SAVERNE
I l'église paroissiale et l'ancien palais des évêques de Strasbourg.
L'église, que l'on trouve à g. dans la Grande- Rue, en la remontant dans la direction de Wasselonne, est un édifice de trois époques. Sa tour romane (xn* s.), divisée en cinq étages, percée d'ouvertures en plein cintre, est ornée à chaque étage d'un cordon à moulures, de pilastres et de pendentifs; le chœur appartient au style ogival secondaire du xiv* s. La nef, dont les fenêtres sont formées d'une triple baie ogivale surmontée d'une rose, date du xv* s. Sur le côté latéral de dr., on remarque extérieurement une balustrade à jour, d'un goût très-délicat. L'intérieur de l'église, composé d'une nef avec un seul collatéral, renferme une chaire due au célèbre architecte Hammerer, qui donna le dessin de la chaire de la cathédrale de Strasbourg. Nous signalerons aussi :
de belles boiseries en chêne sculpté, dans le chœur; et, dans une chapelle dédiée à la Vierge , une jolie grille du style de la Renaissance et quatre tableaux sur bois de Hans Wohlgemuth, représentant un chemin de croix ; le mallre-autel est dans le genre maniéré du xviu* s.
Le château de Saverne a été reconstruit, vers la fin du xviii" s., par le cardinal Louis de Rohan, évêque de Strasbourg, que rendirent célèbre l'affaire du collier et son existence fastueuse et mondaine. Ce prélat le fit élever en remplacement de l'ancien château épiscopal, dont un incendie avait complètement détruit la façade, dans la nuit du 7 au 8 septembre 1719. Le château, bâti en 1670 par François Egon de Furstenberg, évêque de Strasbourg, occupait luimême l'emplacement d'un château considérablement endommagé pendant la guerre de Trente ans. L'édifice actuel, que la Révolution empêcha le prince Louis de Rohan d'achever complètement, n'a été terminé que dans ces derniers temps. 11 fut successivement acheté par laville de Sa-
verne, pendant la Révolution, revendu à l'État et racheté par la ville sans recevoir aucune destination précise pendant plus de cinquante années. Enfin un décret du 22 janvier 1852, rendu par le prince Louis- Napoléon, alors président de la République, l'affecta au logement des veuves des hauts fonctionnaires de l'Etat qui voudraient s'y retirer, et, dans ce but, il fut l'objet d'une restauration complète. Mais, s'il faut en croire un spirituel feuilleton de M. Edmond About sur Saverne, il ne paraît pas que cette combinaison ait beaucoup mieux réussi que celles qui avaient été essayées précédemment pour restituer un peu de son éclat primitif au palais du prince de Rohan. L'asile Impérial de Saverne renferme , outre l'appartement impérial, 78 logements, dont 60 sont inoccupés.
Le château impérial de Saverne, conçu dans le style dont le palais de Versailles offre le type grandiose , a deux façades : l'une sur les anciens jardins , autrefois magnifiquement dessinés, ornés de pièces d'eau et de statues, mais entièrement détruits et aliénés lors de la Révolution ; l'autre sur la place principale de Saverne.
Toutes deux se ressemblent par la disposition générale; mais la façade du côté du jardin a plus de relief et un aspect plus monumental. L'édifice est composé d'un rez-de-chaussée, d'un entresol et d'un premier étage avec attique. Les fenêtres sont séparées, dans toute la hauteur du monument, par des pilastres cannelés. Le jardin actuel, longé au N. par le canal, communique avec le château par deux escaliers monumentaux en pierre ; il n'a rien conservé de son ancienne splendeur. On y voit, près du canal, une pelouse qui formait autrefois un Large bassin entouré de statues. A l'intérieur du palais, la salle de la bibliothèque, ornée de peintures, mérite d'être visitée.
Les restes importants d'antiquités romaines découverts à Saverne ont
inspiré la pensée de fonder dans cette ville un musée spécial, qui est installé, depuis 1859, sous la direction de M. le colonel de Morlet, dans une.
ancienne chapelle dédiée à saint Michel. Cette chapelle est située dans une rue remontant du château à l'église paroissiale, dont elle n'est éloignée que de quelques pas. Le musée renferme entre autres objets curieux :
— une tombe double Triboque; — un bas-relief de Mercure ; — une inscription votive à Mercure et à Apollon; i— un autel quadrilatéral; — plusieurs urnes cinéraires, etc.
Les restes d'un camp gallo-romain ont été reconnus, il y a quelques années, à 10 kil. de Saverne.
Nous indiquerons encore : — (à dr.
dans la Grande -Rue, au delà de la place du Château), une charmante maison du xv* s., avec poutres sculptées et lanternes octogonales en saillie sur la façade ; — l'obélisque ou colonne milliaire, érigé en 1661 dans les jardins de la demeure épiscopale et placé aujourd'hui en face du château. 11 indique en milles germaniques la distance de Saverne aux principaux points du globe ; — la chapelle d'un ancien couvent de Récollets, construite, dans le style ogival de la fin du xv# s,, sur une hauteur à TO. de Saverne. Cette chapelle, qui n'a qu'une seule nef, renferme (à dr.) une curieuse statue du Christ couché sur le côté, et (à g.) un groupe sculpté sur bois, représentant les Apôtres entourant le tombeau du Christ ressuscité.
Près de l'église des Récollets se trouvent les restes d'un cloître, formé d'arcades à ogives géminées et trilobées.
Saverne était jadis entourée d'une enceinte fortifiée qui a été détruite en 1676, et dont il subsiste cependant encore quelques parties, notamment des restes de murailles et plusieurs tours, à demi ruinées. Selon une tradition historique, l'enceinte fortifiée offrait cette singularité qu'elle comptait autant de tours qu'il y a de semaines