AU MANS. [ROUTE
que prospérer, et la plupart des familles riches de cette ville doivent leur fortune à cette industrie. La fabrication du point d'Alençon est fort longue ; elle employait autrefois environ 2000 ouvrières, qui gagnaient jusqu’à 2 fr. par jour. Ces ouvrières se servaient de fils qui valaient de 100 à 1800 fr. la livre, et qu’on tirait de Flandre; leurs produits étaient diriges sur Paris ou exportés dans toute l’Allemagne. Maintenant, cette industrie , qui s’étendait jusqu’aux environs d’Argentan , est totalement tombée. »
La ville d’Alençon possède un dépôt de remonte où l’élevage de l’Orne trouve chaque jour, dit M. C. du Hays, appui et débouchés. — Une foire de chevaux fameuse s’y tient chaque année à l’époque de la Chandeleur ; elle commence le 25 janvier dans les écuries pour se prolonger jusqu’au 4 lévrier. — Le champ de foire , voisin de la gare et ombragé de marronniers, a 2000 mèt. de superficie. — Un concours de poulinières a lieu à Alençon du 7 au 8 octobre. — Un marchand de chevaux, M. Charles Montreuil, a dans Alençon une écurie d’une haute importance.
Les environs d’Alençon fournissent en abondance un beau granit qui s’exporte jusqu’à Paris et même beaucoup plus loin.
[Voit, de corresp. pour : — (62 1c.il.) Domfront (R. 105); — (24 kil.) Carrouges (R. 105) ;— (41 kil.) Mortagne (R. 98). J
D’Alençon à Mortagne, R. 102; — à Domfront, R. 105 ; — à Mayenne, R. 106.
Après avoir franchi la Sarthe et croisé la route de terre d'Alençon à Mamers, la voie ferrée1 quitte le départ, de l’Orne pour entrer dans celui de la Sarthe, tout près de Saint- Pater, ch.-l. de c. de 578 hab. , où l’on visite avec intérêt un château de-
1. Voir pour les détails sur le trajet d'Alençon au Mans l'Itinéraire de la tir*tagne, par Ao. Joan.ne.
FALAISE
venu célèbre par le séjour qu'Henri IV y lit à plusieurs reprises pour y voir Mme de Courtemanche , qui était très-belle et dont il était vivement épris.
119 kil. Bon rg-le-Roi, v. de 557 hab., a conservé des ruines imposantes d’une ancienne forteresse, construite vers 1100 par Guillaume le Roux.
125 kil. La Hutte , ham. de la c. de Coulovnbiers (970 hab.), où se fabriquent d’assez bonnes toiles dites dlAlençon.
(Voit, de corresp. pour (7 kil.) Fresnay-le-Vicomte, où se voient, outre les ruines d'un vieux château, une belle église appartenant à l’architecture romane du xit* s. et à l’époque de transition.]
136 kil. Vivoin, v. de 1259 hab.
(débris de bâtiments claustraux occupés par un corps de ferme; belle église du xin's., ancienne abbatiale).
[Corresp. pour (2 kil.) Beaumontle- Vicomte ou sur-Sarthe, V. de 2184 hab. (église du xi* s. défigurée par des restaurations; ruines d’un château qui soutint au moyen âge des sièges nombreux.]
141 kil. Maresché, v. de 1261 hab.
Près de Maresché s’élève le château de la Bussonnièrc, entouré de belles prairies.
146 kil, Montbizot, v. de 940 hab.
[Corresp. pour (5 kil.) Ballon, v. de 1939 hab. (ruines d’un vieux château).]
150 kil. La Guierche, v. de 664 hab.
156 kil. Neuville, v. de 1348 bab.
(belle église ogivale ; châteaux ; antiquités et médailles romaines).
167 kil. Le Mans.
Buffet recommandé à la gare.
Omnibus pour la ville, 50 c. pendant le jour et 75 c. pendant la nuit.
Hôtels : — de la Boule-d'Or, rue Dumas et place des Halles; — du Dauphin, place des Halles; — de France , place des Halles ; — du Maine, rue des Minimes ; — de la Galère, rue Napoléon ; — d’Angers, à la gare ; — de l’Europe, à la gare ; — de l'Ouest, à la gare.
Le Mans, chef-lieu de la Sarthe, V.
de 37209 hab., possède plusieurs édifices dignes d’une visite, entre autres, la cathédrale Saint-Julien, monument historique ; le palais épiscopal ; l’église Notre-Dame de la Couture, monument historique ; l’hôtel de ville ; 1 e musée et la bibliothèque, etc. (F., pour les détails, le volume de l’Itinéraire général de la France intitulé : la Bretagne, par Adolphe Joanne.)
DE CAEN A FALAISE
A. Par I* chemin de fer.
52 kil. — Chemin de fer. — Trajet en 1 h.
40 min. ou 2 h. 30 min. — i” cl. 4 fr.
80 c.; 2* cl. 3 fr. 60 c.; 3* cl. 2 fr. 65 c.
43 kil. De Caen à Coulibœuf (R. 79).
L’embranchement de Falaise se détache à ,dr. de la ligne de Caen au Mans (R. 79), à 1 kil. environ de la station de Coulibœuf, en face du v.
de Damblainville (R. 79). La voie ferrée se tient pendant quelque temps sur une plaine fertile, entre la vallée de la Traine au S. et la vallée de l’Ante au N. La rive g. de l’Ante est dominée par des coteaux couverts de sapins. Au loin, sur la g. , se montrent les bois de Saint-André et leurs dépendances, et, plus près de la voie ferrée, le petit v. de Villy (375 hab.) dont l’église n’offre aucune partie antérieure au xv* s. On aperçoit, à dr., la pointe du clocher d'Ér aines (275 hab.), puis l’attention est attirée sur la g. par les flèches de l’église de Guibray.
52 kil. Falaise (omnibus, 30 c. le jour et 40 c: la nuit ; hôt. de Normandie ( recommandé ) ; — Piel, loueur de voitures; — libraires :
UlleLittaye, Mme Gérard;— bureau de poste télégraphique, rue de Guibray), ch.-l. de sous-préfecture du départ, du Calvados, V. de 8561 hab., située sur une espèce de promontoire entre
DE CAEN A FALAISE
deux éminences, « semblable à un vaisseau amarré au milieu des rochers et des bois,» a dû évidemment son nom aux accidents naturels du sol sur lequel elle est bâtie. « On ne saurait imaginer, en effet, a dit Aristide Guilbert (Villes de France ), un pays d’un aspect plus varié, ni plus agréablement accentué : des roches de grès quartzeux bordent le lit de la petite rivière d’Ante, comme de hautes falaises, ou se détachent çà et là, à pic, de tout ce qui les entoure, sous des formes bizarrement pittoresques. Aussi, un savant Falaisien, à force de contempler ces roches, a-t-il cru y trouver l’empreinte de tout un monde fantastique d'idoles ou d’emblèmes celtiques. »
Falaise se divise en trois quartiers : 1° les faubourgs de la Brette, du Val d’Ante et de Saint-Laurent; 2 • la vieille cité bâtie sur une roche schisteuse; 3” le faubourg de Guibray qui forme en quelque sorte une petite ville distincte. En regard du château s'élève le mont Mirai (wons mirabilis) dont les parois escarpées dominent le frais vallon que baignent les eaux de la petite rivière d’Ante.
Les origines de la ville de Falaise ne sont pas connues. Suivant la chronique de Normandie, c'était déjà un lieu remarquable en 949, la principale ville du comté de l’Hiémois; elle avait un vicomte vers 969. Le duc Richard recula la ligne des fossés, ceignit la ville de remparts flanqués de tours, et fortifia le château, qui devint une des plus importantes places d’armes de la Normandie. L’un de ses fils, Robert le Magnifique, surnommé Hobert le Diable, fit de Falaise sa résidence habituelle-, ce fut là qu’il s'éprit d'amour pour la belle Arlette, tille d'un pelletier. De l’union illégitime des deux amants naquit, à la fin de 1097, Guillaume le Bâtard, appelé plus tard le Conquérant, qui, à la mort de son père, devint, très-jeune encore (il avait sept ans), duc de Normandie.
« Ce fut au milieu des gens de guerre, en parcourant ces rochers escarpés, d’une nature si abrupte et si sauvage, qui environnaient son berceau, que grandit Guillaume, disait, en 1863, M. le conseiller
Renault, lors de l'inauguration de la liste des compagnons de Guillaume dans l’église de Dives, qu’il apprit à braver les dangers, et acqnit ce caractère audacieux et entreprenant qui fit sa gloire, le rendit le premier homme de son siècle et immortalisa son nom.
« Ce fut sous les murs de sa ville natale que Guillaume fit ses premières armes en reprenant le château, que le traître Toustain, qui y commandait pour lui, tentait de livrer au roi de France.
« Ce fut de son château de Falaise, où il s'était réfugié pour échapper aux seigneurs du Bessin et du Cotentin, révoltés contre lui, qu’il partit pour aller leur livrer cette fameuse bataille du Val-ès-Dunes, où les principaux d’entre eux furent, les uns tués et les antres faits prisonniers.
• Ce fut dans son château de Falaise qu’il se prépara à combattre et à vaincre, à Varaville, cette ligue formidable qu’avaient formée contre lui le roi de France et plusieurs princes souverains des provinces voisines.
« Ce fut de son château de Falaise qu’il donna rendez-vous, à Dives, à ces capitaines, à ces barons normands, dont les noms, inscrits en lettres d'or, sont placés dans l'église de Dives sous la garde et la protection de l'église, comme pour rappeler les sentiments religieux dont firent preuve, la veille de la bataille d’Hastings, ceux dont ils retracent le glorieux souvenir. »
Guillaume le Conquérant favorisa autant qu'il le put cette ville où il était né et qu'il aimait. Il réunit à la foire de Guibray celle de Montmartin; il agrandit l’enceinte de Falaise; il en fortifia le château; il y distribua des eaux abondantes et pures; il donna aux habitants la chapelle ducale qu’il avait élevee sur la place du Vieux-Château; il fonda ou reconstruisit plusieurs églises; il imprima une nouvelle activité au commerce et à l’industrie. Cette prospérité, un moment troublée par les divisions qui éclatèrent à la mort du Conquérant entre les divers membres de sa famille, s’accrutsouslerègned’llenri I«; il se faisait surtout à Falaise unimportant commerce de pelleteries.
Les troubles recommencèrent à la mort d’Henri. Qui devait hériter de sa succession? son neveu Étienne de Blois ou sa fille Mathilde? Falaise se déclara pour Étienne et soutint plusieurs sièges.
Après une lutte assez longue, Robert Marraion, qui commandait pour l’impératrice Mathilde, épouse de Geoffroi d’An-
FALAISE
jou, se vit forcé de remettre an comte Geoffroi les clefs de la ville de Falaise. Avec les clefs de la ville et du château, les notables de la cité offrirent au mari de Mathilde les vœux du peuple. Cette soumission commença la fortune des Plantagenets.
En 1158. le fils de Geoffroy, Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, vint passer à Falaise les fêtes de Noël, en compagnie de la fameuse Eléonore de Guyenne, qu’il avait épousée après la répudiation de Louis VII, roi de France.
Richard Cœur de Lion, troisième fils d’Eléonore de Guyenne et d'Henri II, devenu roi d’Angleterre et duc de Normandie, voulut donner aussi à Falaise des marques de son estime. Il assigna le château et la ville en apanage à sa femme Bérangère, qu’il épousa à Messine, peu de jours avant son départ pour la Terre- Sainte (1191).
Jean sans Terre, qui recueillit la couronne de Richard Cœur de Lion, fit plusieurs entrées royales à Falaise en 1199îaoo, 1201, 1202 et 1203. Après avoir imposé des conditions impossibles à son neveu et prisonnier, Arthur de Bretagne, dans le château de Falaise où il le retenait prisonnier, et où il avait tenté de le faire égorger, il l’emmena à Rouen pour l'y assassiner de sa propre main ( 1205).
HtiPhilippe Auguste s’étant rendu maître de Falaise, en 1204, accorda â ses habitants le maintien de la commune et la confirmation de leurs privilèges. Sous le règne de ce prince fut achevée l’église de Guibray, commencée par Guillaume.
Dans la longue série des seigneurs qui furent investis des fonctions de vicomte de Falaise, du xtn* au xviii* s., on ne trouve pas un personnage remarquable.
L’histoire nous a conserve un singulier exemple de la justice vicomtale. En 1386, une truie avait tué l’enfant d’un manœuvre du nom de Janet, lui avait déchiré un bras et tout le visage. On fit un procès, à l’animal, qui, après plaidoirie, fut condamné à la peine du talion. L'exécution de la sentence eut lieu sur la place publique, en présence d’une foule de spectateurs. La truie coupable avait un masque et des vêtements d’homme. Mutilée comme elle avait mutilé l’enfant, elle fut ensuite, « sous les yeux du vicomte-juge, à cheval, un plumet sur son chapeau et le poing sur le coté, » pendue par la main du bourreau. Le bonhomme Janet assista à cette étrange cérémonie : on l’y força pour le punir de n’avoir pas empêché la
mort de son fils par une surveillance plus active.
Henri V, roi d’Angleterre, mit le siège devant Falaise en 1417. Les assiégés lui opposèrent, pendant quarante-sept jours une résistance héroïque, mais ils durent enfin capituler. Le monarque anglais fit tous ses efforts pour aider Falaise à répa rer les désastres de la guerre. Par son ordre, les murs de la ville furent restaurés, les fontaines publiques relevées, les églises réparées. Talbot, créé par lui gouverneur de Falaise, fit construire la magnifique tour qui existe encore aujourd'hui. (F. p. 457). En outre, Henri V confirma tous les privilèges de la commune.
Attaquée, en 1450, par Charles VII, et forcée de capituler, Falaise rentra, pour n’en plus sortir, sous la domination des rois de France, et s’adonna dès lors au commerce et à l’industrie (pelleteries, teinture d’étoffes, grosse coutellerie, fabrique de serges), dont Louis XI, François I«, François II et Charles IX favorisèrent, par toute sorte de privilèges et d’immunités, les développements croissants.
On ignore à quelle époque le calvinisme fut introduit à Falaise; mais en 1562 la ville tomba au pouvoir des protestants.
Les catholiques la reconquirent au bout de quelques mois. L’amiral de Coligny la prit en 1563. Lorges de Montgommery s’en empara cinq ans après. Mais, en 1 574, Jacques de Matignon, officier de Charles IX, la remit aux mains du roi.
En 1589 les ligueurs de Normandie essayèrent de faire de Falaise un des centres de leurs opérations, mais Henri IV les en expulsa, en 1590, après une résistance héroïque, et dès lors l’histoire de cette ville se confond avec celle de la France.
Falaise est la patrie de Guillaume le Conquérant, des cinq frères Lefèvre de Laborderie, qui brillèrent au xvi* s. dans les sciencesou dans lesarmes ; de Jean Vauquelin, president au présidial de falaise et poète satirique, et de Rocb-le-Bailli, médecin d’Henri IV, connu par ses traités sur l’art médical.
L’église de la Trinité (mon.
liist.) , qui a la forme d’une croix avec bas côtés, appartient tout entière au style ogival. La façade principale, très-ornée (elle donne sur la place de 1’Hôtel-de-Ville), offre un joli porche du xvie s., transformé en chapelle, et
jogle
DE CAEN A FALAISE
un beau portail de la Renaissance délicatement sculpfé. Les figures qui décorent les parois latérales sont finement travaillées, mais le temps les a fortement endommagées. la tour et le clocher (beau carillon) , de construction moderne, manquent de grâce et de légèreté. On remarque particulièrement, à l’extérieur de cet édifice :
les ornements nombreux et variés du chevet (charmants clochetons); les pinacles qui surmontent les contre-forts; les fenêtres ornées dans leur contour de fleurs et de crochets ; la belle balustrade en pierre qui règne dans le pourtour de l’église, etc. Le transsept, la partie la plus ancienne de l’édifice, est du xin* s.; le chœur, la nef et les collatéraux datent du xv' et du xvic s.
L’intérieur se compose d’une nef, d’un transsept et de deux bas côtés.
Le chœur, la nef et les bas côtés sont éclairés par de grandes fenêtres ogivales, les unes à meneaux flamboyants, d’autres à compartiments dans le style de la Renaissance. Les voûtes sont ornées de pendentifs et d’écussons. Les colonnes de la nef offrent de jolis chapiteaux couverts d’ornetnents (feuilles de vigne, d’acanthe , de choux frisés, personnages, scènes tirées de la Bible, etc.).
On remarque, dans la nef, dans le chœur et dans les chapelles qui rayonnent autour des bas côtés, un grand nombre de pierres tombales avec dates et inscriptions illisibles pour la plupart. Signalons aussi, dans les chapelles, quelques fragments de vitraux, de jolis autels, des piscines délicatement sculptées et plusieurs statues anciennes assez intéressantes.
L’église Saint- Gervais (mon.
hist.) , commencée au xi* s., consacrée en 1134, en présence d’Henri 1er, duc de Normandie, construite en forme de croix, est surmontée d’une tour romane (quatre arcatures sur chaque face) que couronne un grand toit à quatre pans couvert d’ardoise et percé de lucarnes au sommet. Le portail,
élevé sur un perron de plusieurs marches, est précédé d’une grille monumentale et d’un porche présentant une grande ouverture ogivale et couronné par un fronton triangulaire garni de crochets. Les deux portes sont surmontées de niches avec dais ; au-dessus régnent des voussures dont l’une est garnie de statuettes. On remarque, à l’extérieur : les crochets et les fleurs qui encadrent le pourtour des fenêtres; la galerie qui règne à la hauteur du toit ; des gargouilles, des salamandres, etc. Cet intéressant édifice est malheureusement masqué d’un côté par d'ignobles masures adossées au chœur, de l’autre par les halles.
L’intérieur comprend une nef, deux collatéraux, un transsept et des chapelles qui se prolongent parallèlement le long des bas côtés et font le tour du chœur. Le côté dr. de la nef se compose de six arcades du style roman secondaire. Le côté g. et les collatéraux de la nef datent du xin* ou du xiv' s. Le chœur offre tous les caractères du style ogival du xvi' s. ; sa voûte a été refaite en bois. Le long des murs et des piliers se voient des niches garnies de statues et surmontées d’un dais orné de ciselures et terminé par un pinacle.
Quelques fenêtres des bas côtés, celles du S. notamment, sont décorées de vitraux du xv* ou du xvi' s., figurant des traits de la vie de Jésus. La chapelle des fonts est ornée d’élégantes sculptures; les clefs de voûte offrent de charmants pendentifs. On remarque aussi plusieurs pierres tumulaires avec inscriptions gothiques, et un certain nombre de tableaux; entre autres un Baptême de Jésus et un Crucifiement, provenant de l’abbaye de Saint-Jean.
Le château de Falaise , dont l’entrée principale s’ouvre en regard de la ville, dans la direction du S. E., bâti sur un promontoire de grès quartzeux, est une des plus importantes constructions militaires (xir s.)
«le
FALAISE
dont la Normandie ait conservé des débris. Il en reste l’enceinte entière avec douze tours et deux portes flan • quées chacune de deux autres tours.
Des bâtiments primitifs, situés dans l’enceinte, il ne subsiste plus qu’une intéressante petite chapelle (xir s.), une jolie porte du xm* s. , un donjon carré avec dépendances et un donjon circulaire (la tour Talbot) bâti par les Anglais.
Le donjon, construit au bord de la falaise, en regard des rochers de Noron, offre une masse carrée d’un aspect pittoresque. On y entre par une vaste salle dont le mur occidental présente les traces d’une immense cheminée. Les murs ont près de 4 mèt.
d’épaisseur. Sur l’un des côtés existait une chapelle, au-dessous de laquelle est une pièce d’égale grandeur. On remarque dans l’épaisseur des murs, une petite chambre avec alcôve où, selon quelques historiens, fut conçu Guillaumele Conquérant. Le concierge du château, cicerone obligé de tous les visiteurs, ne manque pas de leur montrer la fenêtre par laquelle le duc Robert aperçut pour la première fois la belle Arlette pendant qu’elle lavait son linge au bord de la jolie rivière d’Ante. Un escalier voûté fait communiquer ces constructions avec la tour Talbot, ajoutée pendant l’occupation anglaise de 1418 à 1450, et restaurée en 1828. Cette belle toqr (40 mèt. d’élévation), entièrement construite en pierres de taille, comprenait autrefois 5 étages; elle n’en a plus que 4 aujourd’hui, car le 4e et le 5' n’en font qu’un par suite de l’écroulement de la voûte qui les séparait. A l’entrée on distingue encore les rainures de la herse. Le premier étage renferme les oubliettes qui seront prochainement déblayées; en face de l’entrée, un puits, aujourd’hui comblé , fournissait de l’eau à tous les étages de la tour au moyen de larges ouvertures parfaitement conservées. Le 3* étage n’a plus de voûte; au milieu se voit un trou
correspondant avec les oubliettes; le 4* étage servait de chambre aux gouverneurs; on y remarque une cheminée et des fenêtres carrées à travers lesquelles se déroule un immense panorama. Le haut de l’escalier (130 marches) aboutit à une plate-forme recouverte en zinc, d’où l’on découvre une vue très-étendue.
On aperçoit, au S. : la ville de Falaise tout entière; le faubourg de Guibray dominé par le clocher de son église ; le beau parc du château de la Fresnaye ; au N., le château du Mesnil- Riant; le château de Versainville ; les rochers de Noron; le bois du Roi; les châteaux de Longpré, d’Aubigny, de Saint-Loup, et au loin, le sommet de la roche de Saint-Quentin sur laquelle se trouve le tombeau de Marie Joly (F. ci-dessous).
On remarque aussi, au château de Falaise ; la tour de la Reine, dans laquelle se voit la brèche qui livra passage à Henri IV , et la porte d’entrée flanquée de deux tours (rainures de la herse bien conservées).
Le collège occupe une partie de l’enceinte et des bâtiments du château.
Le côté S. des remparts, assez bien conservé, domine une jolie promenade plantée d’ormes séculaires ; cette promenade a été établie sur l’emplacement des anciens fossés.
Le château de Falaise (mon. hist.) doit être l’objet de très -importantes restaurations bien nécessaires pour lesquelles le maréchal Vaillant a alloué à la ville une somme de 40 000 fr.; le conseil général a voté 12 000 fr. M. Ruprich-Robert , architecte, est chargé de la direction des travaux.
L'hôtel de ville, construit en 1785, à l’extrémité de la place de la Trinité, offre une belle façade précédée d’un péristyle d’ordre dorique.
Au milieu de la place de la Trinité s'élève la statue équestre, en bronze, de Guillaume le Conquérant, par Rochet, érigée le 23 octobre 1851. Le
DE CAEN A FALAISE
costume de Guillaume a été fidèlement copié sur la tapisserie de la reine Mathilde, conservée à la bibliothèque de Bayeux. Cette belle statue, supportée par un piédestal de granit, d’architecture romane, mesure près de 7 mèt. de hauteur et pèse environ 6000 kilogrammes. Guillaume, revêtu d’une cotte de mailles et monté sur un cheval à demi dressé sur ses jarrets et la crinière hérissée, tient dans sa main droite un gonfalon, et, penché vers la droite, semble exciter ses soldats sur le champ de bataille d’Hastings.
Signalons encore : V hôtel-Dieu , fondé en 1127 et reconstruit en 1764 ; — l'hôpital-Général, bâti de 1687 à 1754; — le grand-cours et le cours- Labbcy, jolies promenades plantées de beaux arbres ; — les halles (façade monumentale), divisées en plusieurs compartiments par des arcades intérieures: plusieurs fontaines, entre autres la fontaine Borgne (1776), composée d’un vaste bassin et d’une haute pyramide monolithe que surmonte une immense amphore en pierre; la fontaine (pyramide en pierre) qui s’élève devant le portail de l’église Saint-Gervais; et quelques maisons anciennes, notamment dans la grande rue Saint-Gervais, sur la place du Marché et dans la grande rue Sainte-Trinité.
La ville de Falaise proprement dite était jadis entourée de fortifications dont quelques parties subsistent encore et servent de terrasse aux maisons voisines. 11 est très-facile de suivre la ligne des anciennes murailles en longeant le vallon dans lequel coule la rivière d’Ante. La porte Ogise ou des Cordeliers, qui s'élève au delà de la chaussée allant de Falaise à Caen, date du xm* s. Elle est flanquée, à dr., d'une tour de défense qui, haute de 12 mèt., se divise en plusieurs étages. D’un côté de la muraille se voient des traces de la herse. Les autres portes , dont on remarque encore des vestiges considé-
râbles, sont la porte Philippe-Jean et la porte Lecomte, d’un aspect très-pittoresque. Cette dernière est flanquée, à dr., de vastes pans de murailles, et à g. d’une grosse tour à ouvertures romanes bouchées et recouvertes en partie d’un manteau de verdure.
Le faubourg de Guibray, relié à la ville par la route de Caen à Guibray, et assis sur un plateau élevé qui domine Falaise au S., se compose d’une agglomération considérable de maisons qui forment en quelque sorte un bourg indépendant. L'église, de plusieurs époques (xi* s., le chœur; xn' s., la nef, et xv* s., les bas côtés, les arcs-boutants et les contre-forts), offre un beau portail occidental précédé d’un porche roman et dont l’archivolte, ornée de palmes, de zigzags, de losanges’, repose sur des chapiteaux fort curieux. L’extérieur du chevet est digne d’attention; quant à la tour centrale, c’est un carré moderne sans intérêt. On remarque, à l’intérieur (une nef et deux bas côtés) : les arcades de la nef (style de transition) soutenues par douze piliers garnis chacun de huit colonnes; un beau maître-autel décoré d’un remarquable groupe en plâtre représentant l'Assomption de la Vierge; une grande quantité de pierres tombales, avec dates et inscriptions, etc. Le chœur a été malheureusement défiguré par un plâtrage moderne et éclairé par de hideuses fenêtres.
Des courses annuelles ont lieu sur l’hippodrome de Guibray. La foire célèbre qui se tient dans ce faubourg, du 10 au 25 août, fut établie, comme nous l’avons dit plus haut, vers le milieu du xT s. Transportée à Caen par Henri 111 (1589), elle fut restituée par Henri IV (1590). 11 s’y vend, par an. 800 à 900 chevaux, payés de 600 fr. à 3000 fr.
De l’ancienne abbaye de Saint-Jean, fondée vers l’an 1 127, par un bourgeois de Falaise du nom de Godefroy de Rou (l’emplacement s’étend entre Falaise et le faubourg de Guibray), il
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