ROUTE 1] MAISONS-LAFFITTE. — GONFLANS
s’intéressait à ma santé, et qui ne craignait pas la petite vérole , demandait s’il pouvait me voir sans m’incommoder; je le fis entrer aussitôt, je me confessai et fis mon testament, qui , comme vous le croyez bien, ne fut pas long. Après cela, j’attendis la mort avec assez de tranquillité, non toutefois sans regretter de n’avoir pas mis la dernière main à mon poème (la Henriade ) et à Marianne, ni sans être un peu fâché de quitter mes amis de si bonne heure....
Enfin, je fus en état d’être transporté à Paris le l*' décembre. Voici, monsieur, un moment bien funeste : à peine suis-je à deux cents pas du château, qu’une partie du plancher de la chambre où j’avais été tombe tout enflammée. Les chambres voisines, les appartements qui étaient audessous, les meubles précieux dont ils étaient ornés, tout fut consumé par le feu ; la perte monta à près de cent mille livres, et, sans le secours des pompiers, qu’on envoya chercher à Paris , un des plus beaux édifices du royaume allait être entièrement détruit. »
En 1778, le château de Maisons avait été acquis par le comte d’Artois, qui y reçut souvent la famille royale. Le roi, la reine et les princes y avaient chacun un appartement.
Vendu, à la Révolution, comme propriété nationale , il a depuis compté parmi ses propriétaires le duc de Montebello et le banquier Jacques Laffitte. Aujourd’hui il appartient à M. Thomas , directeur de la compagnie d’assurances du Soleil.
Le château de Maisons est précédé d’une vaste cour d’honneur à laquelle donne accès une magnifique grille reliant deux pavillons en pierre, d’un style monumental. On lit sur la façade du pavillon dedr., mais du côté du château : Præcipua rerurn ad famam dirigenda, et sur celle du pavillon de g. : Suum cuique decus posteritas rependet. On remarque : les deux rangées de bustes qui s’étendent à l’E. et
à l’O.du château; une grande et belle terrasse sur la Seine; un splendide verger; une grande ferme avec toutes ses dépendances; de vastes pelouses; de larges avenues et de charmants massifs dont quelques-uns sont ornés de statues en marbre blanc ou en plâtre. M. Thomas doit maintenir le château dans toute l’intégrité de son architecture; c’est une des conditions expresses de la vente.
L’église, dont le clocher en pignon se montre à côté du château , a conservé quelques parties anciennes , pendant que tout se transformait autour d’elle. L’intérieur n’offre rien de remarquable , mais l’extérieur a un aspect pittoresque. Un lierre immense, qui couvre presque tout un mur de cet édifice, du côté du parc, grimpe jusqu’au haut du clocher qu’il enveloppe en partie. On lit sur une plaque de marbre blanc, fixée en dehors, à côté de la porte, à g. : « Ci gît très-haute et très-puissante dame Marie Lady Cary 11, décédée le 27 octobre 1783. » Devant l’église s’étend une petite place plantée d’arbres et au milieu de laquelle se voit un puits assez profond.
La fête patronale de Maisons, Tune des plus animées des environs de Paris, se célèbre le dimanche qui précède le 15 juillet.
Talma, qui aimait beaucoup Maisons, a laissé son nom à une des auberges du pays.
De la station de Maisons à celle de Conflaus, on reste presque constamment dans une tranchée qui ne laisse voir que la cime des arbres de la forêt de Saint-Germain. Cette partie de la forêt était le lieu de prédilection de Charles X pour les chasses aux cerfs. Un peu avant d’atteindre la station de Conflans, on peut voir, à dr., à l’extrémité d’une longue «et belle avenue, le château de la Muette, charmant pavillon, un des principaux rendez-vous de chasse de la forêt.
21 kil.Conflans-Sàinte-Honorine (omnibus, 40 c.), v. de 1484 hab., si-
tué à 4 kil. du chemin de fer, sur une colline, au-dessus de la jonction de la Seine et de l’Oise, est complètement caché par la forêt. Un pont suspendu, auquel vient aboutir la route qui part de la station, le met en communication avec la rive g. du fleuve. Ce pont, construit sous la direction de M. Seguin, se compose de trois travées. La travée du milieu a 76 mèt. d’ouverture; les deux autres ont chacune 33 met.
Conflans doit son nom au confluent près duquel il se trouve, et son surnom à la châsse de sainte Honorine, qui y fut apportée (898) , sous le règne de Charles le Simple, par un habitant de Grasville, pour y être mise à l’abri des incursions des Normands, il était fort ancien et possédait alors des fortifications. Ces reliques furent •d’abord déposées dans une petite chapelle; mais, au milieu du xi*s., les seigneurs de Beaumont-sur-Oise , qui étaient en même temps seigneurs de Conflans, bâtirent une église en leur honneur, puis fondèrent un prieuré qui a subsisté jusqu’à la Révolution. Les reliques de sainte Honorine ont , de tout temps, attiré un grand nombre de pèlerins à Contiens ; le jour de l’Ascension, elles sont portées en procession. Sur la colline où s’élevait jadis le prieuré , on voit encore les ruines d’une vieille tour de forme carrée, qui s’appelait le Vieux-Château qu la Baronnie. Une autre tour, nommée le Château-Neuf ou tout simplement la Tour, a été complètement détruite.
Conflans possède un beau château moderne et de nombreuses maisons de campagne. Son territoire est en grande partie cultivé en vignes. Ses habitants exploitent, en outre, avec un assez grand profit, des carrières (1<k pierre de taille (pierres très-tendres , très-belles, pour monuments et sculptures) et de moellons.
L 'église paroissiale de Conflans , consacrée à saint Maclou, est fort nicieune; toutefois, elle a dû être
reconstruite à diverses époques. Son clocher roman paraît remonter au xiie s.; la nef et les bas côtés sont du style ogival; mais les voûtes ont été refaites en berceau. Le chœur a des bas côtés. Le portail (xvie s.) est précédé d’un porche en ruine.
On découvre une belle vue de la terrasse de l’église, sur laquelle s’élève la maison des sœurs, qui domine tout le village.
Au sortir de la longue et profonde tranchée qui suit la station de Conflans, on aperçoit, à dr. , le petit clocher d'Achères (660 hab.), situé entre la forêt de Saint-Germain et la rive g. de la Seine. L'église, dont les plus anciennes parties datent du xiii* s., a été reconstruite à diverses époques. Les regards sont attirés, sur la rive dr. de la Seine , par les clochers d’Andrésy et de Chanteloup (F. ci-dessous, p. 9). Entre le chemin de fer et la Seine, se montre une vaste usine (pour teinture en violet), fondée tout récemment par un chimiste distingué. On découvre, surladr., le pont de Poissy.
26 kil. Poissy (hôt. : de la Ville de Ilouen, à l’une des extrémités de la rue de Paris, près du pont et à dr.
de la station (bureau des voitures pour Saint-Germain et Versailles); à l 'Esturgeon, chez Hommery , restaurateur , bonnes matelotes , bonnes anguilles; — Salles et Diot, loueurs de chevaux et de voitures, rue de Paris, à g., près de la gare), V. de 5101 hab., située sur la rive g. de la Seine, et en très-grande partie à g.
du chemin de fer, est reliée à la rive dr. du fleuve par un pont de pierre. Ce pont avait jadis 37 arches d’une égale grandeur; il n’en compte aujourd’hui que 24, dont 18 en pierre, très-inégales, 5 en bois et une en fonte, qui s’appuie d’un côté sur la rive dr. de la Seine; cette dernière est de beaucoup plus large que les autres, afin de donner passage aux bateaux. Il a été construit par