‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 93 sur 489 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

coutumes. L'Alsace ayant été envahie par Attila en 451, Argentorat n'échappa point à la fureur des Huns. Vers la fin du même siècle, la province et la cité, envahies de nouveau, tombaient au pouvoir des Allemands. Mais ceux-ci, vaincus à Tolbiac, se soumettent à Clovis, et Argentorat, devenue une ville franque, ne tarda pas à prendre le nom de strasteburg, Slratisbourg, Strasbourg. Fortifiée, rebâtie par Clovis et par ses successeurs, la ville de Strasbourg fit ensuite partie du royaume d'Austrasie.

Quoique l'on donne à l'évécbé de Strasbourg une origine plus ancienne, il n'est guère possible d'en parler avant 673, époque vers laquelle Oagobert II fit diverses donations i l'évéque saint Arbogast. Vers la fin du vin* s., Charlemagne accorde de nouveaux privilèges à cet évéché, qui voit s'augmenter sa richesse et son importance. La ville se développe et s'enrichit par le commerce considérable qu'elle fait avec les Frisons et les peuples maritimes.

Philippe de Souabe avait reconnu Strasbourg ville libre immédiate de l'Empire, et Frédéric H, en confirmant cette reconnaissance en nos, porta un coup fatal à la puissance épiscopale -, Waller de Géroldseck, évêque eu 1 460, entreprit de relever ce pouvoir abattu. Une guerre intestine s'allume. Les bourgeois détruisent le château épiscopal de Haldenburg; Walther met la ville en interdit. Quelques prêtres seulement restent dans Strasbourg, ayant à leur téte le chantre du chapitre, Henri de Géroldseck. I.'évéque rassemble une armée; la ville forme une alliance avec Rodolphe de Habsbourg et demandedu renfort à Colmar et à Bâle. Une bataille s'engage près d'Oberhausbergen ; lesStrasbourgeois sont vainqueurs ; Walther meurt de chagrin ; il est remplacé par Henri de Géroldseck, qui fait droit à toutes les réclamations des habitants. A partir de ce moment, Strnsbourg est un État souverain, une ville libre où l évéque conserve seulement les droits de péage et de monnaie.

Les querelles de religion, les divisions de l'empire, les dissensions intestines plongent Strasbourg dans une sorte d'anarchie, pendant la fin du xiu* s., et une partie du xiv* s. A cette époque, la ville contenait trois classes d'habitants : les chevaliers, les bourgeois, les artisans. Le Sénat n'était choisi que dans les deux prepremières classes, et le Conseil, composé de 24 membres, était pris uniquement dans

la première. Mais, le 20 mai 1332, à la suite d'une rixe entre les Zorn et les Mûlnheim , deux partis qui s'étaient formés dans la noblesse, les bourgeois alarmés s'emparèrent de la garde et de l'administration de la ville ; la grande bannière, le sceau, les clefs des portes sont remis entre leurs mains. Une nouvelle constitution est établie. La troisième classe, jusqu'alors exclue du Conseil, s'y introduit et y domine : sur 47 membres, 25 sont artisans. Les principes essentiels de cette constitution furent si solidement fondés, qu'ils restèrent en vigueur jusqu'à la Révolution française.

Pendant près d'un siècle et demi, l'histoire de la ville de Strasbourg n'offre qu'une série de sombres tableaux La peste noire la dépeuple; les compagnies franches la dévastent-, les empereurs restreignent, suppriment et confirment tour à tour sos privilèges; les dissensions intérieures la déchirent ; les guerres de l'empire l'épuisent; enfin des bandes formées d'Anglais et des débris de la laction des Armagnacs s'abattent sur son territoire qu'elles ravagent. Cependant la puissante cité ne succombe pas. Elle se fortifie, s'embellit; elle achète des seigneuries et des villages ; elle élève le plus beau monument de la fin du moyen âge, sa cathédrale; elle produit 1 imprimerie; elle grandit en importance politique; enfin elle achève, en 1492, sa constitution populaire, si heureusement commencée if>0 ans auparavant.

Alors se produit un fait immense, auquel Strasbourg va prendre une pa/t active : la Réforme. Une Confession particulière est signée par les villes de Strasbourg, de Constance, de Lindau, de Memmingen, et présentée à la diète d'Augsbourg. Strasbourg entre dans la ligue de Smalkalde, et se ménage l'amitié de François Ier. La paix de 1555 lui assume définitivement la conquête de sa liberté religieuse. Au commencement du xvii» s , cette ville fait partie de l'union évangélique, que forme l'Église protestante menacée. La guerre éclate, désastreuse pour l'Alsace. Strasbourg, amoindrie par le traité de Westphalie, n'a plus assez de force pour faire respecter sa neutralité; ses pot les s'ouvrent devant une armée de Louis XIV.

La capitulation, signée le 3o septembre 1681, à illkirch, petite ville située à 6 kil. au S. de Strasbourg, fut précédée de circonstances mystérieuses , que M. C. Rousset raconte ainsi dans son Histoire de Louvois ; « Au mois de juin 1681, un envoyé impérial, le baron de Merci vint à Stras-

bourg ; c'était asses pour donner à Lonis XIV occasion de croire ou de paraître croire que les Impériaux s'apprêtaient à rentrer dans la ville. Alors commença la dernière scène de la comédie, et tout s'achemina vers le dénouement, avec cette activité silencieuse qui était le secret et le triomphe de Louvois....Le 10 septembre 1681, deux cavaliers s'arrêtent à la porte d'un obscur cabaret de Franche-Comté; bientôt deux autres cavaliers arrivent ; les uns et les autres portent à leur chapeau du ruban bleu et grenat. C'est un signal ; ils se rapprochent, ils murmurent quelques mots; une certaine cassette est échangée contre un certain billet; après quoi les inconnus se séparent , remontent à cheval et disparaissent. Qu'est-ce que cela? Ce sont les dernières instructions de M. le marquis de Lonvois pour M. l'intendant d'Alsace; et les gens du premier, venus de Fontainebleau, les ont transmises aux gens du second, venus de Brisach ou de Belfort. » Au récit de cette entrevue dramatique, M..C. Rousset ajoute l'observation suivante : « Que l'argent ait joué le premier rôle dans l'acquisition de Strasbourg, et qu'au lieu de négociation, il vaille mieux employer le mot de négoce, c'est ce qui est absolument horsde doute. » Quoi qu'il en soit, Strasbourg, rapidement investie dans la nuit du 27 au 28 septembre, et se sentant isolée dans cette Alsace qui déjà appartenait tout entière à la France, abandonnée de l'empereur, qui seul aurait pu la secourir efficacement, se résigna à capituler, et, le 30 septembre, Louvois et Montclar d'un côté, le préteur et les magistrats de Strasbourg de l'autre, signèrent à Illkirch , comme nous l'avons dit, l'acte de cession. Le 24 octobre suivant, Louis XIV faisait son entrée solennelle à Strasbourg, et commandait i Vauban la construction de nouvelles fortifications et de la citadelle. La capitulation , qui garantissait à Strasbourg le maintien de sa liberté religieuse et de son organisation municipale, fut d'ailleurs fidèlement observée; et aux plus mauvais jours de la révocation de l'Éditde Nantes, l'exercice du culte protestant ne fut en rien troublé à Strasbourg. Le traité de Ryswick, conclu en 1697, confirma la prise de possession de Strasbourg par Louis XIV, et fit entrer le lait accompli dans le droit public de l'Europe. Dès lors cette ville s'associa de plus en plus aux destinées de la France.

Strasbourg accueiilitavec empressement la révolution française, et, dans les circonstances difficiles qui accompagnèrent

la grande rénovation sociale, elle signala son attachement intime à la France par la courageuse conduite de sa garde nationale. Après avoir fourni aux armées de la République et de l'Empire de vaillants soldats et d'illustres généraux, Strasbourg, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer, ne montra pas moins de dévouement à la patrie, à l'heure des désastres qu'à l'époque des victoires. Depuis 1815, Strasbourg, vouée aux travaux de l'intelligence et aux opérations du commerce et de l'industrie, ne fournit plus guères à l'histoire que le souvenir de quelques visites de souverains : celle de Charles X, en 1828, celle de Louis- Philippe, en 1831 ; de la tentative de soulèvement faite, le 30 octobre 1836, par le prince Louis-Napoléon, contre le gouvernement de Louis-Philippe; et enfin, celui de la grande fête nationale célébrée à l'occasion de l'inauguration de la statue de Gutenberg, en 1840.

Ancienne capitale de l'Alsace, Strasbourg est aujourd'hui le ch.-l. du départ, du Bas-Rhin, le siège d'un évéché, suffragant de l'archevêché de Besançon, d une église consistoriale réformée, d'un directoire et d'un consistoire supérieur de la confession d'Augsbourg, le siège d'un tribunal de première instance et d'une cour d'assises, le ch.-l. de la 5* division militaire, etc.

Strasbourg a produit un grand nombre d'hommes illustres, dont quelques-uns sont moins connus en France quede l'autre côté du Rhin : Séb. Brant (1458), l'auteur de la Nef des Fous, poème en allemand ; Jean Scheffer, professeur d'éloquence et de politique, puis bibliothécaire de l'université à Upsal , sous la reine Christine ; Ulrich Obrecht, que Bossuet appelait un abrège de toutes les sciences et un homme de tous les peuples ; le savant médecin Lobstein ; l'historien Lorentz; Jean Schweighteuser, le savant helléniste éditeur d'Hérodote, de Polybe , etc. ; l'antiquaire Oberlin ; le pasteur Oberlin, frère du précédent et si célèbre par l'œuvre de civilisation qu'il accomplit au Bande la Roche-, l'archéologue Schweighaeuser,' connu par d'excellents travaux sur l'Alsace et notamment par le grand ouvrage des Antiquités d Alsace, fait en collaboration avec M. de Golbery; Schwilgué, le mécanicien renommé à qui est due la nouvelle horloge de la cathédrale; Silbermann, facteur d'orgues et antiquaire ; le littérateur Andrieux, membre de l'Institut et professeur au Collège de France, où son cours de littérature obtint un grand succès, sous la Restauration;

Daniel Speclclé(l 536), architecte distingué ; Nicolas Wurmser, peintre de l'empereur Charles IV; Weyler, peintre en émail au cabinet de Lbuis XVI; Kléber; Kellermann, duede Valmy , maréchal de France; les généraux de Cœhorn, tué à Leipzig, Barbier, fleurmann; le ministre des finances Humann. Nous pourrions encore ajouter à cette liste les noms d'un grand nombre de littérateurs, de théologiens, d'archéologues, d'artistes, peintres, graveurs, sculpteurs sur pierre et sur ivoire, qui, sans avoir atteint une renommée égale à celle des grands hommes que nous venons de citer, se sont cependant distingués par des talents et par des travaux dignes d'attention.

Établissements militaires.

Strasbourg est une place forte de V* classe. On y entre par sept portes, non compris la brèche, entrée ouverte entre les portes de Saverne et de Pierre pour le passage du chemin de fer. Ces portes, remaniées à diverses époques, n'ont rien de bien remarquable. Quelques-unes seulement ont conservé en partie leurs fortifications du moyen âge; les autres présentent le type uniforme de la fin du xvii* s. ou du commencement du xvin*. Nous signalerons cependant la porte Nationale ou porte Blanche ( Weissenthurmthor) , à laquelle aboutit la route de Paris à Strasbourg. Cette porte est protégée par deux tours reconstruites au xvie s. La tour extérieure présente sur ses deux avances cette inscription: Hostibus arcendis, civibus tuendis. On lit, en outre, sur le mur qui réunit les deux tours, une inscription satirique en allemand datée de 1418, et qui se traduit ainsi: a par ma fin!

personne ne saurait sonder la miséricorde de Dieu, la cupidité des clercs et la méchanceté des paysans!

En 1568, il a été trouvé dans les environs de cette porte, en un lieu qui avait servi de cimetière, à 3 ou 4 met. de profondeur, vingt sarcophages en pierre, reniermant des lampes, des plats, des coupes, des vases de terre et de verre , etc., et plus de cent urnes

VOSGES

contenant des cendres! — Nous mentionnerons encore : la tour de la porte de Saverne, remon ant à 1349; — la porte de Pierre, qui faisait partie de l'enceinte bâtie en 1374, et par laquelle on gagne la route de Strasbourg à Metz par Bitche , — enfin , la porte d'Auster- Htz, bâtie en 1400, agrandie en 1545 et remaniée au xviie ou au xvin* s.

Cette porte, près de laquelle se trouve une station secondaire du chemin de fer de l'Est, pour les voyageurs qui se rendent à Kehl, s'ouvre sur la grande route d'Allematrne. Elle se nommait autrefois porte des Bouchers et reçut sa dénomination moderne, parce que l'armée française, revenant victorieuse d'Austerlitz, y passa pour faire son entrée. — Les autres portes sont la porte des Juifs, la porte des Pécheurs, par lesquelles on se rend aux promenades du Contades et de la Robertsau, et la porte de V Hôpital, qui sert surtout aux relations de la ville avec la banlieue et les villages situés au S. de Strasbourg.

La citadelle, établie d'après les plans et sous la direction de Vauban, fut construite de 1682 à 1685. Cet ouvrage important, qui couvre Strasbourg à TE., du côté de l'Allemagne, forme un pentagone présentant cinq bastions et autant de demi-lunes, et renferme une caserne et d'autres établissements militaires. La citadelle est séparée de la ville par une vaste esplanade, dont l'arsenal, un des principaux établis ements de ce genre que possède la France , occupe les abords. Les magasins, hangars, salles d'armes, chantiers et ateliers de cet arsenal sont situés des deux côtés de l'avenue de la citadelle. Les magasins d'armes contiennent, dit-on, 200 000 fusils, 10000 pistolets, 70000 sabres, 20000 lances, 2000 cuirasses et une grande quantité de bouches à feu, indépendamment de celles qui sont nécessaires à l'armement de la ville et de la citadelle.

Strasbourg a possédé jusqu'au 31 décembre 1 865 une fonderie de ca-

nous, située à L'extrémité et sur le côté du Broglie. Cet établissement est aujourd'hui transféré à Bourges ; une partie des bâtiments qu'il occupait doit être vendue; l'autre servira à élargir une des ruelles qui aboutissent à la promenade du Broglie.

Huit casernes , pouvant loger 10000 hommes et 1500 chevaux, complètent les vastes aménagements militaires de la place de Strasbourg. Ces casernes sont de beaux et spacieux édifices construits dans le cours du xvm* s.; plusieurs d'entre elles ont de vastes cours plantées d'arbres. La caserne de la Finkmatl, au N. O. de la ville, dans le voisinage de la porte de Pierre, est l'une des plus grandes.

Elle fut le principal théâtre de la tentative de soulèvement du 30 octobre 1836. On s'y rend en prenant à g., à la sortie de la gare, le quai de Paris, puis celui de la Finkmatt, que l'on suit jusqu'au delà du faubourg de la porte de Pierre.

Les fortifications de Strasbourg, qui ont un grand développement, renferment dans leurs bastions quatre magasins à poudre. On jugera de leur importance en parcourant les taUs intérieurs, d'où l'on jouit souvent de vues pittoresques sur les différentes parties de la ville.

Plaoes. — Statue».

La place Gutenberg, anciennement Marché-aux- Herbes, doit son nom actuel à la statue de Gutenberg, œuvre remarquable de David d'Angers, inaugurée en 1840. L'inventeur de l'imprimerie vient de retirer de sa presse une feuille sur laquelle sont imprimés ces mots: « Et la lumière fut ! » Li statue en bronze repose sur un piédestal en grès, orné de bas- reliefs allégoriques.

La place Kléber, autrefois des Cordeliers, est la plus grande place de Strasbourg. Il y existait jadis un souvent à côté duquel se voyait une tour flanquée de tourelles, mais eus constructions furent remplacées

en 1768 par le vaste hôtel que l'étatmajor de la division occupe aujourd'hui en partie. Au milieu de la place, sur un piédestal orné de basreliefs et d'inscriptions, se dresse fièrement la statue en bronze de Kléber. Le général a été représenté par M. Philippe Grass au moment où, avant la bataille d'Héliopolis, sommé de se rendre par l'amiral anglais, il dit à son armée : « Soldats, on ne répond à une telle insolence que par des victoires ; préparez- vous à combattre ! » Les deux bas- reliefs ont pour sujets: à dr., la Bataille d*Héliopolis (20 mars 1800) ; à g., la Bataille dTAltenkirchen (26 juin 1796).

La face antérieure du piédestal porte cette inscription :

J. B. Kléber, né à Strasbourg, le 6 mars 1758, adjudant général à Tannée de Mayence, général de brigade à l'armée de la Vendée, général de division i l'armée de Sambre-et-Meuse, général en chef en Égypte, mort au Caire, le 14 juin 1800.

Sur la face postérieure, on lit :

À Kléber, ses frères d'armes, ses concitoyens, la patrie, 1840. Ici reposent ses restes.

Sous le monument est un caveau où furent déposés, en 1838, les restes de Kléber, qui, vingt ans auparavant, avaient été transportés du château d'If, près de Marseille, à la cathédrale. C'est alors que la place reçut le nom de Kléber.

La place du Broglie, anciennement place du Marché-aux-Chevaux, a été transformée en promenade et plantée d'arbres en 1740 par le maréchal de Broglie, alors gouverneur de l'Alsace. Cette promenade, restaurée en 1818, est bordée d'allées de marronniers chétifs. Au milieu s'élève un kiosque élégant où, pendant Tété, les musiques militaires viennent jouer plusieurs fois par semaine. La place du Broglie ou plus simplement le Broglie comme disent habituelle- I ment les Strasbourgeois, est enca-

drée entre deux lignes de belles maisons précédées pour la plupart de jardins, et parmi lesquelles l'hôtel de ville tient le premier rang. A Tune des extrémités du Broglie, se voit le théâtre, qui en est séparé par une place, formant en réalité le prolongement de la promenade. Le Broglie, situé dans le plus riche quartier de la ville, est un des lieux de prédilection des Strasbourgeois, qui en ont fait leur boulevard des Italiens ; et certes l'animation de cette place et ses brillants cafés justifient cette comparaison.

A dr. du théâtre, en sortant de la place de Broglie, on aperçoit, adossée au mur du jardin de la préfecture, la statue de M. de Lezay-Marnésia, préfet du Bas-Rhin sous le premier empire. Cet administrateur habile et éclairé a laissé un souvenir très-populaire à Strasbourg. La statue, en bronze, due à M. Philippe Grass, représente M. de Lezay-Marnésia debout et dans son costume officiel ; le piédestal porte l'inscription suivante:

Le département du Bas-Rhin à son ancien préfet, marquis de Lezay-Marnésia, 1810 à 1814. Décret du 3 décembre 1853.

La place Saint-Thomas, près du temple protestant, est plantée d'arbres et forme, après celles que nous venons de nommer, une des places les plus agréables de Strasbourg.

La place du Château, au S. de la cathédrale, est remarquable par les édifices qui l'entourent : la Frauenhaus, le château impérial, le lycée, l'école militaire de santé.

Les autres places : la place du Marché du Temple-Neuf, celle du Marché aux Poissons, celle du Vieux Marché aux Vins sur laquelle, ainsi que dans les deux rues adjacentes, se tiennent, chaque vendredi, le marché aux guenilles {gimpelmark) et les étalages des bouquinistes, exhibition locale assez curieuse , la place des Moulins, voisine de la grande écluse , la place des Étudiants, etc., n'ont rien de remarquable.

Monuments religieux.

Strasbourg compte de nombreux monuments religieux et civils, trèsdignes d'intérêt, soit au point de vue archéologique, soit sous le rapport architectural; mais leur importance est sinon absorbée, du moins singulièrement diminuée par le voisinage de^ cette admirable cathédrale ou Munster, l'une des œuvres les plus splendides que nous ait léguées le moyen âge.

La eathédrale de Strasbourg (mon.

hist.), située à peu près au centre de la ville, occupe l'emplacement d'une église bâtie en terre et en bois par Clovis, reconstruite avec une grande magnificence par Pépin et Charle magne, détruite par la foudre en 1007, réédifiée par l'évéque Wernher, et de nouveau dévastée par l'incendie dans le xn« s. Le style ogival fut alors adopté pour la reconstruction/ qui se continua très-lentement. On achevait le 7 septembre 1275 la partie du milieu des voûtes supérieures, à l'exception des tours du devant. L'évéque Conrad de Lichtenberg confia la suite de cet immense travail à maître Erwin de Steinbach, le premier des architectes de ce temps. Après avoir achevé la nef, Erwin commença, en 1276, l'érection des tours qui devaient être semblables et avoir, dit-on, une élévation de 190 mèt. environ. Toutefois, nous avons entendu des archéologues distingués, habitant Strasbourg et qui ont fait une étude spéciale du monument, contester cette hypothèse. Selon eux, d'après le plan primitif d'Erwin, les tours avec la flèche devaient être beaucoup moins hautes que la floche actuelle. A l'appui de cette opinion, ils signalent notamment, parmi d'autres preuves, la disproportion visible entre le peu de largeur de la façade et l'immense élévation de la flèche. Sans insister, du reste, sur ce point, nous irons que l'évéque Conrad posa la première pierre des tours le 25 mai 1277. Erwin dirigea les travaux jusqu'en 1318, époque de sa mort. Son œuvre, continuée jusqu'en 1339 par son fils Jean, passa ensuite sous la direction de différents maîtres. La tour du S. fut arrêtée à la plate-forme terminée en 1365. La tour du N., seule achevée, n'atteignit que 437 pieds (142 mèt. 112 mil.). Jean Hûltzde Cologne, appelé pour finir l'édifice , posa en 1439 la der-

oière pierre de la flèche. Celle-ci ayant été brisée par la foudre en 1654, Heckler la rebâtit en trois ans. Sons prétexte d'embellissement, on abattit en 1682 un admirable jubé; on tapissa le chœur, dix ans plus tard, de lambris en bois peint et doré; on détruisit en 1732 une partie de la nef pour agrandir le chœur, et l'on construisit des tribunes pour les musiciens. La foudre détruisit en 1759 la toiture couverte de plomb. Deux cent trentecinq statues de saints furent abattues en 1793, et, pour sauver la flèche, il fallut la coiffer d'un énorme bonnet rouge en fer-blanc, qui est conservé à la bibliothèque de la ville. Enfin le chœur a été restauré dans le style primitif en 1848; les lambris en bois en ont été enlevés ainsi que les tribunes.

La cathédrale de Strasbourg réunit donc à peu près tous les styles du moyen âge. Ainsi, Ton remarque le genre byzantin dans les constructions primitives de la crypte, du chœur et de ses ailes, et même, en partie, du bas de la nef ; plus haut (nef principale et façade) l'ogive s'y mêle de plus en plus, dans toute sa perfection, et finit par le remplacer entièrement (1277-1339); enfin le corps intermédiaire entre les étages des deux tours (1365) et le couronnement de la tour du N. (1439) commencent à participer de la décadence de l'art.

Trois portails décorent la façade.

Celui du milieu est orné de colonnes et de 14 statues représentant les Prophètes de l'Ancien Testament. Parmi les statues des portails de dr. et de g., celles des Vierges folles et des Vierges sages sont les plus belles; quelquesunes sont des chefs-d'œuvre. Elles datent de la fin du xnr s. Un grand nombre de figures plus petites et de bas-reliefs décorent les voussures et les tympans de ces trois portails, au-dessus desquels sont placées, sur la ligne où commence le second étage, les statues équestres de ClovtSy de Dagobert, de Rodolphe de Habsbourg et de Louis XIV (cette dernière ne date que de 1K28). On a récemment placé plus haut les statues équestres de Pépin le Bref, de Char-

lemagne, d'Othon le Grand et d'Henri l*r l'Oiseleur. Au-dessus du portail du milieu, s'ouvre une rose èn vitraux peints, aussi élégante que hardie, dont la circonférence mesure 50 mèt.

Aux côtés N. et S., les deux tours sont percées d'une grande fenêtre ornée de belles rosaces devant lesquelles s'élèvent de très-minces piliers. Le même système de décoration se reproduit à l'étage qui se trouve su- dessus de celui-ci. Les statues des Apôtres remplissent une galerie qui règne audessus de la rose du milieu ; au troisième étage, entre les deux tours, est une sculpture gigantesque (1849) représentant le Jugement dernier :

el e est due au ciseau de M. Ph. Grass. Tout cet étage est couronné par la plate-forme, à l'exception de la tour du N., sur laquelle s'élève la flèche, supportée par une tourelle octogonale décorée de statues. Quatre des faces de cette tourelle sont cachées par des escaliers tournants d'une grande hardiesse, d'une élégance et d'une légèreté merveilleuses, qui conduisent à une galerie où commence la flèche.

C'est un obélisque à huit pans, découpé à jour avec une incroyable délicatesse, et formé de six étages de petites tourelles, posés l'un tur l'autre en pyramide. Au-dessus du sixième est la lanterne, à laquelle aboutissent huit escaliers tournants, à jour; de là on parvient, par des degrés extérieurs, à la couronne; plus haut, au-dessus d'un autre évasement appelé la rose, la flèche continue de s'élancer en formant une croix de 1 mèt. 70, terminée par un bouton avec paratonnerre.

L'élévation totale de l'édifice est de 142 mèt. 112; la grande pyramide d'Ér gypte ne la dépasse que de 2 mèt.

Deux portes à plein cintre forment le portail méridional, orné de bas-reliefs et des remarquables statues de la Religion chrétienne et de la Religion juive que la tradition attribue à Sabine de Steinbach, fille d'Krwin ; les statues d'Ertutn par M. Kirstein et de Sabine par M. In. Grass, s élèvent en

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