‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 141 sur 499 · ROUTE 13] LE PHARE D’AILLY.— SAINTE-MARGUERITE · texte numérisé non relu

ROUTE 13] LE PHARE D’AILLY.— SAINTE-MARGUERITE

rivière de la Saâne se frayant difficilement un passage à travers les galets; les marais infects d’où s’exhalaient des fièvres ou des épidémies; les corps de garde de douaniers; les pauvres chaumières qui peuplent le vallon, était, sans doute, bien loin de se douter que ces lieux, aujourd'hui si tristes et presque inhabités, furent autrefois le siège d’un des plus riches établissements romains de la Gaule septentrionale. Des fouilles , faites de 1840 à 1847, y ont amené la découverte d’une villa romaine renfermant une magnifique mosaïque (mon. hist.), à peu de distance du corps de garde de douaniers, d’un cimetière gallo-romain et de sépultures germaniques.

« Autour d’une cour centrale, bordée de portiques sur trois de ses côtés, dit M. Féret, savant archéologue qui a dirigé les fouilles, se trouvent les pièces d’habitation et de longues galeries. Ces dernières donnent sur des cours plus petites. Les portiques de la cour centrale étaient soutenus sur des colonnes et des pilastres, et, d’après quelques bases qui ont été retrouvées, il parait que ces colonnes et ces pilastres étaient alternes, c’està-dire qu’un pilastre se trouvait entre deux colonnes. Tout l’ensemble de ces bâtiments forme un carré long de 60 mèt. environ sur une largeur de 40 mèt. La distribution des différentes pièces est en rapport avec la vie et les usages des Romains et le plan de cette villa ressemble beaucoup aux plansdes villas antiques de l’Italie.

« Cette grande villa était peut-être un de ces castra élevés de distance en distance sur les frontières. S’il en était ainsi, l'étude en serait d’autant plus intéressante que ces établissements sont peu connus. Enfin, dans ce champ qui a été évidemment une des dépendances de la villa , on a découvert plusieurs rangées de squelettes. Les inhumations ont dû être faites après la destruction de l’édifice, car, des morceaux de décombres se trouvaient dans les fosses. Plusieurs de ces sque-

lettes étaient accompagnés de lances, de sabres et l’un d’eux d’une hache. Ces armes , ainsi que les plaques de ceinturons, ont beaucoup de ressemblance avec des armes et ornements du même genre qui ont appartenu aux Francs.

On suppose que ce sont des Saxons qui ont été inhumés dans ce lieu. »

V église du village , même après l’exploration des ruines, offre un vif intérêt. Elle fut bâtie entièrement au xx* s., mais considérablement agrandie au xvi*. Le portail, la nef du côté g. et les cintres appartiennent à l’architecture romane. L’abside a été restaurée, grâce aux soins de M. Féret et de M. l’abbé Cochet. On remarque, à l’intérieur, le mattre-autel, en pierre (xr ou du xii* s.), qui intéresse autant les liturgistes que les archéologues et qui a été restauré aux frais du département en 1851. — Signalons enfin le charmant colombier du château de la Tour.

De Ste-Marguerite on peut aller rejoindre à (4 kil.) OHille-la-Rivière (R. 12, p. 151) la route de St-Valeryen-Caux à Dieppe. Dans ce trajet on passekBlancménil-le-Bas , puis à Longueil, v de 730 hab.. situé à 69 mèt.

au-dessus de la rive dr. de la Saâne, où l’on remarque les derniers débris de l’ancien château, et dont l’église a conservé de vieux vitraux.

Pour aller, par l’ancienne route de voitures, à Varengeville et à Sainte- Marguerite, il faut suivre, jusqu’en face de Hautot (6 kil. environ), la route de Dieppe à Saint - Valéry (R. 12) qui passe d’abord, avant de franchir la Scie, près du village d’Apperille (100 mèt. sur la dr.), dépendant delà commune de Hautot. La petite église d’Appeville, longtemps abandonnée, mais rendue au culte tout récemment, renfermait des dalles funéraires, qui ont été encastrées dans les murs du chœur de l’église de Hautot, et un magnifique baptistère en pierre (xv* ou xvi* s.), qui, acheté par M. l’abbé Cochet, décore actuel-

DE PARIS A DIEPPE

lement l’église de Routes, commune du canton de Doudeville.

A Appeville commence un tunnel de 1800 mèt., qui, « depuis trois siècles, dit M. l’abbé Cochet, conduit les eaux de la vallée de la Scie dans tous les quartiers de Dieppe. Ce travail de géant, commencé en 1534, terminé vers 1557, est l’œuvre d’un nommé Toutain, homme de cœur et de tête, qui sortit des rangs du peuple pour s’immortaliser par cet acte de génie. Ce pauvre homme se ruina à cette longue et pénible entreprise, et l’on raconte qu’il est mort en prison et insolvable, comme presque tous les inventeurs. Ce tunnel est un des travaux les plus curieux que l’on puisse voir. »

Quand on est parvenu en face de Hautot, on prend à dr. un chemin carrossable qui se dirige vers le N. O.

6 kil. llautot-sur-Mer (F. R. 12).

Si l'on voulait aller visiter Offranville, il faudrait prendre à g., un peu avant d’atteindre lechpmin de Hautot, un chemin de voitures qui se dirige vers le S , parallèlement au chemin de fer, et passe au milieu même du bourg d’OffranvlUe (2 kil. 500 mèt. de la route), ch.-l. de oant. de 1747 hab., situé au milieu de hèties touffus et élevés. L’église, commencée en 1517 et terminée en 1616, offre, à l’intérieur, des inscriptions, des armoiries et des débris de beaux vitraux dont toutes les fenêtres étaient autrefois garnies. Les restes les plus intéressants de ces vitraux sont ceux qui représentent : la Pentecôte. sainte Catherine, la. Créât ion et la Chute de l'homme et sainte Anne apprenant à lire à la sainte Vierge. Dans le cimetière se voit un if qui mesure près de 7 mèt de circonférence. Le château d’Offranville, situé à l’entrée du bourg, au milieu de fraîches clairières et précédé de belles avenues, reçut, en 1813, la reine Hortense et son jeune fils Louis-Napoléon.

Au delà de Hautot le chemin de Varengeville se détache sur la dr. de' celui de Sainte-Marguerite qui se dirige vers l’ouest. Varengeville ( F. cidessus) est à 11 kil. environ de Dieppe par la route que nous venons de suivre, et Sainte-Marguerite (F. ci-des-

sus) à 13 kil. — N. P. Quand le chemin de grande communication, en construction, par Pourville, sera terminé, la distance de Dieppe à Varengeville ne sera que de 6 kil.

Le Follet. - La cité de Limes.

On s’y rend (30 min. à pied) par le faubourg du Pollet (hôtel de France) et par la falaise que dominait la Bastille de Talbot. Dieppe et le Pollet, quoique séparés à peine par un étroit chenal d’eau, représentent deux civilisations bien distinctes.

« Quand une fois vous aurez franchi, dit M. l’abbéCochet, l'ilot de terre placé entre le bassin neuf et l’écluse de chasse de la Retenue, vous sentirez très-bien que vous êtes dans un autre pays et que vous respirez un autre air. Ici les maisons sont en bois, basses, petites, sombres et écrasées; les rues sont tortueuses et sales; l’horizon est borné ; la circulation est gênée et l’air étouffé. Les gens que l’on rencontre sont grossièrement vêtus et ont une allure maritime qui contraste fortement avec le ton bourgeois de la rive opposée. De ce côté ce ne sont plus des boutiques, mais des échoppes; au lieu de calés, ce sont des cabarets, et les hôtels parisiens sont remplacés par des auberges de campagne.

« Au Pollet, on peut dire que nous ne sommes ni en France ni au xix* s.; ou plutôt nous sommes encore dans la France du moyen âge et presque dans la France de la Cour des Miracles. La place Bourdin, la rue aux Pourceaux et la rue Quinquengrogne vous donneront, par leur physionomie autant que par leur nom, une idée de nos villes d’autrefois ; c’est une Bohême plutôt qu'une cité. »

Presque tous les Polletais vivent des produits de leur pêche et passent la plus grande partie de leur vie en mer « Le Pollet, a dit M. Eugène Chapus, maintient ses mœurs et ses coutumes dans leur in tégri té des temps passés. Si vous parcourez ses rues

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