ROUTE 24] GOURNAY. — SAINT-GERMER
L’église abbatiale , construite , :
comme nous venons de le dire, dans le style de transition , au xn* s. , était dans 1 l’origine un des plus beaux et des plus j curieux monuments du Beauvaisis, à en juger par la magnificence du chœur qui existe encore. En 1846, le gouvernement conçut le projet de la restaurer, mais il dut y renoncer, car cette restauration eût entraîné nécessairement une reconstruction très-coûteuse et sans intérêt.
Une commission , composée de MM. Duban, Viollet-le-Duc et P. Mérimée, fut chargée d’examiner le rapport de M. Bœswilwald et en approuva toutes les conclusions. — Depuis 1846, cet édifice délabré , qui peut se soutenir encore, tel qu'il est, pendant un certain nombre d'années, n’a subi aucune altération nouvelle.
L’église de Saint-Germer a dans œuvre, 67 met. de longueur. 18 met.
de largeur et 16 met. de hauteur sous voûle; le plan est cruciforme.
La façade principale, privée de ses deux tours, frappe par sa nudité. La porte d’entrée et le clocher sont modernes et sans intérêt. La façade occidentale du transsept S. offre un petit portail roman dont les voussures sont enrichies de feuilles et de zigzags. La façade méridionale est flanquée aux angles de deux jolies tourelles octogones. L’intérieur se compose : d’un chœur avec abside semicirculaire et d’un collatéral complet, accompagné de chapelles rayonnant autour de l’abside, d’une nef avec collatéraux et transsepts saillants.
On remarque surtout : les arcades de l'abside ornées de zigzags; le beau triforium qui règne au-dessus des bas côtés de la nef, du chœur et de l'abside; les baies oblongues qui éclairent le comble au-dessus du triforium; la corniche à coupoles à la hauteur du passage de service établi devant les fenêtres hautes; la corniche extérieure, formée d'intersections de cercles, etc. Nous signalerons aussi : les chapiteaux de la nef
(xu* s.); des pierres tombales (xm* et xiv' s.) ; un autel du xn* s. ; des 1 restes de pavés émaillés; la grille en fer battu du chœur (style du xm*s.),etc.
L’ensemble du monument a subi des remaniements à diverses époques. Dès le xiv* s. on a dû reconstruire les murs et les voûtes du bas côté S. Les voûtes, ainsi que celles, de la nef, s’étaient écroulées. La voûte de la nef fut remplacée par une voûte en bois; les arcades du triforium furent bouchées. Le transsept N. a été reconstruit au siècle dernier.
Une galerie relie l'église de Saint- Germer à une élégante chapelle, bâtie au xni* s. par Pierre de Vassencourt, trente-sixièfne abbé de Saint- Germer. Cette chapelle (24 mèt. de longueur, 9 mèt. de largeur dans œuvre)
« est éclairée, dit M. Emmanuel Woillez, par 15 fenêtres et une rosace à seize grandes divisions, à têtes trilobées, sous-divisées, du plus bel effet. Une élégante balustrade relie chaque fronton et couronne l'amortissement des murs de l’édifice, consolidé par des contre-forts saillants entre chaque fenêtre. Rien de plus gracieux que cette chapelle : c’est un admirable spécimen du style de l’époque ogivale. »
Sauvée par les soins du gouvernement, qui a consacré plus de 100000 fr. à sa restauration, cette charmante imitation de la Sainte- Chapelle de Paris, élevée onze ans après celle-ci, était entièrement éclairée par des vitraux peints, contemporains du monument. Ceux des trois fenêtres du rond-point de l’abside (vitraux légendaires représentant la Passion et la Vie de saint Germer) existent encore ainsi que les deux fenêtres en grisailles qui les avoisinent.
Les panneaux supérieurs de la Vie de saint Germer donnent la date certaine de la construction de la chapelle; on y voit le maître de l’œuvre, la règle à la main, entouré de tailleurs de pierre et de sculpteurs, dis-
DE VERNON A GOURNAY
cutant avec l'abbé Pierre de Vassencourt le prix de la construction ; au-dessus se trouve l’inscription suivante : <• Cete chapeüe fu feile au tens Vabé Pierre. » Les fleurs de lis et les tours de Castille que l’on remarque sur les bordures des vitraux prouvent que cette chapelle avait été dotée par saint Louis. La plus grande partie des verreries a été enlevée vers la fin du siècle dernier. On a restitué les grisailles de la rose et restauré les anciens vitraux existants. Desarcatures simulées garnissent le pourtour de l’édifice, dans sa partie inférieure. La porte de communication, entre la chapelle et l’abbaye, offre aussi des arcatures et des moulures. C’est de la chapelle Saint-Germer que provient le beau retable en pierre , déposé à l’Hôtel de Cluny, à Paris.
Sur la place, on remarque une maison en bois, de la fin du xvi* s.
Des débris de céramique (tuiles, poteries) ont été découverts sur le coteau de Montagny (169 mût.) qui domine Saint-Germer à l’E. ; on a trouvé aussi des sarcophages antiques au lieu dit la Garenne e t dans le champ Saint-Vaast.
DE VERNON A GISORS
34 kii. — Route de voitures. — Voit, de corresp. — 2 départs par jour. — Coupe, 2 fr.; intérieur et banquette, 1 fr. 50 c.
Après avoir franchi la Seine, on monte au delà de Vernonnct (R. 1), dans la forêt de Vernon que l’on traverse du S. au N., et au sortir de laquelle se montre, à dr.,le chdleau de Saulseuses, situé à 144 mèt. sur le territoire de la commune de Tilly.
On laisse à g. Tilly (336 hab.) et on croise la route de Mantes (dr.) aux Andelys (g.).
9 kil. Corbie , hain. de 32 hab. On laisse à g. la route de Vernon à Étrépagny par Tourny (R. 24), et à dr.
le bois Gauthier.
[A peu de distance de la croisière, on croise le chemin de Tourny à Ëcos(4 kil., sur ladr.) par(2 kil. 1/2) Civières, v. de 236 hab. Sur leterritoire de cette commune se trouve Le Chesnay, beau château de la fin du xv*s., que son propriétaire, M. de Pulligny, vient de reconstruire, restaurer et décorer lui-même de curieuses sculptures. Ce château, digne d’une visite, se compose d’un corps principal flanqué de deux tourelles et de deux tours, d’un transsept, de deux appentis avec terrasse ajoutés au commencement du xvi* s., et d’une chapelle, dans le style du xvi* s.,bâiie en 1658. L’ancien château a été démoli presque jusqu’au sol, mais toutes les pierres, la salle basse et les caves ont été conservées.
La façade principale, située au S. E., est en pierre de taille ainsi que celle du S. O., les tourelles, les lucarnes, les fenêtres hautes et tout le couronnement. La chapelle est en pierre petit appareil; les tours sont en moellons avec chaînes de pierres de taille, les appentis en briques et pierres disposées en damiers, la seconde façade en briques losangées de diverses couleurs.
Le propriétaire, M. de Pulligny, a composé, dessiné et exécuté seul toutes les sculptures : épis, crêtes (celle de la chapelle est de métaux différents), couronnements de plomb, girouettes, etc., et tous les objets d’art extérieurs. Le faite du bâtiment est, dit une notice inédite, un immense bouquet de fleurons, d’aiguilles, de pinacles, de crochets, de gargouilles, sortant d’une délicieuse corbeille dont la base est la frise, dont les bords sont l’acrotère gothique. On compte 60 mèt. de grande frise, 48 mèt. de petite frise en rinceaux, 129 mètres d’acrotères ou galeries de dessins variés, 48 retombées en culsde-lampe de feuillages et de fruits, 32 retombées de personnages et de sujets divers, 18 gargouilles, 12 pinacles, 50 grands choux, 286 petits