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D'ÉVREUX A CAEN

Au delà de la station d’Évreux, dominée à g. par des coteaux que couvre

en partie la forêt d'Evreux, la voie ferrée remonte la vallée de l’Iton .dans laquelle s'élèvent plusieurs usines, entre autres une immense papeterie fondée en 1860, et où les vastes bâtiments de l’asile des aliénés, qui ont coûté, dit-on, 4 millions, attirent surtout les regards. Au sortir d’un petit tunnel, on laisse à dr. le v. d’Armeres (ô27 hab.) dont le petit clocher se montre sur le flanc d'un coteau qui renferme une carrière de belles pierres de taille. On aperçoit ensuite du même côté Bérengeviile, v. de 248 hab. (petit château en briques, sur un mamelon) où saint Laud, septième évêque d’Évreux, possédait un ermitage , et qui plus tard dépendit de l’abbaye de Saint-Taurin ; c’est là que fut fondée, en 1339, l'abbaye de la Vallée. Au xvm* s., une assez grande quantité de tombeaux avec des inscriptions et des statues de chevaliers et de moines y ont été découverts.

Après avoir dépassé le v. d 'Aulnay (242 hab.), on franchit l’Iton à peu de distance de

117 kil. La Bonneville, v. de 417 hab., près duquel se voient encore quelques restes de la célèbre abbaye de la Noë, fondée en 1144 par l’impératrice Mathilde, fille d'Henri I*r, roi d’Angleterre, et femme d’Henri 11, empereur d’Allemagne. Des forges et des hauts fourneaux, qui datent du commencement du xvn* s., et auxquels la vallée fournit, à la fois, le combustible et le minerai, se trouvent, au S. de l'embarcadère, sur la rivière de l'Iton.

La voie ferrée traverse de nouveau l’Iton dont les eaux limpides, formant plusieurs jolies petites cascades, arrosent de vastes prairies où paissent de nombreux troupeaux de bœufs, puis longe la route d’Évreux à Conches, sur le bord de laquelle se montre à dr. Glisolles (341 hab.).

Véglùe de ce village, surmontée d’un clocher aigu, défiguré par des restaurations modernes, est ornée, à

GLISOLLES. — CONCHES.

l'intérieur, de curieuses statues gothiques. Le château, construit au commencement du xvin* s., appartient à M. le duc de Ctermont-Tonnerre ; c’est un bel édifice en briques encadrées de pierres blanches, agréablement situé sur le flanc d’une colline; un joli parc, planté de pins et arrosé par de belles eaux, l’entoure. On peut obtenirla permission de visiter la galerie du château de Glisolles où l’on voit une assez nombreuse collection de portraits historiques, quelquesuns signés des mei Heurs maîtres de l'école française. Glisolles comptait jadis parmi ses dépendances le fief de Heurte-Loup, dont la motte se voit encore à g. du chemin de fer, entourée d'un retranchement, sur la pointe d’un mamelon escarpé.

On côtoie à g. un bois de sapins qui couvre le flanc d'un coteau ; puis, au delà d’une tranchée, on traverse le bois du Fresne, au S. duquel se trouve le château Quenet. A dr.,près du Rouloir, encaissé dans de fertiles prairies, se montrent la Croisille (142 kab.) et Saint-blier (1)5 hab.); puis on aperçoit, du môme côté, des caves, des magasins, des remises, creusés dans le roc, et l’on franchit le Rouloir sur un élégant viaduc.

Conches et son donjon se laissent à peine entrevoir, car la voie ferrée s’enfonce dans un tunnel creusé dans les flancs de la colline qui porte cette petite ville.

126 kil. Conches (hôt. : de la Croix- Blanche; du Lion-d'Or), V. de 1945 hab., est pittoresquement située sur un coteau où monte une large avenue qui s’ouvre à dr. de la station. Cette avenue aboutit à un plateau borné à g. par la ville, à dr. par un bois, et planté d’arbres magnifiques sous lesquels sont creusés des bassins servant de lavoirs publics.

L’origine de la ville actuelle de Conches ne date que de 1035. Cette année, en effet, Roger I" fonda en ce lieu une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît, près de laquelle il fit bâtir un château dont il reste encore

quelques traces. Roger III, qui succéda à son père Raoul III, donna à l'abbaye de Conches tout ce qu’il possédait. — Comme il n’y avait alors que le château et ses dépendances qui fussent entourés de défenses, il fit enclore le bourg de lortes murailles avec des fossés très-larges et très-profonds, en plaçant une porte à chaque extrémité. Ce sont encore ces fortifications que nous voyons aujourd'hui, dit M. Alex. Gardin dans sa Notice historique sur la ville rfeConc/w(Évreux 1865). — Roger IV, dans les guerres de Philippe Auguste et de Jean sans Terre, se déclara en laveur de ce dernier dont il se regardait comme le vassal. Mais, à la mort de Richard, Philippe Auguste s'empara de Conches, qu’il céda un instant à Roger, sous certaines conditions bientôt violées, et qu’il reprit, en 1202, pour la donner à son cousin germain Robert de Courtenay. — La domination des Courtenay dura de 1204 à 1250, et celle des d’Artois, qui leur succédèrent par le mariage d’Amélie de Courtenay avec Robert II, comte d’Artois, de 1250 à 1343 ; pendant cette dernière année le domaine de Conches fut réuni, par Philippe VI, à celui des ducs de Normandie.

En 1355, le roi Jean (15° duc de Normandie) donna le comté de Conches à son gendre, Charles, comte d’Évreux et roi de Navarre ; et, s’il le lui reprit peu de temps après par la force, il n’en resta maître que jusqu’en 1357, époque à laquelle la ville fut emportée d’assaut par les troupes du duc de Lancastre et de Philippe de Navarre, qui livrèrent le château et l’abbaye aux flammes. En 1371, Conches, assiégée par Duguesclin, ne se rendit qu’après lui avoir opposé une longue et opiniâtre résistance. S’il faut en croire certains historiens, la ville fut donnée à Duguesclin, par le roi de France, en récompense de ses éminents services. De 1311 jusqu’à l’invasion anglaise, sous Henri V, le comté de Conches jouit d’une paix profonde.

Maitres de la ville, dont la garnison se défendit vaillamment, les Anglais en réparèrent et en agrandirent les fortifications. Pris par les Français, en 1440, le château de Conches retomba l’année suivante au pouvoir des Anglais, et Talbot fut nommé gouverneur de la ville. Neuf ans après les Français reprirent le domaine de Conches dont l’histoire n’offre aucun événement important pendant les règnes de Charles VII et de Louis XI. Pendant les premières années du xvi* s., le nombre das maisons bâtios dans l’enceinte primi-

tive devint insuffisant et les habitants durent se loger en dehors des fortifications ou dans des caves dont plusieurs subsistent encore..

Les Ligueurs, battus une première fois sous les murs de Conches , s’emparèrent de cette ville et !â saccadèrent en 1590;

« l’endroit par lèquel les réformés de Conches se sauvèrent pour échapper aux Ligueurs, s’appelle encore, dit M. Alex. Gardin, la Côtc-aux-Huguenots. Dans ce désastre, le vieux château des seigneurs de Conches fut détruit. »

En 1651, la vicomté de Conches fut donnée, en échange d'autres principautés, au duc de Bouillon, dont la famille la conserva jusqu’à la Révolution; mais, à partir de cet échange, la ville perdit toute son importance militaire, et son histoire n’ofiVe plus aucun intérêt.

L’église de Sainte-Foy, monument historique, rebâtie à la fin du xvc s. ou au commencement du xvie, se fait remarquer tout à la fois par son architecture et par sa position.

La flèche élégante, reconstruite en 1851 sur le modèle de l’ancienne, est en bois et en plomb. On l’aperçoit avant de s’engager dans le tunnel qui précède la station. Sa hauteur est de 55 rnôt. à partir du parvis de l’église. Les vantaux sculptés de la porte sont dignes d’attention. A l’intérieur, l’église se compose d’une nef très-haute, mais sans voûte, et de deux collatéraux voûtés. Le chœur, dont lès clefs de voûte sont affreusement badigeonnées, est éclairé par sept magnifiques fenêtres ogivales qui, partant à environ 3 mèt. du pavé, montent jusqu’à la voûte , et sont garnies de splendides verrières dont quelques-unes auraient besoin d’être restaurées. Ces verrières retracent la légende de sainte Foy, patronne de l’église. Les clefs de voûte des collatéraux sont décorées d’écussons, de culs-de-lampe et autres pendentifs finement sculptés. On remarque, à l’une des fenêtres du collatéral méridional, un sujet plusieurs fois traité au xvi* s., le pressoir emblématique du supplice de la Croix. Presque toutes les verrières sont datées ; on y

A CAEN. [ROUTE bO]

voit les portraits agenouillés et les écussons des donateurs, presque tous des magistrats ou des notables de Conches. Le collatéral de g. contient une plaque en fer Constatant la fondation de prières annuelles pourmafitre Jehan Letellier, natif de Conches, qui fit édifier la chapelle de monsieur saint Jean Baptiste.

La porte de la sacristie, qui date du règne de François I'r, est ornée d’une poignée en fer ciselé décrite dans plusieurs ouvrages. La sacristie, ancienne chapelle de la Sainte-Trinité, construite sous Henri II, contient les écussons de familles illustres.

Non loin de l’église, une arcade voûtée, dépendant des bâtiments dans lesquels a été installé l’hôtel de ville, conduit de la principale rue de Conches aux ruines du donjon. On est frappé tout d’abord du soin avec lequel les habitants de Conches entretiennent les restes de leur antique forteresse du xic s. Non contents de les avoir achetés pour une somme de 1 8 000 fr., ils les ont fait restaurer et leur consacrent chaque année une somme assez forte. Les fossés offrent aujourd’hui une jolie promenade et un charmant jardin public. Un chemin circulaire, bordé de petites haies vives, monte jusqu’au milieu du donjon que surmonte un drapeau et d’où l’on découvre une vue magnifique sur la vallée du Rouloir, le joli viaduc du fchemin de fer, la tour de l’église, la ville et l’hospice. Des lilas croissent Uans l’intérieur des tours, tandis que l’extérieur est à moitié couvert de lierre et de plantes grimpantes.

Le donjon se compose d’une maîtresse tour cylindrique, autour de laquelle circule un chemin de ronde garni de murs et de quatre ou cinq tours. La tour centrale, ou donjon proprement dit, occupe la partie la plus élevée.

Signalons aussi ; les ruines d’une abbaye de Bénédictins où se trouvent des arcades d’architecture romane mêlées à l’architecture gothique du

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