‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 58 sur 499 · ROUEN. — CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

ROUEN. — CATHÉDRALE

les nefs des cathédrales françaises du commencement du xm* s., elle était dépourvue de chapelles. A la fin de ce siècle, on en construisit entre les contre-forts. »

L’intérieur de Notre-Dame reçoit le jour par 130 fenêtres, garnies pour la plupart de vitraux précieux, et par trois grandes rosaces, dont deux aux extrémités de la croisée, et l’autre audessus de l'orgue.

La rosace occidentale est chargée d'ornements délicats au centre desquels on remarque le Père éternel environné d’anges tenant des instruments de musique ou des instruments de la Passion.

Les vitraux des collatéraux (xnir s.), les plus remarquables, se distinguent par l’éclat et l'harmonie de leurs couleurs. Au nombre des vitres de la Renaissance les plus estimées il faut ranger celles qui représentent la vie de saint Romain, dans la chapelle de cet évôque, et dans celle de Saint-Étienne (la lr* à dr.), saint Thomas touchant les blessures de Jésus-Christ ; le Christ prêchant dans le désert; le Christ apparaissant à la Madeleine ; la pêche miraculeuse, etc.

Le chœur est précédé d’un jubé, vulgaire et lourd, construit en 1777 dans un style qui contraste avec celui de l’église. Un Christ en plomb doré, œuvre du sculpteur Clodion, surmonte la tribune qui règne dans la partie supérieure. Les deux autels en marbre, placés dans les entre-colonnes, sont ornés chacun d'une statue en marbre blanc représentant (àdr.) la Vierge, œuvre assez remarquable du sculpteur le Comte, et (à g.) sainte Cécile, exécutée par Clodion.

Le chœur, entouré de 14 colonnes, reçoit aujourd’hui le jour par 15 grandes croisées du xv' s. On y remarque de curieuses stalles en bois dont les consoles sont décorées d’intéressantes sculptures.

On voit dans le chœur l’inscription tumulaire de Richard Cœur de Lion; à dr., de l’autre côté, celle d’Henri II,

mort en <1183, et, derrière l’autel, celle du duc de Bedforl, mort en 1435. Le sanctuaire renfermait autrefois les sépultures de ces trois grands personnages ainsi que celles de Guillaume, fils de Geoffroy Plantagenet, et de Charles V, morts le premier en 1164 et le second en 1380; mais tous ces tombeaux furent violés et saccagés, en 1562, par les calvinistes. En 1838 on retrouva la statue qui ornait le tombeau de Richard Cœur de Lion et la boîte qui contenait son cœur. la statue, mesurant 2 met. 17 c. de longueur, représente le monarque anglais étendu sur son tombeau, ayant les pieds posés sur un lion couché. Elle a été déposée provisoirement dans la chapelle du Crucifix.

Le joli escalier gothique que l’on voit dans l'encoignure du transsept septentrional a été construit dans la 2° moitié du xv* s. par le cardinal Guillaume d’Estouteville pour monter à la bibliothèque de la cathédrale, dont la fondation date de l’année 1424.

25 chapelles s’ouvrent dans le pourtour de l’édifice. Dans le collatéral de dr. on remarque d’abord en entrant, à dr. celle de Saint-Étienne, la plus spacieuse de toutes, et celle du petit Saint-Homain à l’extrémité du même collatéral. Cette dernière chapelle renferme aujourd’hui le tombeau de Roi - Ion, qui fut inhumé d’abord près du Jtand autel, comme l’indique une inscription gravée sur une plaque de marbre noir. La chapelle Sainte- Anne, située dans le collatéral opposé, fait face à celle du petitSaint-Romain.

On y voit le tombeau de Guillaume Longue-Epée, fils et successeur de Rollon, assassiné dans une île de la Somme, l’an 944. Une inscription sur marbre rappelle sa mort et la translation de ses restes.

La Chapelle de la Vierge renferme de magnifiques œuvres d’art qu’il ne faut manquer de visiter (s'adresser au marguillier ou au suisse) ; c'est d’abord le tombeau élevé àLouis de Brézé, par Diane de Poitiers, une

des plus admirables productions de la Renaissance, aussi remarquable parla composition que par l’exécution. Quatre belles colonnes de marbre noir, dont les chapiteaux et les bases sont en albâtre , supportent le mausolée ; entre ces colonnes est un cercueil sur lequel gît la statue en marbre blanc de Louis de Brézé, représenté au moment où il vient d'expirer, étendu sur le dos, la main gauche placée sur la poitrine. Du côté de la tête de la statue est la statue en albâtre de Diane de Poitiers agenouillée , les bras croisés, en vêtement de deuil; du côté opposé, est la Vierge tenant l’enfant Jésus.

Dans le fond, au milieu, se voient deux inscriptions, l’une en prose, l’autre en vers, enlevées pendant la Révolution et réintégrées successivement depuis ; les voici toutes les deux :

Loys de Breszé, en son viuant cheualier de l’ordre, premier Chambellan du Roy, grand Séneschal, Lieutenant-Général et Gouuorneur pour le dict Sieur, en ses pays et duché de Normendic, Capitaine de cent Gentilz hommes de la maison du dict sieur et (1e cent hommes d’armes de ses ordonnances, Capitaine de Rouen et de Caen, Conte de Mauleurier, Baron de Mauny et du Bec-Crespin, Seigneur Chastellain de Nogent-le-Roy, Ennet, Bréual et Monchauuet. Après auoir vescu par le cours de la nature en ce monde en vertu, jusques à l'âge de LXX1I ans, la mort la faict mectre enr ce tombeau pour retourner viure perpétuellement. Lequel décéda le dymence xxim jour de juillet mil vcc xxxi (1531).

Dedens le corps que ce blanc marbre serre, Jadis le ciel pour embellir la terre Transmyst le choys des illustres espritz, Lequel au corps feist tant d’honneur acquerre ,

Qu’en temps de paix et furieuse guerre, Soubz quatre Roys il emporta le prix.

Le Souuerain pour son partage a pris Ceste noble âme, et la terre a repris Le corps ja vieu, mais quand à sa gloire ample ,

Pour ce qu’elle est de vertu décorée:

Aux bons Françoys est ici demourée ,

Pour leur seruir de mémorable exemple.

La statue équestre rlu sénéchal , en marbre blanc, surmonte l'entablement.

De chaque côté de la statue sont des cariatides couronnées de fleurs; celles de tir. "représentent la Prudence et la Gloire ; les deux de g., la Victoire et la Foi. Le couronnement se compose d'un atlique en forme de niche dans laquelle on remarque une statue en albâtre, tenant une épée; elle représente la Force, la Justice ou la Prudence (les auteurs ne sont pas d’accord). Deux chèvres, surmontant la corniche , tiennent entre leurs pattes de devant les armoiries du sénéchal.

La grandeur et la noblesse de l’ensemble et la perfection des détails ont fait attribuer cet admirable monument au grand sculpteur Jean Goujon et à Jean Cousin.

Tout à côté de ce tombeau est celui de Pierre de Brézé, comte de Maulevrier, grand sénéchal d’Anjou, tué à la bataille de Montlhéry , le 16 juillet 1465. Ce monument est un charmant spécimen du style de transition du gothique au style de la Renaissance. Il se distingue par l’élégance de son architecture, la délicatesse des détails, et se compose, dit M. Th. Licquet, a. de deux pilastres de style arabesque , soutenant une arcade à plein cintre, qui surmonte un fronton à entrelacs; le tout travaillé à jour et décoré de toutes parts des lettres initiales P B, en caractères gothiques. »

La clef de la voûte, les trois panneaux de la base du tombeau sont ornés des armes du mort. La hauteur totale du monument est de 6 met. 60 c. On ne peut préciser l'époque à laquelle ont été enlevées les statues de Pierre de Brézé et de Jeanne du Bec-Crespin, sa femme, qui ornaient autrefois le dessus du tombeau.

Le côté droit de la chapelle de la Vierge est décoré du tombeau des cardinaux d’Amboise placé en partie dans l’intérieur de la muraille. Cet admirable monument, moins pur, moins élevé dans l’ensemble, mais non moins remarquable dans les détails que celui du sénéchal, œuvre de Rouland Leroux, le maître maçon de la cathc-

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