TROUVILLE
Renseignements généraux.
Omnibus, 50 c. le jour et 70 c. la nuit, » sans bagages ; TO c. le jour et oo c. la nuit, avec 30 kilogr. de bagages.
Hôtels : des Hoches-Noires, construit en 1866, vers l’extrémité de la plage, au pied du coteau sur lequel est bâti le chalet de M. Cordier ,150 chambres; salle à manger de 20 met- de long sur lo mèt. de large; salon de 14 mèt. de long sur 6 de large; façade principale ornee de colonnes corinthiennes supportant un entablement que surmonte un fronton circulaire, et de la statue de Neptune , haute de 2 mèt.
50 cent.); — de Paris (cher); — de la Mer ; — des Ambassadeurs; — du Brasd'Or (très-bonne table d’hôte); — de Bellevue;— de la Plage 8 à 10 fr. par jour dans les hôtels.
f/onoré Charlemagne, loueur de voitures, quai Joinville, 18, et hôtel de la Plage.
LionAinES. — Arnoult-Lugan, rue des Bai s, éditeur du Journal de Trouville et deUeaueitle (25 c. le numéro) qui parait le mercredi et le dimanche et qui publie la liste des étrangers.
Bureau de poste. — A l’angle de la rue Cnarlemagne et de la rue de la Mer.
Bureau téléoraphujue. — Rue des Sablons, 4, en face de l’hôtel du Bras-d’Or.
Théâtre, gymnase et manège, sur le quai, près de la jetee.
Situation. — Aspeot général.
Monuments.
Trouville, V. de 5200 hab., située à l’embouchure de la Touques dans la Manche, au pied d'une riante colline couverte de maisons de campagne et de jardins, en face d’une vaste plaine de sable, n’était, il y a quelques années, qu’un modeste village composé d’un petit nombre de cabanes habitées par des familles de pécheurs. En 1825, le peintre de marine, Charles Mozin, séduit par la beauté de la plage et des environs, y fit, d’après nature, de charmants paysages exposés plus tard à Paris et représentant : la Plage de Trouville,
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[ROUTE 69] TROü VILLE. — ASPECT GÉNÉRAL.
la Côte de Trouville, les Bords de la Touques , etc. A Mozin succédèrent Isabey et d’autres paysagistes, suivis bientôt d’hommes de lettres et de touristes. Trouville, complètement inconnu la veille, devint non-seulement célèbre, mais à la mode. On y accourut de toutes parts, et chacun voulut y avoir une maison d’été. Le prix des terrains, que se disputaient les spéculateurs, décupla en quelques années ; maisons , villas , kiosques , hôtels, casino, chalets, pavillons, s’élevèrent comme par enchantement, et toutes les fantaisies architecturales s'y manifestèrent avec une verve et une audace qui confondent l’imagination. Aujourd’hui Trouville, relié à Paris par le chemin de fer, peut loger, pendant l’été, plus de 20 000 étrangers, et, malgré le nombre toujours croissant des habitations à louer, souvent, aux mois de juillet et d’août, il est impossible de s’y procurer une chambre. La vogue, qui a enrichi et, développé Trouville, assure sa prospérité présente et future. C’est le rendez-vous des malades qui se portent bien, c’est Paris transporté pendant deux ou trois mois aux bords de l’Océan avec ses qualités, ses ridicules et ses vices. Parmi les femmes qui se plaisent, chaque année, à y faire assaut de toilettes tapageuses et ridicules, la plupart, il est triste de l’avouer, n’y vont que pour y étaler un luxe insensé.
« On rencontre souvent des voitures à quatre chevaux dans les rues trop étroites qui ne laissent, dit M. Auguste Villemot, d’autre refuge aux piétons que des boutiques, où l’hospitalité n’est pas parfaitement écossaise. Pour ne pas être écrasé, j’ai demandé asile à un tailleur, qui voulait à toute force me prendre mesure d’un pantalon ; et, comme je m’étonnais de ce procédé violent, il m’a répondu : « Que voulez-vous, monsieur c’est la saison, il faut que nous en profitions. »
« Mais, à force de vouloir profiter
de la saison, on finira par dégoûter les Parisiens.
«Les tables d’hôte, où on entasse 1 50 convives, ressemblent à des banquets de pompiers ; si vous voulez dîner à la carte, on ne vous en empêchera pas, on vous donnera les restes de la table d’hôte en doublant le prix. Au surplus, vous pouvez vivre comme un gastronome sans argent, de l’odeur des cuisines, qui est permanente dans les rues de Trouville.
« Je puis m’abandonner sans remords à mes récriminations ; elles ne feront aucun tort à Trouville. Tout au contraire, c’est une réclame. La société spéciale qui s’y réunit est ainsi faite quelle ne va que là où la foule la pousse. 11 y a cinquante ans, dans un vaudeville célèbre, Potier disait à son tailleur : « Je veux un pantalon très étroit; si j'y entre, je ne le prends pas. » Il en est à peu près de même de certains centres île réunion, leur première séduction c’est la perspective de rester à la porte.
« Je ne détourne personne d’aller à Trouville. Ceux qui aiment les repas de noces avec des vases de fleurs artificielles sur la table, d'éternelles mayonnaises de homards, et d’inépuisables compotes de prunes de mirabelle, peuvent continuer à prendre leurs ébats au Bras-d’Or ou à l’Hôtel de la Plage. Le soir, ils retrouveront sur le sable, ou au Casino, les Champs- Elysées et le boulevard des Italiens, et, comme c’est là très-probablement leur ambition, elle sera comblée. Quelques-uns feront peut-être cette réflexion, qu’il était bien inutile de déserter Paris, pour le retrouver, avec aggravation de note d’auberge ; mais celte résistance timide sera probablement vaincue par le légitime orgueil d’avoir passé le mois d’août dans un casino à la mode, avec les princes et les duchesses inscrits sur le livre d’or du lieu. »
Les spirituelles critiques de M. A.
Villemot seront regardées comme d’élogieuses réclames par tous ceux
qui appellent Trouville le boulevard Italien des plages normandes.
Le Casino ou Salon de Trouville, ouvert du 10 juin au 15 octobre, de 8 h. du matin à 11 h. du soir, comprend : un grand salon, un salon de lecture , un salon de jeux , un grand et un petit salons, une salle d’étude de danse, une salle de billard et une terrasse. Il est généralement très-animé. Des bals s'y donnent régulièrement pendant la saison des bains.
Tous les jours, à l’exception des jours de bal (le dimanche et le jeudi), un excellent orchestre , dirigé par M. Portehaut, premier violon solo du Théâtre-Italien, se fait entendre dans le grand salon, à 4 h. 1/2 et à 9 h. du soir. — Le grand salon, inauguré le 23 juillet 1865, à l’occasion d’un concours musical , est construit dans de vastes proportions. Parfaitement disposé pour les bals, il présente un coup d’œil féerique. Un magnifique lustre, qui a coûté 8000 fr., et huit grands candélabres l’éclairent; il a la forme d’un carré long, entouré de quatre rangs de banquettes disposées en amphithéâtre; sur l’un |de ses côtés s’élève un théâtre. Les peintures décoratives, d’où l’or a été exclu afin de ne pas écraser les toilettes, ont été exécutées par MM. Chaperon et Rubé, sous la direction de MM- Pinçon et Bridault, architectes.
— Au-dessus des arcades à plein cintre et cintre surbaissé, qui décorent lé pourtour de la salle, sont inscrits, dans de gracieux médaillons, les noms des compositeurs les plus célèbres. Le plafond offre des compartiments ornés de rosaces simulant des caissons. Près des angles du salon sont peints des tableaux allégoriques de peu de valeur (déesses placées sous des berceaux composés de feuillages et de fleurs). La belle toile du théâtre représente un frais paysage.
En face s'ouvre une large arcade à cintre surbaissé qui met le salon en communication avec la salle de danse.
L’ensemble de cette construction , dont l’extérieur est fort laid, a coûté près de 200 000 fr.
Le prix des abonnements au salon, pour la même famille , c’est-à-dire père, mère et enfants non mariés, est fixé ainsi qu’il suit.