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ALENÇON

DE CAEN AU MANS

fés. La rue Saint-Biaise finit au carrefour où commencent, à g., la rue de Casault, à tir. la rue du Cours, <|ui conduit à la halle aux toiles. Au point d’intersection de ces rues, où s’élevait jadis la porte de Sées , s'ouvre la Grande-llue, la rue marchande, l’artère principale de la ville moderne. La rue du Jeudi, à dr., conduit à la place du Palais. Dans la rue du liercail se trouve l’église Notre- Dame. En suivant la Grande-Rue, on trouve à dr. la rue aux deux, qui conduit à la halle aux blés, et, par la rue des Filles-Notre-Dame , on peut gagner la Place d'armes, où se trouvent le vieux château, l’hôtel de ville et le palais de justice. Derrière l’hôtel de ville, une rue qui traverse la Briante mène à une vaste promenade publique. — Dans la rue Saint-Léonard, qui fait suite à la Grande-Rue, s’élève l'église de ce nom.

La ville d'Alençon {Akrcium, Alencium) ne parait pas avoir existé à l’époque celtique ou gallo-romaine; en 717 elle n’était qu’une centénie du pays d'Exmes. Devenue, sous le gouvernement de Rollon, une des clefs de la Normandie, elle acquit une certaine importance, surtout lorsque Yves de Creil ou de Bellème y eut fait construire une forteresse. Guillaume Ier, fils d’Yves, surnommé Tairas, ayant refusé de rendre hommage à Robert, duc «le Normandie, ce dernier prit la place d’assaut, et Talvas dut lui demander pardon, pieds nus et en chemise, avec une selle de cheval sur le dos :

Son dos offrit à chevaucher,

Ne se pot plus humilier.

(Roman de Rou).

Vers l'an 1040, Geffroy Martel, comte d’Anjou, se rendit maitre d’Alençon; mais Guillaume le Bâtard accourut en toute hâte pour la reprendre, et, irrité par les cris injurieux : à la \>el, à la pel (Guillaume, comme on le sait, avait eu pour mère la fille d’un pelletier de Falaise), que les Alençonnais se mirent à pousser à son approche; a il fit couper, dit M. Auguste Billiard, les pieds et les mains aux trente prisonniers qu’il saisit morts ou vifs, et jeter ces membres ensanglantés par-dessus les murs du château, en mena-

çant d’un pareil sort quiconque oserait lui résisier. » La ville, effrayée, ne tarda pas à se rendre (1048).

L'histoire de la ville d’Alençon, gouvernée par des ducs que leurs cruautés ou leurs débauches ont rendus célèbres, n’offre qu’un intérêt local assez médiocre jusqu’en 1415, année funeste pendant laquelle la victoire d'Azincourt fit tomber toute la Normandie aux mains des Anglais. Bedfort fut nommé duc d’Alençon. L’année précédente (1414) le comté d’Alençon avait été érigé en duché-pairie en faveur de Jean Ier. Son fils, Jean II, ne rentra en. possession de son duché d’Alençon qu’en 1449 et encore n’en jouit-il que peu d'années. Sa passion exagérée pour le faste et les plaisirs le jetèrent dans de nombreuses intrigues qui forcèrent Charles VII et plus tard Louis XI à le déposséder de ses États. Vers 1476, Louis XI vint à Alençon et faillit être tué dans les fêtes brillantes que la ville donna en son honneur. « Au moment où il passait du parc dans le château, dit M. Billiard, un page et une femme de mauvaise vie, qui étaient audessus de la porte, en détachèrent involontairement une pierre. Elle tomba si près du roi, qu’elle emporta une partie de sa robe de camelot tanné. Faisant aussitôt le signe de la croix, le prince se jeta â genoux, ramassa la pierre et le morceau de sa robe qu’il promit de porter au Mont-Saint-Michel. » Louis XI, entre autres privilèges, accorda aux habitants d’Alençon le rétablissement de leur mairie, mais il se montra plus que sévère envers René, fils de Jean II, auquel il ne permit de prendre que le titre de comte; il lui retint même une partie des domaines de son père, lui défendit de se marier, et, quelque temps après, pour le punir de diverses plaisanteries qu’il s’était permises sur son compte, il le condamna à mourir en prison. Charles VIII rendit sa liberté, ses biens et son titre à René, dont le fils, Charles IV, épousa la sœur du roi de France, Marguerite d'Angoulème, qui, au dire des historiens, tint à Alençon une cour beaucoup plus brillante que celle de son frère.

Dès 1559, le calvinisme envahit Alençon où il fit de rapides progrès, grâce à la tolérance de Marguerite d'Angoulème. Montgommery et ses lieutenants y commirent de nombreuses cruautés. « La Motte-Tibergeau, ajoute M. Auguste Billiard, que nous avons déjà deux fois cité, portait une bandoulière d’oreilles de prêtres en écharpe. Les catholiques avaient eux mêmes pro-

voqué ces représailles. Il n'y avait plus de messe à Alençon, à moins que ce ne fût pendant la nuit. David Grégoire, avec un fouet, chassait les gens hors de l'église, et disait qu'il fouettait la messe. » Le départ de Montgommery, en 1568, mit fin à ces atrocités.

Les catholiques, qui méditaient une cruelle vengeance, prirent les armes à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy, mais un homme de cœur, dont les habitants d'Alençon prononcent encore aujourd’hui le nom avec vénération, Jacques de Matignon, lieutenant du roi en basse Normandie, par des mesures énergiques et des paroles éloquentes, parvint à calmer l’effervescence du peuple; pas une goutte de sang ne fut répandue.

Au mois de décembre 1586, la ville d’Alençon, qui avait pris d'abord parti pour la Ligue, ouvrit ses portes à Henri IV. Ainsi finit, ou à peu près, l’histoire politique du duché d’Alençon qui lit partie dans la suite de la dotation de divers princes du sang. Sous Richelieu, la ville devint le siège d'une généralité ou intendance d'ou relevaient 1290 communes ou paroisses. Les calvinistes y établirent un grand nombre de manufactures dont la révocation de l’édit de Nantes détruisit la prospérité, mais cette industrie fut remplacée, quelques années après, par celle des dentelles qu’y introduisit une dame Gilbert, originaire d’Alençon.

La démolition des portes de la ville en 1724, des émeutes causées par la disette de 1784 à 1768, l’incendie de l’église Notre- Dame en 1744, tels sont les faits les plus importants que nous offre l’histoire d'Alençon jusqu’en 1789. Les Alençonnais prirent une part active à la Révolution; mais il n’y eut aucun désordre à déplorer dans leur ville. Après le 31 mai, Alençon sembla un moment se prononcer pour le parti girondin auquel elle avait donné Dufriche-Valazé, l'un de ses plus intrépides représentants, mais elle se soumit bientôt à l'autorité de la Convention. La même année, après la défaite des Vendéens vaincus au Mans, un grand nombre de malheureux soldats furent pris et fusillés à Alençon. Plus tard, les environs de la ville furent ravagés et ensanglantés par les chouans que commandaient Georges Cadoudal et M. de Frotté, gentilhomme alençonnais. L’arrestation et la mort de M. de Frotté mirent lin à ces désordres.

Alençon a vu naître : le girondin Dufriche-Valaze, le médecin des Genettes, l'historien Odolant- Desnos, le para-

FB. NORMANDIE.

phlétaire Hébert, rédacteur du Père Ditchtsne, le graveur Godard, etc.

L’église Notre -Dame (mon. hist.}, l’édifice religieux le plus remarquable du département de l’Orne, après la cathédrale de Sées, appartient au style ogival tertiaire et parait remonter au xv* s., à l’exception du chœur et du clocher rebâtis en 1744, après un incendie qu’avait allumé le feu du ciel.

Un nouveau coup de foudre découronna encore le clocher en 1808. Ce qui frappe surtout à l’extérieur de cette église, c’est son magnifique portail « qui offre, dit M. de la Sicotière, trois grandes entrées en ogive, précédées d'une façade légère et hardie. . .. Deux tourelles octogones ou crochetons hérissés d’aiguilles garnies de crochets s’élèvent au-dessus des massifs de la nef. Leur structure délicate et légère s’harmonise parfaitement avec les aiguilles des contre-forts et les balustrades des combles. Ces clochetons, dont l’architecture n’est pas identique, renferment chacun un escalier. Les arcades de la façade sont au nombre de trois, comme les entrées qu’elles couronnent. Elles présentent un triangle fort aigu, dont la partie inférieure est encadrée dans une façade rectangulaire. Les vides intérieurs de ces arcades , et ceux qui existent entre elles et les parois des rectangles, sont remplis par des< arcades trilobées, par des balustrades dont les dessins arrondis et contournés ont quelque rapport avec des fleurs de lis, et par d’autres ornements. .. . Peu d’églises offrent un aussi brillant modèle de ce style flamboyant qui rachète, par l'élégance et le fini de ses détails, ce qui lui manque en grandeur et en sévérité.... Deux galeries, dallées en larges carreaux de granit, se partagent le dessus du portail. La grande arcade du milieu offre six statues de moyenne dimension, disposées sur deux lignes. Ces statues, d’un bon travail, représentent la Transfiguration. L’une de ces statues, celle de saint Jean, tourne assez

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