‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 136 sur 499 · ROUTE 13] DIEPPE. — HISTOIRE. — ÉGLISES · texte numérisé non relu

ROUTE 13] DIEPPE. — HISTOIRE. — ÉGLISES

tune de la France. Elle lutta avec héroïsme, en toute occasion, contre les armées anglaises, jusqu’à l'heure oh le dauphin, qui fut depuis i.ouis XI, vint l'enlever à ses ennemis, à la suite d’un siège brillant et mémorable (144s).

Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François I" accordèrent tour à tour à Dieppe une protection particulière : en peu de temps, elle entreprit de nombreux travaux d’utilité publique, équipades vaisseaux, accrut son importance par l’heu reuse audace de ses navigateurs et de leurs découvertes, par ses expéditions, son commerce maritime et son industrie.

Cette nouvelle période de prospérité dura jusqu’aux guerres de religion.

Vers l’année 1557, le protestantisme fit sa première apparition à Dieppe. Un libraire, ayant rapporté de Genève des bibles en français, des psaumes traduits par Marot, et d'autres livres qui circulèrent rapidement dans la ville et les campagnes voisines, on s’assembla pour en ecouter la lecture, secrètement d’abord et bientôt en plein air. Ni les instances de l’archevêque de Rouen, ni les ordres du roi de France lui -même, transmis à son de trompe par le duc de Bouillon, ne purent faire cesser les prêches. La mort de François II ayant laissé aux protestants toute liberté d'action, la population de Dieppe, presque entière, embrassa la religion réformée. A la nouvelle du massacre de Vassy, les protestants pillèrent l’église Saint-Jacques, saccagèrent la ville et les campagnes et se portèrent à de nombreux excès. Les persécutions religieuses, exercées tantôt parles protestants, tantôt par les catholiques, selon que la fortune des armes se déclarait pour l’un ou l’autre parti ( V. ci-dessous, la bataille d’Arques), ne cessèrent qu’après la promulgation de l’édit de Nantes (1685) ; elles avaient duré près d'un demi-siècle et causé plus de ravages que la guerre étrangère elle-même.

Les guerres de religion termi nées. Dieppe eut à peine le temps de respirer, car le 17 juillet 1 694, une flotte anglo-hollandaise vint ia bombarder à l’iraproviste, et la détruisit presque en entier. Trois monuments échappèrent seuls au bombardement : le cuàteau, l’église Saint-Jacques et l’église Saint-Remy. Louis XIV favorisa la résurrection de la ville par toute sorte d’immunités. Poussés avec ardeur pendant la paix de Ryswick, les travaux de reconstruction se ralentirent trois ans plus tard, quand la guerre recommença, et furent repris, pour s'achever en 1712.

FR. NORMANDIE

La guerre de 1756 fut encore pour Dieppe une époque désastreuse. Cette ville avait perdu toute importance maritime, mais, comme son rivage était le point de débarquement le plus rapproché de la capitale, les flottes anglaises ne cessèrent de croiser devant le port et d'inquiéter les habitants par des menaces de bombardement. Dieppe, peu à peu, s’habitua à sa déchéance. Le commerce de pécheriedevinc à peu près sa seule ressource, et encore éprouvait-il de nombreuses alternatives de prospérité et de souffrance.

En 18u3, Napoléon la releva un moment du néant. Il avait compris le parti qu’il pouvait tirer de cette ville comme point stratégique vis-à-vis de l’Angleterre. Il voulait, en outre, faire de Dieppe une rivale du Havre, et donna l'ordre de creuser un bassin large et profond pour recevoir des navires de guerre ; mais, retenu à l’autre extrémité de l’Europe, il ne put réaliser son projet. Depuis, les bains de mer, mis à la mode par Mme la duchesse de Berry, ont rendu à Dieppe une partie de sa prospérité passée (F. ci-dessous, page 166).

Dieppe a vu naître, entre autres hommes célèbres, Duquesne, le médecin Pecquet qui découvrit le réservoir du chyle, Ango, Cousin, Descaliers, ou Des Cheliers, Cousin-Despreaux, Noël de la Morinière, Richard Simon, et Bruzen de la Martinière. Çà et là, des plaques de marbre rappellent aux passants les lieux où naquirent et où moururent les hommes célèbres et utiles de la cité.

Édifices religieux.

Il y a eu à Dieppe deux églises sous l’invocation de Saint-Kemy. La première, contemporaine de la ville primitive, était bâtie sur la côte ; elle a disparu pour faire place au château, auquel elle a légué une grande tour carrée qui, fondue avec celles du château, ressemble de loin à un donjon. — La seconde est l’église Saint-Remy actuelle. Cet édifice, dont la façade principale a été restaurée en 1862 et 1863, fut commencé en 1 522 et achevé en 1640. C’est un mélange assez lourd du style gothique et du plein cintre moderne. Le grand portail, du régne de Louis XI 11, composé de trois portes correspondant à chacune des trois nefs de l’église, est décoré de deux rangs

>y vjC

?le

DE PARIS A DIEPPE

de colonnes : le premier, d’ordre dorique; le second, d’ordre ionique et inachevé. Ce portail devait avoir deux tours, mais celle du N. n’existe plus depuis longtemps ; celle du S., dont le toit ressemble à un chapeau chinois, commencée en 1630 et achevée en 1685, ne se distingue que par le mauvais goût de son architecture.

L’ogive règne à l’intérieur de l’édifice composé de 3 nefs et de plusieurs chapelles. La grande nef offre, au premier abord, un aspect presque grandiose , mais les colonnes manquent d’élégance et les voûtes semblent écraser les piliers. On y remarque :

quelques sculptures de la Renaissance, à côté de la sacristie; des vitraux modernes [les Prophètes et les Évangélistes), par M. Lusson, de Paris; un bénitier grossier qui ne remonte guère au delà du xvi* s. et qui a longtemps exercé la sagacité des archéologues; deux mausolées dans la chapelle de la Vierge, contenant la dépouille mortelle de MM. de Sygogne père et fils, de Chattes et de Montigny, quatre des plus célèbres gouverneurs de Dieppe, et'des orgues de 1737, classées parmi les plus belles de la province. La chapelle de la Vierge date du règne de François 1".

L’église Saint-Jacques, le joyau d’art de la ville , fut commencée en 1230 et terminée seulement en 1743, par suite des révolutions qui désolèrent alors la France La façade principale, précédée d’une place plantée d’arbres, offre un très- beau portail du xiv* s., restauré en 1845. Il se compose d’une porte principale et de deux portes latérales. Les parois et la voussure sont ornés de colonnettes, de niches et de statues mutilées. Audessus de l’arcade ogivale de la porte principale, on remarque une charmante galerie, dans le style du xiv* s. La rose est magnifique, lin triangle, dissimulant le mur du pignon, et surmonté d’un ange, encadre un cercle de trèfles et de quatre feuilles trèsbien exécutés. Le portail est flan-

qué à dr. et à g. de deux tourelles , ornées de niches et de statues, et terminées par une plate-forme qu’entourent des gargouilles. Le couronnement en est très-gracieux.

Au côté S. du portail, à dr., s’élève une lourde tour carrée, bâtie au xvi* s. et divisée en trois étages. La simplicité des deux premiers, ornés seulement d’ogives à demi aveuglées, contraste avec la richesse du troisième, décoré d'une élégante galerie et d’ornements multipliés. De la plate-forme de cette tour, on découvre une vue étendue sur les côtes de Dieppe.

Les transsepts (xn* s.) sont surmontés d’une informe tour en briques blanches, couronnée par un dôme écrasé, qui remplaçe un dôme hardi du xvii* s. Le portail des Sibylles est accompagné de contre-forts saillants comme des tourelles et renfermant des niches vides qui contenaient autrefois les douze sibylles. La chapelle de ce nom, rendue au culte, est devenue le baptistère de la paroisse.

Les gargouilles de cette partie de l’édifice se distinguent par la bizarrerie de leur pose ou de leur forme.

L’intérieur de l’église Saint-Jacques est très-beau ; il comprend : une neL deux bas côtés et plusieurs chapelles.

La nef (xin* s.) se compose de six arcades de chaque côté ; la plus haute appartient au xiv* s. ; les cinq inférieures datent duxin* s. La balustrade du second ordre, ainsi que les arceaux des voûtes, remontent au xiv* s. : les clefs et le remplissage des fenêtres au xvi*. La chaire date de 1670; la tribune est ornée de la statue de saint Jacques et de celles des quatre évangélistes. Le chœur (xvi* s.), restauré en 1851 et 1852, la plus belle partie de l’édifice , offre une magnifique balustrade à jour, du style flamboyant. Les voûtes n magnifiquement ramifiées, » dit M l’abbé Cochet, et les galeries ont été refaites au xvi*s., sur un nouveau plan , pour réparer les dégâts causés par la guerre.

Quelques chapelles méritent une

Page 1