ROUEN. — HISTOIRE
enfin à la force. Henri V exigea 300000 écus de rançon et trois otages choisis parmi les principaux défenseurs de la cité : Robert de Livet, vicaire général de l’archevêque, Jean Jourdan, capitaine d’artillerie, et Alain Blanchard, capitaine des bourgeois.
HenruV se fit construire un château à l’extrémité orientale de la tre enceinte. C’est cette forteresse qu’on appela par la suite le vieux palais. 13 ans plus tard (t431) , les Anglais firent brûler Jeanne d’ATc sur une des places publiques de Rouen (K. p. 67).
Rouen resta pendant 30 ans soumise aux Anglais. En 1436, Xaintrailles, la Hire et quelques autres capitaines de Charles VII firent pour la délivrer une tentative qui échoua; mais, en 1449, le roi de France s’étant avance en personne jusqu'à Pontde-l’Arche, Dunois, les comtes d'Eu et de Saint-Paul se présentèrent à la tète de trois corps d'armée, pour investir la place défendue par le duc de Sommerset, gouverneur du duché. Repoussés une première fois par Talbot, ils réussirent ensuite à s’emparer du fort Sainte-Catherine où Charles VII transporta son quartier général. Les Anglais furent forcés de capituler; Sommerset, pour obtenir sa liberté et la libre sortie de sa famille, consentit à payer une rançon de 50 ooo écus, et à se dessaisir, en faveur de la France, des places fortes de Honfleur, de Caudebec, d’Arques, de Tancarville et de Lillebonne. Le lo novembre de la même année, Charles VII fit son entrée triomphale dans la ville et déploya une grande munificence à cette occasion. Parmi les hauts personnages dont se composait son cortège, on remarquait : René d’Anjou, roi de Sicile;PierredeBrézé, sénéchal d’Anjou, dont le tombeau orne la chapelle de la Vierge à la cathédrale ( V. p. 45;, Jacques Cœur, et les principaux officiers de l’armee française. Une fête annuelle, qui se célébra pendant plus d’un siècle, fut instituée pour perpétuer le souvenir de la délivrance de la Normandie.
A dater de cette epoque mémorable, Rouen n’a plus qu’une histoire locale ; il ne reste à signaler que quelques faits isolés.
C’est à Louis XII que Rouen doit l’érection de l’ancien Echiquier de Normandie en une cour souveraine indépendante, composée de magistrats inamovibles, à laquelle François I" donna la qualification de Parlement , et qui bientôt tint en ses mains presque tous les pouvoirs de l’administration communale, civile et militaire.
La Réforme s’etant introduite à Rouen vers le milieu du xvi« s., le Parlement se
montra impitoyable « envers l'hérésie » ; s’il se contenta d’expulser de son sein (1556) ceux des conseillers qui avaient adopté les nouvelles doctrines, il fit brûler par le bourreau un grand nombre de sectaires.
On ne saurait rien imaginer de plus affreux que le supplice, en trois stations, auquel le malheureux patient était ordinairement condamné. Au carrefour de la Croix-de- Pierre, on lui incisait la langue avec un fer chaud ; après l’amende honorable, qui se faisait sur le parvis de Notre- Dame, un de ses poings était coupé; enfin, de là, conduit à la place du Vieux-Marché, ou à celle du Marché-aux-Veaux, il y était suspendu au-dessus d’un bûcher ardent.
Les bourreaux, en l’enlevant et l’abaissant alternativement au moyen d’un engin mobile, le faisaient mourir dans d’indicibles tortures. C’était une faveur pour le condamné d’être étrangle tout d’abord , ou après qu’on l’avait présenté au feu. Pour plus d’expedition , on en pendait aussi un fort grand nombre aux gibets permanents des places de Notre-Dame, du Vieux-Marché ou du Marché-aux-Veaux. Quelquefois le bûcher destiné à l’une des victimes se dressait au pied de la potence, où ses compagnons devaient être attaches, après avoir été témoins de sa mort. Ainsi, le prédicateur Jean Cottin fut brûlé devant ses deux cousins, qu’on pendit ensuite sur le lieu même de son exécution.
La prise d’armes des princes de Condé fut le signal de la révolte des Huguenots, qui se rendirent maîtres de la ville par un hardi coup de main, dans la nuit du 15 au 16 avril 1562. Le dimanche 3 mai, des bandes armées envahirent les églises et les couvents où elles commirent les plus grands désordres. « En 24 heures, dit Théodore de Bèze, ces hommes en firent plus que d’autres n’eussent pu faire en 24 semaines. » Pendant six mois, les protestants opprimèrent à leur tour les catholiques; mais, à la suite de plusieurs assauts, l’armée royale reprit la ville de Rouen qu’elle livra au pillage; le Parlement y rentra par la brèche à la suite de Charles IX qui y rétablit le culte catholique, et qui, l annee suivante, y tint un lit de justice dans lequel il fit déclarer au Parlement qu’ayant atteint sa treizième année, il prenait les rênes du gouvernement. Les représailles furent terribles; la Saint-Barthélemy compta à Rouen un grand nombre de victimes. Lus protestants, traqués comme des bêtes fauves, égorgés sans miséricorde (on compta plus de 600
cadavres), se hâtèrent de prendre la fuite. Le triomphe des catholiques fut complet, mais la ville était aux trois quarts ruinée.
Lorsque la Ligue eut été approuvée par Henri III, le gouverneur de Rouen et le chapitre métropolitain lui donnèrent aussi leur adhésion ,• le Parlement seul s'abstint. Après avoir quitté Paris, le lendemain de la journée des barricades, Henri III se retira à Rouen; les habitants lui tirent une brillante et cordiale réception. A peine l'édit d’union, qui excluait du trône « tout prince hérétique ou fauteur d’hérésie «eutil été signé, que le roi reprit le chemin de Paris; mais, à la nouvelle de l’assassinat des Guises, le peuple, poussé à l’insurrection par les chefs du parti de la Ligue, se souleva, construisit des barricades et enleva de force le gouverneur Carouge; Rouen demeura complètement au pouvoir de la Ligue. Henri III ne put s’en faire rouvrir les portes.
Dès qu’Henri IV fut devenu maître d’un grand nombre de villes de France, il se présenta devant Rouen pour s'en emparer, mais la ville se prépara à une défense énergique ; après un siégé de quelques jours, il dut se retirer du côté de Pont-de-l’Arche (20 avril 1592). Toutefois, quand il eut abjuré, les portes de Rouen lui furent bientôt ouvertes; il y fit son entrée solennelle le l G octobre 1596.
Des calamités locales, pestes, disettes, crises industrielles, insurrections excitées par la rapacité des agents du fisc et comprimées par la force, les progrès des ordres monastiques, la persécution du parti protestant, la suprématie croissante des intendants des provinces, représentants de l’autorité royale, sur le Parlement, les luttes du Parlement contre le despotisme de la couronne , luttes dans lesquelles le Parlement, qui eut plus souvent raison que tort, finit par succomber, sous Louis XV, pour être rétabli sous Louis XVI, le développement de certaines industries, quelques voyages des rois, tels furent les principaux événements de l’histoire de Rouen pendant les xvie et XVII» s.
La Révolution commit peu d’excès dans Rouen, u Le tribunal criminel fut si indulgent dans cette ville, dit A. Guilbert, qu’il envoya seulement deux condamnés politiques à l'échafaud » (1793-1794).
En 1848, à la suite de la proclamation de la République, quelques désordres eurent lieu, mais ils furent promptement réprimés.
Rouen a vu naître P. Corneille, T. Corneille , Fontenclle , Benserade , Pradon ,
le P*. Brumoy, Boïeldieu, l’abbé Legendre, Dulong, Jouvenet , Géricault, Lemonnier, la Champmcslé, le célèbre navigateur Cavelier de la Salle, Armand Carrel, etc.
Rouen est aujourd’hui le chef lieu du département de la Seine-Inférieure, le siège d’un archevêché dont les évêchés sufiragants sont ceux de Bayeux, d’Évfeux, de Séez, de Coutances ; le siège d’une cour impériale (Seine-Inférieure et Eure), et le ch.-l. de la2cdivision railitaire(Seinc-Inférieure, Orne, Calvados, Eure); elle possède une Faculté de théologie, une école préparatoire de médecine, une école secondaire des sciences et des lettres, un lycée impérial, une Académie des sciences , belleslettres et arts, et ressortit à l’Académie de Caen.
Édifices religieux.
Avant la Révolution , Rouen comptait 37 églises paroissiales et un nombre à peu près égal de communautés religieuses des deux sexes. Cette ville ne possède plus aujourd’hui que 6 églises paroissiales, 8 succursales, un temple protestant et une synagogue.
La cathédrale. — Saint-Mellon, d’après les historiens, est le premier évêque qui ait élevé à Rouen une église cathédrale , probablement sur l’emplacement actuel de l’église métropolitaine. Agrandie par Richard I*r, terminée par l’archevêque Maurillequi en fit la dédicace en 1063, cette église fut détruite parle feu en 1200. L’église actuelle fut commencée sous le règne de Jean sans Terre, à l’exception de la tour Saint-Romain dont la base appartient à la construction primitive.
Cette tour, continuée à différentes époques, fut terminée en 1477, par le cardinal d’Estouteville.
Quand , en montant la rue Grand- Pont ou en descendant la rue des Carmes, on débouche sur la place Notre-Dame, par un beau jour, on s'arrête étonné et ravi à l'aspect de la cathédrale. Sans doute, cette façade, composée de parties disparates, surchargée d’ornements sur certains points, à moitié détruite par les hommes et par le temps, trop entourée de maisons qui ne permettent pas de la
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