‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 80 sur 114 · POMPEII · texte numérisé non relu

POMPEII

La fondation de cette ville est attribuée à Hercule , ainsi que celle d'Herculanum, dont elle est assez approchée. On ignore Tétymologie de sa dénomination ; mais on sait qu'elle fut habitée par les mêmes peuples qu'Herculanum, c'est-à-dire , lesOsques , les Etrusques , les Pélasgues, les Samnites , et les Romains. Les habitans d'Herculanum et Pompeïi prirent les armes dans la guerre sociale pour obtenir la qualité de citoyens romains. L'an 665 , P. Sylla y fonda une colonie , à la quelle il assigna le tiers du territoire de Pompeii^

La ville de Pompeïi était située près de la rivière Sarno , peu loin de la mer, sur laquelle elle avait un port magnifique , propre, au dire deXite Live et de Florus , à recevoir l'armée navale de P. Cornélius. La commodité de sa situation l'avait rendue le centre de tout le commerce de !Nola , Nocera, et Acerra, villes également célèbres de ce tems-là. Ce grand trafic qui s'y était introduit et la fertilité de son sol, la rendirent, comme disent Tacite et Sénèque, une des villes les plus peuplées de la Gampanie. Plusieurs illustres personnages romains y avoient des maisons de plaisance. Gicéron y posséda aus-

si la sienne, comme il l'annonce dans plusieurs de ses letires à Atticus.

Sous le consulat de Regulus et de Virginius,ran 63 de l'ère chrétienne, d'après Sënèque, la ville de Pompeïi fut trèsendommagëe par un fort tremblement de terre qui eut lieu le 5 février: mais elle aurait été répare'e, sans la terrible éruption du Vésuve de l'an 79, que nous venons de rapporter et qui la couvrit à l'impourvu d'une prodigieuse pluie de cendres et de pierres menues,

• Quoique tous les historiens s'accordent d'assurer que la ville de Pompeïi fut ensevelie en cette occasion , cela ne paraît pas vrai , car Suétone nous apprend que Titus usa de tous les moyens possibles pour réparer les dégâts ; et Dion nous dit, que ce même empereur envoya deux consuls dans la Campanie , qui établirent des colonies à Pompeïi et à Herculanum pour les repeupler. On peut donc conjecturer •qu'il n'y eut qu'une partie de ces malheureuses villes d'ensevelie dès le tems de Titus, tandis que l'autre qui restait, fut repeuplée et habitée jusqu'aux éruptions rpostérieures qui obligèrent tout le monde à s'éloigner de ces lieux* .

Les matières volcaniques qai couvrirei^t Herculanum , lors de l'éruption de

•^9 •> n^étalent composées que d'un déluge de cendres et de pierres embrasées et non de bitume liquéfié: autrement il eut été difficile delà déterrer. Ces matières s'étant ensuite mêlées avec les eaux bouillantes qui sortirent du Vésuve, elles se convertirent en un mortier très-dur et très-épais. Il n'en fut pas de même à Pompeïi : cette ville ne fut couverte que d'une pluie de cendres et de pierres , ce qui en rendit la découverte facile; d'autant plus qu'elle ne restait qu'à quelque pieds de la surface de la couche. Tous les édifices se trouvaient dans leur entier, les toits seulement en étaient affaisés , ce qui prouve que les matières de l'éruption ne tombèrent qu'en forme de pluie , et non comme des torrens sortant du Vésuve, qui auraient renversé les édifices , arraché les colonnes et brûlé les boiseries , le pain « les pois-chiches et autres matières combustibles , qui n'étaient que grillées lorsqu'elles furent déterrés. Les matières tombées sur Pompeïi étant sèches et déliés, n'endommagèrent que très-peu et conservèrent même les édifices et leurs ornemens, tels que les pavés de mosaïque, les peintures , les utensiles , et tout ce qui y existait*

Mais que devinrent les malheureux liabitaus? Dion nous dit qu'ils se trouvaient au tlidàtre au moment de la catastrophe, et qu'ils y furent ensevelis: une foide d'auteurs ont adopté cette opinion, sans considérer qu'elle est absolument contraire à la nature et à l'action des volcans , et particulièrement du Vésuve, dont les éruptions sont toujours précédées d'indices qui donnent le tems de se sauver. A peine a-t'On trouvé une soixantaine de squelettes dans toute la ville, et un seul dans le théâtre. Il ne faut pas supposer d'ailleurs que les habitans de Pompeii fussent assez stupéfaits , pour ne pas fuir aux approches d'un danger aussi imminent, en emportant ce qu'ils avaient de plus précieux^; et il est probable que ceux-là seulement périrent, qui furent dans l'impossibilité réelle de fuir, ou retenus par l'amour de leurs richesses et l'espoir de voir cesser tantôt le fléau.

Vers le milieu du dernier siècle, et dix-sept siècles après que la ville de Pompeii avait disparu par l'effet de l'évënement ci-dessus , on découvrit quelques traces de son existence, en faisant une plantation de vignes. Le roi Charles IIÏ., grand amateur des sciences et des beaux arts , en fit commencer les fouilles qui fu-«

4'cnî continuées après, et qu'on poursuit encore. '

Cette découverte dissipa le nuage obscur qui couvrait cette vénérable antiquité; les talens des nationaux se réveillèrent , rémulation de perrectionner les arts se fit sentir alors, et rappeila l'attention *\g?, voyageurs qui ne manquent jamais devoir la ville de Pompeii ♦ la seule ancienne qui soit restée exposée ainsi à leurs regards.

Quelle satisfaction n'éprouve-t-on pas à la vue de cette cité, en se promenant dans ses rues , en visitant les temples , les théâtres, et en entrant dans les maisons oii habitaient, il y a dix-huit siècles , les hommes les plus illustres? A^otre esprit s'élève, et nos idées s'agrandissent à ce spectacle curieux, qui deviendra bien plus merveilleux encore, lorsque la ville sera entièrement découverte.

Les matières qui couvraient Pompeïi n'avaient que quelques pieds de hauteur , et il n'y avait point de village de bâti par-dessus comme à Herculanunj ; ce n'était que des vignes, que le roi put acheter, pour y ordonner des fouilles.

En y procédant on a observé que les cendres volcaniques, dont les maisons de Pompeïi étaient couvertes , ne se trou-

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Valent pas toutes également placées dans leur ordre naturel, c'est-à-dire, de la manière dont elles avaient été vomies par le Vésuve, et comme on les voyait dans les autres parties de la ville ^ mais les couches étaient en quelques endroits remuées et bouleversées , ce qui fait croire qu'après l'éruption de Tannée 79 , les malheureux habitans, cherchèrent à découvrir leurs maisons pour recouvrer ce qu'ils y avaient laissé encore de précieux; comme firent les habitans de la Torre del Greco ^ après l'éruption de 1794* Ceuxci cependant n'eurent pas des cendres à fouiller, mais ils durent percer à coups de marteau des masses énormes de lase plus dures que la pierre.

Pour satisfaire en quelque sorte II la curiosité des savans voyageurs , nous rapporterons ici tout ce qu'on a observé jusqu'à-présent de plus important dans cette ancienne ville.

Sur le penchant de la colline qui est assez près de Pompeïi , vers le Vésuve, il y avait un faux-bourg, ou village nommé Pagus Àiigusto-Fellx , composé de plusieurs batimens, et entr'autres de la maison de l'affranchi M. Arrius Diomède,

Il est d'abord nécessaire d'observer, que les maisons de Pompeïi n'ont tout-

SB plus qu'un ou deux étages : elles ont aussi généralement au milieu une cour carrée, entourée de portiques, ou aboutissent les portes des chambre»: au centre de la cour se trouve une citerne, ou réservoir d'eau. Ces maisons ressemblent en petit aux cloîtres de nos couvens : les chambres du rez-de-chaussée n'ont aucune communication entre elles ; elles sont petites, mais hautes, et la majeure partie est sans fenêtres , de manière qu'elles reçoivent le jour par les portes : les chambres sont presque toutes couvertes d'un plafond et pavées en mosaïque: les murs intérieurs sont en général garnis défigures et d'architectures peintes sur un fond Liane, rouge, ou jaune.

La maison de M. Arrius Diomède fut la première découverte faite à Pompeïi : les restes de cet édifice annoncent encore que c'était un des plus beaux et des plus commodes. Son intérieur présente nue grande cour en carré long, environnée d'un portique avec des pilastres de stuc ; et il y avait dans le milieu un petit jardin avec six colonnes qui servaient de soutien à un berceau. On voit ensuite «n bassin ou réservoir en marbre blanc avec une citerne au centre. On passe de ce lieu aux chambres du rez-de-chaussée

qui sont au nombre de huit , et peintes presques toutes en fond ronge , avec des pavés de mosaïque , et des voûtes dont Tune à gauche est plate , et Tautre à droite est aussi plate avec des caissons de stuc bien travaillés. Plusieurs de ces chambres sont ornées de figures et d'arabesques peintes d*uue manière très-agréables. On a trouvé dans ce rez-de-chaussée un squelette , qu'on croit être celui de M. Arrius Diomède , maître de la maison : il tenait les clefs d'une main , et des monnaies et des ornemens d'or de l'autre : derrière lui se trouvait le domestique portant quelques vases d'argent <4 de bronze. Ces deux individus étaient au moment de prendre la fuite , lorsqu'ils furent surpris et couverts par la pluie volcanique.

Au-dessous du portique qui entoure le jardin , est un souterrain , ou une cave., où l'on a trouvé beaucoup de ces vases ., dans lesquels les anciens conservaient le vin.

Deux escaliers conduisent à l'étage supérieur , dont il ne reste que le coté droit , sans toit , comme toutes les maisons de Pompeïi. Au milieu de cette maison est une cour couverte , entourée de i4 colonnes de briques revêtues de stuc,

qui formaient un portique couvert et pavé en mosaïque. Ce rez-de-chaussée a plusieurs chambres qui servaient à prendre les bains , à manger , à dormir, et à d'autres usages.

En sortant de la maison d'Arrius , on voit à gauche le tombeau de la famille Arria , son inscription annonce qu'il fut érigé par M. Arrius Diomède , affranclii de Gaja , Magister Pcrg, Aug. Felic, Sw^ hurb. On y voit aussi deux têtes de marbre blanc à peine ébauchées.

On jouit au sommet de cette colline du coup d'œil le plus étendu et le plus pittoresque des environs. On croit que c'est la. que se trouvait aussi la délicieuse maison de plaisance de Gicéron , qui avec celle du Tusculanum étoit le séjour leplus fivori de ce célèbre orateur , comme il le dit lui-même dans une des lettres à Atticus : Tusculanum et Pompejanum valde me délectant. Le grand édifice souterrain d'ouvrage réticulaire , avec un portique soutenu par de très-hauts pilastres , que Ton voit en cet endroit , appartenait à cette maison de plaisance.

En montant toujours le penchant de la colline , on arrive sur la voie consulaire, qui ti'a verse la ville de Pompeïi. Le long de cette route se trouvent plusieurs tom-

beaux parmi lesquels il y en a quelqu'un d'une heaiitë parfaite. Celui de Neroleja Tyche et de son fils C. Munatius qui consiste danâ un superbe piédestal avec des sculptures ; l'autre de Cal ven tins Quietus ; le troisième de Scaurus : en vous arrêtant ici , vous serez surpris par la simplicité et la magnificence de ces monumens.

Ce dernier , dont le savant Mazois nous a donné un beau dessin dans son estimable ouvrage des RiLuies des Pompe ii , était remarquable par ses bas-rélicfs représentant des jeux de gladiateurs ; mais ils -ont péri , car ils étaient de stuc. On y voit aussi des autres édifices ruinés, dont quelqu'un existe presque en entier, et. il nous donne des explications importantes touchant le ménage et la vie privée des anciens. La route est pavée de gros morceaux de pierre volcanique bien réunis et bien plantés. Elle est aussi large que la voie Appienne et la Latine , c'est-à-dire de i2 a i4 pieds. Les deux cotés de cette route sont garnis de trottoirs pour les piétons : la partie du milieu servait au passage des voittures et àsis charrettes , dont les ornières sont encore empreintes dans la pierre.

En suivant la voie consulaire , on arrive à la porte de Pompeïi , qui est bd^ lie de briques enduites , sans aucun ornement. Elle est composée de trois portes , savoir de celle au milieu pour les voitures et bettes de somme , et de deux petites portes latérales pour les piétons. Dès qu'on entre dans la ville , on voit les maisons placées en lingue droite des deux côtés de la rue. Chacune de ces maisons se distinguait, non par son numéro, comme chez nous , mais par une inscription peinte en rouge , laquelle exprime des acclamations , et faisait discerner le nom du propriétaire. Les murs des rues étaient , comme on voit toujours ., quoique les caractères soient effacés , destinés à annoncer les décrets du magistrat de Pompeïi , portant l'indiction des fêtes et des jenx qui devaient avoir lieu , ec. Depuis la grande rue on rencontre une place, où existe une fontaine 5 c'est ici qu'on trouva , écrit sur le mur , une affiche de lover d'un grand édifice appartenant à Julie Félix , fille de Spurius , par laquelle on ofifrait le loyer , pour cinq ans , de tous ses biens , consistant en un bain , un vénérien , et neuf cent boutiques. Ce nombre de boutiques a fait soupçonner c[ue cela eût été une caricature , non pas

Mtie cliose réelle ; mais ce jugement peut être lui««Tiéine aussi faux, car nous n'avons pas une connaissance précise du fait. Il est certain que les richesses de cette ville nous donnent une grande idée de son commerce. Dans le volume des antiquités d*Herculanum qui a pour titre DlS" sertatio Isagogi'ca on a conservé les dessin de cette alfiche.

Un grand nombre d'édifices n'offrent que des ruines , causées sans doute par le tremblement de terre ; qui eut lien 19 ans avant la catastrophe de Tan 79. Les maisons , comme nous Tavons déjà dit plus haut , n'étaient composées que d'un on deux étages avec de petites chambres pavées en mosaïque , ou en marbre. Les murailles des chambres étaient tapissées de figures ou d'arabesques sur un enduit trcs-dur. Les meilleures peintures ont été sciées et transportées dans le musée royal. Indépendamment des maisons particulières » il y a aussi k Pompeïi un grand nombre d'édifices publics bâtis avec beaucoup plus de luxe , et qui présentent encor« la magnificence avec laquelle les anciens avaient la coutume de construire ces derniers.

En entrant dans la ville, on voit k droite une maison avec une porte cochère»

Les utensîles qu'on j a trouves , ont fait penser que c^ëtait un atelier de ehàron.

Vis-k-vis de ce local , est une maison dans la plus grande ruine , ou Ton voit les dëbris de quelques chambres , dont Tune servait pour les repas ; il y a encore un triclinium , sur lequel le anciens s'étendaient à table.

Ensuite vient une boutique oii Ton vendait des boissons chaudes , sembable à un de nos petits cafës.

En revenant à droite , on trouve la maison d'Albinus , que l'on reconnaît à son inscription. Cette maison , presqu'entièrement ruinée , présente encore une enseigne priapéenne , sculptée sur une brique , indiquant que c'était une boutique où Ton travaillait à ce genre de bijoux : on y a ti^ouvé en eii'et beaucoup de petis priapes en or , en argent , de corail , ou de bronze , que les anciens , même les femmes , portaient au cou , comme un contrecharme.

Après un autre café , vient la maison de Popidius Rufus , qui devait être une Aes plus considérables de Pompeii , car le temple d'Isis fut rebâti par un membre de cette famille , à ses propres fraix.

Un peu plus loin est une maison avec une chambre -pavée et ornée d'un beau

marbre, et un vestibule contenant une mosaïque très-élégante, avec la figuted'un lion.

Cette même partie de la tille contient plusieurs souterrains magnifiques, que les anciens appellaient crjpto-portici \ dans un de ces souterrains il y a un bel ordi^ de colonnes , en d*autres des bains et des réservoirs. Tout ce côté de la ville est bâti sur le pencbant de la colline , de manière qu'on fut obligé d'établir des soubasseniens , pour porter les maisons au niveau des autres sur la bauteur.

De la susdite maison du lion nous reviendrons sur nos pas , pour observer le côté gaucbe. Après les deux boutiques ou calés , que nous venons d'indiquer , on trouve une grande maison composée d'un seul étage divisé en trois appartemens , deux desquels furent achetés et postérieurement ajoutés par le maître de la maison ; de manière qu'elle se trouve avoir trois cours entourées de portiques soutenus par des colonnes. Plusieurs des cliandires de cette maison sont ornées de peintures et pavées en mosaïque. La chambre de la toilette contenait beaucoup d'ornemens de femme , en or,

La maison suivante porte le nom de cabinet chirurgical , parce qu'on y trouva

plus de 4o instruinens de chirurgie , dont plusieurs sembables aux nôtres et d'autres différens ^ on les conserve à Tacadémie royale. Les chambres sont aussi ornée de peintures et de pavés de mosaïque.

Après plusieurs maisons en ruine, vient remplacement de la balance publique , qui équivalait alors à la douane des poids et mesures d'aujourd'hui. Cet endroit contenait une grande quantité de poids de marbre et de plomb ; ainsi que quelques balances tant à deux plats , que des romaines , exactement semblables aux nôtres.

On trouve ensuite une fabrique de savon , suivie de deux autres boutiques à boissons chaudes , que les anciens paraissent avoir beaucoup fréquentées.

Cette rangée de maisons est terminée par un réservoir d'eau et une fontaine consistant en un bassin carré , fait de pierre du Vésuve,

En suivant toujours cette même direction du rang de maisons h. gauche , après la fontaine , on trouve le four public , construit comme les nôtres. Il y a trois moulins à bled , composés chacun d'une base circulaire de tuf, du centre de laquelle s'élève une pierre en forme de cô-

ne , couverte d'une autre pierre excavi^et avec deux ouvertures et avec une espèce d'entonnoir au-dessus pour y verser 1« bled,

A côte de la boutique d'un marcbarid de vin , ou d'huile , se trouve une des plus belles maisons de Pompeïi y portant une iscription qui annonce qu'elle était à Cajus Salluste : la magnificence de cet édifice et les beaux ornemens de mosaïque qui s'y trouvent , méritent d'être observés avec attention.

On trouve , après cela , la maison de Jules Cécilius Gapella , qui s'est presque entièrement écroulée.

Après une autre boutique de marchand de vin , ou d'huile , vient celle d'un forgeron , oii l'on a trouvé beaucoup de cercles , des essieux , des tenailles , des marteaux et autres outils du métier.

En suivant le côté droit de la rue , après plusieurs bâtimens ruinés , on voit la maison de Vettius Hérennius , dont le nom se trouve indiqué dans l'inscription placée sur la porte.

La maison contigue h. cette dernière , est celle de Jules Polibius , comme on le voit également par l'inscription ; cet édifice était très-joli , bien disposé et placé en un beau point de vuCf

On volt ensuite riiabitation de Jules Equanus , dont la grande cour contient encore quelques colonnes de stuc peintes en guise de mosaïque.

Après cela vient un grand nombre de boutiques qui se prolongent jusqu'à la petite rue au bout de la ville.

En reprenant l'autre côté , on trouve Tacadémie de musique. C'est une belle maison ainsi nomme'e à cause des chambres du côté gauche , qui sont toutes ornées de peintures représentant des instrumens de musique.

On voit ensuite la maison de Vettius , et successivement celle de Cajus Julius Priscus , jusqu'à ce que l'on parvienne à une boutique , où la rue principale se divise en deux. Sur le mur de cette boutique est dépeint un gros serpent mordant une pomme. Cet animal est l'emblème de la santé ; on y a d'ailleurs trouvé plusieurs vases avec des articles de pharmacie desséchés , des pillules et tablettes en quantité ; ce qui prouve évidemment que c^était une apothicairerie ; mais , puisqu'on y trouve la même figure du serpent peinte dans la partie intérieure de plusieurs maisons , on a douté de donner généralement à toutes la première interprétation. , et Ton. a cru que c'était pruba-

blement pour marquer le Ge'nie de la maison.

Parmi les maisons existantes à gauche, le long de cette même rue , se trouve celle de Cajus Jules Duumvir , l'autre de Cneus Hiiarius Sabinus , et enfin celle de Fortunée.

De Tautre côté de la rue , après plusieurs boutiques tombées , on trouve la maison de Marcellus , et celle de Yettius Popidius , édile.

On avail commencé à déterrer d'autres maisons , que l'on abandonna ensuite , parce qu'on s'apperçut que les matières volcaniques étaient dérangées et même bouleversées : signe certain que les habitans de Pompeïi revinrent après l'éruption du Vésuve , pour découvrir leurs maisons , et en retirer les objets précieux que la nécessité de fuir leur avait fait abandonner : c'est aussi la raison pour laquelle la plupart des édifices de Pompeïi est sans couverture et en ruines.

En se rendant sur le penchant de la colline , on découvre les débris d'une grande maison , composée d'un premier étage et d'un rez-de-chaussée. Ce premier étage n'oiFre à la vue que les murailles de chambres ornées de peintures et de pa-

vés cle mosaïque , dont il existe encore | quelques traces, 1

Revenant h. la rue principale de la vil- I le , on y voit des deux côtés un grand nombre de maisons presque renversé®* , excepté plusieurs de celles du coté gauche , dont Tune contient la cour ordinaire aux maisons de Pompeïi , avec une citerne au milieu , et des chambres ornées de superbes paves de marbres précieux et de quelques restes de peintures et d'arabesques.

En suivant cette même rue et remontant sur la colline , on voit a droite plusieurs grands édifices qui se distinguent par leur belle architecture et de riches ornemens. Ce sont des bâtimens publics que les anciens étaient dans Tusage de construire avec toute la magnificence possible.

Les habitans de Pompeïi avaient réuni , en ce lieu , tous les établissemens relatifs à la religion , la magistrature , la gymnastique et l'économie publique, ainsi qu'aux sciences et beaux arts.

Le premier édifice public que l'on trouve à droite , est le

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GRAND PORTIQUE DE POMPEît

En passant par une petite cour , orne'e. de six colonnes , on parvient clans une longue et belle colonnade , place'e sur la colline , d'où Ton jouit de la vue d^ Ja mer et des villes voisines. A droite, dans rentrée , se trouve une cour en forme de carre long , environnée d'un portique cou^ vert et soutenu par des colonnes de tuf. Au milieu de cette cour est un bassin avec une fontaine , et vis-à-vis , le piédestal d'une statue qu'on n'a pu trouver, mais qui , d'après l'inscription qu'on y voit , devait, représenter M. Claudius Marcellus , fils de Gajus , Patron de la colonie de Pompeïi.

En s'avançant , on voit en détail Je dit portique , qui est soutenu d'un coté par 56 colonnes de tuf, rangées en ligne droite , et de l'autre par le mur latéral du théâtre tragique. Un établissement aussi utile et aussi commode pour le public , distinguait toutes les villes de l'antiquité. Rome avait les portiques de Pompée, d'Octavie , de Neptune et plusieurs autres , qui servaient de point de. réunion, de promenade , d'abri en tems de pluie, et aux autres usages des citoyens.

A droite , après la dernière colonne du portique de Pompeïi , se présentent les restes d'un temple d'architecture grecque. C'était le plus ancien et le plus majestueux de la ville 5 mais il est entièrement détruit anjourd liui , et on en reconnaît à-peine le plan qui est un parallélogramme de 91 pieds de long, sur 63 de large.

A droite de ce temple se trouvent les murailles qui entouraient Pompeïi. On Yoit aussi en ce lieu une majson , composée de trois étages ; le dernier qui se trouvait au niveau des autres maisons est entièrement détruit , et les deux autres sont près de s'écrouler , sur le penchant de la colline , où ils avaient la sortie au bord de la nier. Un escalier assez étroit conduit aux chambres du premier et du second étage , oi\ l'on voit encore les restes de quelques peintures et de plusieurs stucs. Au bas de cet escalier est un cliemin qui séparait la maison d'avec la colline , et qui conduit à une mine ou carrière de pierre ponce ou lave volcanique de Pompeïi ( des tems les plus imménioriais ) sur laquelle la ville est bâtie.

En revenant sur ses pas , on trouve à droite le tliéatre tragique dont on fera mention ci-dessous, qui fut rebâti d'après

l'ancien dessin. Le mur en à aussi été refait suivant l'ancien modèle , en imitant exactement l'ouvrage à réseau de tuf , et les architraves de briques sur les portes , à surface plane , au lieu des voûtes. Ce lieu a un long et vaste escalier , dont le côté droit conduisait à la place publique de Pompeïi , et le côte gauche , au proscenium du théâtre. Plus loin se trouve la porte supérieure qui mène au corridor couvert , par lequel on montait au dernier rang des loges»

L' inscription en marbre qui a été remise sur la dite porte , annonce que les deux M. Holconii , c'est-à-dire , Ru fus et Geler , firent bâtir une voûte , le tribunal et le théâtre à leurs frais , et pour l'embellissement de la colonie.

. M. M, nOLCONI • RVFVS . ET . CELER. CRYPTA.H . TRIBVNAL . THEATRVM S. P.

AD . DECVS . COLOXIAE.

A côté de cette porte , on voit un grand bassin , ou réservoir d'eau » duquel partaient des canaux particuliers , qui coulaient dans la partie basse, de Pompeïi , et particulièrement au Forum. Les eaux du fleuve Sarno passaient dans des conduits plus élevés que le niveau de la vil-

le , croii elles se répandaient dans les citernes que nous avons observ ées dans chaque maison ; et elles se réunissaient ensuite dans ce réservoir , qui les versait dans d'autres lieux de la partie basse de Pompeïi.

On voit ensuite une halle en forme de carré long , environnée d'un portique soutenu par huit colonnes cannelées de piperno sur les deux côtés longs , et de trois dans les deux autres, Le plus beau monument qui distingue cet édifice , est une chaire de la même pierre , placée d'un côté , avec un escalier pour y monter ^ ce qui prouve que c'était le tribunal érigé par les Holconii , comme l' annonce l'inscription ci-dessus rapportée.

En sortant de~là , on trouve sur la voie publique , le temple d'Isis , dont le culte fut adopté par les Romains sous la tyrannie de Sjdla , et il prit toujours du crédit sous le premiers empereurs. C'est pour cela que les habitans de Pompeïi lui dressèrent aussi ce temple , et dont ils immortalisèrent la mémoire par toutes les peintures qui y fesaient allusion. Ce temple s'étant écroulé en suite du tremblement de teure , qui eut lieu i6 ans avant la grande éruption de l'an y 9 , il fut rebâti par Numerius Popidius Gelsinus ,

comme le dit rinscription qui était placée sur le frontispice de l'entrée du temple , et que l'on conserve aujourd'hui au musée de Naples.

Cet édifice avait 84 pieds de long, sur 7 4 pieds de large. Le temple est environné d'un portique soutenu par 8 colonnes de chaque côté , et de six à la façade , d'ordre dorique. Tout ce bâtiment est composé de briques revêtues d'un enduit très-dur , et d'une belle architecture.

Au fond du temple , se trouve le sanctuaire isolé , auquel on monte par sept marches. Ce sanctuaire forme lui-même un petit temple carré ^ il est orné de stucs des quatre côtés , avec deux niches sur la façade , et une autre dans la partie opposée. La façade , est terminée par deux fameuses tables isiaques qui se conservent au musée de Naples.

Un petit mais élégant vestibule , soutenu par six colonnes et orné d'une belle mosaïque , conduisait à l'autel , sur lequel furent trouvés les fragmens de la statue d'Isis. Sous l'autel il y a une petite chambre où se cachaient , à ce qu'on suppose , les prêtres , pour rendre leurs oracles au nom de la déesse. Le derrière du temple présente encore le petit escalier

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secret qui conduisait a. cette cliambre. Des deux côtés du temple sont deux autels , dont l'un a gauche pour brûler les victimes , et l'autre à droite destiné au dépôt des cendres sacrées qu'on j a trouvées en grande quantité.

Cet édifice était un des principaux temples de Pompeïi : il renfermait une infir nité d'objets curieux et importans , tels que les susdites tables isiaques ; et un ^rand nombre de peintures , qui furent sciées de la muraille et transportées au musée. Ces peintures représentent de beaux dessins d'architecture ; Isis avec le sistre ; Annbis h. la tête de chien ; plusieurs prêtres avec des palmes ou des épis , et un autre tenant une lampe suspendue ; l'hippopotame , l'ibis , le lotier , plusieurs arabesques , des oiseaux et des dauphins. On y a trouvé aussi une statue en marbre représentant Vénus , avec les bras , la gorge et le nombril dorés : une statue de Bacchus et une autre de Priape. Le temple d'Isis , renfermait aussi une grande quantité d'utensiles et d'instrumens sacrés de bronze , qui certainement ne se trouvent dans aucune autre partie du monde , et deux vases lustrales de marbre blanc qui se voient dans le muséum.

Dans Tencelnte de ce temple sont plusieurs chambres qui devaient servir d'habitation aux ministres du culte d'Isis.

Une de ces chambres renfermait le sque* létte d'un prêtre , qu'on a trouvé tenant en main un fer , avec lequel il avait percé deux murailles pour se sauver ^ mais il n'en eut pas le tems. On y à trouvé aussi beaucoup de squelettes d'autres prêtres , qui ne purent pas se soustraire à la ruine générale , ou qui peut-être ne voulaient pas abandonner leur déesse.

Eu allant au-de~là de ce temple , on trouve encore la voie consulaire traversée par une autre rue 7 ce qui divise la ville en quatre parties égales^ ^lit un temple qu'on dit d'Esculape , au milieu duquel est un grand autel de tuf. Un escalier de 9 degrés conduit au sanctuaire , qui devait être couvert , à en juger par les traces des colonnes tombées , que l'on y voit encore. Ce temple n'était remarquable , ni pour son architecture , ni pour ses ornemens. Trois statues de terre cuite formaient tout l'embellissement de son autel : Esculape , Hygée et Priape , c'està-dire : les emblèmes de la santé , et de l'agriculture.

En reprenant le chemin , après plusieurs maisons et plusieurs boutiques , on

trouve nn atelier de sculpteur qui est une (les plus belles et des plus curieuses découvertes faites à Pompeïi ; il contenait plusieurs statues de marbre , les unes à-peine commencées , et d'autres ébauchées , ou presque finies ; indépendamment d'une grande quantité de marbres destinés à d'autres ouvrages , et beaucoup d'instrumens et d'outils de sculpture., que l'on conserve à l'académie des études à Naples. La maison est grande : elle a une cour avec un portique soutenu par dix colonnes de briques enduites de stuc.

Dans l'autre rang des maisons , en face , il y a , entr'autres , une boutique de marchand de vin , ou d'huile , dans laquelle se trouvent quatre grands vases de terre cuite , et au fond de la boutique le petit fourneau ordinaire.

Vis-à-vis de cette même boutique se trouve la porte du

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