ROUTE 1] ' ROUEN. — DIRECTION. — HISTOIRE
dispenser de visiter la cathédrale, Saint-Ouen, Saint-Maclou , Saint-Patrice, Saint-Godard, le palais de justice, l’hôtel Bourgthéroulde, les quais, les ponts (pour la vue), les musées de peinture et d’antiquités, et Bon-Secours ou Canteleu (pour la vue). Toutefois, s’ils emploient bien leur temps et s’ils se fatiguent beaucoup, les voyageurs pressés pourront , à la rigueur, en suivant l’itincraire indiqué ci-dessous, à pied, ou en voiture, se faire une idée générale des merveilles architecturales, des principales œuvres d’art et des autres curiosi tésque Rouen offre à ses admirateurs (P. le plan).
Descendre de la station de la rive dr. par la rue de l’Impératrice; — jeter en passant un coup d’œil sur la tour de Jeanne d'Arc (page 57) et le square Solferino < page 71); — visiter le palais de justice {page 55); — aller par la rue de la Grosse-Horloge (page 56) à l’hôtel Bourgthéroulde (page 65); — jeter en passant un coup d’œil sur la statue de Jeanne d’Arc (page 67); — descendre sur le quai, le remonter jusqu'au pont de pierre (page 67); — contempler la belle vue dont on jouit ii la base de la statue de Corneille (page 70); — revenir par le pont Saint- Sever (page 67) et monter la rue Grand- Pont jusqu’à la cathédrale (page 42); — visiter la cathédrale en détail et ne pas manquer d’entrer dans la chapelle de la Vierge pour en admirer les tombeaux (page 45); — contourner l’archevêché afin de gagner Saint-Maclou (page 50); — monter par la rue Impériale à Saint-Ouen (page 47); — visiter à l’hôtel de ville le musée de tableaux (page 60); — gagner ensuite, par la rue Impériale, le musée d’antiquités (page 62), et se rendre à la gare par Saint-Godard (page 51) et Saint- Patrice (page 51).
N. B. Une excursion à Canteleu ou à Bon-Secours, très-recommandée, prendrait au moins trois heures.
Histoire.
Rouen, Rothomagus, était, dès la 1 r* moitié du ue s., la capitale du pays des Vélocasses. « Ptolémée, le premier historien qui ait fait mention de Rouen, dit, en énumérant les peuples qui composent la Celtique ou Lyonnaise : « Pusl quos risque ad Sequanam Veueliocassii quorum ci-
vitas Rothomagus, » phrase que l’on peut traduire ainsi : après eux, s'étend jusqu’à la Seine le pays des Vélocasses dont la capitale est Rothomagus. Mais si Rouen, ville gauloise, est peu connue , ville romaine, elle l’est davantage. En efTet, des restes de murailles dont la construction ne peut être attribuée qu'aux Romains, furent découverts en 1789 dans les caves d’une maison située rue des Carmes et élevée sur le bord des fosses primitifs. « Ces constructions, dit M. Th.Licquet.se prolongeaient à l’O., jusque sous les bâtiments de l’église Saint-Lô, et il est infiniment probable qu’elles se réunissaient, versli., à d’autres débris d’architecture romaine, trouvés en creusant les fondations d’une autre maison, à l’extrémité de la rue de la Chaine.
« Voici la première enceinte de Rouen sous les Romains, et tracée par eux. Au midi : la Seine, dont les eaux, à cette époque, arrivaient jusque vers la ligne occupée aujourd'hui par la rue des Bonnetiers, la place de la Calende, celle de Notre-Dame, dans sa pgrtie méridionale, et ainsi de suite jusqu’à l’extrémité de la rue aux Ours; au N., le fossé qui existait sur toute la longueur des rues de l'Aumône et des Fossés Louis VIII, c’est-à-dire depuis la rivière de Robec, à l’E., jusqu'à la rue de la Poterne, à l’O. De ce dernier point, tirez une ligne vers le S., en passant par le Marché-Neuf, la rue Massacre et la rue des Vergetiers, jusqu'à la rue aux Ours, vous aurez la limite occidentale. Celle de l'Orient est naturellement tracée par le cours du Robec. La ville conserva cette enceinte jusqu'au Xe s. »
Les Romains avaient établi à Rouen une garnison et un préfet militaire. En outre, la ville fut sans doute à cette époque un des entrepôts de l’important commerce qui se faisait par la voie des grands fleuves de France, entre l'Italie et la Grande-Bretagne. « Depuis l’embouchure de la Seine jusqu'à Rouen, dit Aristide Guilbert, il n'y avait point de port aussi heureusement situé que le sien; les navires, charges de marchandises étrangères, s’y arrêtaient avec le flot de la mer, de même que les bateaux, qui lui apportaient des denrées méridionales , étaient contraints de déposer leur cargaison sur ses rives. En un mot, elle était pour les uns le point où finissait, et, pour les autres, le point où commençait la navigation maritime. » Du reste, de nombreux vestiges .de fortifications, découverts dans des fouil- ’les diverses, notamment, en 1789, au bord
d’un des fossés primitifs de la ville et plusieurs débris, portant encore très-visiblement le caractère de l’architecture romaine, sont une preuve irrécusable de la domination des Romains à Rouen.
D’après quelques auteurs, le christianisme commença à être prêché à Rouen, vers le milieu du inc s., par saint Nicaise, envoyé de saint Denis, 1’apétre des Gaules, qui, selon d’autres écrivains, ne serait jamais venu à Rouen. A saint Nicaise, martyrisé dans une lie de l’Epte, succéda, après un intervalle plus ou moins long, saint Mellon (260), qui opéra, dit-on, de nombreux miracles. Saint Mellon fit bâtir, en l’honneur de la Vierge, un oratoire dont l’emplacement pourrait bien correspondre à celui de la cathédrale. L’histoire n’a enregistré aucun des actes des successeurs immédiats de saint Mellon jusqu’à saint Victrice (393). Saint Victrice, non moins distingué par ses vertus que par son zèle apostolique, fut l’ami de saint Martin deTours, de l’historien Sulpice Sévèreetde saint Paulin, qui, « dans une de ses lettres, s’applaudit de ce que Rouen est devenu, depuis l’avénement de son ami, une ville illustre par la multitude de ses lieux saints. » Les successeurs les plus célèbres de saint Victrice furent saint Gildard ou Godard (ves.), frère de l’illustre saint Médard, évêque de Soissons: saint Prétextât, dont la fin tragique rappelle les trop nombreuses cruautés de Frédégonde; saint Romain, célèbre par la destruction des temples païens et le fameux miracle de la Gargouitle. et saint Ouen, l’ami et le conseiller d’Ébroïn, maire du palais de Neustrie.
Sous le règne de Charles le Chauve, les Normands, conduits par Oger le Danois, remontèrent, pour la première fois, la Seine jusqu’àRouen, et, le 14 mai 841, livrèrent la v ille au pillage. D’autres chefs de pirates ayant succédé à Oger le Danois, les contrées riveraines du fleuve eurent beaucoup à souffrir de ces fréquentes invasions dont Orderic Vital et Guillaume de Jumiéges, deux auteurs ecclésiastiques, nous ont laissé un touchant récit. En 876 , Rouen subit une nouvelle invasion plus formidable encore; en effet, elle était dirigée par Rollon, qui, ayant reçu la soumission des marchands et du peuple, présentée parl’évéque, établit dans cette ville le centre de ses opérations militaires, puis exerça de tels ravages dans la plus grande partie du royaume, que Charles le Simple fut obligé de traiter avec lui. Une entrevue eut lieu ii Saint-Clair-sur-Epte, entre Rollon,
le roi de France, l’archevêque de Rouen et les grands<du royaume; il y fut décidé que Rollon, après avoir reçu le baptême, épouserait Giselle, fille de Charles le Simple, et qu'une partie de l’ancienne Neustrie serait érigee, à son profit, en duché indépendant (912j. Rollon fut le bienfaiteur du pays dont il avait été le plus terrible fléau ; il fit rebâtir ou réparer plusieurs édifices religieux , garnir les remparts détours, et construire un château qui devint, par la suite, la résidence habituelle des ducs normands. Guillaume Longue-Ëpée, successeur de Rollon, son père, resserra les rives de la Seine dans un lit plus étroit et réunit plusieurs petites iles à la terre ferme. Le terrain conquis sur le fleuve porta le nom de terres neuves. Les successeurs de Guillaume Longue-Épée étendirent l’enceinte de la ville jusqu’au Vieux Marché et con. struisirent la porte Cauchoise vers le commencement du xie s.
Les Normands, qui s’étaient fait une nouvelle patrie de la Neustrie. la défendirent avec intrépidité lorsqu’elle fut menacée, et Rouen, comme les autres villes du duché, leur dut de notables agrandissements. Mais quand Guillaume le Bâtard eut conquis l’Angleterre, la Normandie, abandonnée à elle-même, forma l’apanage de quelques princes qui s’en disputèrent la possession jusqu’au jour où elle fut réunie de nouveau à la France. En 1193, Philippe Auguste vint mettre une première fois le siège devant Rouen, sans pouvoir s’en émparer. Il reparut, 9 ans plus tard, sous les murs de la ville, lorsque la plus grande partie des possessions de Jean sans Terre était déjà tombée en son pouvoir; mais les habitants ne se rendirent qu’à la dernière extrémité et montrèrent pour leurs souverains d’Angleterre une fidélité dont le roi de France dut être jaloux. La capitulation eut lieu le 1er juillet 1204; la Normandie fit de nouveau partie du royaume de France dont elle avait été séparée pendant 292 ans. Philippe Auguste construisit une forteresse sur le penchant de l’une des collines qui dominent la ville vers le N. O.
De 1204 à 1418, nous n’avons à signaler à Rouen qu'un agrandissement d’enceinte sous Louis IX, et la construction de plusieurs monuments; mais, à cette dernière époque, la ville eut à soutenir un siégé mémorable contre Henri V qui venait de prendre Pont-de-l'Arche. Les assauts s’étant succédé pendant six mois, les habitants de la ville, qui avaient en vain déployé la plus grande valeur, durent céder