‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 37 sur 499 · POISSY · texte numérisé non relu

POISSY

Louis IX ; un des moulins bâtis sur pilotis, que l’on voit adossés à peu près au milieu du pont, s’appelle encore le moulin de la reine Blanche.

Pendant les guerres de la Ligue, le duc de Mayenne, qui était maître de la ville, en fit sauter trois arches pour empêcher l’armée royale de franchir la Seine. Les arches en pierre sont protégées de chaque côté par d’énormes contre-forts.

Poissy, Pinciacwn. Pisciacum, Pois siacum , est une ville très-ancienne , qui évidemment a dû son origine à un établissement de pécheurs. Vers la fin du ix* s., elle devait avoir une certaine importance, puisque Charles le Chauve y tint, en 868, une assemblée des prélats et des grands de son royaume. Quelques savants ont émis l'opinion que le bon roi Robert et la méchante reine Constance avaient chacun un palais à Pincincum.

Le fait est douteux. Ce qui parait positif, c’est que, en 1367, Charles V fit démolir les restes d’une résidence royale qu’avaient occupée la plupart de ses prédécesseurs. On n'est pas sûr non plus que saint Louis soit né à Poissy, mais il y fut certainement baptisé. Il avait du reste une affection toute particulière pour cette ville, et il se plaisait à signer Louis de Poissy.

Poissy fut fortifiée au moyen âge. On peut voir encore les débris de ses anciennes murailles, qui ne l'empêchèrent pas cependant d’être prise toutes les fois qu’elle fut assiégée. Passons rapidement sur ces souvenirs locaux, pour rappeler le principal fait historique auquel son nom reste attaché. En 1360, à l’époque où Catherine de Médicis, conseillée par l’Hôpital, se faisait reprocher son apostasie par Montmorency et par le peuple, et entrait de plain-pied dans le calvinisme, a dit un historien contemporain, croyant faire acte de haute politique et rendre plus solide la couronne de ses enfants, elle s’imagina qu’elle parviendrait à concilier les deux opinions, et elle convoqua à Poissy les protestants et les catholiques, pour y discuter librement et solennellement leurs croyances. Cette conférence estconnue dansl’histoiresous le nom de colloque de Poissy; elle s ouvrit le 9 sept. 1561, dans le réfectoire de l’abbave. Le légat du pape, 16 cardinaux, 40 évéques et un grand nombre de théologiens y représentaient le catholicisme. Le protestantisme y comptait trente

ou quarante défenseurs. Calvin avait refusé d’y venir, mais il avait envoyé à sa place Théodore de Bèxe. Toute la cour assistait à ce tournoi théologique. La discussion fut d’abord courtoise; Théodore de Bèze exposa nettement sa profession de foi ; mais, lorsqu'il vint à dire « que le Christ, dans l’Eucharistie, est autant éloigné du pain et de l'eau comme la terre l’est du ciel, » tous les évêques se levèrent en criant au blasphème; ils accusèrent le gouvernement « de vouloir innover la religion et non apaiser les troubles. » Le général des jésuites. Lainès, qui accompagnait le légat, protesta contre le scandale que donnait la reine en établissant des conférences religieuses quand le souverain pontife avait indique un concile général. Le colloque dégénéra en disputes violentes, et, le 25 novembre, on fut obligé de le clore.

L’aspect de la ville actuelle n’a rien d’agréable. Les rues, étroites et tortueuses , sont bordées de vulgaires maisons; sans sa magnifique église et les jolies promenades qui l’entourent, Poissy ne mériterait pas une visite.

Les deux tours qui surmontent l’église , placée sous le vocable de Notre-Dame de Poissy, et qui attirent l’attention d’assez loin, sont très-remarquables. k La tour centrale, dit M. Viollet-le-Duc , est admirablement conservée, sans une épauffure, sans une crevasse. Les pierres, couvertes d’une croûte grise, ont pris un aspect métallique qui ferait croire que cette construction est d’un seul morceau. Cela est d’autant plus remarquable que cette tour est en môme temps la partie la plus ancienne et la mieux conservée de tout l’édifice , comme aussi la plus curieuse. Les tours centrales, dans des églises du xi* s., ne sont pas communes, et celle-ci est une des plus pures et des plus belles que j’aie vues. »

A la suite d’un rapport du savant architecte qui nous a rendu Notre- Dame de Paris, telle qu elle était autrefois, rapport d’oü nous avons extrait les lignes qui précèdent, l’église de Poissy fut classée parmi les monuments historiques ; la restauration,

confiée à M. Viollet-le-Duc, déjà trèsavancée, est presque une reconstruction. Toutes les parties refaites ou restaurées l’ont été dans le style de leur architecture primitive (xie, xiv% xv*, xvi* et xvne s.).

Ce curieux édifice, maintenant isolé et entouré d’arbres, n’a jamais eu de portail. On y entre par une porte latérale, décorée (tympan et voussures) d’admirables sculptures malheureusement mutilées pour la plupart.

L’église de Poissy a 67 met. de longueur sur 33 met. de largeur ; elle est divisée en trois nefs avec chapelles latérales. On remarque à l’intérieur : de magnifiques chapiteaux sculptés, notamment ceux des piliers du chœur; un bel autel en bois sculpté dans la chapelle de la Vierge, située derrière le maître-autel et presque entièrement pavce de curieuses pierres tombales ornées de figures et de dessins ; dans le bas côté de droite, près du chœur, une belle chapelle neuve, avec un charmant autel en pierre, orné de sculptures et surmonté d’un joli tabernacle également en pierre (à l’entrée, pierre tombale sur laquelle on lit : Ci gist dame Marguerite Rivière, en son vivant femme et épouse de Symon Bovilliant, conseiller du roy et controileur au grenier à sel de Poissy, qui décéda en 1639); un groupe en pierre (8 figures de grandeur naturelle) représentant l’ensevelissement du Christ, dans la chapelle des fonts, située à l’extrémité du collatéral g.

(pierre tombale à l’entrée) ; de magnifiques boiseries dans la 4e chapelle de ce même collatéral ; enfin , dans la 6e chapelle, dont l’entrée offre deux vieilles statues et une pierre tombale de Hénaut, mort en mdcxxx, de vieilles boiseries et surtout les derniers débris des fonts baptismaux sur lesquels saint Louis a été baptisé.

On a cru pendant longtemps que la poussière provenant de la raclure de ces fonts guérissait la fièvre quand on l'avalait dans un verre d’eau.

Aussi ont- ils été tellement raclés qu’il n’en reste plus que des fragments réunis par du plâtre.

Près de l’église paroissiale de Poissy, ancienne collégiale, s’élevait encore, en 1802, une église bien plus grande et bien plus belle, que la plupart des auteurs ont confondue avec elle. Cette église, dont il ne reste presque aucun vestige, était celle de l’abbaye , commencée par Philippe le Bel et achevée par Philippe de Valois, sur une partie de l’emplacement de l’ancien château royal. On assurait même, ce qui n'est nullement prouvé , que le maître-autel avait été élevé à l'endroit où se trouvait le lit de la reine Blanche lorsqu’elle donna le jour à saint Louis. Elle renfermait un grand nombre de tombeaux, parmi lesquels on remarquait ceux de Philippe le Bel, de la reine Constance, d’Agnès de Méranie. Le trésor, qui était fort riche, possédait la mâchoire supérieure de saint Louis.

En 1687, en faisant réparer le chœur des religieuses, on découvrit, dans un petit caveau, une urne d’étain, posée sur des barres de fer, et dans laquelle deux petits plats d’argent étaient enveloppés d’une étoffe d’or et rouge, avec cette inscription sur une lame de plomb :

CT DEDEN EST LE CVER DV ROI PIIYLIPPB QVI FVNDA CESTE ÉGLISE QVI TRÉPASSA A FONTAINEBLEAV LA VEILLE DE SAINT-ANDRÉ.

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