‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 142 sur 499 · ROUTE 13] LE POLLET. — LA CITÉ DE LIMES · texte numérisé non relu

ROUTE 13] LE POLLET. — LA CITÉ DE LIMES

étroites à la tombée de la nuit, vous les voyez encombrées de femmes assises sur leurs escabeaux, le rouet ou le tricot à la main, d’enfants prenant leurs ébats, et d’hommes assemblés par groupes, qui causent en attendant que l’heure du couvre-feu ait sonné, pour rentrer à la prière et au repas du soir. Dans la seule chambre qu’occupent tous les membres d’une famille, les lits en fond de bois, comme des cabines de bord, sont placés les uns au-dessus des autres et attenants aux parois de la muraille. Parfois la flamme un peu fumeuse d'une lampe brille sourdement pour la veillée à travers les petites vitres des fenêtres basses du rez-de-chaussée. Quand la nuit est très-close et qu’il se fait tard, il arrive encore qu’au détour d’une ruelle isolée vous trouvez une chandelle jaune que de pieuses femmes, en souvenir du fils ou de l’époux qui voyage, ont placée aux pieds d’une bonne vierge cachée dans une niche.

« Le dimanche, quand les cloches lancent leurs volées au ciel pour appeler les fidèles aux offices, le Pollet offre un aspect de recueillement profond. A l’église, ces hommes à la rude écorce s’agenouillenthumblement sur les dalles et disent leurs chapelets avec la foi, la ferveur, la simplicité d’une communiante de village. L’enterrement de l’un d’eux est une cérémonie calme et digne; l’affliction, qui se résigne mais qui dure, se lit sur leurs traits altérés. Les femmes, enveloppées d’une mante noire et la tête couverte d’un capuchon, suivent le cortège. Pas un ami du défunt ne manquerait à ce triste devoir. »

On gravit, à la sortie du Pollet, la falaise sur laquelle vint se poser Talbot, lorsqu’au xv* s. il fit le siège de Dieppe. Cette côte porte encore le nom de Bastille, parce que le général anglais avait fait élever sur cet emplacement un ouvrage en bois armé de canons et de bombardes. Des pans de murs et des caves souter-

raines que l’on remarque dans les flancs de la falaise, pourraient bien être, suivant M. l’abbé Cochet, les derniers vestiges du fort élevé par Talbot. Au delà de l’emplacement de la Bastille Talbot, il faut suivre le sentier qui accompagne l’ourlet des hautes falaises jusqu’au ravin au bas duquel se voient quelques cabanes de douaniers. A dr. d’un massif d’arbres rabougris, plantés sur le flanc opposé de ce ravin, est le hameau du Puits dont les rares habitants se livrent presque exclusivement à la culture maraîchère. Le vallon tout entier ressemble à un vaste jardin.

Les chaumières de ces jardiniers renferment des caves taillées dans le roc et appelées goves; c’est dans ces caves que les habitants du Puits passent souvent leurs soirées d’hiver.

Depuis 1856 le hameau du Puits possède un petit établissement de bains de mer (casino, tentes, restaurant, jardins, hôtel garni en forme de chalet suisse), succursale des bains de Dieppe. Si l’on avance toujours, en se maintenant à g., en vue de la mer, on ne tarde pas à découvrir un long remblai de circonvallation, tout gazonné, dont le pied est bordé, de chaque côté, par un fossé : des monticules, qui ont l’apparence de tombeaux, sont semés sur ce plateau d’une grande étendue. Suivant les uns, la Cité de Limes est un camp dont l’exécution ne peut être attribuée qu’aux Romains. De là son nom actuel de camp de César. Suivant les autres, elle fut le siège d’un établissement fondé par Charlemagne, mais il est plus probable — les fouilles et les découvertes faites par les soins de M. Féret l’ont démontré — que le vaste emplacement de la Cité de Limes était un de ces oppida où les nations gallo-belges cherchaient un dernier refuge, lorsqu’elles étaient obligées de fuir devant l’ennemi, l'oppidum était toujours situé, ainsi que la Cité de Limes en offre l’exemple, à proximité d’une gorge, d’une anse, d’une

baie, où des barques légères et portatives devaient rester en sûreté.

Arque*.

On peut aller de Dieppe à Arques par la route de voitures (6 kil.) ou par la Diepjiette que forme la réunion de trois rivières, l'Eaulne, la Béthune et la Varenne. Si l'on préfère la voie d'eau, on trouve au Cours Bourbon de nombreux bateliers dqnt les jolies embarcations rendent un choix embarrassant. Les canots descendent le cours de la rivière en 45 min., mais ils mettent 1 h. 15 min. pour la remonter. Les bordsde la Dieppette, peuplés d'oiseaux de mer, offrent de jolis paysages. — On trouve, sur le quai et les places de Dieppe, des voitures de louage (prix à débattre : 6 fr. pour Arques, fo fr. avec promenade dans la forêt). — Une voiture publique part deux fois par jour de Dieppe pour Saint-Nicolas-d'Aliermont (passant par Arques), à s h. du matin et à 3 h. du soir. Elle revient à 9 h. ri du matin et à 8 h. 12 du soir.

Les promenades dans la foret peuvent se varier à l'infini. Une visite à Saint- Nicolas-d’Aliermont (R. 19, B ) intéressera les touristes qui pourront revenir par Martin-l’Église et le Follet. Nous indiquerons aux promeneurs qui savent et veulent marcher le beau plan de la forêt d'Arques, publié en 1865 . par l'administration dos forêts, et vendu, à Paris, chez M. Logerot.

La route de voitures, — la plus fréquentée par les touristes et les habitants de Dieppe, — toujours poudreuse et encombrée, pendant l’été, de piétons, de voitures, d’équipages, de cavaliers et de caravanes d’enfants montés sur des ânes, laisse à dr. le faubourg de la Barre pour se développer entre la rivière à g. et des coteaux un peu nus à dr. Elle offre un aspect animé. Entre les beaux arbres qui la bordent, on aperçoit, de distance en distance, les riantes prairies que baigne à g. la rivière d’Arques et qui servent de champ de course. On croise le chemin de fer près du hameau de Saint- P terre, qui, dans une charte de 1282. porte le nom d'Épinay. Les travaux de déblaiement pour le chemin de fer mirent à jour, près de

Saint-Pierre, une trentaine de squelettes de l'époque franque ou de la période mérovingienne. A g. de la route, se voit une motte de terre nommée encore assez souvent la Butte-des-Salines. Sur le coteau qui domine Saint-Pierre, à l’O., des batteries furent établies, en 1589, par le duc de Mayenne, lorsqu’il vint mettre le siège devant Dieppe. Les gens du pays montrent encore dans la prairie le point où le chef de la Ligue franchit la rivière d’Arques ou Dieppette.

La route passe ensuite au hameau de Bouteilles dépendant de la commune de Rouxnxesnil (232 hab.) située à dr. sur la colline. L’église de Bouteilles a disparu complètement, mais, des fouilles, pratiquées de 1842 à 1857, sur l’emplacement de cet édifice et dans les environs, ont amené la découverte de plus de quarante cercueils de pierre du xi* et du xu* s., « rangés presque tous, dit M. l’abbé Cochet, sous les gouttières de l'église. Quinze de ces cercueils contenaient des croix de plomb, découpées comme des croix de Malte, et placées sur la poitrine des morts, qui les pressaient sous leurs bras croisés. Ces croix, cou vertes de caractères gravés à la pointe, contenaient des formules d'oraison, d’absolution ou de confession Elles sont maintenant déposées à la bibliothèque de Dieppe et au musée de Rouen, après avoir été publiées dans les meilleurs recueils archéologiques de CaeD, de Rouen, de Paris et de Londres. » Outre ces cercueils, on a découvert à Bouteilles plus de deux cents vases en terre cuite. M. l’abbé Cochet signale enfin à Bouteilles une vieille gentilhommière, nommée Haqueménouvilte, construite en grès et en caillou noir, dans l’appareil de la fin du xvi* s.

Un peu au delà de Bouteilles, on aperçoit, sur le bord même de la route, à g. et à moitié chemin entre Dieppe et Arques, une croix de pierre (xii° s.) appelée par les gens du pays Croix-de-la-Moïnerie. Un pan de mur

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