ROUTE 2] YVETOT. — HISTOIRE ET MONUMENTS
vendredi saint de l’année 536. Le roi, à sa vue, fut saisi d’une violente fureur, et, sans être arrêté par la solennité du jour ni par la sainteté du lieu, il tira son épée et le tua. Le pape, indigné de ce meurtre, menaça Clotaire d’excommunication. Le roi, pour arrêter les foudres de l’Église, érigea la terre d’Yvetot en royaume, en faveur des héritiers de son ancien chambellan.
Cette royauté d’Yvetot que la chanson de Béranger:
« Il était un roi d'Yvetot Peu connu dans l’histoire, » etc.,
a rendue si populaire, est au moins trèscontestable , bien qu’elle soit en quelque sorte consacrée par l’autorité de l’usage.
« En l’absence de toute explication raisonnable, dit Aristide Guilbert ( Villes de France), nous nous dispenserons d’exposer les dires contradictoires des savants sur l’origine du royaume d’Yvetot. On saii seulement, avec quelque certitude, que ce fief se composait de plusieurs terres; que la principale, celle d’Yvetot, était positivement franche de toute servitude longtemps avant l’année 1370; et que les autres se trouvèrent également affranchies soit par l’usage, soit par quelque transaction ignorée aujourd'hui. Selon l’abbé Vertot, ce serait entre 1370 et 1392 qu’il faudrait placer l'origine du royaume d’Yvetot. Mais on ne saurait admettre comme valables les motifs que cet auteur donne à l’appui de son opinion. » Bornons-nous donc à résumer les quelques événements historiques dont cette ville a été le théâtre.
A part son occupation par Henri V, après la descente des Anglais à Touques, et sa reprise par les troupes de Charles VII, la ville d'Yvetot eut peu à souffrir de la lutte de l'Angleterre et de la France, si fatale à la plupart des villes normandes. Mais elle fut, en 1592, du 28 avril au 8 mai, cruellement éprouvée par les guerres de religion. Les Ligueurs, sous les ordres du duc de Parme, culbutés dans une première rencontre par les troupes d’Henri IV, s’étaient retranchés dans Yvetot et les environs; le Béarnais les y assiégea, et, après un vigoureux assaut, les mit en pleine déroute. Quelques historiens racontent qu'avant d'engager une action décisive, Henri IV s’était écrié avec sa gaieté gasconne : « Si je perds le royaume de France, je suis assuré d'avoir au moins celui d’Yvetot. » Tout le monde connaît le anot du même prince, lors du couronnement de Marie de Médicis : « Je veux
que l’on donne une place honorable à mon petit roi d’Yvetot, suivant ses qualités et le rang qu’il doit avoir.’ »
La fondation d'un monastère de l’ordre de CIteaux, en 1657; un violent incendie qui dévora une partie de la ville, en 1658; la construction d’une halle aux grains près de l'ancien château (1786); deux visites de Napoléon I*r, en 1803 et 1810: tels sont les seuls faits que puisse enregistrer l’histoire d'Yvetot, du xvn* au xixe s.
Yvetot est aujourd’hui le siège d'une sous-préfecture , d’un tribunal de première instance, d’un tribunal de commerce et d'une chambre consultative des manufactures.
I.’ église paroissiale, bâtie en briques et achevée en 1771, — l’une des plus laides églises de la France, — ne mériterait même pas une mention sans sa jolie chaire en bois (1786), sculptée avec beaucoup d’art par M. Pottier, de Rouen. Un des bas-reliefs représente Jean l’évangéliste écrivant; le couronnement est supporté par deux palmiers. La sacristie renferme de belles armoires provenant de l’ancienne abbaye de Sainl-Wandrille.
Là chapelle du séminaire, imitation du style gothique de la fin du xnr s. , lut commencée en 1839 et terminée en 1845. L’architecture extérieure est nue et sévère; à l’intérieur, les clefs de voûte ressemblent à des couronnes de feuillage ou à des corbeilles de fleurs. On conserve, dans la sacristie, un magnifique ostensoir gothique, en cuivre, admirablement découpé dans le style du xv* s.
L’hospice, situé sur la route du Havre (:\ droite), dans le faubourg, fut terminé en 1841; c’est un petit bâtiment en briques dont la balustrade d’entrée offre, gravé en lettres d’or, le nom de son fondateur ; dsselin, qui légua à la ville plusieurs immeubles, à la condition que le produit de la vente serait consacré à la fondation d’un asile pour les infirmes et les vieillards indigents. La chapelle, commencée en 1845, a été construis dans le style de la fin du xiu* s. l.’appareil est en silex gris, alterné de
FR. NORMANDIE
DE PARIS AU HAVRE
briques blanches. On y remarque : les verrières qui ornent le fond de l'édifice ; les clefs de voûte très-élégamment fouillées ; le rang de trèfles qui décore le sanctuaire et le couronnement des chapiteaux.
Installées à Yvetot, en 1829, dans une ancienne fabrique du Champ de Mars, les Dames- Blanches (de la congrégation de Picpus) ont fait construire, en 1849, une chapelle dans le style du xvi* s.
Le tribunal de première instance et la maison d’arrêt occupent les restes ou l’emplacement d’un ancien couvent de Bernardines, fondé, vers 1660, pour l’éducation des jeunes personnes de famille noble d’ Yvetot.
Des filatures, établies à Yvetot sous le règne de Napoléon I", des fabriques de toile, de coton, de calicots, de toiles flammées, de hasins, de coutils et de siamoises, forment aujourd’hui la principale richesse de cette petite ville.
On peut faire aux environs d’Yvetot une agréable promenade entre Allouville et Caudebec. Cette promenade, appelée des Fonds, demande environ 2 h. On part par la route d’Allouville et l’on revient par celle de Caudebec, après- avoir parcouru un joli vallon boisé.
« Ce que l'on est convenu d’appeler le plateau du pays Caux, dit M. Alexandre Fromentin, se trouve borné au sud par les rives de la Seine, à l’est par les falaises blanchâtres que battent les flots de la Manche au Havre, à Étretat, à Fécamp, à Saint-Valéry, à Dieppe et au Tréport; au nord par la rivière de la Bresle, dont les eaux lavent, dans leurs cours sinueux, le pied des murs du château d’Eu, et à l'ouest par une ligne courbe qui, longeant l’ancien Vexin, vient aboutir non loin du castel de Pavilly.
« Les terrains de cette contrée sont généralement peu accidentés. Pourtant sa physionomie est loin d’étre sans charme. C’est une plaine immense sur laquelle sont plantées, autour de chaque ferme, de distance en distance , de très-hautes futaies, sorte de murailles de verdure qui ont la double mission d’abriter en été le labou-
reur des intolérables ardeurs du soleil, et de protéger le chaume de ses bâtiments aratoires contre l’impétuosité des ouragans d’automne.
« Quand le printemps vient semer ses bassinets jaunes, ses pâquerettes sur le gazon des prairies, et répandre une neige odorante sur la grosse tête crépue des poiriers et des pommiers qui s’alignent dans les champs , le voyageur le plus positif, que le hasard ou ses affaires amènent au milieu de ce rustique Eldorado, ne saurait demeurer insoucieux à l’aspect de la merveilleuse végétation qui l’entoure ; il sent qu’il se promène dans le jardin de la Normandie! Le pays de Caux mérite en effet ce titre; on pourrait, à la rigueur, dire aussi qu’il possède , sous le rapport de l’un de ses produits , quelque affinité avec le jardin des Hespérides. Admettre que la fameuse pomme de la déesse Discorde fût précisément une pomme de reinette, ce serait donner tête baissée dans un préjugé que la mythologie repousse; mais ce qu’il y a de certain, c’est que le paysan cauchois, très-friand de ce dernier fruit, est assez généralement doué d’un esprit enclin à la dispute et aux procès. Il est même douteux qu’il y ait en France une contrée où la chicane soit plus à la mode, et personne ne contestera que la manie de plaider ne soit, avec un reste d’antique superstition, le trait caractéristique des mœurs cauchoises. >■
[Corresp. pour : (12 kil.) Caudebecen-Caux (R. 37); et — (31 kil.) Veulettes (R. 10), par ; (4 kil.) Autretot (R. 10); (10 kil.) Saint-Denisd’Hèricourt (R. 10); (15 kil.). Le Hanouard (R. 10); (18 kil.). Grainville-la-Teinturière (R. 10) et (23 kil.) Cany (R. 8, A).'j
D’Yvetot â Caudebec, R. 37 ; — à Tancarvillc par Allouville et Lillebonne,R.3S; — à Saint- Valery-cn-Caux, R. a, B. — à Veulettes, R. 10.
Excursion à Allouville -Bellefosae.
La route d’Yvetot à (6 kil.) Alloaville-Bellefosse, v. de 1170 hab., traverse une plaine bien cultivée, mais un peu nue. L ’e'glise ogivale d’Allouville date en grande partie du xvic s.; c’est, en effet, à cette époque qu’il faut faire remonter les murailles de la nef, le chœur et le sanctuaire. La