‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 80 sur 499 · ROUTE 1] ROUEN. — COMMERCE ET INDUSTRIE · texte numérisé non relu

ROUTE 1] ROUEN. — COMMERCE ET INDUSTRIE

du coton occupaient près de 200 000 ouvriers, mais ce nombre est beaucoup moins considérable depuis la crise cotonnière dont les effets ont été si désastreux pour la population ouvrière de Rouen.

L’industrie cotonnière de Rouen comptait à l’Exposition universelle de 1855 , où elle a obtenu une grande médaille d’honneur, 800000 pièces d’impression, remarquables par la modicité de leur prix.

La filature et le lissage du lin constituent une véritable industrie indigène pour Rouen et ses environs. La culture, la préparation et le filage du lin occupent plus spécialement les habitants de la campagne et sont pour eux une source de prospérité ; aussi, le fermier réserve-t-il aux chènevières une bonne partie de ses terres, « non-seulement, dit le Dictionnaire du Commerce et de la Navigation, pour en faire une des principales branches de son exploitation , mais encore parce que l'intérêt plus vif de sa consommation personnelle appelle ici ses soins. Sur son chanvre et ses lins, comme sur ses céréales, il prélève une part pour sa maison. Puis, à l’automne, quand les récoltes sont en grange, il procède au rouissage, et, l’hiver venu, pendant les veillées, s’occupe du teillage, tandis que les femmes filent infatigablement. Le fil sortant du rouet passe enfin dans les mains du tisserand qui, moyennant une retenue fixée, tisse la toile pour chaque famille. Trois établissements de rouissage et de teillage par des procédés mécaniques fonctionnent dans la Seine-Inférieure. »

L'industrie des laines a pour centre Louviersou Elbeuf plutôt que Rouen, mais, dans cette dernière ville, se tient un marché aux laines très-important. La place a importé en 1859 environ 16 000 balles de laines, qu'elle a expédiées principalement dans le Nord. La fabrication d’indiennes consomme 1 million de pièces de calicots de 105 mèt. de longueur chacune. L’article rouennerie compte environ 1 90 fabricants, qui produisent par an 600000 pièces (tissage à la main), d’une valeur approximative de 40 millions; l'article dit campagne produit également 20 millions : ce qui porte la production annuelle de la rouennerie à 80 millions.

Rouen possède aussi : un atelier de filature de laine , ouvert sous la protection de l'Impératrice, pour les ouvriers des campagnes momentanément inoccupés; des ateliers de construction de machines industrielles et d’outillage mécanique supérieur; un vaste établissement fondé sur

les bords de la Seine, en 1860, connu sous le nom de forges et laminoirs rouennais,et produisant depuis les plus puissants appareils de locomotion jusqu'à la simple clouterie; 2 usines à gaz ; 1 fabrique pour la fonte; des chantiers de construction de navires renommés pour la solidité de leur structure et l'élégance de leurs formes ; des teintureries fournissant toutes les teintes, sans exception, avec des résultats excellents; des établissements d’apprêts d'étoffes, où l'on applique le gommage, le cylindrage, etc. ; des établissements financiers et commerciaux parmi lesquels figurent, en première ligne, la succursale de la Banque de France et le Comptoir d’escompte ; une Chambre de commerce, une Chambre consultative d'agriculture ; un Conseil de prud'hommes; un Tribunal maritime commercial. La plupart des puissances étrangères sont représentées à Rouen par des consuls ou des vice-consuls.

Promenades extérieures et excursions.

Les omnibus ( les Bouennaises) desservent:— Sotteville (3 kil.; départs de la place des Arts, toutes les heures, de 9 h. du mat. à 9 h. du soir); — Blossevillc- Bon-secours (5 kil.; départs à 8 h., 9 h., il h. du mat., I h., 3 h., 5 h., 9 h. du soir: le dimanche, départs supplémentaires;^ h. 39 min. du matin, midi 30 min., 2 h., 4 h. et 7 h. du soir); — JUesnil-Esnaril (a kil.; départs à 9 h. et 11 h. du mat., 3 h., 5 h. et 9 h. du soir: les dim. et jours de fête, départ supplémentaire à 7 h. du soir);— Bapeaume (départs à 8 h. du mat., 12 h. 30 min. et 5 h. 30 min. du soir: départ supplémentaire à 9 h. du soir, les dimanches et fêtes); — Pissy-Boumare, Malzaise (départs de la place des Arts les dimanches et fêtes à 8 h. du matin et 5 h. du soir; les lundis et jeudis, à 7 h. du matin et 5 h. du soir) ; — Boixguil tourne (4 kil.; départs de la place des Àrtsàll h. 45 min. du matin, 2 h. 5 min. du soir: départ supplémentaire les dimanches et jeudis à 8 h. 30 min. du soir); — ürand- Querilly (6 kil.; départs à midi et 6 h. du soir : départ supplémentaire à 9 h. du soir, les dim. et fêtes); — Petit-Quevilly (7 kil.; départs à 10 h. du matin et à 4 h. du soir); — Malaunay (6 kil.; départs de la place des Arts à 10 h. du matin et à midi , 3 h. la min. et 6 h. du soir et à minuit); — Épreville-Martainville (12 kil.) (1 départ tous les jours, excepté les mardis et vendredis) ; — By (20 kil. ; départs tous les samedis à T h. du matin); —

Dudair (30 kil.; éparts tons les mardis à 7 fa. du matin).

Bateaux à vapeur de Rouen pour la Bouille et Elbeuf. — Départs pour la Bouille (#o c.), le mardi, le mercredi, le vendredi et le samedi, à 6 b. et à 10 h. t/2 du mat. et à 4 h. 1/2 du soir; les lundis, jeudis, dimanches et fêtes, départs supplémentaires à 6 h. , 8 h. , to h. 1/2 du matin, il h. 1/2 et 4 h. 1/2 du soir.

Départs pour Elbeuf à 7 h. et 10 h. du mat., & 2 h., 4 h. 1/4, 6 h. 3/4 du soir pendant la semaine; à 6 b.,7 h-, 10 h., 10 h. 3/4 du matin; 1 h., 2 h., 4 b. t/4, S h. 3/4, 6 h. 3/4 du soir, les dimanches et jours de fête.

Les bateaux de Rouen à Elbeuf correspondent avec la voiture d'Elbeuf à Bemay. .

Bateaux pour le Havre , un départ tous les deux jours, du t«r juin au 30 septembre.

Voiture pour Amiens par Forges-les- Eaujc : départ, tous les soirs à 4 h. 1/2, de la rue du Bec.

Les environs de Rouen offrent de charmantes promenades que l’on peut faire à pied, en voiture ou en bateau à vapeur. Nous indiquerons ici les principales.

Sotteville (3 kil.), commune de 8990 hab. , n’est, pour ainsi dire, que la prolongation du faubourg Saint- Sever, mais elle prend chaque jour de nouveaux développements; c’est une vaste agglomération de fabriques et d'usines qui s’éparpillent dans la plaine, et dont les hautes cheminées, qui se dressent de toute part du milieu des arbres, donnent au paysage un aspect original et pittoresque. V église vient d’être reconstruite. La nef de l’ancienne église remontait à la deuxième période ogivale; elle avait été consacrée au xw* s. par l’archevêque Odon-Rigaud.

Les ateliers de construction de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, établis à Sotteville, y occupent un grand nombre d’ouvriers. Sotteville est aujourd’hui renommé pour ses crèmes.

La Chapelle de Blosseville-Bonsecours (3 kil. 1/4) est un but de promenade très-recommandé. Pour y

aller il faut suivre l’avenue Saint- Paul, prendre la route de Paris, la quitter à 3 kil. environ de Rouen et monter à g. sur l’une des collines qui dominent la rive dr.de la Seine.

Là, s’élevait jadis une chapelle consacrée à la Vierge et datant d’une époque très-reculée, puisqu’un cartulaire constate qu’elle fut donnée, en 1205, aux religieux du prieuré de Saint- Lô, par Gautier, dit le Magnifique, archevêque de Rouen. Cette chapelle recevait tous les jours la visite de nombreux pèlerins qui venaient implorer la protection de la Vierge; aussi ses murs étaient- ils couverts d’une immeuse quantité d’exro/o, tels que : tableaux, images, statuettes, modèles de barques ou de petits vaisseaux qui témoignaient plus de la piété des pèlerins que de leur goût. Mais ce modeste édifice, menaçant ruine, et devenu insuffisant pour l’affluence des pèlerins et des fidèles de la paroisse, a été remplacé, grâce au zèle du curé actuel de Blosseville- Bonsecours, M. l’abbé Godefroy, qui a su réunir les fonds nécessaires, par une église, construite dans le style ogival du xm* s., sur les dessins d’un architecte d’un grand mérite, M. Barthélemy, de Rouen. Commencée en 1840, consacrée le 15 août 1842, cette église se fait remarquer par l’élégance de ses formes, l’heureuse harmonie de ses lignes et la sage distribution des ornements. Toute la construction est en pierre de taille du plus beau choix. La façade. principale, un peu lourde et écrasée dans sa partie inférieure, offre un portail composé de trois entrées, décorées de sculptures qui ont été exécutées par M. Jean Duseigneur, de Paris.

Au centre, s’élève une tour (50 mèt.

de hauteur) accompagnée de deux tourelles qui renferment les escaliers ; elle est composée d’un corps carré et d’une flèche couronnée d'une croix et entourée à sa tese de quatre pyramides à jour. Du perron (3. marches en pierre) qui donne entrée dans l’église,

[ROüTE 1] ROUEN. — CHAPELLE DE BON-SECOURS.

cm découvre une très-belle vue sur la Seine qui coule à 150 mèl. au-dessous et serpente dans un immense bassin fermé au midi et au nord par une chaîne de collines formant un hémicycle de près de 20 kiL de rayon dont l’église occupe le centre.

L’intérieur offre une nef principale et deux bas côtés, a Vingt colonnes, dit M. Godefroy dans une brochure qu’il a publiée sur son église , accompagnées chacune de quatre colonnettas engagées d’un tiers dans le fût principal, soutiennent une voûte en pierre. Couronnées de chapiteaux richement sculptés, ces colonnes permettent à l’œil de pénétrer aisément dans toutes les parties de l’édifice; la voûte , coupée symétriquement par des nervures, est ornée, à leur intersection, de roses sculptées d’un dessin varié. Le chœur, composé de trois travées et fermé d’une grille, est garni de deux rangs de stalles. Le sanctuaire, à cinq pans, élevé de trois marches au-dessus du chœur, est orné de quinze ogives ménagées en partie dans l’épaisseur du mur et surmontées chacune d’un pignon ; elles sont décoréesde peintures qui rehaussent l’éclat du sanctuaire et en font la partie la plus apparente de l’édifice par ses ornements. Oii a cherché à reproduire dans ces peintures ce qui a trait au sacrement de l’Eucharistie, soit dans l’Ancien, soit dans le Nouveau Testament.

« Le maître-autel est richement sculpté; le retable, composé d’ogives avec pignons qu’encadrent 8 reliquaires, est terminé à chaque extrémité par une pyramide à jour. Au centre, le tabernacle est dominé par un dais orné destiné à l’exposition du saint sacrement.

« Les fenêtres sont géminées; l’édifice en compte 29 sur chaque face. »

Ces 58 ouvertures sont ornées de verrières peintes fabriquées à Choisyle-Roy et dessinées par l’abbé Martin. La longueur de l’église est de A4 mèt. et sa largeur de 17 mèt. »

Des plaques en marbre, placées contre les murs, au-dessous des vitraux, rappellent les guérisons ou les faveurs obtenues par l’intercession de Notre- Dame de Bon -Secours. Nous avons copié la suivante ;

« Au mois de mal 1820, une famille entière fit un vœu pour obtenir une faveur d’un ministre du roi ; elle fut exaucée par l'intercession de Notre-Dame de Bon- Secours, le 18 septembre même année :

grâce lui soit rendue. »

Au-dessous, et en avant de Blosseville-Bonsecours, se dresse la Côte Sainte-Cathennef à laquelle on peut se rendre, soit par les plateaux, soit par la route de Paris, dite d’en haut, soit par un sentier voisin du cimetière du Mont-Gargan, soit enfin par les Pctites-Eaux-Martaintille au N. Ce dernier chemin offre de jolis paysages sur les rives de l’Aubette. Quand on est parvenu au pied de la montagne on s’engage dans un sentier qui serpente à travers le petit bois de Bagnières. Le Mont-Sainte-Catherine , roche crayeuse et escarpée, domine tout à la fois les vallées de Saint-Hilaire et de Darnétal et la vallée de la Seine. Du sommet (130 mèt.), on découvre un magnifique panorama.

Au moyen âge, une abbaye et une forteresse y avaient été construites; mais aujourd’hui on ne voit plus de trace de la première et il ne reste que quelques débris de la seconde. Cette forteresse brava pourtant plusieurs fois les assauts d’Henri IV, qui ne s’en rendit maître que par la famine.

Darnétal (4 kil. de Rouen, omnibus, place des Arts, V. p. 73), V. de 6203 hab. , est bâtie dans une charmante situation, au fond d’une vallée étroite, bordée de fabriques et de riches habitations , traversée dans toute sa longueur par la rivière de Robec, et, dans une partie de sa largeur, par celle de l’Aubette qui y alimentent un grand nombre d’usines.

Dans la partie la plus élevée de la ville, on remarque Y église de I.nng-

Paon, assez belle construction de la fin du xv' s., qui a été l’objet d’importantes restaurations sous l’habile direction de M. L. Desmarets, architecte en chef du département. Les travaux exécutés consistent principalement dans la réédification et le prolongement de l’abside, le rétablissement en bois des voûtes décorées de peintures « qui les font ressembler aux enluminures sévères de certains manuscrits ou au cuir basané qui décorait les grandes salles de nos vieux manoirs féodaux. » L’édifice a été gratté complètement et les baies de ses nombreuses croisées ont reçu des verrières entièrement neuves. A l’extrémité opposée de la ville s'élève la tour de Camille, de forme carrée et du style gothique, dont Henri IV fit, dit-on, un poste d’observation quand il assiégea le fort de la Ligue.

Darnétal possède de nombreuses fabriques de draps et d’étoffes de laine, des filatures et des teintureries en rouge des Indes occupant environ 1600 ouvriers.

Cette petite ville est la première station du chemin de fer de Rouen à Amiens; la gare se trouve située sur le versant g. de la vallée.

On peut gravir, en une demi-heure, la côte de Saint-Jacques qui domine Darnétal à l’O. et au haut de laquelle est bâti le village de Saint- Jacquessur-Darnétal (1238 liab.), dont l’église a été récemment construite dans le style roman par M. Barthélemy, architecte diocésain. Cette église se compose d’une nef, de deux bas côtés, d’un transsept et d’une abside remarquables par leur élégance et leur hardiesse. La brique et le moellon y sont habilement combinés avec la pierre. L’ameublement intérieur, en bois de chêne, parfaitement exécuté, et la croix du cimetière, qui paraît dater de la fin du xvi* s., sont dignesd’attention. — L’ancienne église de Saint-Jacques a été iransformée en une maison d'école

communale présentant à l’intérieur un aménagement excellent.

Le château de Saint-Jacques possède un joli petit oratoire orné de vitraux peints représentant la légende de sainte Honorine. Le parc, dessiné avec goût, est ombragé par de magnifiques arbres.

Une route, partant de Darnétal et décrivant un arc de cercle à l’E. et au N. de Rouen, avant de croiser le chemin de fer de Rouen au Havre, conduit à (4 kil. de Darnétal, 4 kil. de Rouen) Boisguillaume, v. de 3120 hab., situé sur une hauteur qui fait face à celle de Sainte-Catherine et offre, comme cette dernière, de magnifiques points de vue. On y remarque de nombreuses villas et quelques restes de l’antique futaie du duc Guillaume.

Le Boisguillaume est contigu au Mont- Saint-Aignan, v. de 2848 hab. qui tire son iiom de la montagne sur laquelle il est bâti. Sur le territoire de la commune de Boisguillaume, en partie couvert d’arbres , se trouve le v. du Mont-aux-Malades, bâti au sommet d’une colline d’où l’on découvre une très - belle vue sur Rouen et sur les rives de la Seine. En 1175, Henri Plantagenet fonda, sur le Montaux-Malades, l’église prieurale de Saint-Thomas-le-Martyr. Cette église, devenue paroissiale , renferme une curieuse pierre tombale du xm* s.

qui recouvrait autrefois les restes d’une grande dame du temps de saint Louis, et que l’on voit maintenant devant la chaire, dans la principale allée de l'église. « On remarquera, dit M. de Caumont, le voile et la coiffure qui étaient en usage à la fin du xm* et du xiv' s., et le vêtement boutonné sur la poitrine et à manches justes, que Ion appelait cotte-hardie , par-dessus lequel est une espèce de surcot plissé sur les épaules. »

Une dalle semblable, dont il ne reste pas de trace, recouvrait les restes de son époux, inhumé à côté d’elle.

[route 1] rouen. — promenades extérieures. 77

A la commune du Mont-Saint-Aignan succède, à g., celle de Déville (5 kil. de Rouen, 3925 liab.), traversée par le chemin de fer du Havre et bordant au N. la forêt de Roumare.

Les archevêques de Rouen y avaient primitivement une maison de campagne, et une mare, voisine de l’église, porte encore le nom de saint Romain, archevêque de Rouen au vnc s. On y chercherait vainement aujourd’hui des traces de cette maison de plaisance, mais on y voit des usines, des manufactures d’indiennes et plusieurs filatures.

C’est à Déville que Voltaire a écrit , en 1731, la Mort de César, dont il avait esquissé le premier acte à Rouen, rue Ganterie, 70.

La forêt de Roumare, qui appartient à l'État, a une contenance de 4047 hectares. Elle couvre le plateau de la rive dr. de la Seine, de Canteleu au Val de la Haye , et s'étend au N., sur les communes de Montigny, Quévillon et de la Vaupalière.

Cette forêt est admirablement percée ; de grandes et belles routes la sillonnent dans tous les sens, et la grande quantité de cerfs qu’elle recèle permet d’y faire de magnifiques chasses à courre.

Quand on veut faire des promenades dans la forêt de Roumare, il faut s’y rendre par le bateau de la Bouille, en se faisant arrêter à une des stations de la rive dr. (Dieppedalle, Biessard ou le Val de la Haye). On peut revenir par la même voie ou par Canteleu.

La forêt Verte contient 1421 hectares; elle est située sur la commune d’Houppeville (canton de Maromme).

Elle appartenait autrefois à l’abbaye de Saint-Ouen, de Rouen; elle fait aujourd’hui partie du domaine de l’État depuis la Révolution.

Elle n’a de remarquable que quelques beaux massifs de futaie, mais, par sa proximité de Rouen (4 kil.), elle offre aux habitants de cette ville de très-agréables promenades.

La commune de Canteleu (3490 hab.,7 kil. de Rouen), attenante àcelle de Déville, occupe le sommet d’une colline d’où l’on découvre une des vues les plus étendues, les plus variées et les plus pittoresques des environs de Rouen. 11 faut y aller surtout le soir, quand le soleil couchant dore les coteaux de Sainte-Catherine et de Blosseville-Bonsecours. Le vaste et beau château, bâti par Mansart, renferme : des moulages des statues les plus renommées; une collection de gravures d’après les grands maîtres; deux intéressants chapiteaux provenant du cloître de Boscherville-l’Abbaye, et une crosse en plomb, découverte dans le cercueil d’un abbé de Jumiéges. 11 appartient aujourd'hui à M. le baron Élie Lefebure. Du parc, où se voient des débris de fortifications servant de base à un belvédère, l'œil embrasse toute la péninsule formée par les contours de la Seine, entre Elbeuf et la Bouille, avec les nombreux villages de la rive g. du fleuve. Plus près, se montrent la côte de Bonsecours et les grandes roches blanches qui terminent la montagne Sainte-Catherine, la vallée dans laquelle se cache Darnétal, la côte Beauvoisine, les hauteurs du Mont-aux-Malades, et enfin, la ville de Rouen avec sa forêt de flèches et de dômes.

L'église de Canteleu, qui occupe une situation pittoresque, est construite dans le style du xv* s. Des débris d'une litre armoriée ceignent encore l’extérieur de la nef, et, dans la base de la tour a été pratiqué un porche gothique.

La Bouille. L’excursion très-recommandée de la Bouille est décrite dans la route 42. — On peut descendre la Seine jusqu’à la Bouille, gagner la station de la Londe par la forêt de ce nom, se rendre à Elbeuf par le chemin de fer de Serquigny à Rouen (R. 59) et revenir d’Elbeuf à Rouen, soit par le chemin de 1er, soit par le bateau à vapeur.

LE PARIS AU HAVRE

Pour Duelair, Jumiéges et Lillebonne, V. R. 42.

De Rouen au Havre par le chemin de fer, R. 2 ; — par la Seine, R. 42 ; — par la route de terre, R. 43 ; —à Amiens, R. 31 ;

— àGisors, R. 27; — à Gournay, R. 30;

— à Forges-lee-Eaux, R. 32; — à Neufchàtel, R. 33 ; — à Serquigny, R. 59 ; — à Elbeuf, R. 59; — à Honfleur, R. 44; — à Étretat, R. 2 et 3; — à Fécamp, R. 2 et 6;

— à Yport, R. 2 et 7 ; — à Saint-Valeryen-Caux, R. 2 et 9 ; — à Veulettes et à Veules, R. 2, lo et il; — à Dieppe, R. 13.

DE PARIS Ail HAVRE. '

228 kil. — Chemin de fer. — Trajet en 4 h. 45 min. et 5 h. par les trains express ; 7 h. 3o min. et 7 h. 4omin. parles trains omnibus. — ir* cl. 25 fr. 55 c. ; 2e cl. 19 fr. 15 c.; 3* cl. 14 fr. 15 c.

140 kil. de Paris à Rouen (R. 1).

DE ROUEN AU HAVRE

88 ldi. — Chemin de fer. — Trajet en 1 h. 50 min. et 2 h. 30 min. par les trains express; en 3 h. 20 min. et 3 h. 30 min. parles trains omnibus. — lr“ cl. lo fr. 30 c.; 2» cl. 7 fr. 75 c.; 3* cl. 5 fr. 65 c.

En quittant la station de la rue Verte, la voie ferrée s’engage dans un tunnel de 1134 mèt., et, passant sous les faubourgs Bouvreuil et Cauchoise et sous le cimetière de Saint- Gervais, sort en tranchée ouverte au pied de la côte du Mont-aux-Malades qu’il longe jusqu’au village de Déville (R. 1). Ce parcours (10 kil.) a occasionné une dépense de 10 millions.

On découvre à g. une belle' vue sur Rouen et la vallée de la Seine.

Au sortir d’un tunnel (30 mèt.), précédé et suivi d’une tranchée, on domine , à mi-côte, la jolie vallée du Cailly, couverte de maisons, d’usines et de fabriques qui forment un village continu.

145 kil. Maromme, ch.-l. de c. , de 3101 hab. , situé à g. du chemin de fer, dans la vallée et sur la rive |

[Route 2]

dr. du Cailly qui y alimente un grand nombre d’usines. Les bois des coteaux qui dominent Maromme au S. O. font partie de la forêt de Roumare, et au N. s’étend la forêt Verte (p. 77) dont le chemin de fer traverse la lisière O. L’église de Maromme, récemment construite, sous la direction de M. Barthélemy, architecte diocésain , est un joli édifice en briques et en pierre, bien proportionné, d’un appareil soigné et dans le style le plus pur du tin» s.

Le clocher se termine par une gracieuse flèche de pierre que l’on aperçoit de loin. — Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff, est né à Maromme (6 nov. 1794), dans une maison de modeste apparence, habitée par une humble famille de cultivateurs et dont le mur porte actuellement une plaque de marbre avec une inscription commémorative.

Au delà de Maromme la voie ferrée continue de longer, à une assez grande hauteur, la jolie vallée du Cailly, tapissée de prairies, dont le gazon est presque continuellement recouvert de pièces de coton et d’indienne exposées au soleil pour sécher. On laisse à g. Notre- Dame-de- ftonderille (2751 hab.) sur la rive g. de la Clères-et- Cailly. Ce village, entouré de prairies aujourd’hui couvertes de maisons, d’ateliers et de manufactures, possédait autrefois un prieuré' de femmes de l’ordre de Ctteaux, fondé vers 1140 par Richard de Rouvres et Mathilde, son épouse. 11 ne reste presque plus rien de cet ancien couvent transformé en fabrique. La vieille enceinte claustrale se reconnaît pourtant encore à des débris de murs disposés en carré et tapissés de lierre.

149 kil. Malatinay, v. de 1915 hab., situé sur le Cailly et sur la route de terre de Rouen à Dieppe. On y remarque des filatures de coton, des papeteries hydrauliques et divers autres établissements industriels.

De Malaunay à Dieppe (R 13).

[ROUTE 2] MAROMME. — MALAUNAY. — BARENTIN* 79

Au sortir d’une petite tranchée qui succède à la station de Malaunay, le chemin de fer franchit la vallée du Cailly sur un viaduc de 70 met. de longueur et de 29 met. d’élévation, composé de 8 arches de 15 met.

d’ouverture. Du haut de ce viaduc, on découvre de charmants points de vue sur la vallée, en aval et en amont; puis, au delà d’un remblai élevé, on laisse à dr. l’embranchement de la ligne de Dieppe (R. 13).

Une tranchée et un court tunnel précèdent une deuxième tranchée, dont les parois n’ont pas moins de 35 mèt.

de hauteur, et à laquelle succède le tunnel de Notre-Dame-des-Champs long de 2200 mèt., orné à son entrée et à sa sortie d’un couronnement de pierres de taille, façonné en mâchicoulis. Une suite de terrassements, de 4 kil. environ, succède à ce tunnel. On aperçoit tour à tour divers hameaux dépendants de la commune de Pissy-Poville (702 hab.), située sur une hauteur, à g. de la voie ferrée.

Sur le territoire de cette commune, s’élevait autrefois une villa romaine, qui devait avoir une grande importance, à en juger par les débris trouvés sur son emplacement. On entre ensuite dans une jolie vallée arrosée par la petite rivière d’Austreberte que l’on traverse sur un viaduc de 500 mèt. de longueur, composé de 27 arches en plein cintre , de 15 mèt.

d’ouverture, élevées de 33 mèt. audessus de la vallée : c’est le viaduc de Barentin. Le premier viaduc jeté sur la vallée de Sainte-Austreberte s’étant écroulé, le 10 janvier 1846, peu de temps après son achèvement, fut reconstruit en moins de six mois, tel qu’il est aujourd’hui. Du haut du viaduc, on découvre de jolis points de vue sur la vallée de Sainte-Austreberte, l’une des plus fertiles de toute la Normandie.

157 kil. Barentin, v. de 3072 hab., situé à g. du chemin de fer, possède des usines, des filatures de lin et des fabriques de tissus de coton.

Une église romane, dont la façade principale est flanquée de 2 petites tours carrées d’un aspect peu gracieux, a été construite récemment à Barentin. Les deux grandes tours qui surmontent le transsept sont élégantes. L’intérieur de cette église n’était pas encore terminé en 1865, mais le chœur se faisait remarquer par ses belles proportions.

[Voit, de corresp. pour : (10 kil.) Duciair (R. 43) par (6 kil.) les Vieux, hameau dépendant de la commune de Saint-Paer (1143 hab. ) ; — (6 kil.) «ainte-Austreberthe (F. ci-dessous) et (3 kil.) Villers (396 hab.)]

De Barentin à Jumiéges par Duciair, R* 36*

La voie ferrée, qui côtoie à dr. la jolie vallée de Sainte-Austreberthe, commence à monter une rampe de 5 millim. par mètre qui se prolonge jusqu’à la station de Motteville.

159 kil. Pavilly (omnibus, 30 c.), ch.-l. de cant., de 3207 hab., sur la rivière de Sainte-Austreberthe, offre de charmants paysages avec ses moulins, ses fabriques, ses routes sinueuses, ses élégantes maisons aux toitures d’ardoise, ses pavillons, ses vieux arbres, ses jardins et ses prairies à travers lesquelles serpente la petite rivière. En 1850, les travaux nécessités par l’établissement de conduits à gaz firent découvrir, devant le portail de l’église paroissiale, trois cercueils de pierre de l’époque franque. La modeste église de Pavilly, dont quelques parties remontent aux xn* et xin* s., renferme, entre autres curiosités, lé tombeau de Catherine de Dreux, femme du sénéchal de Brézé. — Le château à tourelles des anciens comtes d’Esneval (xxu* s.) sert aujourd’hui de fabrique.

Vers 662 ou 664, saint Philibert de Jumiéges fonda, à Pavilly, un monastère de femmes; ce monastère, détruit par les Normands au ix” s., lut remplacé en 1090 par une abbaye qui subsista jusqu’en 1717, et dont il

reste encore l’église prieurale, devenue église paroissiale.

[Voit, de corresp. pour : (4 kil.) Sainte - Austreberthe, v. de 504 hab., près de l’église duquel jaillit une fontaine vénérée des pèlerins et portant le nom de sainte Austreberthe , qui fut abbesse de Pavilly, au vu' s.]

La vallée (le Sainte-Autreberthe disparaît aux regards. Le tunnel de F lamantille (165 mèt. de longueur), précédé et suivi d’une courte tranchée, débouche sur un plateau accidenté , tour à tour cultivé et boisé.,

nOkil.Motteville, v. de 613 hab., situé dans cette partie de la Normandie qui s’appelait autrefois le Vexin- Normand et qui est limitrophe du pays de Caux. A g. de la station s’ouvre une belle avenue d’arbres verts précédée d’une grille et aboutissant à un château entouré d’un vaste parc scindé par le chemin de fer. Ce beau château , construit sous le règne d’Henri IV, dans le style Médicis, est aujourd’hui la propriété de M. de Germiny. Un souvenir littéraire s’y rattache, car Françoise Bertbault a publié, sous le nom de comtesse de Motteville,des anecdotes et des détails fort curieux sur le règne et sur la personne d’Anne d’Autriche.

L’église actuelle a -remplacé une construction rurale du xiu' s., dont l’architecte a conservé le chœur et quelques colonnes du temps de Philippe Auguste ou de saint Louis. Le portail est un curieux spécimen de l’architecture devenue â la mode sous Richelieu, « La porte , dit M. l’abbé Cochet, est un élégant linteau de pierre, soutenu par des pilastres ioniques décorés d’oves et de moulures; au-dessus sont une rose et quatre écussons sculptés, représentant, sans doute, les armes des fondateurs. » Cette façade, récemment remise à neuf par les soins de M. de Germiny, est surmontée de deux tours carrées trop écrasées et terminées par des flèches quadrangulaires de mauvais goût. On

[Route 2]

remarque à l’intérieur : les lambris du sanctuaire; le maltre-autel en chêne; un élégant porte-Christ et deux jolis petits autels en chêne, au haut de la nef. Dans le cimetière, se voient un if planté depuis plusieurs siècles et les tombes, en marbre noir, de la famille de Germiny. Le hameau de Bois-Guilbert possède une motte considérable, entourée de fossés profonds et au milieu de laquelle est un puits maçonné.

[Voit, de corresp. pour : (30 kil.) Saint-Valery-en-Caux (R. 9), par (12 kil.) Doudeville (R. 9); et (20 kil.) Sainte-Colombe (R. 9) ; (32 kil.) Veules (R. 1 1) ; — par : (6 kil.) Yerville (R. 1 1) ; (1 6 kil.) Saint-Laurent (R. 1 1 ) ; (24 kil.) Fontaine-le-Dun (R. 11).]

De Motteville à Saint-Valery-en-Caux, R. 9 ; — à Veules, R. 11 .

La voie ferrée , courant sur un plateau parsemé de champs et d’arbres fruitiers, laisse à g. Flamanville (454 hab.), et à dr. Ectot-lès-Baons, village de 535 hab.

178 kil. Yvetot ( omnibus , 20 c.); hôtels : des Victoires (bon et propre) ; — du Chemin-de-Fer ; — du Liond’Or; — Poulingue, loueur de voitures, établissement important), V. de 8921 hab., située sur la g., à 1 kil. de la station, dans une plaine fertile mais dépourvue de cours d’eau. Si la ville est peu intéressante par elle-même , on peut la prendre pour point de départ d’agréables excursions à Allouville, à Caudebec , à Bolbec , à Lillebonne, etc.

Les originesde la ville d’Yvetot noussont peu connues ; d’après les chroniqueurs, sa royauté fut créée dans les circonstances suivantes -. Gauthier, seigneur d’Yvetot, chambellan de Clotaire i«, ayant encouru, on ignore pour quelle raison, la disgrâce de son maître, s’en alla guerroyer dans les pays étrangers. Après dix ans d’absence, il revint à la cour muni de lettres de recommandation que le pape lui avait données pour son roi. Il se jeta aux pieds de Clotaire pendant que celui-ci faisait ses dévotions à l’église, 1»

DE PARIS AU HAVRE

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