‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 88 sur 489 · DE LA PETITE-PIERRE A SAVERNE, PAR NEUWILLER ET 8TEINBOUUG · texte numérisé non relu

DE LA PETITE-PIERRE A SAVERNE, PAR NEUWILLER ET 8TEINBOUUG

En revenant à la scierie d'Haberhoff, au lieu de gagner la route de Phalsbourg, on peut descendre la vallée de la Zinzel, par un sentier de forêt qui longe ce petit cours d'eau, jusqu'à (7 à 8 kil.) Dossenheim, v. de 870 bab. situé au pied des Vosges, à l'entrée de la plaine de l'Alsace.

De là, en remontant au N., la route de Saverne à la Petite-Pierre, on va directement à Neuwiller (2 kil.). Mais la direction suivante est préférable.

On prend la route qui part de la Petite-Pierre, en face du fort (à dr. à l'entrée de la ville, en venant du Haberhoff). Cette route redescend la chaîne des Vosges , qu'elle traverse dans un défilé très - pittoresque. Du point culminant de la route, à peu de distance de la Petite-Pierre, on distingue le Froschenkopf , dont nous avons parlé plus haut. Après une suite de montées et de descentes entre des hauteurs boisées, on aperçoit, à la sortie de la montagne (9 kil. 2 h. de marche), Weiterswiller, v. de 898 hab. qui possède une source minérale réputée efficace pour certaines maladies de la peau. On y remarque les vestiges d'un château qui appartenait aux seigneurs de Fleckenstein :

ce sont quelques pans de mur et des traces de fossés. L'église, du style ogival, renferme quatre mausolées intéressants , restes des sépultures seigneuriales.— A la sortie de Weitersviller, on suit, dans la direction du S., la route de Saverne, en longeant la base des hauteurs jusqu'à (2 kil. environ) Neuwiller (hôt. Matthis; voitures de corresp. pour Steinbourg, station du chemin de fer), V. de 1587 hab., située au pied des Vosges, dans une région pittoresque coupée de forêts, de prairies et de vignes.

Neuwiller doit son origine à une abbaye de Bénédictins fondée au viir* s , et transformée à la fin du xv« s. en une collégiale qui fut supprimée en 1789.

Les luttes entre les évèques de Metx, investis de la suzeraineté sur cette petite ville, et les seigneurs de Lichtenberg, attirèrent plus d'une fois, au moyen âge, de terribles désastres sur Neuwiller. Plus tard, en 1*25, lors de la révolte des paysans, elle fut occupée par les insurgés, qui dévastèrent les maisons canoniales, puis reprise par le comte de Salm. Enfin, la ville, après avoir encore beaucoup souffert pendant la gueire de Trente ans, passa aux mains de la France.

Neuwiller était, dès le xm* s., entourée d'un mur de défense garni de I dix tours et protégé par un large fossé;

[ROUTE 1] LA PETITE-PIERRE. — NEUWILLER. 85 quatre portes donnaient acccès dans \ cette crypte, on remarque une piscine

la ville. Cette enceinte fortifiée a disparu, ainsi que celle qui isolait l'abbaye dans la ville même; mais il reste : deux belles églises, dont Tune, l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, est consacrée au culte catholique ; et l'autre, l'église Saint-Adelphe, au culte protestant ; une ancienne et curieuse chapelle dédiée à saint Sébastien ; enfin un bâtiment renfermant une belle salle, reste de l'abbaye.

L'église Saint-Pierre et Saint- Paul (mon. hist.) , récemment restaurée aux frais de l'Etat, par M. Bœswillwald, appartient au xn* s. par le chœur, les transsepts, les bas côtés et la travée de la nef touchant au transsept. Le surplus de la nef est une reconstruction faite au xui« s.

Elle rappelle par ses chapiteaux la forme et la sculpture de ceux de la nef de la cathédrale de Strasbourg. La porte latérale du N., particulièrement remarquable par la richesse délicate de son ornementation, date de la fin du xn« s. Les belles statues de saint Pierre et de saint Paul sont des œuvres du xm* s.

La tour qui s'élève à l'O., et dont le rez-de-chaussée forme l'entrée principale de l'église, sur la place de Neuwiller, jlate de la fin du xvui# s. Cette tour se termine par une plateforme ornée à ses quatre angles de statues colossales de saints. Dans le trésor de l'église Saint-Pierre et Saint- Paul, se conservent de belles tapisse' ries du xve s., des sculptures, des peintures, des manuscrits, des imprimés incunables, et diverses antiquités du plus haut intérêt.

La chapelle Saint -Sébastien , attenant au chœur de l'église , est un monument très- intéressant de l'époque carlovingienne. « Elle se compose de deux étages. Le rez-dechaussée est voûté et forme une crypte ou chapelle souterraine qui était consacrée à sainte Catherine. On y descend par un escalier pratiqué à l'E.

du chœur de l'église. Au milieu de

ou les catéchumènes recevaient, sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, le baptême par immersion.... La chapelle de Saint-Sébastien , qui occupe le premier étage , est divisée, par les colonnes qui supportent les pleins cintres, en trois galeries qui se terminent à l'E. , suivant l'usage , par des absides demi-circulaires, dépourvues d'ornement. Les chapiteaux et les bases des colonnes, tous historiés, représentent des animaux fantastiques et bizarres, tenant dans leur gueule l'extrémité de longs rinceaux ou branches flexibles, dont les feuillages s'entrelacent de mille manières autour de leur corps. >» {Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin). 11 y a une vingtaine d'années cette chapelle, alors propriété particulière , menaçait ruine; elle fut achetée par l'Etat, qui la fit restaurer entièrement.

On remarque dans la chapelle haute un vitrail très-ancien, représentant saint Timothée , martyr ; ce vitrail remonte à la fin du xii* s. Dans cette même chapelle se voit encore un magnifique retable d'autel du xv* au xvi« s., composé de panneaux couverts de peintures très-remarquables représentant le Martyre de saint Sébastien. Sur la panie inférieure de ce retable est figurée la Passion de Jésus- Christ, peinte de même sur bois et d'une exécution rappelant les peintures de Holbein et d'Albert Dùrer.

Au S. de l'église Saint-Pierre et Saint- Paul, se trouve un bâtiment qui devait renfermer ce que l'on nommait les lieux réguliers, c'est-àdire le chapitre, le réfectoire et le dortoir de l'ancienne abbaye. On y voit encore, au rez-de-chaussée, une grande salle (mon. hist.) éclairée par des fenêtres en plein cintre , et qui vraisemblablement servait de salle de réunion pour le chapitre. Elle forme un vaste rectangle divisé dans sa longueur par deux rangs de colonnes à chapiteaux richement ornés. Cette salle, construite dans le plus pur style

86 DE PARIS A

romano-byzantin , et longtemps employée comme bûcher, n'a été déblayée et réparée que depuis quelques années. Le presbytère catholique est une ancienne dépendance du chapitre, intéressante à parcourir. Le curé de Neuwiller, archéologue aimable autant qu'instruit, fait volontiers les honneurs de son église et de son habitation.

L'église protestante , autrefois Saint-Adelphe et dont la construction remonte au xn* s., appartient à l'architecture de transition. Le chœur ayant été démoli, il y a quelques années, par suite de son état de vétusté, la nef et les bas côtés subsistent seuls aujourd'hui. Ils sont séparés par des piliers carrés, solides, un peu massifs, qui se terminent à la voûte par l'ogive primitive, dans son dessin le plus sévère. L'ensemble, simple, d'une physionomie austère, un peu puritaine, se fait remarquer par l'harmonie générale des lignes. La porte d'entrée, en plein cintre, avec une rosace byzantine, est flanquée de deux tours qui, après être restées longtemps inachevées à la hauteur du comble de la nef, ont reçu récemment leur étage supérieur.

Le cimetière de Neuwiller renferme plusieurs tombes monumentales parmi lesquelles on distingue \e mausolée du maréchal Clarke, duc de Feltre, qui passa à Neuwiller les dernières années de sa vie. Ce monument, en marbre blanc d'Italie, est décoré d'un côté du buste du maréchal et de l'autre de ses armoiries. On remarque également les tombes des généraux Dorsrier et Mandeville.

Sur la montagne à laquelle s'adosse Neuwiller à l'O. , s'élevait autrefois le château de Herrenstein , rasé en 1679 par les Français. Aujourd'hui il n'en reste guère d'autres vestiges que quelques débris d'une chapelle ogivale et les traces d'une enceinte servant d'enclos aux jardins d'une ferme qui remplace la forteresse.

A 4 kil. à l'O. de Herrenstein et de Neuwiller, dans une des parties les

plus retirées de la montagne, se trouvait, sur une hauteur escarpée, le château de Hunnebourg. Construit en 1137, il fut détruit en 1370, par les Strasbourgeois. Le maréchal Clarke, à qui Napoléon I'p avait donné ce domaine, avec le titre de comte de Hunnebourg, fît démolir, au commencement de ce siècle, la tour restée debout, et éleva sur l'emplacement qu'elle occupait une jolie maison de chasse qu'habite un garde forestier : c'est un agréable but de promenade.

Montagne et chapelle de Dabo.

Pour cette excursion, une journée en voiture ou deux journées à pied sont nécessaires. Toutefois, si l'on ne s'effraye pas d'une course de 28 à 30 kil. (aller et retour, et déduction faite du trajet en chemin de fer de Saverne à Lutzelbourg), avec une portion de chemin assez pénible de Hazel bourg et surtout de Scbssfferhof à la montagne de Dabo, on peut faire l'excursion en une journée. — Mais les touristes qui ne veulent ni trop se presser, ni trop se fatiguer, feront mieux de consacrer deux jours à cette excursion.

Tune des plus charmantes, au point de vue du paysage, qu'offrent les environs de Saverne. — Enfin si, au lieu de revenir par Lutzelbourg, on préférait passer, au retour, par Haberacker et Haegen, deux journées deviendraient indispensables.

On prend à Saverne îe chemin de fer jusqu'à Lutzelbourg, dont on a ainsi l'occasion de visiter le château ruiné, si on ne s'y est pas arrêté précédemment (F. ci-dessus). A la sortie de la station de Lutzelbourg, on trouve immédiatement la route de Lutzelbourg à Phalsbourg, que l'on prend en tournant à g. Après l'avoir suivie pendant environ 20 min., entre la Zorn et le canal de la Marne au Rhin, à dr., et le chemin de fer à g., on passe sous le beau viaduc construit pour la voie ferrée, au point où la Zorn décrit une grande courbe en prenant la direction de l'E. Entrant alors dans une vallée d'un aspect délicieux, on remonte, au S. , le cours de la Zorn qu'on longe constamment à dr. jusqu'à Hazelbourg.

Le chemin, semé d'un sable fin et doux,

Page 1