‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 47 sur 499 · ROUTE 1] LE PETIT- ANDELY. — CHÂTEAU-GAILLARD · texte numérisé non relu

ROUTE 1] LE PETIT- ANDELY. — CHÂTEAU-GAILLARD

glise est tout parsemé de pierres tombales ■ hargées d’inscriptions de diverses époques. On signale à l'attention particulière des amateurs un magnifique autel provenant de l’abbaye de Mortemer , et un fragment de tombe, sur laquelle est représenté un prêtre tenant un calice, et revêtu d’une chasuble richement brodée dans le goût du commencement du xve s.

Le centre du retable de l’autel , orné de colonnes torses et de statuettes, est occupé par un tableau représentant V Adoration des bergers (trèsbeau) attribué à Philippe de Champaigne. Chaque face des piédestaux des colonnes est ornée de grisailles.

Il faut signaler enfin : un autel en bois doré dans une des chapelles; quelques anciennes verrières ayant pour la plupart besoin de restauration ; une élégante petite chaire en bois sculpté; un tableau espagnol décorant la chapelle de la Vierge ; plusieurs statues intéressantes, entre autres un saint Sauveur du xi° s. Le clocher possède 2 cloches aux inscriptions gothiques; l’une porte l’image du Christ en croix et de saint Michel terrassant le démon; la date de 1600 se lit sur la plus grosse.

Le vaste bâtiment que l’on remarque sur le bord de la Seine , à l’extrémité du Petit-Andely, est V hospice Saint-Jacques , fondé en 1784 par le vertueux duc de Penthièvre, au pied d’une roche élevée qu’on nomme la Roche Saint-Jacques. « La chapelle qui s’élève au centre de l’édifice, dit M. de Caumont, est de forme circulaire et se fait remarquer par sa majestueuse simplicité ; le dôme qui la couvre est fort élevé; une lanterne, surmontée d’une grande croix en fer d’un beau travail, le couronne. L’ensemble de l’édifice est d’un style fort élégant.

Dans la chambre où fut reçu le duc de Penthièvre, en 1785, on a placé son portrait en pied sous le costume de grand amiral. »

Le Petit-Andely est dominé par la montagne que couronnent les ruines

imposantes de la forteresse de Château-Gaillard , fondée par Richard Cœur de Lion, au temps des dernières luttes de la Normandie contre le roi de France, pour commander la navigation de la Seine. Cette citadelle fut environnée de hautes murailles et de fossés profonds taillés dans le roc vif. Ces fossés étaient eux -mêmes défendus par des tours et des murs que protégeait une troisième ligne de défense. Richard Cœur de Lion nomma cette forteresse Gaillard et s’écria , dit-on, en tressaillant de bonheur à la vue de son œuvre formidable :

« Qu'elle est belle ma fille d’un an ! » Jean sans Terre, qui lui succéda, ne put empêcher, malgré tous ses efforts , cette redoutable forteresse de tomber au pouvoir de Philippe Auguste, qui la prit en 1204. En 1313, le Château-Gaillard servit de prison à Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X, et à Blanche, épouse de Charles le Bel, toutes deux déclarées coupables d’adultère. La première y fut étranglée par ordre de son mari ; la seconde alla finir ses jours dans l’abbaye de Maubuisson. En 1334, David Bruce, venant chercher un asile en France, habita ce château dans lequel Charles le Mauvais fut enfermé quelques années plus tard. En 1603, cette forteresse fut démantelée par ordre d’Henri IV qui donna une partie des démolitions aux Pénitents du Petit-Andely.

De la route des Andelys à Gaillon, on n’aperçoit qu’une partie des ruines imposantes du château Gaillard, mais on voit très-bien l’immense roche taillée à pic qu’elles couronnent et vers le bas de laquelle s’élève un colombier énorme en forme de tour.

En 1861, un fragment de cette roche, s’étant détaché de la montagne, renversa avec grand fracas une maison du bord de la route, dans laquelle se trouvait une petite fille qui, protégée par une table, fut retirée saine et sauve du milieu des décombres. On monte aux ruines de la forteresse en

suivant un petit chemin (dit Raidillon par les gens du pays) qui se détache à g. de la route de Gaillon, un peu en deçà du pont (pii fait communiquer le Petit-Andely avec la rive g.

de la Seine. Après avoir suivi ce chemin pendant quelques minutes, on prend à dr. un petit sentier de chèvres, qui serpente sur le flanc de la montagne recouverte de gazon , et bientôt on atteint la plate-fcrrme où se dressent les restes de la forteresse.

De là on jouit d’un magnifique paysage; on découvre: la Seine, qui, serpentant sur un vaste espace , forme de nombreuses lies verdoyantes; à l’extrême horizon, les restes du château de Gaillon et le clocher pointu de Saint-Aubin-sur-Gaillon ; plus près, le village de Tosny ; et à ses pieds le Petit-Andely dont les maisons, bâties surun plan régulier, sont dominées par le clocher aigu de l’église Saint-Sauveur et le dôme majestueux de l’hôpital. Il reste des débris très-importants de chacune des trois enceintes dont se composait autrefois la forteresse. Des fossés, en partie comblés, défendaient, du côté des terres, chacune de ces enceintes qui communiquaient au moyen de pont-levis dont on voit la trace sur une porte pratiquée dans les murs circulaires. Ces murs, dont les fondations reposent sur des rochers de 8 à 10 mèt. d’élévation, offrent, de distance en distance, des saillies rondes semblables à des tours qui en augmentent beaucoup la solidité. Le donjon, protégé par cette enceinte de murailles qu’il dépasse de beaucoup en hauteur, mesure 20 mèt. de circonférence à l’intérieur; les murs ont presque partout près de 5 mèt. d’épaisseur. On pénètre dans le donjon par une ouverture étroite pratiquée à l’E. Ses ouvertures laissent voir de jolis paysages du côté de la Seine.

« Le donjon du Château-Gaillard était pour le temps, dit M. Viollet-le- Duc ( Dictionnaire d’architecture ) , une œuvre tout à fait remarquable. Ce

donjon, dont le pied est entièrement plein et par conséquent à l’abri de la sape, se composait d’une salle ronde au rez-de-chaussée de laquelle il fallait descendre d’un premier étage au niveau d’une poterne, d’un second étage au niveau des mâchicoulis, avec chemin de ronde crénelé, d’un troisième étage en retraite, fermé, propre aux approvisionnements de projectiles, et d’un quatrième étage étendu et couvert, commandant les chemins de ronde et les dehors au loin....Rien de trop, rien d’inutile, rien que ce qui est absolument nécessaire à la défense — Aujourd’hui les constructions sont dérasées à la hauteur de la naissance des mâchicoulis. »

Des grottes, taillées dans le roc, s’ouvrent dans un, des côtés du fossé qui protégeait la 1™ enceinte ; sur les piliers qui supportent leurs voûtes basses, se lisent les noms de nombreux visiteurs. Des personnages célèbres n’ont pas dédaigné, en traçant leur nom sur la pierre, de laisser un souvenir de leur visite à ces ruines grandioses. Il ne reste guère de la 2* enceinte que quelques pans de murs délabrés. Un large fossé sépare cette enceinte de la 3', où l’on voit encore de vastes débris de murailles et une espèce de tour dont les murs ont 4 mèt. d’épaisseur. Une immense et profonde circonvallation, creusée dans le roc, entoure cette dernière enceinte. Des fouilles, reprises en 1864, après avoir été longtemps abandonnées , ont fait découvrir des tourelles ensevelies sous les décombres et dans l’intérieur desquelles on a trouvé des meubles, des poteries, des armes, etc., remontant probablement à la fondation de la forteresse.

Au milieu du fleuve, en face du Petit-Andely , est Vile Contant , au • centre de laquelle s’élevait autrefois un fort octogone construit par Richard Cœur de Lion en 1196, et dont il ne subsiste plus que quelques débris. Un pont reliait l’ile au Petit- Andely. C’est par la prise de ce fort

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