‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 67 sur 499 · ROUTE 1] ROUEN. — LA BOURSE. — LE CHÂTEAU FORT · texte numérisé non relu

ROUTE 1] ROUEN. — LA BOURSE. — LE CHÂTEAU FORT

Seine, se montrent les immenses bâtiments des docks établis à Saint- Sever. Ils communiquent avec le chemin de fer et la navigation de la basse Seine.

Le palais de la Bourse (sur le quai de ce nom, la rue Nationale et la rue des Charrettes), érigé en 1735 et restauré dans ces dernières années, était autrefois le palais de la juridiction consulaire. Devant s’étend la bourse découverte, jolie place plantée d'arbres et entourée d’une grille qui s’ouvre pour le public en dehors des heures consacrées à la tenue de la Bourse. Lorsque le temps est beau, les négociants de Rouen se réunissent sur cette place, de 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2; mais, lorsque le temps est mauvais, la réunion a lieu dans la galerie du rez-de-chaussée du palais. Au-dessus se trouvent le tribunal et la chambre de Commerce, la salle de réception, etc. L’escalier qui conduit à la salle des Audiences, danslaquelle se voit un beau Christ de Dumont, divisé en deux volées, à partir du premier palier, est décoré de la statue de Louis XV, sous le règne duquel fut construit cet édifice. La salle de réception, qui s’ouvre tout à côté, renferme quatre grands tableaux (un de Lemonnier et les trois autres de Schoppin). La salle où la Chambre se réunit en été possède un second tableau de Lemonnier dont le sujet est tout allégorique.

Le château fort, bâti par Philippe Auguste en 1205, sur la colline de Bouvreuil, ou le vieux château, comme on l’appelait (ou le château de Bouvreuil ou simplement Bouvreuil), était une place à peu près circulaire, entourée de larges fossés et flanquée de sept tours, dont la principale, « grosse et haute à merveilles, » au dire de Farin, et la seule qui reste aujourd’hui, est enclavée dans la communauté des religieuses Ursulines (on les appelle à Rouen les dames Cousin) installées dans la rue de l’Impératrice. — Le vieux château

était encore intact en 1525, il servit aux séances du parlement de 1499 à 1506.

La démolition commença au x\T s.

C’est dans l’enceinte de ce château1 que Jeanne d’Arc fut amenée, quand, faite prisonnière par les soldats du sire de Luxembourg (24 mai 1430), pendant une sortie sur Margny et Clairoix, hors de Compiègne assiégée, le sire de Luxembourg l’eut livrée à Bedford, régent du royaume au nom d’Henri VI, en échange d’une somme de lOOOOfr. Elle y arriva à la fin de décembre, après avoir été enfermée successivement à Arras, à Drugy; à Eu, à Dieppe, etc.; elle y fut déposée du côté des champs, vers la porte de derrière, dans une tour où se trouvait une chambre qui lui servait de prison et qui fut appelée depuis tour de la Pucelle. Cette tour, dont le canon du chevalier d’Aumale avait abattu le couronnement, existait encore en 1808, bien qu’une partie en eût été détruite en 1781. Le gouvernement en vendit les ruines en 1796. En 1809, les dames Ursulines d’Elbeuf, qui avaient acquis le terrain, en firent démolir les derniers restes.

Si la grosse tour ou la tour du donjon, qui reste seule aujourd'hui, témoin d’ailleurs d’événements importants de l’histoire de Rouen, n’a pas été. la prison de Jeanne d’Arc, Jeanne y a du moins subi plusieurs interrogatoires ; c’est là qu’elle a fait à ses juges, disons mieux, à ses bourreaux, ces réponses sublimes qui n’ont d’égal que son courage. En 1840, les dames Ursulines manifestèrent l’intention de la démolir sous prétexte qu’elle menaçait ruine. Mais l’opinion publique alarmée obligea, grâce aux démarches de M. Deville, le gouvernement à voter des fonds pour sa conservation. Mais ces tentatives de démolition pourraient se renouveler. A la suite des conférences enthousiastes de M. Morin, sur l’élo-

1. Voir l’étude historique de M. F. Bou. quet, Jeanne d'Arc au château de Rouen-

quent rapportdeM. Deschamps (26 janvier 1866), le conseil municipal de Rouen, « en réponse à l’adresse de la commune de Domrémy-la-Pucelle, a décidé à une grande majorité qu’une souscription nationale serait ouverte sousle patronage de la ville de Rouen, pour le rachat de la tour du donjon, dernier vestige du château de Philippe Auguste , où Jeanne d’Àrc fut interrogée et mise en face des instruments de torture. » La ville de Rouen s’est inscrite en tête de la liste pour une somme de i5 000 fr. , et un grand nombre de conseils municipaux ont déjà souscrit au moment où nous mettons sous presse. Espérons que cet intéressant monument sera sauvé!

La porte Guillaume-Lion, construite vers le milieu du siècle dernier, est de toutes les anciennes portes de la ville la seule qui subsiste encore aujourd’hui. Elle est décorée de quelques sculptures de Claude Leprince, sculpteur rouennais.

Les halles, qui datent de la seconde moitié du xm*s., passent pour les plus importantes de France. La halle aux toiles a 88 mèt. 34 c. de long et 16 mèt. 24 c. de large. Les deux autres halles, l’une pour les cotons, l’autre pour les draperies, ont chacune 64 mèt. 96 c. de longueur.

On remarque, un peu en avant de la halle aux toiles, un édifice de la Renaissance (1542) nommé monument Saint-Romain, et au premier étage duquel avait lieu, chaque année, la levée de la Fierle, pour la délivrance d’un prisonnier.

On a commencé en 1865 la construction d’autres halles couvertes sur la place du Vieux-Marché (F. ci-dessous, p. 67).

Mentionnons, enfin : l 'hôtel de la Banque de France, dont la façade principale borde la rue de l’Hôtel-de- Ville; l’hôtel de la préfecture, établi dans l'hôtel de l’intendance, l'hôtel de la poste aux lettres et l 'octroi municipal dans la rue de l’Impératrice-, la maison de correction ac-

tuellement au faubourg Saint-Sever ; l’hôtel de la gendarmerie, installé dans l’ancien couvent des dames de Saint-Louis; le dépôt de poudre de guerre, établi dans l’ancien couvent de Grammont; l’hôtel de la division militaire dans la rue de Crosne, hors de la ville; la caserne des douaniers (ancien hôtel des Monnaies) ; la caserne Martainville , bâtie de 1776 à 1784, au bord de l’Aubette et adossée aux anciens murs de la ville; la caserne d’infanterie, ancien Bicêtre, dont les vastes bâtiments bordent au S. Ç. la rue Napoléon 111 , à l’O. la place du même nom , au N. la rue Dame-Jeanne, et à l’E.

la rue du Bas ; la caserne Bonne-Nouvelle, établie dans l’ancien couvent de ce nom, et l'abattoir public, vaste et important établissement, dont l’entrée principale est rue de Sotteville. Il a été construit de 1834 à 1836. L’ensemble des bâtiments a une superficie totale de 7337 mèt. Des rues, spacieuses et plantées d’arbres, donnent un accès facile à toutes les parties de l’établissement.

Théâtres. — Salle de concerts.

Le théâtre des Arts, situé entre les rues Grand-Pont à l’E., de la Comédie à l’O. et des Charrettes au N., fut construit en 1775, sur les dessins de François Guéroult, architecte de la ville de Rouen. La salle, restaurée en 1859, peut contenir près de 2000 personnes. La façade est décorée d’un péristyle avec colonnes d’ordre ionique supportant un entablement sur lequel sont sculptés le médaillon do P. Corneille et les figures de Melpomène et de Thalie.

Le théâtre Français, dont la façade principale donne sur la place du Vieux- Marché, date de 1 793. La salle contient environ 1500 personnes.

Un troisième théâtre, celui des Foriélés, a été ouvert au mois de juin 1864, aussitôt après la mise en vigueur du décret sur la liberté des théâtres

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