ROUTE 4] ÉTRETAT. — LE CASINO. — L’ÉGLISE
devant lui de la France au point de vue de la civilisation pratique.
« Ce3 réflexions, qu’il faut généraliser, ne s’appliquent pas plus àÉtretat qu’à la plupart des autres petites villes de province. Etretat, au contraire, fait de son mieux pour que ses chambres garnies soient garnies, pour que ses maisonnettes deviennent des cottages, pour que les chemins de sa passée, charmante promenade située à l’extrémité d'un bois de hêtres, soient de jour en jour moins bourbeux par las temps de pluie; pour que son établissement de plaisir, son centre de réunion, prennent le rang d’un vrai casino. »
I.e Casino d’Etretat, bien modcs.te, mais bien utile, a été inauguré en 1852; il comprend un salon de lecture et un salon de conversation, qui, lorsqu’il s’agit de donner une fête (bal ou concert) , peuvent ne former qu’une seule salle. 11 a été bâti sur le point le plus central et le plus élevé de la plage, en vue de la mer qu’il domine. De la belle terrasse qui s’étend en avant, au-dessus des cabinets de bains, on jouit d’un admirable paysage.
L’établissement du Casino donne des bains chauds d’eau de mer ou d’eau douce. Quant aux bains de mer, ils peuvent se prendre devant le Casino sous la surveillance des frères Mathurin, ou plus à droite avec les baigneurs Zéphir père et (ils et Duchémin . Cette concurrence est regrettable, bien que l’on soit également certain d’être aidé ou secouru par ces hommes intrépides qui passent, à bon droit, pour les baigneurs les plus complaisants et les plus courageux de la côte normande.
Bien qu’Êtretat ne soit qu’un port d’échouage, la rade, d’un excellent fond, pourrait offrir un refuge aux bâtiments chassés par la tempête ou par l’ennemi, si on la mettait à l’abri des vents qui soufflent du S. O. au N. E.; aussi a-t-il été plusieurs fois question d’y construire un port mili-
taire. C’est entre Cherbourg et Boulogne le point qui présente le plus d’avantages pour un établissement de ce genre.
Il s’équipe, à Etretat, quelques barques pour la pêche du hareng et du poisson frais. Le parc aux huîtres, établi vers la lin du xvutr s., a été supprime il y a peu d’années. On en voit encore des traces. 11 ne rapportait pas des bénéfices suffisants.
Les pêcheurs d’Étretat vont tous les ans à Dieppe pêcher le hareng pendant trois semaines environ. Ils reviennent après avoir vendu leur prise dont le produit est partagé par bateaux. Le port renferme de gros et de petits canots. Les gros sont destinés à la pêche du maquereau; les petits servent à toutes, les autres pèches. Les véritables pêcheurs, qui ne sauront bientôt plus où se loger, et qui ont vu s’augmenter successivement le prix de toutes les denrées, ont peu gagné, jusqu’à ce jour, à l’aisance que l’affluence croissante des étrangers a répandue parmi la classe des propriétaires et des commerçants.
L’église Notre-Dame (mon. hist.) nue et simple à l’extérieur , est un édifice remarquable de l’époque romane. Le portail forme une arcade romane ornée de zigzags, de frettes crénelées et de têtes de clous et supportée par des colonnettes dont les chapiteaux offrent des personnages sculptés. La nef avec ses colonnescourtes et rondes a présente, dit M. l’abbé Cochet, un des types les plus curieux de l’architecture romane rustique; l’or givc oommence aux deux dernières arcades de la nef; les fenêtres des bas côtés ont été agrandies sousLouisXIV.
Ce remaniement a fait perdre à l’église sou caractère primitif. Au bas de la nef est un puits large et profond dont l’ouverture est recouverte de bancs. »
« Le plus beau morceau de cette église, ajoute M. l’abbé Cochet, c’est la lanterne supportée par quatre
DE PARIS A ÉTRETÀT,
grands piliers tapissés de prismes et de colonnettes. »
Si l’église est trop éloignée du village, c’est, dit la légende, que le diable l'a voulu ainsi. Une princesse, surprise au bord de la mer par des pirates, avait fait le vœu de construire une église. Elle fut sauvée et tint parole ; mais le diable, trouvant sans doute, l’emplacement mal choisi, transportait chaque nuit le travail de la journée précédente à l’endroit où s’élève l’église actuelle. On finit par le laisser faire.
De nombreuses découvertes d’objets d’art ou de constructions antiques ont été faites à Etretat, notamment depuis cinquante ans. Les principales consistent en vases, tuiles romaines, médailles, cuillères, clochettes, brocs en bronze, débris de villas avec pavages en mosaïque , baignoires ou baptistères lambrissés de haut en bas avec de beaux dallages en pierres de liais, aqueducs romains, dont un, long de 3 kil., amenait, à Étretat, les eaux du fond du Petit-Val. En 1855, des ouvriers, occupés à construire une route, rencontrèrent près de la ferme du Vauchel, au milieu d'une épaisse couche d’argile, une suite de vases dont les divers groupes, dit M. l’abbé Cochet, étaient séparés les uns des autres par des cailloux roulés. Cinq urnes, en terre grise, contenaient des ossements humains brûlés ou concassés. En outre, des fouilles pratiquées à diverses reprises dans le jardin du presbytère et dans les lieux environnants, ont fait découvrir un cimetière mérovingien dans lequel ont été trouvés plusieurs sarcophages et un grand nombre d’objets très-curieux.
rromenidet et exourtloiu.
Les Falaises d’Étretat méritent, avant tout, la visite de tous les touristes, qui devront les contempler tour à tour des bords de la mer et du haut de leur crête , en ayant soin de gravir celles du S. O. ou d’aval et de descendre celles du N. E. ou d’amont.
La falaise d'aval ne peut être visitée à sa base qu’à la marée basse, et souvent môme des excavations, pratiquées dans les rochers et remplies d’eau, rendent cette promenade difficile. En tout temps, il faut marcher avec précaution sur les rochers recouverts de mousses glissantes. En se dirigeant vers la Porte d’aval que l’on voit de la plage, on passe devant le Trou à l’homme, vaste grotte pavée de roches blanches recouvertes d'un sable extrêmement fin. L’intérieur du trou d l’homme , dans lequel on pénètre assez avant, et dont les murs sont tapissés d’une couche épaisse de mousse, offre un aspect pittoresque.
A peu de distance du trou à l’homme se trouve la Porte d’aval, espèce de portail ogival, ouvert par les vagues à l’extrémité de la falaise, et d’autant plus curiepx que la mer est plus agitée. Au-dessous est le trou au chien.
A côté de la porte d’Aval, se dresse un obélisque calcaire dont la base s’appuie sur des rocs sous-marins mais complètement isolé de la falaise.
C’est l'Aiguille d’Étretat qui n’a pas moins de 70 mèt. de hauteur et sur le sommet de laquelle les mauves font leur nid.
La porte d’Aval franchie, on aperçoit, au delà d'un vaste cirque nommé le Petit-Port, et formé par la falaise à pic, une seconde porte appelée la Manneporte, arcade immense qui donnerait passage à un navire muni de ses mâts et de ses voiles. Au delà de la Manneporte, il faudrait marcher au moins 30 minutes pour trouver un passage dans la falaise qui se continue à pic jusqu’au cap d’Antifer. — Les promeneurs, peu désireux de revenir par le même chemin, trouveront entre les deux portes une valleuse escarpée, difficile même , surtout pour les dames. La montée est roide, le sentier étroit, les degrés taillés dans le roc ou la terre sont en mauvais état ; aussi une corde solidement attachée