‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 95 sur 489 · STRASBOURG. — ÉGLISES · texte numérisé non relu

STRASBOURG. — ÉGLISES

qui n'est visible que sur quelques points, toute la ligne ondulée de la Forêt-Noire. Au S. , s'étend . la plaine de l'Alsace, dans laquel'e se dessinent principalement le cours de l'JU et la longue rangée de peupliers bordant le canal du Khône au Rhin. Enfin, au N., en contournant la base de la flèche, le regard s'étend sur la forêt de Haguenau, sur le prolongement des Vosges vers "Wissembourg et sur celui de la Forêt-Noire dans la direction de Bade et de Cârlsruhe. — Avec une bonne longue-vue on peut ainsi parcourir des yeux, en détail et en un instant, toute cette pittoresque région. — Parmi les souvenirs qui se rattachent à la plate-forme, nous mentionnerons le banquet qui y a réuni, le V septembre 1834, les membres du congrès géologique tenu à Strasbourg.

De la plate-forme, on peut encore monter, sans autre autorisation, à la première galerie de la flèche, appelée les quatre tourelles; mais cette ascension, qui n'a d'ailleurs qu'un intérêt secondaire, sans être dangereuse, cause déjà un sentiment pénible d'inquiétude aux personnes sujettes aux éblouissements. Pour aller au delà et gravir les escaliers pour ainsi dire extérieurs qui conduisent à la lanterne et à la couronne, il faut demander une autorisation spéciale à la mairie, cette dernière partie de l'ascension n'étant pas sans quelque péril.

Le Temple-Neuf, situé à l'angle formé par la place et la rue de ce nom, n«n loin de la promenade du Broglie, est un monument du xni' s. Une allée sépare la nef, consacrée au culte protestant, du chœur, affecté aujourd'hui à la bibliothèque publique de la ville. Ce chœur autrefois décoré de beaux vitraux, dont quelques-uns sont conservés, est remarquable par la légèreté de ses voûtes. Il est aujourd'hui divisé en plusieurs étages. L'église proprement dite se compose de quatre nefs que séparent des piliers surmontés

d'arceaux et de voûtes en ogive. Plusieurs monuments précieux y sont renfermés. On y i emarque : une pierre sépulcrale du xvi* s., retrouvée en 1837, et d'une v admirable beauté, quoique dégradée ; elle porte en ronde bosse la statue colossale de l'éveque Jean Ortwin ; — une peinture à fresque représentant la Danse des morts, découverte en 1824; — la pierre tumulaire du frère Tauler, le plus éloquent des Frères-Prêcheurs, auxquels appartenait autrefois l'église; et enfin de très-belles orgues de Silberroann, adossées au mur qui sépare la nef du chœur. — C'est dans l'enceinte des bâtiments du Temple-Neuf que se trouve le gymnase protestant.

Le temple Saint-Thomas s'élève sur remplacement d'un palais des rois Francs. Cet édifice, fondé en 822 dans le style byzantin, fut deux fois incendié et reconstruit ; puis, comme il menaçait ruine, il fut réédifié de nouveau au xm* s. Le chœur fut commencé en 1*270 et le vaisseau, à cinq nefs, fut construit, dit-on, de 1313 à 1330. A chaque extrémité de l'église, s'élève une tour : l'une, à 10., du style byzantin à sa partie inférieure, parait remonter à la première reconstruction datant du XIe s. ; la seconde tour, à TE., est de forme octogonale et ap~ partient au st>le gothique. Elle est couronnée par'une galerie et se termine par une haute toiture en tuiles vernies. Le temple Saint-Thomas est affecté, depuis 1549, au culte protestant auquel la possession en a été confirmée par la capitulation de 1681.

L'intérieur, où l'on aduire les piliers élancés qui soutiennent la voûte, offre de beaux vitraux coloriés, des orgues d'André Silbermann et des lustres en cuivre d'un très-beau style.

Saint-Thomas renferme plusieurs monuments funéraires, dont le plus intéressant est le mausolée dn maréchal de Saxe, chef-d'œuvre de Pigalle : devant une pyramide en marbre gris, est placé un sarcophage; le maréchal est debout ; il descend d'un

pas ferme les marches qui conduisent au cercueil ; à sa dr. sont renversés sur leurs drap -aux brisés l 'aigle d'Autriche, le lion belge, le léopird anglais; à sa g., devant les drapeaux de la France, le Génie de la guerre en pleurs tient son flambeau renversé ; plus bas que le Génie et devant le maréchal, la France éplorée s'efforce de retenir d'une main son héros, et de l'autre essaye de repousser la Mort, qui montre au maréchal h cercueil ouvert; de l'autre côté du sarcophage, Hercule, la tête appuyée sur une main, est plongé dans la douleur.

Cette composition, justement admirée, n'est cependant pas exemple du maniérisme et de l'affectation théâtrale qui caractérisent l'art de cette époque.

La figure allégorique de la France manque un peu de style, et rappelle plutôt les nymphes charmantes de Coustouque la personnification d'une nation éplorée. Mais la figure du maréchal de Saxe, par son attitude héroïque et simple à la fois, par la fière expression du visage sur lequel on lit le calme défi de la mort, est à elle seule une œuvre du premier ordre, digne de tout éloge. Une inscription rappelle que ce tombeau a été élevé, en 1777, au maréchal de Saxe sur Tordre de Louis XV.

Un autre monument, extrêmement curieux, est le cercueil en pierre de Vëvêque Adeloch , remarquable par ses sculptures, et qui porte pour date :

DCGCXXX.

Nous signalerons encore, à Saint- Thomas : divers monuments élevés à des savants dont s'honore l'Université de Strasbourg, entre autres celui qui fut érigé à Schœpflin par sa sœur, et ceux de l'historien Koch et du savant Jérémie -Jacques Oberlinf frère du célèbre pasteur du Ban de la Roche (R. 70, fi.).

Dans une petite pièce, on montre aux visiteurs deux momies, un comte aeNassau-Saarbrûck et une jeune fille inconnue, dont les vêtements, tombés en lambeaux, ont été refaits (ceux de

l'homme seulement) avec des étoffes de notre époque ; c'est d'ailleurs une triste exhibition, à peine digne d'un instant de curiosité (F. à ce sujet, le Bibliographe alsacien, octob. 1866).

Saint-Pierre-le-Vieux, (à l'angle formé par la Grande- Hue et la place Saint- Pi erre-le Vieux) est la plus ancienne église de Strasbourg quant à son origine ; car on en fait remonter la construction au ive s. Mais, les reconstructions et les nombreux remaniements qu'èile a subis ont effacé toutes traces de l'édifice primitif, en sorte que Saint - Pierre - le - Vieux n'offre qu'un intérêt très -secondaire.

Nous signalerons toutefois la tour du clocher et la flèche élégante, du xv" s., qui surmonte le chœur. Entre l'église et la place Saint-Pierre, s'étead un cloître assez bien conservé en partie, et où l'on remarque plusieurs pierres tombales. Suivant une disposition que l'on retrouve dans d'autres églises de Strasbourg et du reste de l'Alsace, la nef de Saint-Pierre-le- Vieux, séparée du chœur par un mur, est affectée au culte protestant, et le chœur appartient au culte catholique ; Dans la partie consacrée au culte catholique se voient quelques peintures dans le style allemand, représentant la passion de Jésus-Christ.

Saint- Pierre -le -Jeune (sur la place du même nom, s'ouvrant rue de la Nuée-Bleue, près de la promenade du Broglie) a remplacé un oratoire dédié à saint Colomban , et qui, agrandi et érigé en église collégiale en 1031, fut dédié à saint Pierre en 1052, par le pape Léon IX. L'édifiée actuel, dont la construction date du xiii* s. (la nef) et du xiv* s. (le chœur), ne présente rien -de remarquable.

L'église , séparée en deux parties comme à Saint-Pierre-le-Vieux, est affectée aux cultes protestant et catholique.

Après ces églises, les plus importantes de Strasbourg , nous nous bornerons à mentionner brièvement Saint -Louis (près du pont Saint -

Thomas), qui renferme : un baptistère i orné d'un bas-relief en marbre blanc de M. Friederich, représentant le baptême de Clovis; un autre groupe du même sculpteur, dont le sujet est la conversion de Bathilde par saint Florent; et un saint Louis en prières, peint par M. Guérin ; — Saint-Jean (sur le quai du même nom, près du faubourg de Saverne, à peu de distance de la gare); — Sainte-Madeleine (rue Neuve, non loin du quartier d'artillerie), dont on remarque le chœur et les vitraux : — Saint- Étienne, (près du pont Saint-Guillaume, sur le quai de la rive g. de rill), église fondée vers 717 par le duc Adalbert, père de sainte Odile. Cet édifice (mon. hist.). de style byzantin, offre dans ses constructions extérieures des parties très-intéressantes.

Saint-Étienne forme la chapelle du petit séminaire que l'évêque a fait construire, il y a peu d'années, sur les terrains environnants. — Les quatre églises dont nous venons de parler, sont exclusivement consacrées au culte catholique ; les trois églises suivantes sont, au contraire, spécialement attribuées au culte protestant:

Sainte - Aurtlie (dans le haut du faubourg National), complètement rebâtie au xvm* s. sur remplacement d une chapelle fondée en 940; — Saint-Nicolas (sur le quai du même nom, rivedr. du bras principal de l'Ill). renfermant un monument à la mémoire du savant professeur et prédicateur Isaac Haffner, mort en 1831 ; — Saint-Guillaume (sur le quai des Pêcheurs, à peu près en face de Saint-Étienne dont elle est séparée par l'Ill) , fondée en 1306. Dans le chœur se trouvent deux monuments funéraires dignes d'attention bien que dégradés:

ce sont les tombeaux du comte Ulric, landgrave de la Basse-Alsace, et de son frère Philippe, morts, le premier en 1344, le second en 1332. On remarque, en outre, à Saint-Guillaume, au fond du chœur, un bas-relief en bois représentant le duc Guillaume

d'Aquitaine fondateur de l'ordre des Guillelmites, dans la nef, une inscription en l'honneur de Jacques Wimpfeling, et enfin de fort beiux vitraux.

Les Réformés de la confession helvétique ont à Strasbourg un temple particulier (rue du Bouclier) , dont la construction remonte à 1787; — les Israélites y possèdent depuis 1834 (rue Sainte-Hélène, dans le voisinage de la place Kléber), une synagogue dont U distribution intérieure se recommande par son bon goût.

Nous terminerons notre nomenclature des édifices religieux de Strasbourg, en signalant la chapelle de la congrégation des Sœurs de charité de saint Vincent de Paul; c'est une jolie construction moderne dans le style ogival du xiv* s.

Édifloee civlU.

L'Hôtel de la préfecture, situé entre la rue Brûlée, le quai et la place du Théâtre, est un bel édifice construit sur un emplacement tristement célèbre par l'extermination de deux mille Juifs qui à l'époque de la peste noire (1349) furent impitoyablement livrés aux flammes par la populace, sous le prétexte qu'ils provoquaient la maladie en empoisonnant les fontaines. C'est au souvenir de ce sinistre événement que la rue Brûlée doit son nom.

L'hôtelde la préfecture, entouré d'un beau jardin, a été bâti en 1730 par le préteur royal François-Joseph Klin* glin, qui fut plus tard mis en jugement pour les malversations scandaleuses dont son administration était entachée .

L'intendant de la province d'Alsace occupa ensuite cet hôtel devenu, après la réorganisation départementale , la résidence des préfets. — L'HôteJ de ville ( entre la rue Brûlée, où se trouve l'entrée principale et la promenade du Broglie), appelé successivement Hôtel d'Ochsenstein, Hôtel de Hanau ou de Darmstadt, a été élevé dans le commencement du xvni0 s. ; et considérablement agrandi et em-

DE PARIS A STRASBOUBG.

belli en 1840, époque où on l'a décoré d'un large perron sur la promenade du Broglie. Au rez-de-chaussée, dont les salles donnent sur le Broglie, se trouve le musée de peinture et de sculpture (P. ci-dessous); le reste du bâtiment est occupé par les différentes salies et bureaux du service municipal.

L'hôtel de ville, qui rappelle plutôt, par une certaine sévérité de lignes, le xvii- s. que le xvni*, est un édifice d'un aspect gran liose. Au moyen âge le Sénat strasbourgeois, qui représentait alors la haute autorité municipale, siégea d'abord au palais épiscopal; puis il profita des querelles soulevées par une question de préséance, entre les Zorn et les Mulnheïm, pour s'installer, en 1321, dans un hôtel spécial. Enfin, en 1585, un nouvel édifice municipal fut construit sur la place du Marché (aujourd'hui place Gutenberg), par l'architecte Daniel Specklé.

Ce second hôtel, saccagé à l'époque de la Révolution, est actuellement connu sous le nom d'Hôtel du cornmerce (V. ci-dessous).

Le château impérial, ancien palais épiscopal, un des beaux édifices modernes de Strasbourg, se trouve situé entre 1*111 et l'aile S. de la cathédrale. Il fut bâti par le cardinal de Rohan, de 1728 à 1741. La façade, du côté de la rivière, est remarquable par sa colonnade.

- Le Frauenhaus est une maison de la Renaissance au S. de la cathédrale, à dr. de la façade du château impérial. On le nomme ainsi, et en français : maison de V Œuvre de Notre- Dame, parce qu'il est le siège de l'administration d'une riche et ancienne dotation ou œuvre spécialement affectée à l'entretien et aux réparations de la cathédrale. Ce charmant édifice construit en 1581, et dont l'escalier est remarquable par son élégance et sa légèreté,renferme plusieurs plans anciens, sur parchemin, de la façade et des tours ; — les pièces du mécanisme de l'ancienne horloge ; — une grande quantité de fragments

provenant des modifications et mutilations subies par la cathédrale pendant les deux derniers siècles;— une collection de moulages sur plâtre des plus belles sculptures de la cathédrale.

L'Hôtel du commerce (place Gutenberg) est occupé par le tribunal et la chambre de commerce et par un Cercle commercial et littéraire. Cet édifice, dans le style de la Renaissance, a deux étages avec un rez-de-chaussée percé, de chaque côté de la porte d'entrée, de quatre grandes baies en plein cintre. Toutes les fenêtres des deux étages, très-larges, sont divisées en trois ouvertures par des meneaux délicatement découpés et surmontées d'un couronnement qui ne manque pas d'une certaine grâce. Les fenêtres, pratiquées sur trois rangées dans la haute toiture du bâtiment, sont également décorées dans un goût original.

Le théâtre (à l'extrémité N. de la promenade du Broglie), a été construit de 1805 à 1821, sous la direction de M. Villot, architecte de la ville. La principale décoration de la façado consiste en un beau péristyle élevé de plusieurs marches et formé d'une ordonnance de six colonnes d'ordre ionique correspondant à autant de pilastres séparés l'un de l'autre par des portes cintrées. L'entablement supporte les statues de six des Muses, sculptées par Ohmacht, l'artiste éminent dont le ciseau a doté Strasbourg de plusieurs œuvres remarquables.

La salle, d'une coupe élégante, vaste et bien distribuée, supporterait aisément la comparaison avec celles des plus beaux théâtres de Paris. Un généreux habitant de Wissembourg, M. Apfel, ayant lait une donation considérable (50000 fr. de revenu annuel) au théâtre de Strasbourg, une partie de cette somme a été appliquée à l'orchestre. On a pu ainsi reunir de nombreux et excellents artistes qui forment certainement un des meilleurs orchestres de France, par l'ensemble, le goût et la délicatesse de l'exécution. Les chefs de partie ont le titre

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