‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 156 sur 499 · ROUTE 15] LE TRÉPORT. — HISTOIRE. — L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

ROUTE 15] LE TRÉPORT. — HISTOIRE. — L’ÉGLISE

déjà leur soumission, et si elle possédait une plage convenable pour réunir une flotte nombreuse et commode pour appareiller, c'est là que César a dû établir son port d'embarquement. •’

Robert I", comte d’Eu, fonda au Tréport, vers 1060, l’abbaye de Saint-Michel, de l’ordre de saint Benoit. A la fin du xi* s., Robert Courte-Heuse partit de cette ville avec une armée pour aller combattre Henri J" Beau-Clerc, roi d’Angleterre et troisième fils de Guillaume le Conquérant, A la même époque, le comte Henri détourna vers le Tréport le cours de la Bresle, qui jusque-là coulait au pied de Mers. Au xii* s., Henri II, dernier comte d’Eu de la famille des ducs de Normandie, ayant accordé la liberté de commerce à tous les navires venant à Eu ou au Tréport, contribua puissamment à la prospérité de ces deux villes. En 1475, le comte Charles d’Artois fit commencer le canal dit canal d’ Artois; c’est la tranchée rectiligne qui, partant de l'extrémité de la Retenue, aboutit à l'aneien lit de la Bresle, sous la ferme de Sainte-Croix. Pendant le xiv« et le xv« s., le Tréport eut fréquemment à souffrir des invasions anglaises. Après l’expulsion définitive de l'etranger, le commerce de cette ville prit un nouvel essor, surtout lorsque le comte François de Clèves eut fait creuser un bassin pouvant recevoir des vaisseaux de 300 tonneaux et défendu par une tour en grès et par une jetée en bois. La tour, depuis longtemps inutile, a été démolie vers 1840. Leduc Henri de Guise protégea lajetée par une forte palissade. Sous ce prince, un simple bourgeois, Charles Myresse, consacra toute sa fortune à l’amélioration du port et de l’embouchure de la Bresle.

François I«» avait accordé au Tréport le titre de ville et lui avait donné un maire qui fut, cependant, longtemps encore, dépendant de la municipalité d'Eu, comme le Tréport du moyen âge l'avait été du chef-lieu du comté. En 1778, le duc de Penthièvre y fit creuser une écluse de chasse, qui entretint dans le port un chenal pouvant donner accès aux bâtiments de commerce. Sous le règne de Louis- Püilippe, qui vint y recevoir, en 1843 et en 1845, la reine Victoria, le quai, trop étroit sur certains points, fut élargi au détriment du port; une estacade briselames fut construite, ainsi que la caserne d’infanterie et les deux batteries fermées, situées entre le Tréport et Mers. En 1846, 2 millions, dont 200000 fr. imputables sur l’exercice 1846, et 400 000 fr. sur celui de

1847, avaient été alloués pour les améliorations du port. On devait d'abord prolonger les deux jetées. Les travaux seulement préparés, ou à peine commencés, furent interrompus lors de la révolution de 1848. En 1862 ou 1863, la jetee de l’E. a été prolongée d’une trentaine de mètres; l’écluse de chasse a été aussi reconstruite ; mais la profondeur insuffisante du port restreint trop l’espace de temps pendant lequel il est, à chaque maree; accessible aux navires. En outre, l’entrée de ce port est obstruée par le galet dans des proportions inquiétantes , inconvénient d'autant plus regrettable que, indépendamment de la pêche, qui y est considérable, le Tréport pourrait rendre des services importants comme port de refuge.

Par suite des difficultés qu’offre la baie de Somme à la navigation, il est, en effet, le seul abri ouvert sur la côte française entre Dieppe et Boulogne, il faut espérer que des travaux bien entendus, et qui seraient d'ailleurs relativement peu coûteux, mettront fin à cet état de choses. Il est question de relier le Tréport à la ligne du chemin de fer d’Amiens à Rouen, par un chemin de fer vicinal qui suivrait la riche et industrieuse vallée de la Bresle.

Une médaille d’Adrien et des fragments de tuiles et de poteries romaines, découverts en 1840 dans la vallée de la Bresle, près du Tréport, sont les seuls monuments qui attestent le passage des Romains dans ce pays. Vers 1845, des sépultures franques ont été trouvées aussi dans la vallée.

L’ancienne abbaye de Saint-Michel, fondée, en 1059, par Robert, comte d’Eu, et par sa femme Beatrix, vendue comme propriété nationale en 1791, a été détruite depuis lors par parties.

Il n’en reste qu’un puits octogonal, des fûts de colonnes et des chapiteaux. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui une caserne de douaniers.

L’église paroissiale Saint-Jacques (mon. hist.) a été reconstruite au xiv, puis au xvi* s., sur l’emplacement d’une église plus ancienne, c’est-à-dire, sur une terrasse , à micôte de la falaise, qu’il fallut, vers 1365, protéger contre les affouillements de la mer par des digues et

DE PARIS AU TRÉPORT

des murs de soutènement: Du côté du port, un escalier de 73 marches conduit à l’église, dont les murs extérieurs sont construits en grès et en silex, formant une sorte de mosaïque.

Le portail, caché par un porche en grès, œuvre postiche, offre un beau travail. C’est une grande ogive, partagée en deux anses de panier, dont la voussure est ornée de feuilles de vigne, de grappes de raisins, de feuilles de chardon, etc. Les parois sont décorées de deux niches avec dais et socles très-élégants. Le pilastre qui sépare les deux portes, et au bas duquel s’appuie un bénitier très-ancien, est surmonté d’une statue de la Vierge. Au S. du portail, s’élève une tour cadrée (xvi* s.) en pierres de taille, flanquée de contre -forts garnis de crochets. Au sommet, demeuré inachevé et terminé brusquement par un toit écourté, se voient les statues de saint Jean l’Évangéliste et d’un évêque.

A 1 intérieur, l’édifice, long de 44 mèt. sur 1 9 mèt. 60 cent, de largeur et environ 15 mèt. de hauteur, se compose de trois nefs sans transsept et d’un chœur. Les clefs de voûte, d’un travail extrêmement remarquable, forment, dit M. l’abbé Cochet, « de gracieux filets découpés en rond ou en carré et adroitement accrochés à la voûte, pour dissimuler la nudité de l’appareil, véritables voiles de guipure destinés à cacher l’union des arceaux. » De chacun de ces voiles tombent des pendentifs ornementés.

Le chœur, plus bas que la nef, est fermé depuis 18a7 par une balustrade de pierre ajourée, dans le style du xvi* s., et dont les motifs ont été copiés sur les clôtures du chœur de l’ancienne abbaye d’Eu. Toutes les fenêtres de l’église, récemment restaurées, ont été décorées de vitraux dus aux libéralités de la fabrique, des habitants du Tréport, de leurs enfants et des baigneurs étrangers. Parmi ces verrières, sorties des ateliers de M. Lusson, à Paris, nous signalerons

surtout celles du sanctuaire (l' Adora tion des Mages , saint Jacques le Majeur et saint Jacques le Mineur) -, celles de la chapelle de la Vierge ( Notre-Dame du Mont-Carmel, l'Incarnation, l 'Assomption et surtout l’ Immaculée-Conception). — On remarque, en outre, dans la chapelle de la Vierge (à dr. du chœur), l'ancien maître-autel, en pierre de Caen, et un retable en bois sculpté, provenant de l’abbaye des Carmes de Dieppe. — Dans la chapelle Saint- Nicolas (à g. du chœur), se voient une jolie piscine en pierre, deux anciennes stalles provenant sans doute de l’abbaye Saint-Michel, et une lampe d’argent en forme de navire, ex-voto de la reine Marie-Amélie, lors du départ du prince de Joinville pour la Vera-Cruz, en 1838. Cette même chapelle renferme, encastrée dans le mur, une table de marbre noir, portant l’épitaphe du comte Robert et de Béatrix, fondateurs de l’abbaye Saint-Michel. — La chapelle de Nolre-Dame-des- Douleurs (xvi*s.), dans le bas côté de g., contient deux bas-reliefs du xvn* s.

Une maison de la Renaissance, en bois sculpté, située rue de l’Eglise, sur la colline, sert de presbytère. — I. 'hôtel de ville occupe une tour carrée construite en grès et en silex, en 1563. — Nous signalerons, en outre : le calvaire en grès érigé, en 1618, sur l’une des places publiques (c’est une œuvre de sculpture trèsappréciée des artistes); — un autre calvaire en bronze, inauguré sur la falaise, le 20 août 1860; — dans la rue du Bas, quelques vieilles murailles attribuées aux Templiers, qui eurent un établissement au Tréport, dès le xir s.; — enfin, la chapelle de l'hôpital Saint-Julien (nu* ou xiv* s.), sur la route de Criel.

L’établissement des bains de mer, bâti, ainsi que nous l’avons dit, en avant de la ville, sur la plage, se compose d’un Casino . entouré de pelouses gazonnées. Il comprend une

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