‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 489 sur 499 · Ce chemin est partais impraticable aux voitures · texte numérisé non relu

Ce chemin est partais impraticable aux voitures

La route descend la rive dr. du Couesnonqui passe pour navigable du pont de l’Angle, près du confluent de l’Oyzance, jusqu’à la mer, sur un parcours de 21 kil., mais sur lequel la navigation est nulle, caries navires n’çsent pas s’aventurer sur les grèves mobiles de l'embouchure. Sur la dr.

se montrent les villages de Maidrey (320 hab.), des Pas (346 hab., église moderne surmontée d’un dôme moscovite) et de Beauvoir (456 hab.) dont l’église a été presque totalement rebâtie au xviiie s. De la hauteur sur laquelle est bâtie cette église, on découvre une très-belle vue.

Quand on a atteint l’extrémité du canal du Couesnon qui n’a été creusé que sur une longueur de 4 kil., on s’engage sur les sables qui séparent le Mont- Saint- Michel du continent.

Des travaux considérables ont été déjà exécutés pour les rendre propres à la culture. Des digues ont été commencées entre les pointes avancées de la chapelle Sainte-Anne, en Bretagne, et de Roehetorin en Normandie.

Les sables de la grève deviennent parfois mouvants et dangereux dans les endroits mêmes où ils offraient la veille une sécurité et une solidité parfaites. Des voyageurs ont payé de leur vie leur imprudente confiance.

A moins que la voie n’ait déjà été frayée par des voitures, il est plus prudent de prendre un guide (on en trouve à l’entrée de la grève), surtout lorsque le temps menace de devenir brumeux : car les brouillards sont parfois d'une telle intensité qu’un directeur de la maison de détention, qui s’était égaré , ayant rencontré son domestique venu au-devant de lui, lui reprochait assez durement de n'avoir pas apporté de lanterne. « Mais, monsieur, lui répliqua celui-ci, j’en ai une à chaque main. » La traversée des sables ou de la grève demande environ 30 min. ; la distance n’est que de 2 kil., mais on ne marche pas vite sur un pareil sol. La mer est rarement à craindre, car le flot n’at-

teint plus le Mopt-Saint-èiiche! qu’aux époques des grandes marées.

10 kil. de Pontorson, 32 kil. d’Avranches. Le Mont Saint-Michel (hôtels: Saint-Michel, chez Poirier; — du Lion-d'Or, chez Leplat), est un v.

groupé en amphithéâtre à la base et sur les pentes d une montagne granitique de forme ronde et de 1100 mèt.

de circuit, haute de 50 mèt., qui s’élève dans la baie formée par la réunion des côtes de la Normandie et de la Bretagne, au milieu d une vaste plaine de sables mouvants que, pendant les fortes marées, les flots recouvrent complètement. Aussi y aborde-t-ou tantôt en bateau à vapeur et tantôt en voiture , ou à pied sec, lorsque la mer est basse. Des rochers escarpé* se dressent au N. et à l’O. de cette montagne; à l'E. et au S. s'étagent des maisons qu’entoure une ceinture de remparts percée d’une seule ouverture.

Le sommet est occupé par l’église et les débris dq l'abbaye.

Le Mont-Saint-Michel n'était, dans l’origine, qu'un rocher escarpé, « asile mystérieux des druides, selon les uns, tombeau consacré par la vénération populaire, selon d'autres. Cette dernière opinion parait plus probable, d’après l’ancien nom du rocher. Mon* Tomba.

« Ce fut au commencement du vin* s.

que la religion vint enlever cet asile aux superstitions païennes. Des miracles entourèrent le berceau du monastère. L’evéque d'Avrancbes, saint Aubert, fut plusieurs fois averti par l'arcbange saint Michel de fonder un couvent sur le mont Tumtia ; et, lorsque, en 709, il y conduisit une colonie de Bénédictins, une empreinte merveilleuse indiqua le lieu où l’abbaye devait s'élever; des signes célestes en déterminèrent l'enceinte ; une source jaillit pour fournir aux moines l'eau refusée à ces rochers aride*. Bientôt arrivèrent d’une ile lointaine, que les légendaires placent au delà de l’Irlande, des prêtres qui déposèreni dans le monastère le glaive et le bouclier de saint Michel. L’arcbange des batailles venait de délivrer leur pays d'un afireux serpent, et il avait laissé ces

I trophées de sa victoire qui furent consacrés dans le nouveau temple élevé en son honneur. » (A. Cberuel, Ville» de France).

En 925, Rollou, devenu chrétien, rendit leurs biens aux moines du Mont-Saint- Micbel qui avaient été chassés de leur abbaye par des pirates, a l’exemple de Rollon, Guillaume Longue-Épée et Richard I", ses successeurs, favorisèrent le développement de l'abbaye du Mont-Saint Michel et l’enrichirent de leurs dons; elle devint dès lors un lieu célèbre de pèlerinage. Vers l’an 1034, la paix y fut signée entre Robert le Diable et Alain de Bretagne. Lorsque Guillaume le Bâtard voulut partir pour la conquête de l’Angleterre, le Mont-Saint-Michel équipa six navires, aussi l'abbaye eut-elle une large part aux dépouilles des vaincus. Au xii*s., le Mont-Saint-Michel eut pour abbé un homme éminent, Robert de Torigny, plus connu sous le nom de Robert du Mont. << Il réunit une riche collection de manuscrits et le couvent prit le nom de Cité de Livres, dit M. Chéruel. Lui-mème transcrivit ou composa plus de cent quarante volumes. Son principal ouvrage est une histoire du xir s. qui s'étend jusqu’en 1186. Un autre moine, Guillaume de Saint-Pair, écrivait à la même époque la chronique de l’abbaye en vers français. La médecine était cultivée par les religieux; la liturgie devenait une science.

Les pèlerins arrivaient en foule et campaient plusieurs jours devant le monastère. Robert de Torigny ajouta de nouvelles fortifications aux anciennes, et c’est pendant son administration que le Mont- Saint-Michel atteignit son plus haut point de splendeur. Henri II y vint , en 1157, et fonda un prieuré à Pontorson, en faveur du monastère; il donna à l'abbe Robert le gouvernement du château annexé au couvent.»

Philippe Auguste, voulant punir Jean sans Terre du meurtre de son neveu Arthur (1203), mit le siège devant le Mont-Saint- Michel. Le couvent fut dévoré par la flamme-, il n'en resta que les murs Plus tard, maitre de la Normandie, Philippe Auguste releva l’abbaye et” fit construire une forteresse sur le rocher deTombelaine.

En 1254, saint Louis alla en pèlerinage au Mont-Saint-Mich* 1 et fit don à l'abbaye d'une forte somme d’argent.

Pendant les premières années de la guerre de Cent ans, le Mont-Saint-Michel fut à l'abri des attaques des Anglais ; mais vers 1427 il soutint un siège mémorable contre eux, et, apres des efforts inouis, les assiégeants furent obligés de battre en retraite, se bornant à laisser une garnison à Tombelaine.

« Le i*r août 14U9, dit M. Chéruel, I

Louis XI institua l'ordre de Saint-Michel et se rendit à l’abbaye pour y tenir le premier chapitre. L'ordre ne devait comprendre que trente-six chevaliers; la première promotion fut de quinze. Louis XI leur remit lui-même le collier d'or, semé de coquilles, avec une médaille de l'archange saint Michel. Dans la suite, le nombre des chevaliers fut porté à cent; enfin, l’ordre fut tellement prodigué qu’on finit par l'appeler un Collier à toutes bétes.

u Pendant quelque temps, le Mont- Saint-Micbel ne retentit que du bruit des fêtes, à l’occasion de l'institution de l’ordre. Les chevaliers, portant un collier de velours cramoisi, un long manteau de d3inas blanc fourré d’hermine et bordé d’or, prirent séance dans la vaste salle que l’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de Salle des Chevaliers. Plusieurs rois suivirent l’exemple de Louis XI et vinrent au Mont-Saint-Michel tenir chapitre. On cite principalement François I", qui, en ■ 1527, se rendit à l'abbaye et en confirma les privilèges. »

Pendant les guerres de religion, les huguenots firent plusieurs tentatives inutiles pour s'emparer du Mont-Saint-Michel ; la forteresse ne capitula qu'en 1595, après l’abjuration d’Henri IV.

Vers l’an 1615, les moines bénédictins de Saint-Michel, dont la conduite était trop dissolue, furent remplacés par des moines de la congrégation de Saint-Maur.

Peu de temps avant la Révolution, le comte d’Artois et le duc de Chartres visitèrent lp Mont-Saint-Miche! en compagnie de Mme de Genlis, qui parle de ce voyage en ces termes : « Pour arriver au Mont- Saint-Michel, dans de certains temps et le plus communément, il faut saisir le moment de la marée, où la mer abandonne cette plage; mais, dans le moment où nous étions en marche, la mer s’était retirée depuis quelques heures. Nous arrivâmes à la nuit tout à fait fermée : c’était un spectacle surprenant que les approches de ce fort au milieu de la nuit, sur cette terre sablonneuse et nue, avec des guides portant des flambeaux et poussant des cris horribles pour nous faire éviter les endroits dangereux, de manière qu’il fallait faire mille et mille détours avant d’arriver. On voyait ce fort, qui était tout illuminé, dans l'attente des princes, et cette triste mélodie ajoutait à l’impression mélancolique que nous causaient tous ces objets nouveaux. »

Les bâtiments de l’abbaye du Mont- Saint-Michel, après avoir longtemps servi.

depuis la Révolution, de prison centrale (MM. Barbés, Blanqui, Martin-Bernard et Haspail y ont été enfermés), viennent d'étre évacués et mis i la disposition de l’évéque de Coutances, qui y a établi des religieux et des soeurs dirigeant un orphelinat et des ateliers de verriers, de sculpteurs. de peintres sur verre, etc.

« Mais avec une autre destination, écrivait M. Bouet, en 1864, dans le Bulletin monumental de M. de Caumont, se présentent de nouveaux dangers dans les distributions intérieures qui en sont toujours la conséquence, et dans les restaurations hasardées qui trop souvent aujourd'hui font perdre toute authenticité aux monuments qui en sont victimes; » et M. de Caumont ajoutait : « on voit par la visite toute récente de M. Bouet, homme si compétent en pareille matière, combien nos craintes étaientfondées;mal pourmal, au point de vue archéologique, il valait mieux conserver l’abbaye du Mont-Saint- Michel comme maison de détention que de la perdre en lui donnant une destination nouvelle. »

Quant à nous, nous avons applaudi, nous applaudissons encore, à la suppression de la maison de détention , et nous espérons que cette merveille de la France monumentale, respectée par ses nouveaux hôtes, sera entretenue, avec autant d’intelligence que de soin, aux frais de l’Ëtat, qui saura bien trouver les fonds nécessaires pour en empêcher la ruine.

La ville, qui, avant la suppression de la maison centrale de détention, comptait 1056 hab., est presque déserte aujourd’hui ; il y reste à peine 150 hab. L’enceinte militaire qui la défend et qui plonge dans la grève ou la mer, date en grande partie du xv' s. C’est une épaisse muraille couronnée de mâchicoulis et protégée par des tours qui sont (en allant du S au N.): la tour du Roi, flanquée d’une tourelle, dite four du Guet; la tour de l'Arcade ou de’ Y Escadre; la tour de la Liberté (dans un jardin au-dessous, beau laurier, haut de plus de 10 met.); la tour Basse, par où s’évada, dit M. le Héricher, le détenu républicain Colomhat ; la tour de la Reine ; la tour Boucle, ainsi nommée, dit-on, parce qu’à sa base étaient fixés des anneaux de fer destinés à servir d’amarre aux na-

vires; la tour Marilland , qui se dresse fièrement sur des pointes de rochers, et contre laquelle se ruèrent en vain (xv* s.) 20 000 Anglais, enfin la tour Claudine qui communique avec la Merveille, vaste muraille de plus de 75 mèt. de longueur, sur 33 mèt.

de hauteur, flanquée de 20 contre-forts] percée de baies variées, et construite au commencement du xu* s. par l’abbé Roger II. Cette muraille est d’une hardiesse extraordinaire. A son angle oriental se dresse la tourelle la plus élégante de l’abbaye, celle des Corbins ou du Réfectoire, assez semblable à ces tours élancées qu’on élevait près des cimetières et que Ton appelle lanterne des Morts; le sommet de cette tour date de 1391.

Si Ton continue à faire le tour des fortifications, on trouve, à la base d’un tourillon, une fontaine dite Saint- Aubert, qui, d’après la tradition, jaillit sous le bâton de l’évêque de ce nom.

Plus loin, à l’angle occidental de la Merveille, une magnifique areature extérieure indique le chartrier construit à la fin du xiv* s. Au tournant de la montagne, s’élève, sur un bloc isolé, la chapelle Saint- Aubert, sans valeur architecturale, mais d’un aspect pittoresque. « La face occidentale du Mont-Saint-Michel est d’uue beauté sauvage et désolée, dit M. le Héricher, auquel est empruntée une partie de cette description. De ce côté la végétation s’arrête, la roche est nue, tourmentée, croulante. Le travail de l’homme a pris le même caractère d’austérité ; un mur sombre et nu, la partie laplus ancienne de ces constructions, le reste de l’œuvre du duc Richard et de l’abbé Hildebert, à la fin du x* s., porte la plate-forme et revêt la partie souterraine, peut-être la plus originale du Mont-Saint-Michel. » C’est derrière ce mur qu’étaient les oubliettes; une tourelle ronde, qui flanque l’angle droit, en était, dit-on, l’orifice. On n’aperçoit qu’obliquement la façade de l’église. Au-dessous des souterrains qui portent l’extrémité

de la nef, et des restes de l’hôtellerie (1164) ét de l’infirmerie (1186), au bord de la grève, s’élève la tour Gabrielle Ou tour du Moulin, la plus grosse de lâ place, offrant des canonnières et tin énorme pilier autour duquel s’eftfoule un escalier.

« Cette plate-forme, au-dessus de laquelle se montre le triangle du portail méridional, suspendue comme un balcon, sur trois arcades ogivales du xlii* S., c'est ce qu’on appelait, à cause de la beauté du coup d’cèil, continue M. le Héricher, Beaurrgard et Mirande, et qu’on appelle aujourd’hui le Saut-Gaultier. Un aliéné de ce nom sauta, dit-on, trois fois de cette hauteur effrayante, et ne se tua que dans sa troisième chute. C’est du haut de ce parapet, qu’au milieu de la nuit, suspendu à une corde faite de draps de lit, que tenaient ses camarades, mais trop courte de moitié, Barbés tomba sur le roc et fut relevé brisé par les gardiens qu’avaient appelés les cris de ses camarades et l’alarme de la sentinelle. Le plan indiqué qui se voit au-dessous s’appelle les Poulins : c’est là que glisse un berceau chargé des provisions de la maison centrale. Quelques détenus, marchant dans une énorme roue en bois, élevaient les plus lourds fardeaux.

«C’est de Beauregardque les moines pouvaient contempler de beaux et terribles spectacles, les paysages et les batailles ; c’est de là qu’ils purent assister aux combats si dramatiquement racontés par Wace, entre les fils du Conquérant, Henri, bloqué dans le Mont-Saint-Michel, Robert campé à Genets, et Guillaume posté à Avranches; c’est de là qu’ils purent voir la défaite de Geldouin, comte de Dol, par les Normands, racontée par Orderic Vital, et le duel de Geoffroi d’Anjou avec un géant, raconté par Jean de Marmoutiers. C’est de là que plusieurs des miracles consignés aux chroniques du monastère ont été aperçus, un entre autres, cité par dom Huynes : «Quelques moines du

Mont-Sàint-Michel en allant au porche de l’église, maintenant Saut-Gaultier, en 1462, aperçurent sur la croix du clocher une clarté comme une flamme ou fleur fort spacieuse et longue, et sur chaque croix des pyramides, diverses petites clartés. »

a Le bâtiment suivant, signalé par sa tourelle-escalier, ou tournelle, mince comme un fuseau, naguère, dans sa partie supérieure (ou la jtone des jalousies vertes), la dêmeure du Directeur de la prison centrale, était, dans cette même partie, l’abbatiale ou maison de l’abbé ; les cachots inférieurs, dont le plus terrible était la Trappe, où l’on descendait par un trou de la voûte, lui avaient valu le nom de Grand-Exil, et l’édifice suivant s’appelait le Petit-Exil.

Les deux Exils furent bâtis en 1348 par l’abbé Le Vitrier. L’incendie de 1360 , causé « par un éclat de tonnerre,» ruina ces bâtiments, reconstruits en 1420 par l'abbé Robert Jolivet.

« Au pied de l’abbatiale était une chapelle Sainte- Catherine , aujourd'hui détruite, bâtie en 1380 par l’abbé Geoffroy de Servon, « qui, se comportant comme les soldats de l’Ancien Testament, tenoit tousiours la truelle d’une main et l’espée de l’autre. » Les constructions qui suivent immédiatement sont l’œuvre d’un des grands bâtisseurs du Mont, l’abbé Pierre Le Roy, en 1393 : ce sont la Bailliverie et la Perrine, bel édifice carré, bordé d’une élégante arcature à huit lancettes, qui porte ainsi le nom de son auteur et qui dans les manuscrits s’appelle Turris Quadrata. »

Nous avons fait tout le tour du rocher; entrons maintenant dans ce que l’on nomme la Ville. On y pénètre par un seul passage, que défendaient trois portas. L'une de ces portes, connue sous le nom de Bavolle jdeux baies, l’une pour les voitures, l’autre pour les piétons), s’ouvre, au delà de l’ancien corps de garde des bourgeois de la cité, dans la cour du Lion, ainsi nommée parce que dans le mur, à

g., est encastré un lion dont la griffe repose sur l’écusson abbatial. A l'extrémité de cette cour une deuxième porte (les Micheletles, pièces de canon enlevées aux Anglais pendant le siège de 1429) donne accès dans une nouvelle cour appelée Boulevard ét conduisant à la troisième porte , celle de la Ville, flanquée de deux tours et d'une tourelle intérieure, dite tour du Guet, et du haut de laquelle les bourgeois observaient jadis l’approche de l’ennemi. Cette porte, qui dans son ensemble appartient au xv' s., a conservé des restes de sa herse de fer, sa couronne de mâchicoulis et les armes de la ville (Saumons sur un fond ondé). Elle est flanquée, à dr. , de la tour du Roi.

La principale ou pour mieux dire l’unique rue de la ville se déroule en une longue courbe sur le flanc de la montagne et aboutit à l’abbaye par un escalier divisé en plusieurs rampes.

Elle est bordée de maisons à porte cintrée (quelques-unes ont été ridiculement modernisées à l'extérieur) , anciennes hôtelleries où logeaient les pèlerins. Dans les jardins croissent des liguiers et des amandiers. Vers le milieu de cette rue, on aperçoit à g. le cimetière et l 'église paroissiale dont aucune partie n’est antérieure au xv* s., mais qui renferme : un beau christ en bois; un joli cul-de-lampe; une statue tumulaire d’un moine; un groupe curieux mais fort laid représentant saint Michel et Lucifer, et plusieurs pierres tombales.

Au haut du village, un portail roman et trois grands cintres, dans un jardin, sont tout ce qui reste du beau logis que Duguesclin fit construire en 1366 pour sa femme, Tiphaine Raguenel, très-versée, dit-on, dans les connaissances astronomiques.

Cette rue se termine à une haute muraille. Deux portes, qui ont perdu leur herse, et auxquelles aboutissent deux ou trois ruelles, et le chemin de ronde des fortifications, donnent accès dans une petite cour où se te-

naient autrefois, sous des arcades pratiquées dans la muraille à g., les marchands de coquilles, de chapelets, de médailles, etc.

L’abbaye-Château, qui occupe tout le sommet du Mont, servait, Comme nous l’avons dit, d’habitation à des moines et à des soldats. L ensemblé de ses constructions, du milieu desquelles s’élance l’église abbatiale, figure un immense rectangle qui se divise de PE. à l’O.

A l’E., en regard d’Avranches, s’ouvre la porte de l’ancien donjon de 1393, flanquée de deux tours qui ont conservé leurs créneaux et leurs mâchicoulis. Un escalier, pratiqué entre ces deux tours, monte à une porte bardée de fer ét de plus de 30 cent, d’épaisseur, s’ouvrant dans le vestibule ou poste des gardes, dont la voûte est ornée de belles nervures.

Des trois portes qui se présentent, celle de face a été pratiquée dans l’ancienne cheminée, et conduit à la loge du gardien-portier; celle du milieu mène au grand escalier du Saut- Gaultier; celle de droite aboutit au poste des gardiens ou au-dessous, à la première zone delà Merveille, autrefois les écuries, aujourd’hui, dans le langage administratif, la Montgommerie première et la Montgommerie bis.

La Merveille, dans laquelle on entre le plus ordinairement, « se divise, dit M. l’abbé Pigeon, en trois zones de constructions superposées. Au premier plan sont de vastes cryptes du xi* s., partagées en deux grands compartiments. La première, à l’occident, est une vaste salle divisée en trois nefs par des piliers trapus, ronds ou carrés. Cette salle servait autrefoisde cave et de cellier. Le compartiment qui suit est dans le même style et divisé en deux nefs de 33 met. de long. C’était une vaste salle où l’on distribuait l’aumône aux pauvres.

a En quittant ces cryptes que l’on a appelées les Montyommeries , depuis

une attaque infructueuse du fameux calviniste Montgommery , et où la Gallia veut que les chevaliers aient logé leurs chevaux pendant la tenue des chapitres, nous arrivons à la seconde zone de la Merveille. La salle qui se trouve sur le cellier est l’ancien chapitre des moines du Mont. C’était là que se réunissaient, tous les ans, le 18 juin, fêle de la translation des reliques de saint Aubert, tous les prieurs du Mont- Saint-Michel dispersés en France et en Angleterre.

En 1469 ils cédèrent cette admirable salle aux chevaliers de Saint-Michel, qui en firent, à leur tour, leur salle de conférences. La salle des chevaliers, que l’on dit le plus vaste et le plus superbe vaisseau gothique qui existe au monde, est divisée en quatre nefs par trois rangs de colonnes monocylindriques, dont les chapiteaux sont ornés de feuilles de vigne , d’acanthe, de chêne et d’une foule d’autres ornements fantastiques. Ils supportent des arceaux ou nervures arrondies qui ont des roses à leur intersections. Cette magnifique salledevint, au temps de la chevalerie, un musée admirable. « On dirait (Mémoires de la marquise de Créquy) que toute la pompe féodale de la vieille France s’est réfugiée dans cette belle galerie du Mont-Saint-Michel. On y voit les trophées héraldiques de tous les chevaliers de l’ordre du roi, depuis sa création jusqu’à l’institution de celui du Saint-Esprit par Henri III. Les casques, les cimiers des chevaliers sont placés sur la sommité de leurs stalles, dont ils forment le couronnement, et tout cela produit de chaque côté de la galerie une longue file de bannières, d’écus blasonnés, de casques, voiles de casques flottants, ci- 'miers et lambrequins découpés de dorures et de toutes couleurs, et qui produisent un effet très-noble et trèspittoresque. »

La salle des chevaliers est du xu* s. Les cheminées sont postérieures.

« L’appartement qui suit, situé sur

la salle d’aumône, est le réfectoire des moines, bâti au commencement du xii* s., divisé en deux nefs par d’élégantes et hautes colonnes monocylindriques, à base octogone et à chapiteaux ornés de riches feuillages agréablement variés. Leurs tailloirs arrondis supportent huit jolies nervures qui épanouissent des rosettes de feuillageà leur intersection, et retombent, par trois, sur de triples colonnettes ornant les murs latéraux.

« Auprès du réfectoire, mais sur un plan plus élevé, est une jolie salle attenant au poste des gardiens , dite Conciergerie, aujourd’hui tristement mutilée, et dont la voûte est portée par trois jolies colonnes.

« Le dortoir, qui se superpose au réfectoire, se reconnaît au dehors à ses fenêtres du style moresque. Ce dortoir date probablement de la fin du xiv* s., quand Pierre Le Roy refit le sommet de la tourelle aux Corbins.

« La troisième zone se superpose aux deux premières. Au-dessus de la salle des chevaliers se trouve le cloître achevé en 1228 par Raoul de Villedieu. C’est un bijou d’architecture, orné de 220 colonnettes en granit, en calcaire, en stuc et en graniLelle. C’est un rectangle, comme la salle des chevaliers, de 25 mèt. de long sur 14 de large. Cent de ces colonnes décorent les murailles latérales ; leurs chapiteaux, ornés avec richesse, supportent de gracieuses arcatures ogivales séparées les unes des autres par des trilobes. Cent vingt de ces mêmes colonnes forment une double colonnade à jour, dont les voûtes sont soutenues par d’élégantes nervures. Entre les arceaux qu i reposent sur ces colonnettes.

sont des rosaces, des sculptures, des bas-reliefs, des inscriptions d’une trèsgrande variété. Au-dessus de ces dessins et des soixante-dix arcades qui entourent le cloître, règne une frise élégante de cent quarante roses fouillées avec beaucoup de délicatesse. Les fenêtres regardent la mer au couchant, à plus de 100 mèt. au-dessus

du niveau des flots. On jouit de là d’une vue immense et admirable.

o Le cloître est de plain-pied avec l’église et les dortoirs des religieux situés au-dessus du réfectoire. A l’angle N. O. du cloître s’élevait le chartrier bâti par Pierre Le Roy ; à l’angle S. du dortoir se trouvait la riche bibliothèque de l’abbaye. »

L’église , surmontée de toutes parts de clochetons inachevés ou découronnés par un incendie, en 1594, est dominée par une tour carrée, du xvu* s., qui a remplacé une flèche aiguë que terminait jadis la statue dorée de saint Michel.

Un écrivain qui a décrit avec enthousiasme les grèves du Mont-Saint- Michel dans la Fie aux Miettes, et surtout dans les Annales romantiques, Charles Nodier a dépeint ainsi l’effet poétique et religieux de la flèche du Mont-Saint-Michel: « L’étranger, qui arrivait par la grève de Pontorson, quand le soleil commence à descendre vers son couchant, apercevait sur son disque de feu la figure de l’Archange, enveloppée des traits du jour domine d’une auréole, et prête, suivant les besoins du monde, à prendre son vol vers la voûte céleste ou s’arrêter sur la terre. Saisi d’une terreur religieuse, il se prosternait avec respect et se livrait à la prière, jusqu’à ce que les feux du crépuscule se fussent éteints par degrés à travers le feuillage des figuiers et des amandiers de la montagne, car ces arbres, si étrangers à son sol et à sa température, croissent naturellement de tous côtés dans les fentes du rocher; et il admirait encore dans cette végétation miraculeuse les bienfaits de l’ange du soleil envers son peuple favori. »

Les Mémoires de la marquise de Créquy s’expriment ainsi : « Le pinacle de l’église est d’un travail si riche et néanmoins si léger, qu’on n'a jamais rien vu de pareil, à moins que ce ne soit dans les gravures anglaises. On voyait reluire au sommet de ce pinacle une grande statue dorée qui

représentait l’Archange, et qui tournait sur un pivot d’après la direction des vents. On nous dit que le mouvement et l’agitation de cette image, dont l’épée flamboyante a l’air de défier et d’écarter la foudre, avait quelque chose de prodigieux pendant les orages et dans cette région de tempêtes. On nous a montré le manuscrit de la prophétie de l’abbé Richard de Toustain qui prédisait la ruine de sou abbaye, lorsque la même statue serait renversée. »

On monte à la plate-forme de la tour, d’où l’on découvre un vaste panorama, par un escalier renfermé dans une tourelle et par une sorte de pont extérieur, appelé l’Escalier de dentelle.

« On pourrait croire que de cet observatoire sublime on aperçoit toujours, dit M. le Héricher, le même spectacle , triste par sa grandeur et sa monotonie; mais, au contraire, c’est un tableau qui varie aux jeux de la lumière, aux mouvements des eaux, aux caprices des vapeurs. A la différence de la mer, dont les rivages ne nourrissent qu’une végétation chétive, la baie est bordée de rivages verdoyants et plantureux ; l’arbre et la fleur se mirent dans les eaux, et la frange d’écume vient s’étaler au pied des moissons; c’est là qu’il est vrai de dire avec Chateaubriand que les Néréides brodent le bas de la robe de Cérès. Dans ces trois quarts de cercle que parcourt le regard sur les rivages de la baie bretonne et normande, il discerne sur un cap lointain, où la mer a découpé des îles, Cancale, épandu sur sa falaise de la Houle, et souvent précédé de blanches voiles ; le Vivier, enfoncé dans ses marécages et bordé d’une ligne de moulins à vent, un coin de paysage hollandais; le mont Dol, un des plus beaux points de vue qui existent, qui élève le tourillon de son télégraphe là où les Romains avaient bâti un taurobole, et qui abrite une église, prieuré où les moines du Mont-Saint-

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Michel écrivaient des vers; Ros, sur le Coesnon, la rivière perfide, suspendu à son mur de verdure, correspondant aux rocs de Saint-Jean-le- Thomas, projetés comme une digue pour rétrécir la baie. Voici, parallèlement au Coesnon, le canal Napoléon, destiné à diriger cette rivière dévastatrice, et aujourd’hui marécage sans issue. Voici une ligne de clochers entremêlés de foutelaies et de moulins à vent, la tour en batière de Beauvoir, le bien nommé, le celtique Austriac, le dôme moscovite des Pas, point de reconnaissance pour les navigateurs, l’humble toit en batière de l’église deMoidrey, la flèche blanche et fine de Huisnes, et derrière, la ibutelaie de Macey et celle du Bois- Chiquot, la tour de Courtils, qui naguère portait un télégraphe. Voici la ligne des mondrins. ou monceaux de sables dessalés, qui frémit à travers les rayons du soleil comme à travers une gaze mobile; voici le dôme de verdure de l’Ile-Manière, que dominent le clocher et le village de Saint- Quentin, puis les croupes verdoyantes où repose Avranches; et en avant, dans un triangle de verdure encadré de grèves, l’église du Val-Saint-Père; après, l’estuaire de la Sée, la tour romane de Saint-Léonard, l’église des Genêts, au fond d’une de ces criques de sable qu’on appelle dans le pays des ports, plus loin la tour svelte de Dragey, que salue du large le navigateur, enfin le morne, sombre et nu, de Saint-Jean-le-Thomas et le rocher de Tombelaine.

L’intérieur de l’église a été, il y a plusieurs années, restauré par les détenus, sans direction et sans goût1.

i. o Dans la nef, dit M. Bouet, on a inséré d’énormes chapiteaux, qui donneront aux visiteurs une singulière idée de l’art roman, et l’on a fait porter des voûtes à des colonnes qui n’avaient jamais été destinées à cet usage. Dans le choeur , une excellente chose a été faite, en enlevant les planchers et les cloisons qui séparaient les bas côtés en ateliers; mais on eût dû s'en tenir là et ne pas enlever la clôture

Le style roman secondaire est bien caractérisé dans la nef et les bras de la croix , le sanctuaire et les chapelles absidales. Le portail, refait à la fin du xviii” s., dans le style grec, fait vivement regretter celui qui avait été construit par Robert du Mont et dont les auteurs contemporains du savant abbé vantent l’élégance. Une porte latérale (xm* s.) offre un beau tympan ogival décoré d’un magnifique bas-relief représentant l’Apparition de saint Michel d saint Aubert.

— La nef, réduite à quatre travées, est bien celle qui lut commencée vers l’an 1020 par l’abbé Ilildebert.

Les collatéraux, fort étroits, affectent la forme d’un fer à cheval. Le chœur, construit tout entier en granit, appartient au style ogival flamboyant. C’est la partie la plus moderne mais la plus belle de l’édifice. 11 est entouré d’arcades ogivales au-dessus desquelles s’ouvre un rang de fenêtres carrées, à meneaux trifoliés, surmontées elles-mêmes d’une belle frise dans le style de la Renaissance, et d’un second rang de fenêtres ogivales.

La voûte porte les armes de l’abbaye et celles des abbés constructeurs de l’église. Les murs sont décorés de fresquesdela Renaissance, longtemps recouvertes de badigeons et d’anciens tableaux du xvii' s. Autour du chœur régnent des chapelles à nervures très-saillantes avec pendentifs. Les stalles modernes dont il est orné ont été sculptées par un détenu avec une rare perfection. Derrière le chœur est un groupe en pl&tre représentant saint Michel terrassant le démon , d’après Raphaël. Les transsepts sont éclairés par de belles fenêtres qu’encadrent d’élégantes colonnettes. Audessous du transsept du N. s’ouvre la grande citerne, qui contient 1200 tonneaux d’eau et que signale extérieurement une tête de lion.

primitive du sanctuaire pour en placei dans les chapelles les sculptures, veuves des curieuses scènes peintes qui les accompagnaient. »

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