ROUTE 1] ROUEN. — CATHÉDRALE
voir d’assez loin, mérite de nombreuses critiques, mais l’ensemble en est saisissant et grandiose; on admire au lieu de juger.
La façade proprement dite, comprise entre les deux tours latérales (la tour Saint-Romain à g. et la lourde Beurre à dr.), commencée en 1509, parle cardinal d'Amboise, terminée en 1530, est ornée d’un nombre prodigieux de sculptures et de statues d’une exécution très-remarquable, mais pour la plupart à moitié détruites ; c’est une véritable dentelle de pierre. Les basreliefs qui décoraient les trois portes d’entrée ont été mutilés en 1562 par les calvinistes. Celui de dr. est presque entièrement détruit; celui du grand portail représente la généalogie de la Vierge ; celui de g. ligure la décollation de saint Jean-Baptiste.
œ La tour Sainl-llnmain qui termine la façade au N., la partie la plus ancienne de l’église, offre, dit M. Viollet-le-l)uc, un mélange îles deux styles de l’Ile-de-France et de la Normandie, dans lequel le premier élément domine; là aussi l'artiste français s’est soumis aux influences locales, mais il a apporté le goût de son école et de son propre génie. Le clocher Saint- Romain est isolé sur trois côtés et porte de fond, comme la plupart des clochers de façade antérieurs au xnr s. 11 se compose, à l'intérieur, de deux salles voûtées superposées et d’un étage de beffroi divisé en deux. »
la tour Saint-Romain renferme le mécanisme de l’horloge et le beffroi composé de 4 cloches dont la plus grosse pèse 7500 kilogr. Une porte en ogive, placée à l’entrée du bas côté g. de l’église, donne accès dans l’intérieur de cette tour du haut de laquelle on découvre une vue magnifique sur la ville et les environs.
la tour méridionale, dite tour de Beurre, parce qu’elle fut construite au moyen des aumônes offertes par les fidèles qui obtinrent en récompense la permission de foire usage de beurre pendant le carême, a 77 met.
I d’élévation. Robert de Croixmare, ar- J chevSque de Rouen, en posa, en 1485, la première pierre. Les travaux durèrent 22 ans. Ses deux galeries à jour, ses quatre fenêtres garnies d’entrelacs d’appui et surmontées d’élégants pignons évidés, sa terrasse et sa bordure en balustres déliés , font de cette tour un des plus gracieux monuments de l’architecture du xv* s. La cloche nommée George d’Amboise, donnée par le cardinal d’Amboise, y était placée. C’était une des plus grosses cloches connues. Elle avait été félée lors de l’entrée de Louis XVI à Rouen, en 1786. En 1793 , elle fut fondue à Romilly et servit à fabriquer des canons.
De la cour de l’Albane qui précède le portail des Libraires, à g. de la façade, on découvre le côté N. de la cathédrale sous son aspect le plus intéressant.
Le portail des Libraires, situé à l’extrémité N. du transsept et ainsi nommé à cause des libraires qui occupaient des boutiques de chaque côté de la cour, vient d’être dégagé des ignobles constructions qui le masquaient. Il a été, dans ces dernières années, l’objet d’une importante restauration terminée en 1864 seulement.
« C’était, dit M. Licquet, l’entrée ordinaire des hauts personnages, à l'exception du roi et des princes du sang, qui se rendaient à l’église par le grand portail d’occident. » Cette entrée est ornée d’un grand nombre de bas-reliefs : les uns représentent des traits de l’histoire sainte; « les autres, dit M. de Caumont, des sujets grotesques et des obscena. » Quelques-uns semblent avoir été inspirés par les Métamorphoses d’Ovide.
A dr. de la tour de Beurre, dans une petite cour où l’on pénètre par la porte d’une maison (n” 16) de la rue du Change, qui doit être démolie ainsi que celles qui l’avoisinent, s’ouvre un portail latéral dont le tympan est trèsancien.
Le portail de la Calende date à
peu près de la môme époque que celui des Libraires. Au-dessus de la porte, dans un arc en ogive, est un grand bas-relief représentant l'histoire de Joseph vendu par ses frères, les Funérailles de Jacob et Jésus-Christ sur la croix. Ces sculptures sont un type de naïveté et de finesse. Deux tours carrées accompagnent la façade de ce portail.
Sur la tour de pierre qui s’élève au milieu de la croisée, se dressait autrefois une pyramide en charpente de 132 met. de hauteur que le feu du ciel détruisit en 1822. A la suite de cet incendie qui dévora le toit du chœur et une partie de celui de la nef, une portion de la toiture des grands combles et les voûtes de la nef furent refaites à neuf. la restauration et l'exhaussement de la lanterne furent terminés en 1829.
Sur cette plate-forme, s’élève la nouvelle pyramide en fonte qui devait avoir 148 mèt. 52 c. d’élévation, mais dont la construction n’a pas été terminée, bien que toutes les pièces fussent fondues et prêtes à être posées, parce que l'on a craint à tort (ce fait est prouvé maintenant) que leur poids énorme ne fit écrouler la tour. Il est à désirer que cette pyramide qui, par la nature même des matériaux dont elle se compose, forme un contraste choquant avec le reste de l’édificej soit détruite au lieu d’être terminée.
Toutefois, le premier bureau du conseil général du département, dans sa séance du 24 août 1865, a émis le regret « de voir que les travaux de reconstruction de ce couronnement indispensable de l’un des plus beaux monuments du moyen âge, commencés en 1822, soient arrêtés depuis longues années, sans que l'on puisse apprécier l’effet majestueux que devrait produire l’œuvre d’Alavoine, si l’aiguille, les pignons et les clochetons d’angle étaient terminés.
« Cette flèche, qui a déjà coûté plus d’un million , pourrait-elle être abandonnée, ajoutait le rapporteur, lorsque
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pour l’achever entièrement et lui donner toute sa valeur artistique, il suffirait de dépenser 400 à 500 000 fr., et surtout lorsque les doutes que l’on avait élevés sur la solidité de la tour sont aujourd'hui complètement dissipés.
« Le premier bureau est intimement convaincu que, sous tous les rapports, le meilleur parti à prendre en toute circonstance est de continuer l’œuvre commencée ; aussi, il a la confiance que le Conseil général, se faisant cette année encore l’interprète des désirs bien légitimes des populations rouennaise et du département, renouvellera, avec la plus vive instance, le vœu qu’il a précédemment émis pour que les travaux, si fâcheusement interrompus, soient repris et achevés dans le plus bref délai possible, afin de faire sortir l’ancienne métropole de la Normandie de l’état de ruine qu’elle présente, et de lui rendre, sous une forme nouvelle, l’ornement qu’un incendie lui a si malheureusement enlevé. »
L’aspect intérieur de la cathédrale frappe par sa grandeur, sa majesté et l'harmonie parfaite des proportions qui règne dans toutes les parties. La longueur totale de l'édifice, depuis le, grand portail jusqu’à l’extrémité de la chapelle de la Vierge, est de 130 mèt. ; cette chapelle en a 25 ; le chœur 33 ; la nef 70. « Dans la nef, dit M. Violletle-Duc, le maître de l’œuvre (l’architecte) semble avoir voulu figurer une galerie de premier étage comme dans, presque toutes les grandes églises de l'Ile-de-France et du Soissonnais, mais s’être arrêté à moitié chemin, et, au lieu d une galerie voûtée, avoir fait un simple passage sur des arcs bandés au-dessous des archivoltes des bas côtés, et contournant les piles au moyen de colunnettes portées en encorbellement. La nef, rebâtie presque totalement en style ogival français, est terminée, à partir du niveau des voûtes des collatéraux, en style ogival normand, tuais, comme toutes