DREUX. — HISTOIRE
avec la liberté de se retirer où ils voudraient. Avec ses murailles, Dreux perdit son importance politique.
Dreux a été la patrie de J. Rotrou, poète du xvn* s.; de Cl. Métézeau, architecte célèbre, auquel on doit une partie de la galerie du Louvre; du général Sénarmont, etc.
L'église Saint-Pierre (mon. hist.) appartient à plusieurs époques. Le portail et le croisillon N. du transsept, le choeur, les voûtes et les pilastres cylindriques qui séparentles chapelles des nefs latérales, datent du xu* ou du xui* s. La grande nef, les chapelles des nefs latérales et le pourtour du chœur, paraissent être l’œuvre du xv* s. La façade occidentale offre : un beau portail creusé en ogive (l’œuvre de l’architecte Cl. Métézeau, le trisaïeul du Cl. Métézeau qui dirigea les travaux de construction de la digue de la Rochelle), et flanqué de deux tours parallèles dont l’une a 36 mèt. de hauteur et l'autre (elle n’a jamais été achevée) 16 mèt. à peine; une rosace centrale, et plusieurs charmants détails de statuaire et de sculpture, malheureusement bien mutilés. Le bas-relief du tympan (l 'Entrée triomphante de Jésus à Jérusalem) est à peine distinct, mais les culs de-lampe, et les dais qui ornent les niches vides, se font remarquer par la délicatesse de leurs sculptures. Le portail du N., autrefois très-orné, a été bien maltraité par les iconoclastes.
C’est à peine s’il subsiste encore quelques débris des bas-reliefs qui le décoraient et dont le sujet principal était: Jésus-Christ, juge suprême des bons et des méchants.
A l’intérieur, cette église, longue de 68 mèt. et haute de 17 mèt. environ , se compose de trois nefs partagées par six travées jusqu’au transsept, et d’un chœur avec collatéral et chapelles, dont l’une, plus profonde, est dédiée à la sainte Vierge.
Les verrières , quoique mutilées, attirent encore l’attention des connaisseurs. La grande nef n’a conservé que
quelques restes de la série des apôtres qui la décorait. On remarque, dans le chœur, plusieurs personnages de grandeur naturelle, entre autres sainte Anne et sainte Hélène, et, dans le croisillon méridional du transsept.
la Descente de croix et le Sacrifice d’ Abraham. Les mutilations et les restaurations inintelligentes qu’ont subies les verrières des chapelles des collatéraux n’ont laissé subsister que le Crucifiement, quelques traits de la vie de saint Crépin et de saint Crépinien, l’Ascension, le Baptême de Clovis, saint Jean, Notre-Dame de Pitié, saint Biaise, saint- Sébastien, quelques fragments de l’histoire de Notre- Dame-de-Lorette, et l’histoire de saint Fiacre. Les vitraux des sept fenêtres de la chapelle de la Vierge, habilement restaurés, représentent des traits de la vie de Jésus et de la Vierge.
« On remarque, dans deux chapelles latérales de la nef, dit M..., au midi et au nord , des peintures murales qui, dans la première, conservent des souvenirs historiques : une longue suite de pèlerins à genoux, les mains jointes et munis de bourdons , et , au-dessous, les noms des habitants de Dreux qui, dans le xvn* et le xvm* s., ont fait le pèlerinage de Saint-J acquesde-Compostelle; puis, sur la muraille en face de l’autel, un cavalier armé de pied en cap, et, au-dessous, l’épitaphe de Mercœur de France, mort en 1562.
« Dans la chapelle parallèle, du côté du N., toute la muraille est occupée par une grande peinture, dont le sujet paraît être la Glorification des élus. On croit cette, peinture de la fin du xv* s. »
Nous signalerons aussi aux visiteurs : un bénitier du xn* s., provenant de l’ancienne collégiale de Saint- Étienne ; le buffet des orgues, exécuté en 1614, par un menuisier de Dreux, nommé Fortier ; la chaire à prêcher dont le dôme est soutenu par deux palmiers; les stalles du chœur; plusieurs pierres tombales de diverses
DE PARIS A GRANVILLE
époques ; et deux plaques de marbre (chapelle de Notre-Dame de Pitié), érigées, l’une en l’honneur de Nicolas Lecomte, bienfaiteur de l’église, décédé en 1614 ; l’autre, à la mémoire du général Alexandre-François Hureau de Sénarmont, mort le 25 septembre 1805, et du général Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont, fils du précédent, tué au siège de Cadix, le 26 octobre 1810.
Du Château de Dreux, qui fut un des principaux boulevards des domaines propres de la couronne de France contre les incursions des Anglo-Normands, il ne subsiste plus que quelques ruines, entourées de massifs de verdure et d’un aspect très-pittoresque. Les courtines et une partie des tourillons de la grande enceinte ou placed’ armes furent abattus, en 1593, sur l’ordre d’Henri IV. L’attention n’est guère attirée aujourd'hui que par une porte cintrée du xii* s., et quelques tours qui faisaient partie des anciens murs; mais l’enceinte de cette antique forteresse, « qui n’ofTrait, au commencement de ce siècle, que l’image d’un désert inculte et jonché de débris, a bien changé d’aspect ; il a suffi, dit M. Lefèvre, d’un souffle royal pour ranimer cette nature morte.... »
Dans l’enceinte du château fort s’élevait jadis, sur le plateau de la colline qui domine la ville au N., sous le vocable de saint Étienne, uneéÿiise collégiale qui, selon quelques auteurs, remontait au règne de Childebert. Sur l’emplacement même de cette église a été bâtie la Chapelle royale, destinée à la sépulture des membres de la famille d’Orléans. Commencée en 1816, par la duchesse douairière d’Orléans, cette chapelle fut agrandie et achevée par l’alné de ses fils, le roi Louis-Philippe Ier, qui présida lui-même à tous les travaux (M. Lefranc, architecte).
Bien qu’elle offre dans son ensemble et dans ses détails un bizarre mélange de divers styles d'architecture (le gothique, le lombard et le
gréco- romain), son aspect général est imposant et pittoresque.
On monte à la Chapelle de Dreux par une route de voitures et par la rue Philidor, qui s’ouvre devant \e palais de justice, monument moderne sans intérêt. N. B. pour la visiter, s’adresser au concierge.
Le portail actuel de la façade principale (douze degrés y conduisent) est flanqué de deux gracieuses tourelles octogones terminées par deux cônes surmontés de fleurons.
« L’arcade du portique est ornée, dit M...., d’une première archivolte dont le sommet disparaît sous les plis du vêtement flottant de l 'Ange de la Réstirreclion. Cet ange, abrité par un dais à pinacle que termine une croix, déploie un phylactère sur lequel on lit : Evigilabunt. A ses côtés, et se détachant aussi heureusement de la façade, sont deux médaillons qui représentent, l’un, le Père éternel entre deux têtes d’anges , l’autre , 1 ’Ecce Homo , accompagné des attributs de la Passion. D’autres archivoltes secondaires viennent reposer sur le tailloir des chapiteaux de quatre colonnes placées de chaque côté du portique. »
Sous le portique s’ouvrent trois portes; celle du milieu, sculptée par Liénard, représente les 12 Apôtres ; les sculptures du tympan représentent saint Louis sous le chêne de Vincennes. Les trois clefs de voûte offrent les emblèmes delaTrinité.
A l’intérieur, la Chapelle royale se compose de l’ancienne rotonde, d’une nef en avant accompagnée de deux chapelles, d’un transsept, d'une abside derrière le maltre-autel, de deux nefs latérales demi circulaires en contre-bas autour du sanctuaire appelées cryptes, qui viennent se réunir à une chapelle absidale au chevet, et d’un grand caveau circulaire pratiqué au-dessous du sol de la coupole.
Au-dessus de la porte principale, se trouve à l’intérieur un orgue remarquable inauguré en 1845. La voûte