ROUTE 4] ÉTRETAT. — LES FALAISES
est - elle constamment entretenue dans cette valleuse pour les douaniers et les pêcheurs. Les touristes en profitent. Sur ce point, la falaise a près de 85 mèt. Quand on est parvenu au sommet, on gagne à g., en quelques minutes, la Chambre des Demoiselles, grotte taillée dans la partie supérieure d’une aiguille isolée. Une arête étroite de gazon, entre deux précipices, y conduit. De cette grotte, sur les parois de laquelle sont gravés les noms de nombreux visiteurs, partait un escalier, dont il ne reste plus que trois marches, qui communiquait à la mer. Le plateau de la Chambre aux Demoiselles offre une vue magnifique sur Étretat, la mer et ses falaises.
M. Morlent (Guide du touriste auHavre) raconte ainsi la légende suivante.
« Un jour trois jeunes filles, rivales de grâce et de beauté, furent livrées au supplice de Régulus par le seigneur de Préfossé. (M. Morlent eut dû ajouter : qui voulait les punir de leur vertu). Un tonneau, hérissé de clous aigus, les roula du haut des rochers dans les eaux de la mer; longtemps la machine horrible flotta sur les ondes, en laissant échapper des gémissements qui n’avaient jamais frappé ces rivages , et qui redoublaient, quand les accidents du courant la poussaient sur des rochers.
Enfin elle s’abtma, et ce ne fut que longtemps après que, brisée par les eaux furieuses, elle ouvrit un passage à trois spectres sanglants qui s’arrêtèrent sur les rochers du fort, s’y assirent avec gravité et y établirent leur demeure éternelle. Ce sont là les Chambres aux Demoiselles.
Chaque nuit, elles s’en délachent pour visiter leur ancien séjour; elles franchissent le sentier solitaire, et, vêtues de longues robes blanches, remontent jusqu’aux ruines de leur antique palais, qu’elles parcourent lentement; puis, au soleil levant, elles regagnent, en bondissant sur les brumes du matin , leur rocher silencieux. »
De la falaise d’aval, on redescend à Etretat, à moins que l’on ne veuille aller jusqu’au cap d'Antifer (F. ci-
dessous) .
La Falaise d'amont doit être visitée, au contraire, en commençant par le point culminant. On monte d’abord sur les gazons de la côte du Mont à (10 min.) la chapelle Notre- Dame bâtie, en 1856, dans le style ogival primitif, à 86 mèt. d’altit. On y découvre une belle vue. A peu de distance du sémaphore voisin, près d’une petite maison dedouanier, on descend, par un sentier (la valleuse d’Amonl) en partie taillé dans le roc, à la base de la falaise appelée le banc à cuves.
Sur la dr., on découvre la roche de Vau-Dieu, vrai pan de murs resté debout au milieu des ruines et en face de laquelle se trouve le Trou <1 Domain. Un peu plus loin se dresse l’Aiguille de Belval ou de Bénouville; colossal monolithe battu sans cesse par la vague et détaché de la falaise dont il est éloigné de plus d’un kilomètre. Près de cette aiguille s’étend le banc de Sainte- Anne, célèbre par le naufrage qu’y aurait fait, en 1766, un marquis de Créquy. — La mer ne permet jamais de passer à pied sec par h Porte d'amont. Sur la g., s’ouvre un tunnel bien amélioré depuis quelques années et dont la traversée n’offre aucun danger. Au sortir de ce tunnel, on débouche, de l’autre côté de la porte d’Amont, dans une petite crique dominée par de belles falaises à pic qui supportent la chapelle de Notre- Dame-de-la-Garde. — A marée haute, par le gros temps, la mer s’engouffre en bouillonnant dans cette crique qu’elle remplit presque entièrement de ses vagues, aussi l’a-t-on surnommée le Chaudron. On revient à Etretat en suivant les galets.
Si, au delà du Sémaphore, on continuait à suivre la crête de la falaise, on atteindrait, en 30 min. environ, Bén outille, v. de 302 hab. qui n’offre rien d’intéressant par lui-même, mais
DE PARIS A ÉTRETAT
rès duquel on peut descendre au
ord de la mer. — N. B. On peut y déjeuner sous les pommiers du père Isaac (bon curaçao).
La valleuse de Bénouville est un sentier en spirale qui fait le tour d’un énorme puits naturel et se termine par un escal ier établi aux fraisde M. Milliaud, qui y a dépensé plus de 2000 fr. Grâce à cet escalier, on peut descendre maintenant en toute sécurité du haut de la falaise d’amont au bord de la mer. Près de cette curieuse et pittoresque valleuse se voit la Fontaine aux mousses ,dontleseaux, divisées en petits filets, serpentent à travers des sédiments calcaires couverts de mousse.
En remontant le Grand-Val d’Étretat, près des dernières maisons et du château Grand-Val, on trouve un petit bois, la Passée, qui offre aux promeneurs un frais ombrage pendant les chaleurs de l’été. A 4 kil. le Grand- Val se bifurque près du Vauchel. Si l'on continue à remonter lebrasprincipal à l’E. , on ne tarde pas à entrer dans le Bois des Loges qui couvre la vallée et les plateaux sur une assez grande étendue et où l’on peut faire d’agréables promenades. Son extrémité supérieure est <4 6 kil. environ du Vauchel.
Yport, Fécamp, le Havre, St-Jouin, visités fréquemment par les baigneurs d’Étretat, sont décrûs dans les routes 2, 5 et 7. 11 ne nous reste donc plus qu’à indiquer ici l’excursion du cap d’Antifer qui demande 2 à 3 h. à pied.
Pour aller d’Êtretat au Gap d’Antifer, il faut d’abord monter sur la falaise, près de la Chambre des Demoiselles, puis suivre la crête des falaises. Après avoir laissé à dr. la valleuse d’aval (F. ci-dessus), on atteint, en 20 min., un petit ravin qui domine les ruines d’une ancienne batterie. 10 min. plus loin, on traverse un second ravin plus profond, au fond duquel a été établi un corps de garde de douaniers. De ce corps de garde on peut descendre facile-
ment et sans corde au bord de la mer. La falaise, un peu moins haute, est cultivée, sur ce point, jusqu’au sentier qui la borde. Enfin (15 min.), on remonte les versants d’un troisième ravin, d’où l’on peut descendre à la mer, à l’aille d’une corde, par une valleuse difficile mais peu longue, avant d’atteindre, (15 min.), le Cap d’Antifer, haut de 110 met. et surmonté d’un sémaphore bâti en 1862. De là, on découvre,* à une grande distance, les falaises blanches taillées à pic qui dominent la mer à dr. et à g. et sur lesquelles les mouettes font leur nid.
45 minutes seraient encore nécessaires en suivant la crête pour aller au village de Bruneval.
Du cap Antifer on peut regagner à travers champs, en passant par le hameau de Jumel entouré d’arbres, le village du Tilleul (3 kil. F. R. 3), où l’on rejoint la route du Havre à F.tretat (R. 3).
Près du cap d’Antifer se trouve le Boc-aux-Guillemols , bien connu des chasseurs, des marins et des naturalistes. Le Guillemot est de la grosseur d’un pigeon ; ses ailes sont étroites et courtes, aussi son vol est-il de peu de durée et presque toujours à fleur d’eau. Le Guillemot, habitant des vastes mers qui baignent les bords arides de l’Ecosse, des Orcades et des Feroë, semble avoir choisi de préférence la plage d’Étretat , pour y établir son domicile pendant trois mois environ, au temps de la ponte et de la reproduction, c’est-à-dire au printemps. 11 fait son nid ou plutôt il pond son oeuf, un seul, très-gros relativement à la taille de l’oiseau et de la forme d’une poire, dans les parois verticales des falaises, mais à des hauteurs inaccessibles. La chasse aux guillemets se fait, soit en se promenant sur le bord de la mer, soit en montant une petite embarcation, qui peut sans inconvénient longer les anfractuosités de la côte.
D’Étretat au Havre, R. 3 ; — à Fécamp.
FROBER VILLE