, le musée historique lorrain y était inauguré.

La galerie des Cerfs, dont la façade .s'étend sur une partie de la Grande- Rue, est, malgré les mutilations encore visibles qu'elle a subies, un des monuments les plus intéressants de Nancy. A l'extérieur, elle conserve, — outre son portail, à double entrée, habituellement désigné sous le nom de grande et petite porterie, spécimen charmant d'architecture décorative, dans le style ogival tertiaire du commencement du xvi* s., — ses riches balcons, à dr. et à g. du portail, une partie de ses fenêtres du xV s., et le cordon élégant qui dessine la corniche. A l'intérieur, on remarquera, comme nous l'avons dit, la galerie du re s- de-chaussée , le vestibule, le bel escalier qui, à l'angle de la cour, conduit à la galerie des Cerfs, et enfin cette galerie elle môme, dont on peut apprécier les heureuses proportions, maintenant qu'elle a été débarrassée des constructions parasites qui l'encombraient.

La porte principale , ou grande porterie, très-richement ornée, a pour

motif principal les armes de Lorraine surmontant une statue équestre du duc Antoine, sculptée en 1851, par M. Viard, pour remplacer une statue du même duc, détruite en 1792.

La petite porterie, moins ancienne que l'autre, est aussi nommée porte Masco, du nom d'un ours qui, sous le duc t.éopold, y avait sa niche.

L'hôtel de ville (ville neuve, place Stanislas) est un bel édifice dans le style des hôtels du xviii' s.

On y entre par un vestibule que soutiennent deux rangs de colonnes et qu'entourent des pilastres cannelés d'ordre ionique. Les bureaux et la nouvelle salle de réunion du conseil municipal occupent le rez-de-chaussée. Le double escalier qui conduit au premier étage, construit par Joly, de Saint-Nicolas, est garni d'une belle grille en fer; Giràrdet en a peint la cage et le plafond. Le salon du premier étage renferme deux belles cheminées en marbre et de grandes fresques de Giràrdet, qui représentent Jupiter foudroyant les Titans, Apollon couronnant un jeune homme, une invocation au dieu de la médecine^ et Mercure entouré des attributs du commerce; au centre du plafond est peinte V Apothéose de Stanislas, auquel concourent la Victoire, les Muses et l'Abondance. Une salle de bals et de concerts, inaugurée en 1866, occupe, à dr. du salon, l'ancien emplacement du musée; à g. sont de vastes et beaux appartements. Depuis 1863, le musée [V. ci-dessous, p. 58) est installé dans un nouveau bâtiment auquel on parvient par l'escalier principal de l'hôtel de ville.

L'hôtel du maréchal commandant le 3e corps d'armée (ville neuve) occupe le côté N. de la place Carrière. Élevé par le roi Stanislas, avec une richesse de décoration qui n'est peut-être- pas d'un goût bien pur, il présente une façade à deux étages, flanqué d'avant-corps aux deux extrémités. Ces deux étages, séparés par une corniche d'un style

[route 1] NAiscy. — édifices civils.

un peu lourd, sont ornés d'une double ordonnance de pilastres corinthiens. Au rez-de-chaussée se développe un péristyle formant vestibule et soutenant un beau balcon à lialustre en pierre, qui s'étend sur toute la façade. Une galerie demi- ■ circulaire, avec pilastres et colonnes, raccorde le palais aux autres hôtels qui entourent la place Carrière.

Le palais de la faculté (ville vieille) occupe le côté g. de la place de Grève. Il se compose d'un corps.de logis principal avec deux pavillons.

Le rez-de-chaussée, au milieu duquel s'ouvre la porte principale, présente une ordonnance de huit colonnes doriques. Chacun des pavillons porte extérieurement, au rez-de-chaussée, deux médaillons représentant en buste : à g., Henri Braconnot, chimiste, et Charles le Pois, médecin; à dr., François Guinet, jurisconsulte, et Nicolas Gilbert, poëte. Sous le vestibule, on remarque, entre autres, les médaillons de Dom Calmet et de Haldat du Lys. Enfin, les pilastres supportant la grille extérieure sont surmontés des bustes de Saint-Lambert et de Jean Léonard Bourcier, à dr.; de Joseph Bagard et de Sigismond Sonnini h g. D'élégantes sculptures encadrent, au-dessus du premier étage, le cadran de l'horloge, sous lequel les armes de la ville sont soutenues par deux génies. Plus bas, on remarque les slatues du duc Charles lll et de Napoléon lll.

Nous mentionnerons encore, parmi les principaux édifices publics de Nancy, et comme intéressants plutôt par leur destination que par leur caractère architectural : — le palais do justice (place Carrière) ; — le tribunal de commerce (môme place) ; — Vevêché (place Stanislas) ; — le théâtre (môme place); le lycée (place Dombasle); — le grand séminain (faubourg Saint-Pierre) ; — V hôpital Saint- Charles (rue Saint-Jean) ; les casernes du faubourg Sainte-Catherine ; — et, non loin de là, à l'extrémité de ce

faubourg, les vieux moulins , dont l'établissement remonte au xr* s.

La porte Notre-Dame, originairement de la Crafife, est un des plus anciens monuments de la ville vieille.

Les ducs faisaient autrefois leur entrée par cette porte, flanquée de deux tours rondes, que relie entre elles un corps de logis central servant de prison militaire. Au delà de la porte de laCrafîe se trouve la citadelle, destinte par Louis XIII à tenir la vdle en respect. De l'autre côté de la citadelle est une seconde porte appelée aussi Notre-Dame ; la face intérieure en est ornée de quatre bas-reliefs sculptés par Florent hrouin, et de deux trophées d'armes : les montants sont sculptés, et un personnage allégorique décore chacune des extrémités du chapiteau. On arrive par une longue voûte à l'ouverture, dont la façade, d'ordre dorique, offre quatre pilastres rustiques, des trophées, deux figures allégoriques, etc. Cette porte a été restaurée depuis quelques années.

Les autres portes qui méritent d'être visitées sont : — la porte Stanislas, d'ordre dorique, (1762), à l'entrée de la rue du môme nom, que l'on trouve à la sortie de la gare; — la porte Neuve, d'ordre ionique* à l'extrémité du cours Léopold (ville vieille); — la porte Saint-Georges , qui doit son nom à une statue de Florent Drouin, que le duc Charles lll y fit placer ; — la porte Sainte-Catherine, s'élevant à l'issue du faubourg Sainte-Catherine (ville neuve), dans l'axe et en vue de la porte Stanislas. — Nous citerons aussi la porfe Saint-Nicolas , entre la rue Saint-Dizier et le faubourg Saint-Pierre (ville neuve).

Cette porte, qui était autrefois ornée de sculptures dues au ciseau de Nicolas Drouin, avait perdu à peu près toutes ses parties décoratives ; mais, grâce aux réparations et aux embellissements dont elle vient d'être l'objet, elle a repris un certain caractère monumental. C'est par la porte Saint-Nicolas que se faisait au

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xvii* et au xviii* s., depuis la construction de la ville neuve, l'entrée solennelle des ducs de Lorraine. Avant de pénétrer dans leur capitale, ils y prêtaient serment de maintenir les Privilèges des trois ordres de l'État.

Hôtels et maisons particulières.

Nancy, outre un grand nombre de beaux hôtels datant de la fin du xvn* et du xvm- s., renferme plusieurs maisons intéressantes, soit par leur ancienneté, soit par les personnages plus ou moins célèbres qui les ont babitées. Nous indiquerons : — rue Callot (à g. en entrant dans la Grande-Rue), une maison à tourelle proéminente où, selon une tradition assez accréditée, mais cependant contestée aujourd'hui par un certain nombre de personnes, aurait vécu et serait mort le célèbre graveur et dessinateur, Jacques Callot ; — rue de la Monnaie, prolongement de la rue Callot aboutissant à la place de Grève, la maison où est né le spirituel dessinateur J. J. Grand ville ; — rue de la Source (elle communique avec la rue de la Monnaie), 1" deux maisons dont la construction irrégulière et bizarre est un des plus anciens souvenirs de la ville vieille ; 5° Yhôtel de Lillebonne, actuellement occupé par les sœurs de Saint-Vincent de Paul ; — Grande- Rue, n° 92, une maison dont la porte sculptée est d'un beau caractère; n" 1 19, une maison avec un escalier remarquable ; — rue Saint-Michel (entre la Grande-Hue et le cours Léopold), n° 5, dans la cour intérieure de Yhôtel Lilly y une galerie élégante formée de fleurs à jour séparées par des pilastres; — rue des Dominicains (à l'angle S.O.

de la place Stanislas), n° 57. une maison qui fut habitée par les frères Adam, sculpteurs, et qu'ils ont richement décorée. Cette maison, construite en 1718, est élevée de trois étages audessus du rez-de-chaussée ; celui-ci est surmonté, à l'entablement, d'un basrelief dont les motifs sont empruntés aux quatre parties du monde. A

chaque étage se trouve une grande figure sculptée, représentant : celle du l,r étage, une femme assise eutre deux génies; celle du 2* étage, le dieu Mars; celle du 3% Apollon.

Enfin les fenêtres portent, au-dessus de leur encadrement, des sculptures allégoriques relatives aux diverses branches des beaux-arts.

Nous signalerons encore : — le n° 15 de la place Carrière, où demeura Mme de Graffigny ; — le n° 27 de la même place , qui fut habité par le maréchal de Bassompierre ; — la maison du peintre Claude Charles, rue des Carmes, n° 30; — la maison, dite de la Vierge, rue Saint-Dizier, n° 54, où naquit le peintre Isabey ; — le n° 23 du cours Léopold, où demeura et mourut le dramaturge Guilbert de Pixérécourt; — le n° 62 de la rue Stanislas, où naquit l'agronome Mathieu de Dombasle ; — le n° 22 de la rue Saint-Thiébault, où naquit le général Drouot ; — le n° 4 de la rue de la Monnaie, où résida Bernadotte. — Les personnes qui désireraient de plus amples renseignements sur les maisons historiques de Nancy liront avec intérêt une brochure curieuse de M. Louis Lallement, avocat*.

Places. — Statues. — Promenades.

La place Stanislas, la plus remarquable de Nancy et Tune des plus belles que Ton puisse trouver en France , a remplacé une ancienne esplanade où figurait le pilori. Elle est située à peu près au centre de Nancy, entre la ville neuve et la ville vieille, à la limite S. de cette derrière, limite que marquait autrefois une porte fortifiée sur l'emplacement même de l'arc de triomphe par lequel on accède à la place Carrière.

La place Stanislas forme un vaste quadrilatère à pans coupés, entouré d'hôtels ou pavillons d'aspect mo-

i. A Nancy, chez Wiener, libraire, rue des Dominicains.

Dumental et dans, lesquels sont installés : l'hôtel de" ville, dans le pavillon faisant face à la place Carrière; révêché, dans le pavillon de TE., à dr., en regardant la place Carrière; le théâtre et le cercle du commerce, dans le pavillon 0., à g. ; les autres pa\ illons sont occupés par des particuliers.

Ces hôtels, construits sur un plan uniforme, et à deux étages seulement, offrent une seule ordonnance de pilastres corinthiens, embrassant la hauteur des deux étages dont les croisées sont ornées de balcons. L'entablement de toutes les façades est couronné par une balustrade que décorent des groupes d'enfants, des urnes et des vases.

Aux deux angles de la place, à dr.

et à g. de l'hôtel de ville, et au débouché des rues Stanislas et Sainte-Catherine, des grilles en fer, dorées, d'un travail à la lois riche et élégant, exécutées par le célèbre serrurier Lamour , forment des espèces de portes flamandes qui relient entre eux les divers pavillons. Aux deux angles N. E.

ctti. 0. sont placées deux fontaines, également décorées de grilles dorées, et surmontées l'une d'une Amphitrile, l'autre d'un Neptune conduisant un char traîné par des chevaux marins et escorté de figures allégoriques.

En regard de l'hôtel de ville , la place Stanislas est séparée de la place Carrière par une ligne de pavillons n'ayant qu'un rez-de-chaussee et un entre-sol, entre lesquels s'élève, dans l'axe de la place , l'arc de triomphe à triple portique , appelé la porte Royale. Cet arc de triomphe , d'ordre corin thien, et couronné d'un attique, se termine par le médaillon de Louis XV en plomb doré, que soutiennent un Génie et une femme représentant la Lorraine; une Renommée plane au-dessus du Génie ; de chaque côté sont des trophées d'armes. Trois bas- reliefs en marbre blanc régnent au-dessus des trois portiques : au milieu,, Mercure et Minerve assis sous un dattier; à dr.,

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