‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 268 sur 499 · ROUTE 51] BAYEÜX. — LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

ROUTE 51] BAYEÜX. — LA CATHÉDRALE

personne) on découvre un immense horizon. On accède aux parties supérieures de l’édiflce par six escaliers bien éclairés. — Le chœur est un des plus beaux spécimens de l’architecture du xin' s. — Signalons enfin, à l’extérieur de la cathédrale, la charmante galerie ogivale, en pierre, qui règne autour de là toiture de l’édifice; la belle disposition des arcs-boutants et des contre-forts, dont quelques-uns sont ornés de statues placées dans des niches ; le gracieux contour du chevet décoré d’élégantes moulures, et les clochetons aigus qui décorent les deux côtés de l’abside,

« En entrant dans la nef par la grande porte (on descend six marches), dit M. de Caumont, on est frappé d’abord de la richesse des arcs cintrés du premier ordre et de l’opposition qu'ils présentent avec les longues fenêtres ogivales qui les surmontent. Les arcades romanes sont les restes de la cathédrale qui existait au xii* s.; sur elles, ali xiii* s., a été greffé le second ordre qui s’élève Jusqu’aux voûtes. Les unes sont surbaissées, les autres en forme de fer à cheval, et leurs bordures ou archivoltes ne sont point de hauteur égale; leurs diamètres sont très - variés. » L’ornementation du chœur est aussi hardie que gracieuse. Le triforium offre des arcades, disposées au nombre de quatre, encadrées sous une plus grande ogive.

Le chœur renfermait autrefois 104 magnifiques stalles en chêne sculpté (xvr s ); 52 de ces stalles ont été enlevées en 1858. Celles qui restent sont ornées de belles sculptures.. On remarque à la voûte les noms des 21 premiers évêques du diocèse et les bustes de plusieurs d’entre eux.

On compte, à 1 intérieur de l'édifice, 2976 colonnettes dont les chapiteaux sont très-variés. Ces col nnettes sont très-élégantes et si élancées que l’on est étonné du poids énorme qu’elles ont à supporter. L’intérieur de la cathédrale reçoit le jour par’ un grand nombre de magnifiques fenêtres ; celle

de la tribune de l’orgue (60 mèl. de surface) est ornée de beaux vitraux du xv* s., les seuls que l’édifice ait conservés de cette époque. En 1809, 1810 et 1811, l’architecte, chargé de l’entretien de l’édifice, sous prétexte que le vaisseau n’était pas assez éclairé, fit briser les vitraux des transsepts, qui furent remplacés par des verrières blanches. Quelques débris de ces vitraux furent recueillis et ils ornent aujourd’hui une des fenêtres de l’abside. Depuis 1843, la fabrique a fait placer plusieurs verrières aux fenêtres des chapelles. Le tympan du grand portail est éclairé par une belle rosace .

M. Yvory, gardien de la cathédrale, découvrit, en 1845, dans plusieurs chapelles, des restes de peintures murales des xv" et xvi« s., cachées sous des couches de badigeon. Ces peintures, extrêmement curieuses, représentent : (chapelle Saint-Pantaléon) saint Pantaléon, médecin, guérissant un enfant d’une morsure de serpent et la Décapitation de ce saint; (chapelle Saint-Éloi) saint Éloi, en habits pontificaux, et saint Robert, en habits de moine; (chapelle Saint-Antiochus) Episode de la vie de saint Biaise; Visite de la Vierge à sainte Élisabeth; (chapelle paroissiale) la Trinité, l’Annonciation, Traits principaux de la vie de saint Nicolas et Martyre de saint Thomas de Cantorbéry (ce dernier tableau est moderne) .

Iœ pavage de la cathédrale se composait primitivement d’une série de pierres tumulaires très- précieuses pour l’histoire de l’art; mais, depuis 1832, plusieurs de ces pierres ont été enlevées et détruites.

La chapelle Notre-Dame-de-Bonne- Nouvelle contient un magnifique retable en pierre, curieux spécimen de la sculpture polychrome, restaure en 1864, par M. Yvory.

. Sous le sanctuaire et une partie du chœur s’ouvre une crypte que les plus savants archéologues, M. de Caumont entre autres, font remonter

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au xi* s. Selon d’autres, elle daterait du vu* s. et elle aurait été restaurée au xv*. La voûte de cette crypte est soutenue par des colonnes monocylindriques dont les chapiteaux sont très-intéressants. Des fragments de peintures du xv* s. y ont été retrouvés. Les derniers évêques de Bayeux ont été inhumés dans la crypte.

La salle capitulaire (xiu* et xtv' s.) offre un pavage émaillé, d un effet remarquable.

La sacristie renferme une curieuse armoire du xui* s., primitivement ornée de charmantes peintures, aujourd’hui bien détériorées.

Au rez-de-chaussée de la bibliothèque capitulaire, au N. de la cathédrale, M. Yvory, sculpteur, a réuni plusieurs débris sculptés provenant de la cathédrale, notamment des chapiteaux byzantins et des sculptures gallo-romaines trouvées dans les fouilles du planitre. Les objets les plus intéressants de ce musée sont des pierres ornementées découvertes en 1847 et provenant d’un arc de triomphe antique, de 3 mèt. d’ouverture. La salle de la bibliothèque capitulaire renferme, entre autres curiosités, une armure complète du temps d’Henri IV.

La chapelle du Séminaire (mon.

hist.), construite au xm* s., pour l’hôtel-Dieu, attire à juste titre l’attention des antiquaires.

L’église Saint-Patrice, édifice moderne, sans caractère architectural, possède une élégante tour (Renaissance) qui se compose de sept étages, dont les quatre premiers sont ornés de colonnes ou de pilastres, tandis que les trois derniers offrent la forme ronde des dômes hémisphériques du xvi* s. La chapelle Saint- Laurent, bâtie au bord de la rivière d’Aure, sur l'emplacement des thermes galloromains, doit dater du siècle dernier.

11 ne leste que quelques débris de l’ancienne église ogivale de Saint- Sauveur.

Dans les bâtiments de l 'ancien évé-

ché, assemblage de constructions de l’époque romane, du xin*et duxiv's., ont été installées la mairie et les prisons. La partie qui est occupée par 1 hôtel de ville forme un corps de logis particulier et remonte au siècle dernier. L'ancienne chapelle particulière de l’évèque a été transformée en palais de justice. La chambre du conseil (l’abside), de forme octogonale, est éclairée par 3 fenêtres garnies de beaux vitraux. Entre les nervures très-saillantes du plafond se voient de jolies peintures. — Au milieu de la cour, mal entretenue, on remarque un beau tilleul d’Orient planté, dit-on, en 1793.

La bibliothèque, bâtie en 1838, renferme, dans une de ses galeries, la fameuse tapisserie de la Reine Mathilde, chantée par les trouvères et rappelée par tous les historiens de la Normandie. Cette princesse, aidée des dames de sa cour, y a retracé avec l’aiguille toutes les scènes mémorables de la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant , et quelques-uns des événements qui la précèdent. Ce magnifique ouvrage, dont la réputation est européenne, a 70 mèt. 34 cent, de longueur sur une hauteur de .40 cent. 11 est enfermé dans un meuble vitré offrant un double développement et occupant à lui seul une galerie spéciale de la bibliothèque. Il se compose de 58 groupes.

1° Le roi Édouard ordonne à Harold d'aller apprendre au duc Guillaume qu’il sera un jour roi d’Angleterre.

Harold est en marche.

3» On voit une église ; Harold met pied à terre pour prier.

4’ Harold est en mer.

5° 11 est poussé par les vents sur les terres du comte Guy de Ponthieu.

6° Harold s’avance sur le rivage.

7° Guy se saisit d’Harold.

8" Guy conduit Harold à Beaurin (ad fletrem); tous deux sont à cheval, l’oiseau au poing.

S," pourparier entre Guy et Harold. Guy est assis sur une espèce de trône pendant que son prisonnier est debout.

BAYEÜX. — TAPISSERIE.

10"puillaume, informé du message d’Édouard le Confesseur, a envoyé des émissaires vers le comte de Ponthieu pour le prier de relâcher Harold.

il» Guy ne s’étant pas rendu à cette invitation, deux autres envoyés, deux cavaliers bardés de fer, lui présentent la pointe de leur lance et le menacent au nom du duc Guillaume.

12* (Hic r enit nuntius ad Wilgelmum ducetn). Un messager vient ici trouver le duc Guillaume.

13° Guy amène Harold à Guillaume.

L’action se passe à Eu.

14° Guillaume a conduit Harold dans son palais. La scène est en deux tableaux : dans le premier, l’escorte est à la porte du château de Rouen; dans le second, on voit une grande salle pleine de personnages : c'est l’audience de cérémonie que Guillaume accorde & l’envoyé d’Édouard le Confesseur.

15" Un lettré, un docteur, un clerc, présentent à Haiold la belle Edwige, fille de Guillaume le Conquérant, qui lui a été promise.

16° Conan, duc de Bretagne, ayant déclaré la guerre à Guillaume, celui-ci invite son hôte à prendre les armes avec lui; ils vont s'embarquer pour le Mont-Saint- Michel.

17° Arrivés à la rivière du Couesnon, les hommes et les chevaux s’enfoncent dans les sables mouvants, par un effet de la marée. Harold sauve les Normands du danger.

18" L’armée de Guillaume marche vers Dol; les Bretons prennent la fuite.

19" Attaque de Dinan.

20" Le duc de Bretagne offre en hommage au duc de Normandie les clefs de la ville au bout d’une lance.

21" Guillaume arme Harold chevalier sur le champ de bataille même.

22° Guillaume se rend à Bayeux.

23° C'est dans Bayeux qu’Harold est appelé à prêter serment de fidélité à Guillaume. Le duc est assis sur un trône élevé. Le serment d’Harold, qui se tient debout devant le trône, consiste à reconnaître Guillaume comme successeur d'Edouard le Confesseur au trône d’Angleterre, selon le vœu du roi Édouard luimême.

24" Harold a fait ses adieux à Guillaume ; il passe la mer pour retourner en Angleterre.

25° Harold arrive à la cour; Édouard écoute du haut de son trône le récit de l'ambassade en Normandie.

26" Mort d’Édouard le Confesseur.

27" Édouard (t'n extremis) parle aux hommes de sa cour.

28" (.Et hic defunctus est). Des gens du palais soignent son cadavre.

29" Harold prend la place de son beaufrère Édouard; on lui donne la couronne royale.

30" Couronnement d’Harold.

3t" Le peuple lui rend hommage et se réjouit.

32" Les Mages du temps, à la vue d’une étoile toute particulière, présagent des malheurs à Harold.

33“ Harold prend la lance et se barde de fer pour résister à Guillaume.

34“ Des amis de Guillaume font voile vers la Normandie pour apprendre au duc les événements qui se sont passés après la mort d’Édouard.

35" Guillaume ordonne qae l’on construise une flotte pour passer en Angleterre.

34° On tire les vaisseaux à la mer.

37" On porte des armes aux navires. Un char est chargé de vin et d'armes.

38" Guillaume est arrivé à Pcvensey.

39" Les chevaux sortent des navires; on monte en selle.

4o° Les cavaliers se dirigent vers Hastings.

41" Un chevaucheur de la suite de Guillaume, nommé Wadar, surveille la cuisine et les cuisiniers de l'armée.

42° Les viandes cuisent, les serviteurs de table remplissent leurs fonctions avec ordre.

43° Guillaume et ses barons sont assis & une table qui figure un sigma (Z).

44“ On tient conseil à Hastings.

45" On creuse un fossé autour du camp fortifié.

46" Un chef s'approche de Guillaume et l’entretient à l’oreille des mouvements d’Harold.

47° On brûle une maison qui gênait le mouvement de l’armée.

48° Guillaume marche à la rencontre d’Harold.

49° Sur sa route, Guillaume interroge un chef de troupe qui indique de la main l'endroit où l'ennemi va se montrer.

50° Ce même chef de troupe, laissé libre par Guillaume, court prévenir Harold de l’approche de l’armée Normande.

51° Guillaume harangue les Normands; la bataille s’engage.

52" Mort des frères du roi Harold, Lewine et Gyrd.

53" L’action continue avec fureur.

54° L'évéque Odon, frère de Guillaume, encourage les combattants.

55° Le duc Guillaume, que l'on croyait blessé, réparait, lève son casque et rassure ses soldats.

58° L’armée d’Harold est taillée en pièces.

57u Harold meurt les armes à la main

58° Et ce jour-là, 14 octobre 1066, les Anglais prirent la fuite et la bataille d’Hastings fut remportée par Guillaume, désormais surnommé le Conquérant.

La bibliothèque compte environ 15 000 volumes: elle contient, en outre : deux beaux mausolées; un médaillier intéressant; le sceau de Lothaire (820-855); celui de Guillaume le Conquérant; diverses antiquités gallo-romaines du moyen fige, telles que colliers, bracelets, anneaux de jambes, boucles, plaques ornées, des armes en fer, haches, fers de flèches, javelots, couteaux, etc., trouvés dans des sépultures ; la curieuse cloche de Fontenailles ; des bas-reliefs provenant de l’ancienne chapelle Saint- Gratien, etc.

Le collège, ancien couvent des Ursulines, a été bâti en partie dans le xvn* s., et en partie dans le xvin*.

— L’ancien courent de Bénédictines, aujourd’hui manufacture de porcelaine, fut fondé en 1646. — La partie de YMpital, consacrée aux malades, a été reconstruite en 1823 ; la partie qui est occupée par les religieuses et la chapelle remonte à la fin du xvn* ou au commencement du xvni* s. — Le grand séminaire bêlé bftti en 1693 ;

— Vhôpital général est de la même époque.

Bayeux renferme plusieurs maisons anciennes dignes de fixer l'attention.

La plus remarquable est située dans la rue Saint-Malo, 4 (bureau du chemin de fer de l’Ouest); c’est une grande habitation en bois, à deux étages (xv* et xvi* s.), toute couverte de statues de saints et de belles sculptures. Elle est voisine de deux maisons également anciennes : l’une, à dr., date du règne de Louis XIII : l’autre, à g., toute en pierres de taille, est une con-

struction de la fin du xv* s. ou de la première moitié du xvx* ; — Nous' mentionnerons encore : le n° 4 de la rue Bienvenue, presque en face de la cathédrale ; — le n° 43 de la rue Saint- Martin (xiv* s.); — le n* 1 de la rue Franche (xiv* ou xv* s., très-curieuse),— le n“8, rue Laitière; — au ir 13, rue Franche, la maison dite de Saint-Manrieu, ayant, dans la cour, des restes bien conservés du xv* s.;

— une très - remarquable maison de la même époque (dans la rue Bourbeneur), que l'on désigne sous le nom de maison du gouverneur;

— un grand manoir appelé la Caillerie (1644), à l’extrémité O. de la longue rue qui traverse toute la ville de l’E. à l’O. — La rue Saint-Nicolas est la rue de Bayeux qui offre le plus de caractère. Au n° 16, un grand pavillon, du règne de Louis XIII, commence vers la place une série de vieux hôtels. Au n“ 9, c’est un hôtel du style de la Renaissance ; au n° 10, c’est une des plus majestueuses habitations de la fin du règne de Louis XIV, Vhôtel de la Tour-du-Pin; au n° 13, une porte-cochère, également de la Renaissance.

Des inscriptions commémoratives indiquent les maisons où naquirent saint Marculfe, abbé de Nanteuil, et les frères Alain, Jean et Guillaume Chartier.

Les places Saint - Sauveur et du Marché, entourées d’arbres, servent de promenades.

Bayeux possède une société d'agriculture, sciences, arts et belleslettres, fondée en 1789.

Les dentelles de Bayeux jouissent d’une réputation méritée ; elles ont obtenu une grande médaille d’honneur à l’Exposition universelle de 1855.

Pour Saint-Vigor, F. la R. 77.

[Voit, de corresp. pour : — (15 kil.) Balleroy (R. 83) ; — (12 kil.) Arromanches (H. 78, A); — (9 kil.) Porten-Bessin (R. 78, B) .]

A Cour»culles,R.77 ; — à An omalie lies-

se

LE MOLAY. — LITTRY.

à Asnelles et à Port-en-Bessin, B. 78 ; — à. Saint-Lô, par Balleroy, R. 83.

Après avoir traversé l’Aure et croisé la route de terre de Bayeux à Saint- Lù, on laisse à g. le v. de Saint-Loupllors (302 hah.). La tour de l’église (xue s.) se fait remarquer par son élégance. A l'E. s’ouvre une porte ornée de losanges et d’un bas-relief représentant saint Loup domptant un dragon. On remarque, à l’intérieur, un joli retable provenant de l’ancien couvent des Cordeliers, et une belle crédence du xm' s. — A dr. se trouve le château de Bcaussy. — La voie ferrée franchit la Dromme près de ltanchy (287.hab.) où se voient une belle tour carrée que termine un toit en bâtière.etun monument funéraire, en forme de temple, dans le cimetière. A 2 kil. 1/2, au N., se trouve Barbeville (202 hab.), dont la tour (xme s.) domine une intéressante église de la même époque. Un peu plus loin, à dr., sur une colline, se montre (ISOOmèt.i l’église de Cottun (176 hab.) , à quel- . que distance au N. de laquelle se trouvent deux tours et les traces de l’ancienne enceinte d’un château de la fin du xvi* s. Cette église est surmontée d’une tour du xii" s. reposant sur quatre arcades et quatre piliers cylindriques. On aperçoit ensuite, du même côté (1 kil.), l’église de Crouay (708 hab.) bâtie au xm' s.

et renfermant une curieuse statue équestre de saint Martin (xv" s.), ainsi que des fonts baptismaux du xvi' s. Au N. de Crouay, à 3 kil. du chemin de fer, sur le bord d’un petit cours d’eau, se trouve le v. de Blny (400 hab.) , où sont élevés la plupart des bœufs gras qui figurent à Paris dans ies marches triomphales du carnaval.

On traverse des prairies boisées où paissent de nombreux troupeaux de bœurset que baignent plusieurs cours d’eau. On franchit la petite rivière du Moulin de Longeau, et, un peu plus loin, la Tortonne, près du v. du Hreuil (373 hab.) qui se montre à dr., sur le

bord du chemin de fer, et dans les environs duquel s’extrait une quantité assez considérable de houille.

233 kil. Le Mok ly, v. de 782 hab., sur la rive g. de la Siette. L’église, récemment reconstruite , est bâtie dans la première enceinte d’un ancien château dont il subsiste encore quelques vestiges. Le château moderne (on ne le voit pas de la station) possède, dit-on, une précieuse bibliothèque. Il appartient à M. le comte de Chabrol.

Excusions à Littry.

Littry, b. de 2351 hab., situé au S. du Molay (4 kil.), à dr. de la route de Balleroy (1 kil.), doit son importance aux mines de houille découvertes, en 1740, dans ses environs, par un seigneur de Balleroy qui cherchait du minerai pour alimenter ses /orges. Littry n’était à cette époque qu’un chétif village d’un aspect désolé. La mine de houille de Littry se compose de deux bassins. Le premier est celui qui a donné lieu à ce qu’on appelle l’ancienne exploitation.

Sa forme est celle d’un ellipsoïde, dont le grand diamètre est d’env.

1000 met. et le petit de 7G0 met.

Cette exploitation offre plusieurs puits servant à l’extraction de la houille. Une machine à feu, placée eu 1798 sur le plus profond, épuise les eaux des travaux; sur un autre fut établie, l’année suivante, la première machine à vapeur qui ait été employée en France pour extraire de la houille. Depuis cette époque, plusieurs machines du même genre ont été placées sur divers puits de l’établissement.

Le second bassin houiller est au nord du premier. Sa largeur moyenne n’est guère que de 60 mèt. La houille s’y exploite par plusieurs puits. Cette mine sert à alimenter une grande partie des fours à chaux des arrondissements de Bayeux, de Vire, et de la partie limitrophe du département de la Manche.

DE PARIS A CHERBOURG

La mine de Liltry occupe habituellement cinq à six cents ouvriers.

— On évalue à 350000 quintaux mé triques la quantité moyenne exploitée par an.

Le bourg de la mine (1 kil. de la station) possède une petite église desservie par un chapelain. 11 s’y tient un marché hebdomadaire. — L’église de Liltry (xn° s.) offre un chœur lemarquable. La tour, entre le chœur et la nef, est postérieure au reste de l’édifice. Des additions considérables ont récemment change l’aspect de la partie supérieure de cette église. On voit, dans le cimetière, un monument érigé par la commune de Littry et l’administration de la mine à la mémoire de M. Noël, ancien directeur de l’exploitation houillère. — Le marché (le jeudi) est très-imporlant.

Balleroy (R. 83) est à 9 kil. de la station de Molay. La route, qui passe par Liltry, suit la direction du S., à travers les forêts des Biards et de Cérisv, jusqu’à la route de Caen à Saint-Lô, qu’elle croise pour se diriger au S. E. sur Balleroy.

Excursion à Trévléres et à Formigny.

[Voit, de corresp. pour (3 kil.) Trévières, ch.-l. de eant. de 1160 hab., situé près du confluent de la Tortonne et de l’Aure. Ses beurres sont renommés. Le chœur de l’église a été reconstruit presque entièrement; la tour appartient au xii' s. ; les parties anciennes de la nef semblent dater du xiv° s, comme le porche qui précède la porte occidentale. Le tympan de la porte, sous la tour, renferme un bas-relief curieux (un homme tient enchaînés deux monstres qui cherchent à lui devorer le visage et dont les queues enroulées se terminent en têtes de serpents pour lui mordre les pieds). Près du bourg se trouve le Beau- Moulin, dont la façade (1684) annonce plutôt un petit château qu’un établissement industriel.]

Une route relie Trévières à (3 kil.)

Formigny, v. de 641 hab., situé sur la route de Paris à Cherbourg, et où fut livrée, en 1450, la bataille de ce nom qui enleva la Normandie aux Anglais.

Guillaume Gruel, rédacteur des Mémoires du Connétable de llirhemont, en a laissé le récit suivant :

« Le duc de Fichemont, étant à Coutanres, reçut des lettres des seigneurs de Clermont, de Castres, de l’admirai de Coitivy, et du grand sénéchal , qui lui écrivirent que les Anglois avoient pris Valognes, et qu’encore étoient-ils audit lieu, et qu’il leur sembloit qu’il devoit tirer à Saint-Lô, dont Monseigneur fut bien mal-content...; mais toutefois il le fit, pour ce qu’ils lui avoient ainsi mandé, et tira à Saint-Lô. De plus, cette nuit, ils lui envoyèrent un poursuivant (hérault) qui arriva à Saint-Lô au point du jour, lequel lui vint dire que les Anglois étoient passés le Vez, et qu'ils tiroient à Bayeux, et qu’il se rendit à Trivières, et que là ils se rendroient à lui, et qu’ils chargeroient toujours lesdits Anglois, en l’attendant. Donc, au point du jour, mondit seigneur fut le premier qui ouyt appeler le guet, et fit lever des gens pour ouvrir la porte; et incontinent, il fit sonner ses trompettes à cheval, et s'arma bien diligemment, puis ouyt la messe.

« Le 15' jour d’avril l’an 1450, après que le connétable eut ouy la messe à Saint-Lô, il alla à la porte de l’église, et monta à cheval; il n’avoit pas alors six hommes avec lui au partir; puis il chevaucha environ une lieue, et s'arrêta pour mettre ses gens en bataille; après il fit ses ordonnances, et mit le Bâtard de la Trémouille avec bien quinze ou vingt lances devant : ensuite il envoya son avant-garde, en laquelle étoient Jacques de Saint-Paul, le maréchal de Loheac, le seigneur de Bossac, et leurs archers; puis il ordonna pour gouverner ses archers, Giles de Saint-Simon, Jehan de Malestroit, et Philippes de Malestroit. Après, il ordonna pour la garde de son corps de cer tains gentilshommes dont les noms suivent. premièrement : Kegnault de Voluire ; Pierre du Pan, Yvon de Trienna, Jean Budes, Hector Mériadec, Jean Dubois, Colinet de Lignieres et Guillaume Gruel. Puis il ordonna des gens pour l'arrièregarde. et chevaucha en bonne ordonnance, et le plus diligemment que faire se pouvoit, tant que les premiers de ses gens arrivèrent à Trivières, où bientôt après il

— FORMIGNY.

[ROUTE 51] TRÉVIÈRES -

arriva; et à l'heure qu’il s’y rendit, les Anglois saillirent de leur bataille environ quatre cents, qui mirent en fuite bien treize cents archers qui étoient du côté de M. de Clermont, et gangnèrent de* couleuvrines dont on leur faisoit guerre; et si ce n'eüt ete les gens d'armes qui tinrent lors bon, je crois qu'ils eussent fait un grand dommage à nos gens.

•« Or. comme le connétable arriva à un moulin-i-vent qui y est, tout étoit meslé; sur quoi, le plustût qu'il peut, il fit partir une partie de son avant-garde avec ceux qui gouvernoient ses archers; et les archers allèrent passer au bout de la bataille des Anglois, et de ceux qui avoient fait laditte saillie sur nos gens; nosdits archers en tuèrent bien six-vingts. Puis après, mondit seigneur vint passer après ses archers au plus près de la bataille des Anglois, ensuite s’approchèrent la bataille et les archers de nos gens, et vinrent vers le connétable les seigneurs de Clermont, de Castres, l'admirai de Coitivy, le grand sénéchal, Jacque de Chabannes, Joachim Rouant, Geoffroy de Couvran, Olivier de Bron, Odet d’Aidie, Jean de Roussevinen, et toute leur bataille, et se joignirent ainsi nos batailles ensemble. Puis le connétable dit à l'admirai : « Allons, vous et moi, voir leurs contenances : » et mena mondit seigneur cet admirai, entre les deux batailles, et lui demanda : « Que vous semble, monsieur l'admirai, comment nous les devons prendre, ou par les bouts, ou par le milieu?* Et lors l’admirai répondit à mon dit seigneur, qu'il faisoit grand doute qu’ils demeureroient en leur fortification ; et le connétable lui dit : « Je voue à Dieu, ils n’y demeureront pas, avec la grâce de Dieu! » Et à cette heure, le grand sénéchal lui vint demander congé de faire descendre son enseigne à un taudis (redoute) que les Anglois avoient fait. Sur quoi, Monseigneur pensa un peu, puis il lui dit qu'il en étoit content; et, bientôt après, ces gens furent à ce taudis.

Puis incontinent, sans plus rien dire, tout le monde s’assembla pour donner dedans, et ainsi fut fait; et n’arrestèrent point les Anglois, ainsi furent défaits, tués ou pris en fuite au nombre d'environ bien six mille : et y fut pris Thomas Kyriel, qui étoit lieutenant du roi d’Angleterre, Henry de Norbery, et Jannequin Haquier qui demeura prisonnier d’Eustache de l’Espinay, et Mathago s’enfuit.

« Ainsi furent les Anglois taillés en

pièces ; et couchèrent Monseigneur et les autres seigneurs et capitaines sur le champ, les uns à Formigny, et les autres à Trivières. »

« Dans cette mémorable journée, dit M. G. Viliers, le jeune Jean, duc de Bourbon, comte de Clermont, commandait l’armee française; c'était son premier fait d’armes. Après l’action il fut armé chevalier sur le champ de bataille même. »

Pour consacrer le souvenir de cette victoire et pour honorer la mémoire de ceux qui avaient succombé, le comte de Clermont, en 1486, c’est-à-dire trente-cinq ans après l’action, fit ériger, sur le lieu même de ses exploits, et sur le bord du ruisseau dont les eaux avaient été rougies par le sang des combattanis, une chapelle dédiée à « Monsieur sainct Loys, chef et protecteur de la couronne de France. »

Vendue, à la Révolution, comme bien national, la chapelle Saint-Louis devint un magasin à bois. Son dernier propriétaire l’offrit au roi Louis- Philippe qui la fit restaurer.

En 1834, dix ans avant la restauiation de la chapelle, M. de Gaumont, directeur de la Société française pour la conservation des monuments historiques, avait fait ériger à ses frais, au sommet du coteau qui domine la chapelle Saint-Louis, une borne monumentale (2 met. de hauteur non compris le soubassement) sur la partie antérieure de laquelle se lit l ’inscription suivante :

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