‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

CORFIDBWCES DES DEUX, AIM ABUS C0VSIH19.

Qu'on ne dise pas les deux jeunes filles ne iMunieut habiter ensemble :

En mUle «m peut-être^ on n'en trouvera pas dont les esprits »,ae»

cordent aussi bien.

On n*a pas oublié qne Ying et Hoang Téimrent ét moiirnfent en" semble :

£t Man et Son ne d^onèrent jamais les liens de laj[Mureiité. Qu'importe que le sentiment ait en de faibles commencements ? Une fois né , ramour ne saonit pins s'évanouir. A quoi sert le vQrace acharnement des botes ae disputant leur proie?

Lo vulgaire seul ignore toajonxs les doncean de l'union dcf sarcelles.

Depuis que Pe avait reconnu par lui-mêmeles talents poétiques de mademoiselle Lo, il en avait conservé dans son cœur une yire satisfaction : « Jai fait en. tous lieux des recherches infructueuses pour trouver un homme doué d'un yrai mérite, se disait-il , et voilà qu'au sein même de ma &miUe il se [Présente uïie fille qui enr est pourvue au point d'étré la digne émule de Houngiu. Mais sil était déjà difficile de trouver un seul gendre, que de peine naurai-je pas

maintenant à en découvrir deux ! profitons de la douce saison du printemps : allons faire un tour à Woulin , ce rendez-vous de tous les gens de lettres. Qui sait si ce n'est pas dans ce lieu que je trouverai les moyens de conclure notre mariage? »

Après avoir fait part de ses intentions en dé- /tail à madame Lo, ainsi qu'à mesdemoiselles Hounghi et Mengli, il donna ses ordres à ses gens, fit préparer une barque, un char et des bagages , et prit lui-même se& arrangements pour se mettre en route. Mademoiselle Houog* iu ne put s'empêcher dé renouveler encore ses représentations : « Ma tante est ici pour veiller «tir la maison , dit-ellie; mais, mon père, vous n'avez personne pour vous accompagner hors d'id, ReyenBX bientôt, je tous en prie. »

Pe lui promit de se conformer à ses désirs , • et peu de jours après il partit pour Woulin , suivi de quelques domestiques.

Pepuis que mademoiselle Pe avait reconnu dans sa cousine, ave 亡 une figure pareille âux fleurs , un talent et des sentiments purs coibnie la neige, elle avait conçu pour cette jeune fiHe la plus tendre affection. De son càtéy made* mois^Ue Lo, qui reconnaissait à mademoiselle

Pe un génie poétique extrêmement distingué ^ arec un caractère et un extérieur au-dessus de ce que Ion voit dans le monde , ressentait pour elle une estime profonde. Chaque jour, c'était à qui rechercherait l'autre pour s'exciter mutuellement à célébrer les singularités de la nature, et à soumettre leurs inspirations au joug de la mesure et de la rime. Dans les bosqaeU fleuris, pendant un jour serein, à la darté des lanternes, durant les douces soirées, compa^e^ aussi assidues que l'ombre et le corps, elles ne pouvaient se séparer. Toujours , dans leurs entretiens , le plus heureux accord naissait de leurs paroles , et la plus parfaite union se manifestait naturellement dans leur fa* ç<m de pensOT.

Un jour, au commencement de k saison nouvelle, mademoiselle Pe, vêtue d'une simple Tohe dont la teinte était assortie aux couleurs da printemps , fit prendre à Yansou un grand miroir, et en tenant elle-même un second à la main, elle vint se placer au bas du treillis , dirigeant les images de l'un des deux miroirs sur l'autre, de manière à pouvoir observer ceux qui entraient. Sur ces entrefaites , mademoiselle Lo

s'approclia tout doucement d'elle, et la regaf** dant en souriant : « Ah ! ma sœur, lui dit-elle , vous voulez TOUS emparer à vous toute seule des sujets de vers qui s'offrent dans lappactement intérieur ! niais ce spectacle-ci serait luimême un assez beau sujet. *

一 « Ma chère sœur , reprit mademoiselle Pe , si vous ne voulez pas souffrir que je m'empare de tous les sujets, et que vous trouviez celui-ci de votre goût, donnez-nous , s'il tous plate, une pièce de vers , et bous partagerons le <li«> vertissement par moitié. »

一 《 Vraiment, dit mademoiselle Lo , j'aimerais à le partager avec vous; mais je crain* drais , en détournant mes yeux de la belle personne qui les attire , de porter mes regards »ur des objets moins dignes de m'inspirer. Que dois-je faire ? »

一 《 S'il dépendait devous de fixer les rangs , vous auriez bientôt fait de moi un docteur ^ dit mademoiselle Pe: que je revienne seulement au monde avec de la barbe au menton , et je puis être sans inquiétude. »

Mademoiselle Lo se mit à rire , et cherchant bien vite un morceau de papier et des pinceau^;,

elle ne tarda pas à remettre à mademoiselle Pe la pièae quelle venait de composer. C'était le morceau suivant en vers de cinq syllabes :

StJR fJltE B1LX.K

Se semnt d'un miroir ponr obseirer ce qui se passe au desfovrs de sa jalousie*

Sa toilette acherée , co n'est pas sa figure qa,eBe s€ platt i con-* templer.

Fixée devant non miroir , c'est ce qai est ao-deasoiu de sa jalonsîe

qu'elle examine.

L'image renvoyée vient s'otïrip à ses regards , Et son ail furtif saisit les rayons de lumière qui le frappent. Cest la lUar de poirier se toiinumt an priotenpa Ten le diiqae dt

la lune.

Cest le branchage do saule , dans une bcUe soirée , l'inclinant

Ten lu surface de l'étang. Déjà elle avait assez de charmes pour séduire tous les hommes : Quel besoin d*y joindre l,air piquant de ces sourcils contractés ?

Mademoiselle Pe fut enchantée de ces vers.

« Que de grace et d'aménité ! s'écria-t-eile. Ces vers sont dignes des poètes les plus célèbres. Ah! ma sœur, si tous étiez un garçon , je voudrais toute ma vie vous avoir près de moi et ne TOUS quitter non plus que ma coiffiire (i), »

A ces mots, mademoiselle Lo fronçant le sourcil demeura quelque temps sans parler : « Et, dil>eUe ensuite, parce que je ne suis pa$ un garçon , est-ce que vous voulez in*éloigner de

(I) Il y dans 1» texte, comme mon bormef et mon peigne.

TOUS , ma sœur ? Voilà une parole qui an** nonce de votre part un^ affection bieir peu profonde ! » •

一 a Ma sœur , vous prenez mal ce que je dis, reprit en riant mademoiselle Pe; car j ai l'affection la plus vive pour vous, pour votre personne et pour vos talents. Je voudrais passer avec tous ma vie tout entière; mais je crains que cela ne soit pas possible, et l'expression de regret que j*ai employée n'a pas d'autre origine que ce sentiment même. En quoi mon affection peut-elle vous paraître peu profonde ? »

一 « Il ne dépend que de nçus de passer toute notre vie ensemble, dit mademoiselle Lo« Cest notre désir seul qui en décidera. Si nous It voulons toutes deux, qui pourra oous en empêcherPQui TOUS faitjtigerlachose impossible?

一 « Ce qui me la fait jugeiL impossible^ répliqua mademoiselle Pe , c'est , ma sœur , la crainte que vous n'en ayez pas Teritablementle désir. Si vous lavez, quelle nécessité que tous soyez un garçon? Pour moi, si je ne le désirais pas , je n'aurais pas formé le vœu q^ue vous en fussiez un. «

Cette réponse rendit à mademoiselle Lo toute sa bonne humeur : * Je nai point ànne repro-

cher d'avoir pour tous une affection légère , dit-elle , et il est vraiment ridicule à moi d'avoir conçu des doutes sut la solidité de la vôtre. Mais U reste encore quelque chose à dire. Quoiqu'il n'y ait entre nous deux aucun motif qui nous empêche de vivre ensemble , il existe une condition pour que nous ne soyons pias séparées. Or, cette condition | ma sœur, fignore n elle serait de votre goût. »

一 《 Nous apprenons , reprit mademoiselle Pe, iju'autrefois Ohoang et Niujing se consa* crèrent toutes au seul Chiui. rahneraifl beaucoup à les iiBÂter; s«ffatt*ce aussi votre envie , ma sœur ? »

— « Si ce n'était pas non envie, je ne serais pas Tenue icr, » répondît' mademoiAelle Lo , au , co^sisie de la joie.

― « Je n'oserais faire aucune comparaison , ni pouï le mérite^ ni pour la figure , de nous sivec Ying et Hôang, dit mademoiselle Pe.

Pourtant, ces héroïnes si vantées dans Fantiquité, ornemenla- de rappartement dts femme», comparables- au zéphir des forêts , ne rougissaient paâ d'une pareille union. Mais je ne sais si, dans le monde da présent, il serait pastible de trouver un épom favorisé da côté des ta*

lents , et digne de nous recevoir toutes deux. * Mademoiselle Lo demeura quelque temps rêveuse : « Ma sœur, dit-elle ensuite, vous avez permis que nous n'eussions plus qu'un cœur.

Il &ut donc que nous parlions avec toute vérité ; à quoi bon nous cacher quelque chose ? ,

― « Nous avons versé nos cœurs l'un dans l'autre, répartit mademoiselle Pe. Que pourrions*nous avoir encore à nous cacher? »

一 《 Si vous ne me cachez rien, dit mademoiselle Lo , celui qui a touché votre cœur est-il , ma sœur, un homme sans mérite , pour qu'il soit nécessaire d'en chercher un autre dans le monde ? »

Mademoiselle Pe se mit à rire : « Quel conte me £siites-vous ià, ma sœurP Sans dire que per» sonne n*ait touché mon cœur, quand cela serait, d'où le sauriea>vous ? ,

Mademoiselle Lo fit un grand éclat de rire r « On a bien raison de le dire , s,écria,t-eUe, si l'on ne veut pas qu'une chose se sache, nul autre moyen que de ne la pas faire. Vraiment ! toute }a conduite, toutes les démarches d'un . homme à talent et dune belle attirent les yeux et les oreilles de tout le inonde, et sont, durant un temps infini, le sujet de réiits intéressants^

Bien que je^ demeurasse fort loin d*ici ^ il y a

long-temps que je sais tout cela. »

Blàdemoiselle l?e n'ajouta pas foi, à ce discours : ^ Ce que vous savez , reprit-elle, que ne le dites-vous tout de suite ? Est-ce qii« vous auriez entendu quelque conte au sujet de l'aventure de Tchangfanjou avec les vers sur les saules printaniers ? »

« Tout le monde connaît cette aventtùre , reprit en riant mademoiselle Lo. Je ne suis pas la seule qui Fait apprise. Ce que je sais n'a pas de rapport à ce Tcliang qui donnait sous son nom des vers sur les saules printaniers, mais à un seigneur Sse, le véritable auteur de ces vers, et , de plus , des adieux à la grue et du salut à rhirondelle. *

 ce discours qui dévoilait les sentinieills secrets de son cœur, madenioiselie Pe demeura confondue et tellement déconcertée , que, sans pouvoir proférer une seule parole , elle tourna seulement ses rëgards siîr Yarisou.. « Nous sommes sœurs et nous n'avons qu'un cœur, r^rit mademoîsettei Lo , piOnrquoi cette inquiétude et ces soupçons d*QÙ vienli/air qua je tous vois ? » ; Après UB ntoment die surprise «t d,h^icatîof>, mademoiselle Pe. vit bien ^ue ce langagè ijevait IV. 3

( So )

avoir quelque fondement, et ne popvant dissimuler plus long-tenu: « Vous êtes, ma sœur) une personne cTesprU, lui dit-elle; mais l'affaire dont vous parlez n'est connue que de moi et de Yan60u. Je n'ai rien osé en laisser percer, pas mênie dans mes songes. Comment donc avez- TOUS pu en avoir ^connaissance ? Ne serait-ce pas quelqu'une de mes femmes qui m'aurait épiée dans Vintérieur 4e mon appartement et qui S€- V9à% allée secrètement vous mettie au fait ? »

Mademoiselle Lo se mit à rirè : «Ma sœur, repondit^elle, les génies eux-mêmes n'ont pu pénétrer le secret de TOtre avepture. Qui mu* Uz"¥OUS qui en ait eu connaissance? Je tiens ce récit du jeune M. Sse qui de sa propre bmche la fait passer dans mon oreille. Nul autre a' 象 pt^ le savoir , et vous ne devez former aucun fi<;^lipçoii à ce sujet. »

― « C*e3t une plaisanterie que vous me faites ^ répj^qna niademoiselle Pe. Voilà 'près, d'un an qijtele jeuhe M. Sse a quitté ce#Iieux. Mon père fi fait prendre des informations dans je ne sois epmbieni d*éodjroits : on ira pu? ohteniv aucune jaouMelle de lui, ni fia^oir de > quel côté U a tonP" né ses pas dans ces derniers' temp& Et quand il aérait allé dans le Ghantoung , comment , ma

WW,} uM jeme et Imlle 'persokiM, hdbitâttttr f}e l,4ippai!temem. intéiic&nri, auridt^e pu, se IfpUYer avec lui ? ,

一 省 ¥m doutes sont lout mAurels , ma S(9sat, reprit maiddmoi^dle ÎA>, et pourtafit il est lrèfr*wai ^que jai tu M; :Sm| >et :qu,éii ocmvêfrsâilt ^yeà lui nous màn$ pnie de votf affaire». Je nai.oiiUenient rintentîon àe vdus abuidër pat 4eS( discours en ra«r> n - " "'.

一 « Ce que vous me' itmmté» là n'e^ nîssuiur^l y m rrakemblable*} Commenttoules-vous jy ajmit^ £oi? »^ «km^inda xnadelnoiseli^ Pé. '

, T-* i« fl est tout simple' que vous n'y ajotttiM* pas foil aujourd'hui; >]xiais quelle jour^ quati4 vous vous trouverez avec M. Sse, et que vottà) vott5 .iAft>r}»«res i porèa dailw de ce^iqui'en-cst, iiou% yeirrjett qu-il n'y, a paf il^ mensmige dans : w

: ,.<^<^{j6》ifunejSse 9itxx>»nM^ tta sabre dbatlfoi ou une MEmstfi ; Icgèi^ 'àf la^iui^oe de Feau* Af9ès\ ioDteb :、 Ips' ' toAéédaJds qù^on a fiutes , il parait quHl ne aounpei à atci :""twtu^iie ih«' patleaiautei^>iiia«ABVvqu«i ptfn^pitie itt^ ¥êft bien ^oi]e In^ùcâi faëi^cUooeagion^idô

voir. » " (:,' "»,. '、" ?•':" ' • H'i 1 1

4 今 I^AdûeUe Lo i c'est dans l'espoir de se marier avec vous que Je jeune IVL.Sse va colirant d'orient en occident , privé de tout ce qui fàit le channe de la yie; Poujrez-yoos parler de lui avec tant de légèreté , et n'est-ce pas^bie» mal reconnaître le^tréme fidélité de «e jeime homm^ ? L'automne dernier^.il a su s élever dans lès concours; du. nord, dominent le comparezvous à un arbre abattu ou à la mousse qaiîflolte

wtfao^ 柳? 》? r ; '、 一 : Mad^moisfiUe Pe fut un peu surprise- ce dUcojurii : «t.Gest donc encore lui ^ dit-elle | qui sKolHerMi Ia secondé place au ^oncouriP Pour- ^Upi :s'étaitril fait inscrice: comme amicaâiftdat

: -r- («Jai su', répondit* mademoiselle Ld», (juc son. oncle paternel, le juge provincial Sàe^ était natif du Honaiu II l'a maintenant ' adopté 'j)Otir soDifiU^ et .c'est fMxuroette rabonit^^e cehli-ci a . pris la «qualité der candidat du Honatu. »' >' -

• 一 « Puisqu'il) avait bbftebu le grade quStdësirait, il wrftittdâ veoîir rcdlfimer > rexecutiom de 'rQ«^gemQPt*qu.e nqus<9yi0B6. formé , dit made^ iQoisella.Pfiî Gainmbnt.de fàit-jl qiLon n en ait pas eu la moindre iiouveHe? » . ,

, T^MiCe^t^ à isi^ que, ^^imagifne^iquil^e veut

revenir qu'après avoir obtenu le grade de docteur, répondit mademoiselle Lo. Il ' faut ,» ftia ' sœur, que vous preniez un peu pitience en 1 attendant. Je suis persuadée qu'il n'est question que d'attendrie tin peu plus ou un peu moins.

一 «Je vois , ma chère sœur , que vous parlez avec^ beaucoup d'assurance et il me parait que vous deVéz avoir quelque raison de vous exprimer ainsi. Mais pourtant , comment une jeune fille telle que vous , qui ne sortait pas de lappartement des femmes , a-t-el!e pu se rencontrer avec lui ? Car si vous aviez interrogé quelquautre, vous n'auriez jamais pu en tirer des informations si précises. Si vous avez de l'amkié pour moi, ma sœur, que ne me racontézvou#la chose de point en point , pour délivrer mon esprit des doutes qui l'assiègent encore? »

一 « Au point où notre entretien en est venu, répartit mademoiselle Lo , je n'ai rien de mieux à faire que de vous raconter tout ce qui en est. Mais , ma sœur , ne tournez pas la chose en raillerie contre moi !» .

― «Un commerce sècret entretenu dans Imtérieur de l'appartment ties femmes est quelque chose de plus grave que ceci , reprit mademoiselle Pe. Et puisque vous ne vous moquez

( 54) 、 pa^ dé akom imprudienee , quelle raillerie , ma s<feur , pourrais 勺 e me permettre contre vous ? » 一 《 Eh Uen ! puisc(ue vous ne voiikz pas irire à mes dépens , j€f vais vous raconter ce qui s'est passé : tannée dïetnière le jeune M. Sse vcH^ut se rendre k la cour pour demander au docteur Gou cTêtre l,entr«meUeur de son ma- * riage ayec vous. Parvenu dans le Gfaantoung , il fut à rimproviste attaqué sur la grande route, et il perdit tout son bagage. Gomme il était dms le plus grand embarras , et incertain du parti qiril avait à prendre , le bonheur voulut quil fît la connaissance d'un certain conseiller li, qui demeurait dans la maison contîguë à la notre^ et qu'il lui racontât son aventure. Celuici, voyant dans le j^une Sse un bachelier nourri d'études , voulut lui faire composer quatre pièces de vers pour un paravent de soie qu'il destinait au juge de la province , et lui promit eh retour les secours dont il avait besoin pour son voyage. Il l'invita donc à venir chez lui , et le retint à loger dans le fond de son jardin. Le pavillon où je me tenais touchait à cette partie du jardin , et j'eus par là l'occasion de voir à la dérobée le jeune Sse. Son air au-dessus du iHuniQun , l'habileté avec lacpdle il avait com-

posé ses revs , me le firent reconnaître pour 、 Un poète du plus grand mérite. Par un retour sur moi-même , je me voyais déjà privée de mon père 5 ma mère veuve et sans appui ; mon frère trop jeune encore. Qui pouvait songer à s'ocenper de mon mariage? Et si je m'obstinai» à garder les instructions ordinaires, ne finiraisje pas par en être la dupe ? Dans cette extrëmii» je' crus devoir m'accommocler aux circonstances; Se pris des habits d'homme , et j'eus une entrevue avec lui derrière la porte du jardin. »

Mademoiselle P<e demeura interditte à ce dis» cours cfui ne lui cau^ pas moins de surprise de satisfaction : « Ma sœur î s'écria-t-ellc , si jeune encore , je n'aurais imaginé que tous eussiez tant d'esprit , tant de résolution. On peut dire que vous êtes un héros parmi les belles ! » ,

一 « Il n'y a là nulle marque dun esprit extraordinaire , reprit mademoiselle Lo. Ce que vous dites tient au désir extrême qéb. vous auriez , ma" sœur , de me voir chapgee ep garçon. »

« Ne parlons plus de cela , dit mademoiselle Pe, Mais, ma sœur, dans une entrevue

' (56) d'an moment, comment en étes-yous venue à parler de notre aventure? Il faut que ce jeune étudiant soit un grand babillard! »

一 « Ce n'est pas un babillard , répondit mademoiselle Lo; mais comme je lui avais fait des propositions de mariage, et qu'il s'était excusé dy accéder à plusieurs reprises , je le pressai pour en savoir la cause , et lui , ne sachant comment faire , s'est vu contraint de m*avouer ses sentiments antérieurs. Il était persuadé que je ne pourrais jamais rien savoir dune aventure qui setait passée à plus de mille milles , et il n'imaginait guères quil me parlait de mon oncle et de ma sœur. Je crois que cest par mn coup du ciel que j'ai été infom<^e de toutes ces circonstances. »

— « Et , ma chère sœur , de quoi êtes-YOUs convenus pouf l'avenir ? » demanda mademoiselle Pe.

一 « Quand j'ai vu quil avait un engagement secret auquel il ne manquerjait ni à la vie ni à la mûr^i qiie ce n'était point une tête légère , et que, puisqu'il était incapable ée vous être infidèle en ce moment, je ne risquais pas qu il le devînt pour moi par la suite , je me suis mise à le presser plus vivement que jamais , et le

voyant ébranlé ^ je léii ai promis un double mariage. C'est alops qi^e j'ai pris le prétexte d'éviter une peraécution , pour engager ma mère à se retirer ici. C'est avec cette pensée secrète que je suis yenue, me proposant, ma sœur , d'arranger la chose àyec vous. Je ne prévoyais pas alors à quel point vbùs partageriez mon dcsir pour cette union douce comme \e coi^^ert des sarcelles, intime comme r^ntrelacement du lierre, et j'ignorais que, mettant vos intérêts en commun" avec les miens , vous feriez , sans qu'il fftt besoin d*aucuh arrangement, que tout saccprdàt si bien avec les vœux du jeune M. Sse. Le ciel, on peut le dire, a bien secondé les souhaits des hommes , et nulle contrariété ne s,est opposée au projet que j'avais formé. »

一 《 Vous êtes réellement remplie d'eâprit, raa chère sœur, reprit mademoiselle Pe. Toute la conduite du jeune Sse était ^obscure à mes yeux comme si elle eût été enveloppée de brouillard et de fumée ; et sans les éclaircissements que TOUS venez de me donner, il serait encore comme le cerf .perdu au milieu des broussailles. Si vous êtes en outre capable d'enlever la fleur et de la fixer à ljirbi;e, si tous savez yoiis sacri-

fier pour une autre , Im hëro'ttieâ des temps passas n'auront rien qui vous surpasse. Mtris une fois que le jeune Sse Tom eut quittée , eoBUsent avez*TOii9 pu savoir qu'il s'était féit inscrire parmi les candidats du Honan ? »

一 « Notre Taiain le conseiller Li , répondit mademoiselle Lo , est un homme uniquement dévoué an crédit et à la faveur» Nous le Timed, il y a quelque temps ^ préparer de beaux préiAkXB pour honorer le nouveau fits adoplif du juge de la prOTince ; il a dit que ce fils était pnéciftément le jeune homme qui avait coœposë des Ter» , et que comme il lui avait fait précédemment un accueil as8«2 mince, il voulait redoubler de politesse envers lui. Qui pouvait être ce jeune homme si ce n'fest te seigneur Sse? Et comme le seigneur juge est du Honan, j*ai su par là que le jeune Sse était entré parmi les candidats de cette province^ Par la suite > quand les listes du cotioours ont été pubKécs , le conseiller Li a de nouveau envoyé pour le complimenter ^ et c'est ainsi que j'ai été iiw formée de son succès. »

翁 Diaprés ce que vous dites là , il n*y â pas de doute que ce ne soit le jeune Sse, reprit mademoiselle Pe ; et puisqu'il ne m'a point

(S9) ' oubliée, notre premier engdgéinéht subsiste.

Maintenant que tous êtes venue à mon secours, ma chère soeur, nul chagrin n'entrera plus dans ma paisible retraite. »

― « Dernièrement , répartit ihademoiselle Lo , quand je me suis réfugiée Ici , j'ai craint que le jeune Sse , s'il ne me voyait pas à son retour , ne me cherchât en tous lieux, «t j'ai envoyé un domestique à la capitale , pour lui remettre une lettre. Je n'ai point encore la ré, ponse : le temps de l'examen est déjà passé ; mais j'ignore si le jeune Sse y aura été heureux. Ma sœur, pourquoi n'envoyez- vous pas quel- 'qu'un pour s'en informer? »

一 « Je VaTais oublië, dit mademoiselle Pe; ona , ces jours passés , apporté les listes du con-^ cours général à mon père. Mais comme je ny prenais pas d'intérêt, je tie les- ai pas encore Tucs et je ne sais pas où on les aura inis«s« »

Yansou, qui se tenait à côté d'elle, prit la pa* role : « Je crois , dit-elle , qu'on les a laissées dans le parillon des songes champêtres: je Tais aller les chercher*»

Un instant après, elle revînt avec les listes qu'elle avait efFectÎTement trouvées* Les deux cousines les déployèrent, e| en y jetant les yeux,

elles virent que le treizième nom était celui de Sse Yeoupe. Cette circonstance les combla de joie : « On peut dire, s'^i ièrent-elles , que le Ciel favorise les veeux des mortels! » , De ce moment les^deux cousines redoublèrent l'une pour l'autre d'estime et d'affection. Elles ne se quittaient j)as un quart d*heure. 、

La douleur n'a q",nu temps , et l'abeille prodnit le miel. Le sentiraeut revêt cent formes diverses, et le ver file U soie. * Si la belle n*eût de sa propre bouche éclairci ce mystère , Qui eûtTpu démêler taut de rumeurs contradictoires ?

Laissons les deux cousines se livrer à la joie dans rintérieurda leur appartement , pour par* 1er de Sse Yeoupe qui , du Chantoung , s'était rendu dans la province de Honan. Il y fit un sacrifice à ses ancêtres , et se remit immédiate — ment en route pour KioUng. Il ne tarda pas à y arriver, et sur-le-champ il voulut aller au village de Kincbi rendre visite à Pe. Tout en prépapant les présents d'usage, il envoya devant lui porter les deux lettres du docteur 6ou et de l'inspecteur -général Sse. Il espérait bien avoir quelques Ijonnes nouvelles ^ aussitôt que ces lettres auraient été remises. Mais , le jour suivant, le messager qu'il en avait chargé revint lui dire qu'au momei^t où il s'était rendu chez 1q

seigneur Pe, celui-ci n y était pas: qu'il avait, ët^ faire un petit vojrage de plaisir à Hangtcheou: « J'ai remis les deux lettres au concierge , continud*t-i] , et il m'a dit que son maître y répondrait aussitôt après son retour. Je lui ai annoncé que votre seigneurie voulait aller rendre visite à son maître. II m*a répondu que son maître p'étant pas à la maison 9 il n'y avait personne pour yous recevoir, et qu'il ne faudrait pas que votre seigneurie se donnât la peine d'y venir; que si TOUS vouliez faire une visite, il suffisait de laisser un, billet qu'il placerait dans les registres de la porte. »

Ce rapport causa la plus tive contrariété à Sse Yeoupe. Après être reste quelque temps sans parler : « Pauvre Sse Yeoupe ! sécria-t-il ea lui-même, tu es bien mal favorisé du sort. Tu Tas dans le Chantoung chercher Lo Mengli : tu ne peux parvenir à le voir. Tu viens ici rendre visite au seigneur Pe : il n'est pas chez lui. Quel parti prendre? »

— « Le seigneur Pe, pensa-t-il ensuite , ne saurait manquer de revenir. Il vaut mieux l'attendre ici pendant quelques jours. ― Tu aurais (lù, continua-t-il, t'informer du temps où le seigneur Pe doit revenir, » ,

'i >^ k Je l'ai demandé, répondit le messager j on ma dit quil n,y avait pas long-temps que le seigneur Pe était parti ; que son but étant faire un voyage d'arausèment , il demeurerait pwtêtre un ni6is, peut-être deux ou trois ; qu'il n'était pas possible de fixer précisément l'époque de son retour. »

Sse Yeoupe fit ! à -dessus ses réflexions :

« Quoique le seigneur Pe ne soit pas chct lai , j'ai bien envie, pensa-t-il , d'aller toujours demain lui faire ma première visite. Peut-être saisirai 如 quelque heureuse occasion de voir nn moment Yansou , et de m'informer des nouvelles de sa jeune maîtresse dans ces derniers temps. »

Puis , poursuivant ses pensées : » Quand i,i、 rais , se dit-il à lui-même, mon train , mes domestiques, les gens qui me suivent et qui m'accompagnent^ tout cela s'opposera à ce que je puisse prendre des informations en particulier. Et quand je parviendrais au salon, Yansou n'aura pas le moyen de sortir. Il ne me servira de rien d'y être allé. Si je restais iei , le terme qui m'est fixé pour entrer en charge viendrait me presser. Puisque c'est lui voyage d*aniusement que le seigneur Pe est allé faire au lac occiden-

(éi )

tai (f), le mieuiL pour moi est d'aller Yy cher* cher. »

Gomme il était fixé sur ce projet, il vît arriver les employés de son tribunal qui venaient ^ sa rencentre. SseYeoupe se mit donc en route ftprès avoir donne sa proclamation officielle , et eoitiïne il ne s'était |||^ fait annoncer sur la route , il parmit en sept ou huit jours à Hang-^ tdheou. n eut beaucoup d'occupation, tant pour rendre visite aux autorités que poirf prendre possesion de sa charge. Mais au bout de quel* qucs jours, se trouvant tin peu de loisir , ii ^ai'gea quelqu'un daller sirf le lac occidental , s'informer où était logée sa sdgneiirie le conseiller d'état Pe de Kinling. Celui à qal il avait donné cette commission mit une journée entière à s'm acquitter, et à son retour îl dit à son maître qu'après avoit été dans tous les cfotivents du lac occidental , dans toutes les hôtelleries,

(i) Si -Hou , le lac oeeideiital. Ce lac efft situé soas les murailles de Hangtcheoo , capitale de la province'de Tchekiang , du côté de l'Ouest. Les bords de ce lac sont remarquables par la beauté des sites , et Fon y voit des i!es plantées de toutes sortes cTarbres d^agrément : c'est comme un vaste jardin où Fon va faire des partij^ de plaisir, donner des concerts «t des festins, ef^e livrer aux charmes du "vin et de la poésie.

dans toutes les fermes , et avoir pris', des informations de tous les côtés , on lui avait n^ondu partout qu'il n'était venu aucun conseiller d'état du nom de Pe^

一 « Voilà qui est bien extraordinaire! sëcria S$e Yeoupe ; on a pourtant dit clairement^chez lui quil était venu ici||^0mment se pourraitil quil n'y fût pas?» Et il envoya derechef des gens faire des recherches dans tous les quartiers de la ville.

Or, tout en allant faire une promenade aux

bords du lac occidental , Pe avait songé que

rinspecteur-général Yang était gouverneur

la province ; et craignant qu'en apprenant son

arrivée , celui-ci ne voulût reconnaître les po 崎

litesses qu'il avait reçues dans la maison de Pe,

et le prendre au passage à son tour , il jugeà à

propos de changer de nom , et ajoutant quel-

i que chose à Forthographe de son nom de Pe ,

il se fit appeler simplement le bourgeois Hoang-

fou(i), de sorte que personne n'avait pu être

(i) Il faut voir les noms de Pe et de Hoang écrits en chinois pour comprendre corament l'un peut i^nîr de l'autre par une légère altération de rorthographe. Une figure expliquerait cette transformation , si elle était da moindre intérêt pour la majorité des lecteurs. 一 Au reste le mot que je rends ici par celui de bourgeois désigne à Ift Chine les gens qui Yiyent de leurs rentes , qui ne

informé de 0O|i séjour. Il loua ensuite , pour se loger , urne pçtite maison tout à côté du pont de Siting f el chaque jour, ayante comme un simply particulier , un l^it de toile et des souliers de jonc, et faisant porter avec lui les quatre choses précieuses du cabinet d'un homme de lettres (i), îl s'en allait, soit dans une petite barque , soit en se promenant à pied, jouir de la* vue du double pic et des six ponts. Toutes les fois qu'il rencontrait quelques, jeunes gens de famille,, il prenait, avec une attention scrupuleuse, des informations sur ce qui les concernait.

II se trouva qu'un jour il était assis dans la galerie de la source froide , occupé à admirer une eau limpide qui coulait sur des rochers d'une blancheur éclatant 《; il vit venir una compagnie de six sept jeui^s gens , coiffés de larges bonnets , revêtus d'habits de diverses couleurs , et suivis d'un bgn nqp[)bre de domes*

sont point entrés dans les charges, qui ont point pris de degrés, et qui n'exercent ni la f^ofessiou <{e marchand ni celle d'artisan. Celte classe d'hcrnimes ne parait pas être fort nombreuse dans un pays où rémulation est perpétuellement excitée par les concours, et où il ne |sut qu*un peu de talent littéraire ou de sayoîr-fal^e pour devenir un personnage de distinction. 、 (I) L*encre , le papier, Pécritoire et les pinceaux.

tiques , qui portaient des tapis de fctttre et de» flacons de vin. Tons ensemble entrèrent dans la galerie pour y faire collation , et voyant Pè qui y était assis avant tftix, et dont laîr dîstin* gué , malgré la simplicité de son habillement, aussi bien que les deux valets qui le suivaient, annonçaient qu il n était pas un homme du comnrnn, ils lui firent tous une salutation y et s'assirent comme lui. Peu de temps après, les domestiques servirent la collation , et les jeunes gens y in-vitèrent Pe : « Monseigneur, lai dirent-ils , si vous n'y avez pas de répugnance , veuillez prendre place avec nous. »

A la vue de six ou sept jeunes gens , tous à la fleur de Fâge , Pe imagina qu'il pour^ rait bien , dans le nombre , se trouver quel- (juliomnie de mérite: li ne se fit donc , pas beaucoup prier , et se borna à leur dire ; « Messieurs , sans vous connaître , je Tais tous être bien importun. »

― « Pourquoi donc ? reprirent les jeuneA gens. Au milieu des eaux et des montagnes , ceux qui habitent entre les quatre mers sont tous amis. »

一 « Allons , messieurs , je vous suis fort obligé,» dit Pe; et il alla s'asseoir avec eux.

Ik i)*avjàent pas bu plus d'une ou deux tasse», quand un des jeunes gens de la compagnie prenant la parole : « A votre tangage , semeur, dit*4^, je vois que tous ne devez pas être de notre vSle de Hangtcheou. Dites-nous , je vous prie, le nom -de votre pays , le vôtre , «t ce (jiii TOUS amène ici. «

― « Je suis de Kinling , répondit Pe. Mon nom de fiiinille est Hoangfou. CTest la beauté des sites de votre pays , de vos eaUx et de vos montagnes qui m,a engagé à venir (aire ici un petit voyage. »

一 « Étes-Tous dans les écoles ou dans le$ charges ? » demandèrent les jeunes gens.

• 一 《 Je ne suis , répliqua Pe , ni dans les écoles , ni dans les charges. J'ai dans mon vil- bgeune couple darpents de terre que je m'occupe à fairé valoir. »

— « Pour un cliltivateur de village , dirent les jeunes gens , tous êtes un ami de la dissipation , notre vieux camarade , puisque tous venez ainsi goûter le plaisir de la promenade au milieu des eaux et des montagnes. »

― « Permettez-moi une demande, messieurs, dit Pe. Êtes-Tous dans les écoles ou dans les charges ? »

一 « Nous T^ici sept ^ tépondit un de la compagnie , qui honorons le oiéme Dieu tiitélaire. » Puis movitrant du doigt ses compagnons : « Ces 'trois messieurs , ajouta-t41 , sont élèves du collège de Jiî^o ; ces deux-ci sont élèves du collège de Tsiantang , et moi je »uîs du collège du département , et j'ai obteiiu récemment un grade 4Nanywng«.j» Montrant celui des jeaiies gens qui avait £»it les premières, questions : « Pour monsieur > eoiitinua-t - il , il ést coihrae vous, notre vieux ami : il nest ni dans les école$ , ni dans les charges. » ,

― « Monsieur a donc un grade élevé ? » demanda Pe,

Le jeune homme se mit à rire : « Vous devi 考 nez très-bien , notve vieux ami , s'écria - 1 - il , vous ay#z trouvé la chose du premier coup. Le nom de famille de monsieur est Wang. II est de la promotion de lautomne dernier. C'est, comme vous voyez , ùn grand personnage en herbe. »

一 « Ah ! messieurs , reprit-il , puisqu'il en est ainsi , vous êtes autant de branches • du fleuve de la littérature. J'ai manqué au respect que je vous dois. » *

Le licencié Wang prit alors part à la conyer-

sationt « Que psoieï-vous de littérature ? dit il. C'est un métier qui casse la té>e et les os. Vous y auriez aisément réussi. Ce grade de licencié , on Tobtiènt sam "peine- en soutenant ses études d'un ipeu de forfanierie et de 'babil. Mais c'est, notrè vieux frèfe , ! (pfô vous trouvez plus doux de: ne pat étudier , -dllchet^r' <Je bonis airpenu de terre , d''amâsser de l'argent et de faire bombancfe en chair et en poisson, Gesf «ne bonne chose de nètre bon à rien !!) 、

Vn autre de la bandé ' reprit : « Seigneur Wang , après votre succès , vous voilà' commé ta» dira sur terre*. îfe' ten^z doiKfpas le langage à'nm homme de plaisir. Il me semble que c,e" nous autres bacheliers qui ayons à souffrir.

QuAnd fe principal vient, il faut subir réxamen MMficMli'Au collège , il faut se présenter à l'exaïRim 'Ae ch^ue inéid« Pes amis lie f>euvent pourtant pas se dispenser' de se voir et de faire s^iëtë' 'ted >uès avec lefs autres. Il y a de Knq0tovénient"à ne pas étudier , et il y en a à se livrer à Fëtude. » -

~ « Moil chef , feprit un troisième , veut ne parlez que des inconvénients ; et -vous nie àttett rien dù |)laisir iqpi'il y a à se prbmener dans

1 氣 ville , à parler des affaires de» «uitres , 9t i faire bonne chèite» »

Toute la compagnie se mît à rire à ces mots, et après qu'on eut fait coUatioB pendanl quelque temps , un des j^unea geiia)de.la troupe prit la parole : « Cest; tic^, hoivfh! s'écria^t^ol. Je ne veux plus rien pre^dne , maia novi» voici ras^ semblés aujourd'hui, et nous nayons pta encore composé de yexs^ U faut pouirlant^qiia quelqu'un proposa un sujet; tout le woode le traitera , et cela u^m^iMm nplre ronton de la

一 《 Qui peut $uppoi:ter. dç faire da». Ter$ ^rès la collation ? » aeofia un. da$< lemMS

一 « Qi^ifid pous ne 4e»ni0|iai pcis «d^dver composer., dit un autre, iprenonft ; ti)(i4^t>P$ m $^i^&t^ et demain; nous pouj^repsy faunes h ftelh nier poli^ avec nps o^raaor^d^s» ).:r. ,r:»

― « Ne. parlez, dpnc,pa$ a^o^ ; €^01^:^ hommes, à petitea vues, dit le Ucf^ncs&é .W^f^ Puisqu'il faut composer , conipo8tQ#j$ » qyiA ceux qui ne Qniri^m . |>a# ,l^vm v«^W| soient pm^ de tçois tf^^ev , ,, , f,

― « Ypil^i qj^ est prope à/donof^^ dê, h

verve, reprirent les jeunes geii». Maïs notre -vieux fipère Hoangfou voici , comment vftr t41 faire ?•

一 《 Comment pourriez -vous lui faire com^ poser des ver», puisqu'il na pas étudié? de^ manda le licencié Wang. Qu'il boiye et cela sufÇt..»

一 «. C'est }iiste! c'est juste ! reprirent les jeunes gens. Donnez - nous le sujet , &, il tous pkit. »

― «Ce sera la promenade au lac occidental .

Quel besoin d'en chercher uo autre? » répondit le licencié Wang*

一 « Le sujet est boa , mai^ il est un peu difficile , répartirent les jeunes gens. Toutefoi» n'en parlons plu»! » Et l'on dit aux domestiques de prendre le papier , l'encre , les pinceaux et les écfhoire& qui avaieoA ixé a{^rtés, et de les placer d^yapt chacun, des cpAiriv 糊. Tous alors fie mirent à composer, ; >le« unf gardaient le silence en chercbant l^uts pensées ; les autres huraimt quelques tasfie» 湖 air lant à la quête des eiq>T4$ssionft« D'aium 姊 ai 咖 Ifi pinceau;, levé 9 qa hoch^ii^ ; la téie marnuQ^napt péniblemeps; ^uèkjpies. ^grUabos; H

y avait déjà long -temps qu'ils s'occupaient ainsi , sans qu'un seul eût encore 6nî sa pièce. Pe , qui les regardait , laissa involontairement échapper un éclat de rire. « Ne riez pas , mon vieux frère , lui dit le licencié Wang. Vous qui n'avez pas étudié, vous ne sauriez concevoir la peine qu'on a pour faire des vers. Il y a un Tieux proverbe qui dit: Pour faire un vers de cinq syllabes , il hut s'arracher plus d'un brin de barbe. »

« Sans avoir étudié , répondit Pe , je saurais bien composer une couple de vers. »

— «Si vous êtes en état de le faire , dirent les jeunes gens , pourquoi ne Vous mettez-vous pas aussi à composer une pièce ? »

一 « S'il faut que je Compose , donnez-moi la lime , répondit Pe. Autrement , il y a tant de gens qui ont traité le sujet de la promenade au lac occidental : vous diriez que j'ai pillé quelqu'ancienne pièce. *

]$n rfeiî tendant parier avec tant cTassiirance , le lioefitcié' Wang dit en ItU-même : « Puisqu'il veut qu'an lui donne la rime , je vais lui en ekoisir une bien difficile. Levâflt ialbrs la tête, il ap^çut à c^té^ ije la galerie Un' J)oirier du

Japon en fleurs , et le montrant du doigt à Pe : « Eh bien , lui dit-il , la rime sera le nom de ce poirier ! »

一 « Soit ! » répondit Pe , et sur-le-champ il ordonna aux valets qui le suivaient de tirer de son coffre de cérémonie une ancienne écritoire de Touanhi , un pinceau de poil de lapin à manche de bambou rayé , un bâton d'excellente encre conservée depuis long-temps , et une feuille de papier à raies noires , et de les poser sur la natte. A la vue de ces pinceaux et de cette encre de la meilleure qualité , les jeunes gens commencèrent à être un peu déconcertés, et ils se dirent secrètement : « Qui eût pu imaginer que ce vieux bonhomme avait ainsi des choses de choix ? Jl faut que ce soit quelque richard ! » ― « Si c'est un richard , ajoutaient» ^ 41s , bien certainement il ne pourra' pas composer. »

• Au milieu de cette incertitude et de ces conjectures , ils virent Pe saisir le pinceau , et ce fut bientôt comme un nuage qui laisse échaj^per des torrents de pluie. En moins dun quart d'heure , les quatre distiques étaient achevés. Dès que Pe eut fiûi , les jeunes gens IV. 4

s*empressèrent de prendre oe qu'il «vait écrit pour le lire. Ils y trouvèrent ce qui suit :

A la voix de réperrier, rhirondelle s'envole , pareille à un tissu de soie ;

A dix milles le lac étend ses rires semblables à des tapis parfumés ,

Le soleil répand Vodenr des fleurs , et la poussière même est evi*

、 baamée sons les pas des cheyanx; C'est on jèu de paume où le printemps nous retient par son dota, sourire.

Les montagnes percent les murs de la ville, et les ponts traversent les monastères ,

Les fleurs enveloj^pent les m^isoi^ , 1^ s^^Vea reQçuYieat le» cabanes :

Si l'on demande de ijuï le zéphyrs tie^t oe souffle enchanteur , .C'est de la flûte de jaspe , c'est du haut-lK>i9 d*or ^1 ornent ce poirier.

Par lb yiExjx Hoasgfou de Kirlikg.

Aussitôt qu'ils eurent fini dé lire, les jeunes gens frappés d'étonnement s'écrièrent : « Les beaux vers ! les nobles expressions ! A cette habileté extraordinaire , oa ne vous prendra pas pour un homme qui n'a pas étudié. Votre sei* gneurie nauraît-elle pas , en passant^ voulu se divertir à nos dépens ? »

一 « Comment pourriez-TOus Fimaginer ? dît Pe en riant. Quoique en état de composer quelques vers, je nai véritablejnent pas fait deludes. Les anciens avaient coutume de dire qu'il fallait

pour la poésie un genre de talent particulier , et qui n'avait rien de commun avec les études classiques* »

En ce moment le solail commençait à s'a»

baisser du côté de Voccident , et l'on vit les dom^stiqutt^ de Pe le r^oindr^ en apportant uii^ chaise comme celles dont on se sert pour voyager dans les montagnes» Pe se leva aussit^, et sapprochant des jeunes gens pour prendre congé d'eux: « Je devrais encore rester içi pour TOUS tenir compagnie , dit-il ; mais le jour tombe, je suis vieux et je n'ose demeurer plus long-temps. »

£^ voyant ce brillant équipage ; les jeunes get)^ se levèrent tous avec empressement et voulùreat le reconduire. Pe leur fit ses renier» cîmeûts, monta dans sa chaise et partit escorté <le s£& porteurs et de ses valets , laissant tes jeunes gens dans rincertitude et les cQnjeo titres , ms^ & hkn conyaiacus quil n'était pas un homme ordinaire. Combien ils regrettaient les proies indiscrètes qui leur • étaient échappées, et l'accueil familier qu'ils lui avaient fait !

Comment deviner qne cette lagune n'est autre que rOcéan luimême ?

Champignons d'an matin, ne comptez pas snt une longue existence*

Qui donne à ces écolier tant dQ présomption et d'impolitesse ? C'est qu'ils ont, un seul instant, rn le ciel au travers d'un tuyau.

Un jour il arriva quun religieux du monas* tère de Tchaoking , nommé Hianyun , yint apporter à Pe du thé nouveau. Pe te retint poxït prendre une ^Ilation sans apprêt qu'il fit servir à rinstant, et continuant la conversation : « Le lac occidental a la plus grande renommée dans les provinces du sud-est de l^mpirej c'est le rendez -vous des gens de lettres. Quels sont ceux des jeujies lettrés célèbres de notre temps qui s'y trouvent actuellement ? » lui dçmandà' t-il,

― « Beaucoup dliommes en réputatîon^ont et viennent sur les bords du lac occidental y répondit Hianyun. Mais il y a des réputation» solides , et d'autres qui sont sans fondement. Ces jours derniers pourtant il est venu de Soungkiang deux jeunes gens, Fun du nom de Tchao et surnommé Tsianli , l'autre^ du nom de Tcheou , surnommé Chingwang. Ces deuxlà sont du nombre des 】etU;és dont la renommée est bien fondée, ».

― « Comment lavez -vous pu savoir? » demanda Pe.

' 一 « lis sont jeunes et de l'extérieur le plus

agréable, répartit Hianyun,、 et les- pièces qu'ils produisent sont reçues avec des éldges- .universels. Des amis quils ont parmi les gens les plus distingués du pays viennent chaque jour leur rendre visite. La file ne discontinue pas. Les hommes d'un rang élevé , les premiers magistrats de l'Empire sont de leur connaissance.

Les-uns leur demandent de composer des morceaux de littérature ; les autres les engagent à venir chez eux. Ils sont tout le jour sur le lac, dans des barques , assistant à des collations , à des divertissements sans fin. Ils ont été ces jours derniers visiter sa grandeur le gouverneur Yang. Sa seigneurie les a reçus elle-même et leur a fait le plus honorable accueil. Elle les a retenus deux jours et aurait bien voulu les garder davantage. Hier, on est venu leur demander àe choisir les pièces pour Fexanien de la ville. Si ce n'étaient pas de- gens d'un talent véritable et eminent , pourraient-ils en imposer à tapt de monde ? »

« Où logent ces deux messieurs ? » dentanda Pe.

一 《 Dans l'aile orientale de notre monastère,» répondit Hianyun.

― « A guel bâtiment? » dejnandâ encore Pe.

― « Il n'y a pas besoin de sen informer, dit Hianyun. Une fois devant le monastère, il n'y a qu'à nommer Tchao Tsianli et Tcheou Chingwang. Quel est celui qui ne les connaîtrait pas ?»

« D'après tout cela, dit Pè , il faut que ce soient en effet deux hommes célèbres. » Il continua quelque temps la conversation , après quoi Hianyun prit congé de lui et sortit.

Pe très-satisfait intérieurement : « Je savais bien, dit-il en lui-même, que je découvrirais <juel(Jtiuh sur les bords de ce lac occidental. Ceci ne surpasse pas dû tout mon attente : j'iï^ai dès demain les trouver, et s'ils ont un véritable talent , le double mariag^e de Houngiu et de Mengli sera bientôt conclu, n

Le lendemain dènc , s étant muni d'un chapeau de paille et d'un habit de campagne , qui lui donnaient tout l'extérieur d'un habitant des montagnes , il se munit de deux billets de visite où il inscrivit seulement le nom de Hoangfou de Kinling, et prenant arec lui un seul petit Valet ^ il s'en vint rendre visite aux deux jeunes ^ëns*. Il vôulut s'informer d'eux à la porte du monastère , mais au moment même il y eut quelqu'un qui lui dit : « Voue êtes sans doute des gens qui

Venez voir MM. Tchao et Tcheou : alle^-yous en à l'aile orientale. »

Pe entira dans le couvent et se dirigea vers raile qy on lui avait indiquée. Bientôt il aperçut, à Ventrée d'unè cellule , un grand nombre de domestiques et de gens en habits bleus, dont les uns tenoient des billets de visite et les au* tires apportaient deis présents : on entrait, * on sortait, on courait avec beaucoup d'empicessethent et dé fracas. Pe, qu'on avait mis au fait, s'approcha de la porte , et dit en passant à son valet de reméttre ses billets de visite. Le portier les reçut en disant : « Môfi maîtres se* ront privés de Favantage de vous recevoir : ils sont sortis, monsieur ; veuillez liie laisser vos billets. »

—«Où tont allés vos maîtrés? » demanda Pe.

— « Ala ville , chez Wangtchutiyouan , réponsdit lé'concierge ; on les a engagés à assister à une discussion au sujet dune inscription qu'on va ériger. Us doivent retidre des visites sur le chemin letje crains qu'ils ne réntrent qu'après midi. Ils sont invités aujourd'hui chez le selgnéur Tchang de Tsiantang , et à leur retour il faudra qu'ils aillent dîner, »

— * Puisqu'il en est ainsi, prenez la peiiie

de gardei' mon billet, je reviendrai les voir, dit Pe, » Le concierge fit signe qu'il s'acquitterait de la commission , et s*adressant au petit valet : « Où demeure votre maître? lui demanda-t-il ; demain, ces messieurs voudront lui rendre sa visite, »

― « Il loge à la ferme de Tsaïya , sur le pont de Siling , » répondit le petit domestique. Après ces mots Pe sortit du couvent. Il vit encore beaucoup de gens qui y entraient pour visiter messieurs Tchao et Tcheou , et il ne put s'empêcher de rire intérieurement : « Que sont ces jeunes gens-ci , dit-il en kii-^même, pour qu'on les exalte à ce point? »

Il ^'en revint à son logement où il prit (juelque repos. Sur le soir, comme le jour était prêt à- tomber , il alla à pied se promener sur le pont pour jouir de la vue du lac. De là il aperçut un grand bateau préparé pour une partie de plaisir , dans lequel ou entendait le bruit des flûtes et la voix des chanteurs , et qui se dirigeait vers le pont. Quelqu'un qui se trouvait à côté de lu; dit : « C'est le seigneur sous-préfet de Tsiantang qui a invité d/s la compagnie. »

Au bout d,un moment , le bateau ajrriva audessous du pont ; Pe regarda avec plus d'^tten-

don etyit le sous-préfet aubsi^ bout, et à l'endroit le plus honorable j deux tables où étaient assb deuxj^unes gens, qui parlaient haut et avec union d'assurance. Il les suivit des yeux pendant qu'ils s'éloignaient et ils lui parurent des hommes de bonne mine et faits pour le plaisir. Il ne put les observer long-temps , parce qu'ils étaient passés rapidemer/t. Cette vue prévint Pe favorablement pour les deux jeunes gens.

Le lendemain , il retourna pour Jes vôir; mais ils n'y ëtaieùt pas encore. Après avoir at 一 tendu (juatre ou cinq jours il vit venir un domestique porteur de deux billets de visite ^ et qui} courant de l'air le plus empressé, demanda si ce nétait pas là la demeure de M. Hoangfou? les gens de la maison lui répondirent afBrmatiyement, et ce domestique ajouta : « Prenez bien vite ces billets : MM. Tchao et Tcheou de Soungkiang viennent lui rendre leur visite :

leur barque arrive à rinstant. »

En entendant ces mots, Pe sortit en hâte pour les recevoir, et vit les deux je«nes gens qui avaient déjà passé la porte. Il les fit entrer ayec beaucoup de façons qui 'furent^ rendues de part et dautre , et lés compliments étant.ferminés, on s assit aux places consacrées par lusage.

Tchao Tsiâtili prit le preniièir lapâfolt : 奴 Yotte seigneurie a daigné, ces jours derniers , jeter vtï regard sur nous, dit-il ; nom irions bien voulu accourir potir demander à vous voir. Mais quoi ! voilà deux jours (|ue tioùs sommes occupés chéz sa gi'attdeTfir le gôtivetheur. Hier ebtore, il a fallu aller faire côUatioh chez lie sbuspréfet. Les jours ô' enfuient du milieu des chai^ et des chevaux. Telle est la cause qui notis à retardés, et hou$ espérons bien que ; vous ne nous en ferea pas un crirhe. »

-二 《 Messieurs , reprît Pe , Vous êtes t6txs déni à la fléur tte l'âge, et doués d'un beati talent. Ce sont quelques instants qu'il Vous faut sacrifier à la joie et à la satisfaction de tout lé monde. »

-— « Nous sômmes , répartit Tchèou Chihg- Wang, de ]paùvrfc《 écoliers sans mérîte , à qui te liasard a pï-ocuré une vaine renommée. C^est pour nous le sujet d'une confusion inex^rimar» ble. ― Quelle est , ajouta-t-il, la patrie de votre seigneurfe ? »

― ce Kinllng , « répondit Pe.

一 « Kinling est uti ïiôhle pay%, fet to tire èxtërieitt» laifinônce tJignétnetit , reprît Tdhào Tsiaiili. Le docteur et Académicien Gou Toirian,

continuâ-t-îî, el Pe Thaîtiiouan , du ministère des ouvrages publics , qui sont de votre ville , âont satis doute de la connaissance de votre seignearie ? »

~ « far entendu parler Jeux, répartit Pe un peu surpris, mais je ne irie suis jamais trouvé avec eux. Permettez^moi, monsieur, de vous demander le motif de cette question ? »

一 « Ces deux seigneurs sont rornement de ÏLin^ng., répondit Tchao Tsianli , et nous sommes très-bien avec eux. C'est ce qui ma cou - ^it à m'informer d'eux. »

一 « Les avez-vous déjà rencontrés? » demanda Pe.

一 « Nous passons continuellement d'un lieu à l'autre : ooiniQent pois^rions-nous ne les avoir pas rencontrés ? dit Tchao Tsianli. L'automné dernier 多 le seigneur Gou dirigeait le concours du royaume de Tsou (i), et il aurait voulu nous inviter à venir lui composer son programme, et l'introduction aux listes de lexamen; mais nous aiHiplis che* Hôus tl*op damis qui n'ont pas voulu nous laisser partir, et il ne

(!) On a TU .précédemment (pie le royaume de Tsoif étâit }a provî&ce actoélle de Haakoaang.

nous a pas été possible de nous rendre à ses désirs. »

一 « Ah! messieurs, GouTouïan vous estime à ce point! s'écria Pe, mais jai ouï dire que ce Pe Thaïbîouan était un vieillard qui voyait fort peu de monde. Comment avez-vous fait pour être bien avec lui? »

一 « En effet , le seigneur Pe voit très-peu de monde, dit Tclieou Ghingwang ; mais il aime le vin et la poésie, et nous avons maintes fois bu et composé avec lui. C'est ce qui a fait naître notre intimité. » .

一 « A ce que je vois , dit en riant Pe, il n'y a, comme on dit, personne sous le ciel qui n'ait son côté faible. »

I^es deux jeunes gens causèrent encore un peu; puis ayant pris le thé, ils se levèrent en bâte. Pe ne fit rien pour les retenir; mais il les reconduisit jusqu'à la porte , où ils le quittèrent.

Ce qne tous entendez rons attire^ ;

Ce qui frappe vos yeux vous éloigné.

Il y a loin de ce qu'on vons a dit à ce qne 700s royes :

Un vain bruit ne f*ait pas nattre Festime.

Après avoir reconduit les deux jeunes gens , Pe ne put retenir un soupir : < De pareils let-

très , s*ëcria*t-il, avec toute leur célébrité sont des gens qui devraient mourir de honte ! »

. On yerra dans le chapitre suivant ce qui arriva après cette aventlire.

CHAPITRÉ XVlt.

»ERSaCUTfOKS dVw HOMME PUISSANT OBLIGSICT UN MAGIS- TRAT A QUITTER 8A CHARGE.

•Que les passions des méchants les rendent haïssables I

Leurs offres mêmes sont pernicieuses et funestes.

Celui qui reçoit da monde confie au clften la garde de sa porte ,

Et l'intrigant se garde d*éloi^er les insectes qui bourdonnent

autour de lui. * Le front même de la statue du plus puissant des dieux n'est pas à

l'abri des souillures , Et la glace se forme entre ses augustes sourcils. Des fourbes, à renvi, mnltiplieront leurs odieuses persécutions. Mais peut-être qa,à la fin ils ne seront pas toujounr d'accord !

Pe passait ainsi son temps sur les bords dû lac occidental , toujours occupé du choix de ses gendres , et faisant , pour en trouver , des courses superflues. Ceux qu'il n'avait pas jugés dépourvus de talent et d'agréments étaient des écoliers fan&rons et menteurs : aucun ne lui avait paru digne de fixer son attention.

Après plus d'un mois de séjour , ennuyé à l'excès de cette recherçhe infructueuse , il passa le fleuve à Tsiantatig, et se rendit à Chanyin (I) pour visiter la grottQ du célèbre empe* reur lu. . ,

(I) Ghaoyin est une petite TÎlle du Tchekîang, dans

Cependant Sse Yetmf)e, depuis qn,fl était en charge , envoyait tous lés jours prendipe des informations au sujet de Pe , sans jamais pouvoir découvrir ses vestiges. Il était chez lui, en proie à une tristesse et « une inquiétude^ e8> trémes.. Un jour , uae af£siire de quelque iin<> portance l'obligea daller visiter èa ^iiandpur le gouverneur Yang. Après avoir expédié les papiers qu'il lui avait portés , le gouverneur ferma sa porte et le retint à prendre le tbé : « Vous êtes extrêmement jeune , sage nia^strat ! » ipi dit-il.

une des parties les plus pittoresques àe cette proylnce , qui passe elle-même pour le paradis de la Chine. Cette ^illé n'eât pas marquée sur la carte de Danvilte ; et à cette oecasion je remarquerai que cette carte n'est ni assez e)Lacte , ni âsséi détaillée pour qu*oa pahse y suivre tontes les courses dont U ya étrie qntotioh. J^avais que" qu'envie de remédier à cet inconvénient en cocoposant UP€ carte spéciale pour ta géogr'aphie des Deux' Cousines ; mais, quoique j'eusse rantorité des éditénrs q^i ont dfëssé des cartes pour les. voyages de Gilblas et de Don Quichotte., et un atlas pour les eaux Saint-Ronan et la fiabcée de Lainmertaobr , j*ai mint d*hfficher de trop hautes prétentions en ine prévalant de ces gt^ands exem* pies , et j*ài voulu attendre , pour les suivre , que cette alliance noayeUe des géographes avec les romanciers fût confirmée par des nctes multipliés^ èt tfoUM fût nn peu moins ridicule d*étalelr tant ^cvmœ èn occupions si frivoles.

Bkëusez-moi (i), répondit Sse Yeoupc; j*ai cette année vingt-un ans. »

^ « Dans le temps où j'étais à k cour, reprît le gouverneur , je me trouvais $dfir et matin avec le seigneur votre pére , qui est un de mes plus intimes amis r cependant je n'ai jamais eu l'avantage de vous y rencontrer.»

• t Mon père et moi , répartit Sse Yeoupe, nous n'étions par la naissance qu'oncle et neveu: ce n'est que l'année dernière qu'il ma adopté pour son fils. Voîlà pourquoi je nai pâs eu l'honneur de voir votre excellence pendant que vous étiez à la cour. »

― « Ah j'entends ! dit le gouverneur. Je me souviens en effet qu'il n'avait pas de fils. Mais à votre accent , vous ne paraissez pas être du Honan : dans quelle province avez - vous pris vos premières inscriptions ? »

— « Je suis de Kinling , » répliqua Sse Yeoupe.

一 « Depids que vous êtes entré dans les charges , je vois , 4it le gouverneur , que vous

(i) Littéralement je n'oserais ; c% qui n*a pas, en chinois , l'effet bizarre qu'une telle réponse produirait en finançais.

n*avez pas encore formé d'établissement. Com; ment cela se fait-il ? »

— «Le hasard et quelques circonstances particulières m'ont fait errer en différents lieux : c'est ce qui est la cause de ce retard. »

― « Mais maintenant vous ne pouvez plus tarder davantage. J'ai appris hier , continua Yang, que le seigneurTchin venait d'être nommé gouverneur du prince héréditaire. Je voudrais lui adresser une pièce de compliment. Vous avez beaucoup de talent : il faut que Vous reveniez demain et que vous me prêtiez votre assistance. »

一 a Je n'ai qu'un talent bien médiocre , répartit Sse Yeoupe. Mais je dois m'eÉforeer d'exécuter vos ordres. »

• Après avoir accepté deux tasses de thé, Sse Yeoupe prit congé et sortit.

Or ce gouverneur Yang , ainsi qu'on a pu se le rappelèr, n'était autre que Yang Thingtchao. n avait une fille qui se trouvait justement à l'âge où les jeunes demobelles commencent à assujétir leurs cheveux avec une agrafe (i》 Voyant dàns la personne de Sse Yeoupe un

(i) A sa quinzième anQée. ,

homme à la.àeur de Fâge , déjà parvenu au doctorat , d'une belle figure et dun eîAôrte» agréiablé , il s'était décidé à le retenir pour prendre le thé, et pour avoir avec lut un instant d'entretien , et il eut une joie eïtréine d'apprendre que ce jeune homme n'était pas encore marié.

Le lendemain , le préfet du département étâmt tenu lui rendre visite*, il fit sûr-le-chattip entrer ce magistrat dans un saloln intérieur , et là il lui communiqua le dessein qu'il ftvàn conçu de prendre Sse Yeoupe pour son gendre. Ensuite il pria le préfet de se charger du rôle dentt-emetteur. Celui-ci n'ôsa pas reftiget une pareille commission , et , étant ^etoui'në à son hôtel , il fit immédiatement kiTiter Sse Yeoupe à venir le voir. « lai A vous féliciter , mon vertueux ami ! v lui dit-il eti lô rebevaiA.

一 « Sur quel sujet ? » demanda Sse Yeoupe.

一 « J'ai été aiijourdTiui Vëndre une visite au goiivetneur. Sa grandeur tn*a retenu pour prendre le thé : il m'a dit qu'il avait ûnfe fille , aussi verttieuse que belle ; qae loucM deà Succès que votis aviez obtenus dans un âg^ eÉ^éete peu avancé , et ayant appris que vous n'étiez pas marié , il me confiait le soin de ménager

une alliance entre vous et lui. Il désire qu*uii lien iftdiàsoluble et fortuné vous attache à lui. C'est là sans doute lîtie affairé extrêmement heureuse : de quoi se réjouirait. -on , si l'on était indifierent pour une pareille chosè? Voilà le sujet sur lequel je vous adressais mes félicitations. » 、•

一 « Je suis infiniment sensible à la bienveiU lanœ de sa grandeur y ainsi qu-à vos bontés , monsieur le préfet, répondit Sse Yeoupe. Je rte devrais assurément pas m'y refuser: mais mon père a déjà écrit à notre compatriote Pe , du ministère des ouvrages publics , afin de lui demander sa fille pour moi. »

一 « L'alliance (pie le seigtie 批 votre père a sollicitée pour tous est-eUe déjà conclue ? demanda le préfet. Si elle n'était pas encore définitivement arrêtée , la manière dont sa grandeur insiste peut vous donner cette marque de bonté , les offres qu'il met deyant vos yeux, ne laissent guère le môyèn de refuser. »

.* ― « Il y a long-temps , reprit Sse Yeoupe, que j'ai , p#ur cette alliance , un engagemeril arec le seigneur Pe. Dailleùrsja lettre Je mon père est partie , et de plus , c'est l'historiographe Gou Touïan qui a foit l'office d'entre-

metteur. Il n'y a pas moyen de revenir sTlr cette affaire , ni par conséquent d'eii entamer uiie autre. J'espère, monsieur le préfet, qiie vous voudrez bien m'excuser auprès du gouverneur, si je me vois contraint de refuser la marquer de sa bienveillance. ,

― « Cela n'est pas difficile, répartit le préfet. Il y a seulement une chose à observer : le gouverneur est un homme avec lequel il n'est pas bon d'avoir rien à démêler. D'ailleurs , dans nos charges , vous et moi sommes ses subordonnés. Une telle manière de répondre à l'offre de son alliance pourrait avoir bien des incon-* vénients. »

一 « Dès qu'on est dans les charges , on a toujours quelques débats à soutenir, répliqua Sse Yeoupe. Mais pour cette alliance , il xnest

. trop difficile d'exécuter vos ordres. »

( ― « Quoi qu'il en soit , dit le préfet , il est nécessaire que vous y repensiez encore , et vous ne devez pas pécher par trop d'obstination. »

― « Le fon^ de cette autre af&ire est bien clair , reprit Sse Yeoupe. , Le mariage est une chose soumise aux. règles établies par les rites pour les rapports sociaux. Puisque f ai* déjà

formé une demande , comment pourrais -je songer à en faire encore une autre ? Je Vous prie seulement, monsieur le préfet, d'employer tous vos soiûs à lui rendre ma réponse. »

Le préfet, voyant que Sse Yeoupe résistait à toutes ses instances et qu'il n'y avait rien à espérer, prit le parti de reporter mot pour mot au gouverneur tout ce que Sse Yeoupe lui avait dit. Quand le gouverneur apprit que la personne recherchée par Sse Yeoupe était la fille de Pe , cette nouvelle lui inspira diverses réflexions : « La fille de Pe' Thaïhiouan , dit-il en lui-même , a une grande réputation de talent et de beauté : tout le monde en devient amoureux. D'ailleurs il a Gou Toumn pour entremetteur , et son père Sse Fficnghoeï est aussi ^rès-bien avec *eux. Il y a n^uf sur dix à crpire que ce mariage réussira. Comment ne serait-il pas éloigné de mes vues? Je ne m'en embarrasseraispas sll se prêtait aux miennes ; quoique pâSnna charge je sois fort au-dessus àe lui, c'est un jeune homme à la fleur (le,l,âge et déjà éprouvé dans les' examens. Mais à moins que le vieux Pe ne le rebute, yiendra-t-tt jamais d,e lui-même sa-' dresser à moi? Au Teste, qui sait dans quelle disposition se trouvera Pe à présent ? ?

Il con.timiait <k se livrer à ses pensées, sans Quaucim expédient se présentât à lui. Tout dun coup il lui vint une réflexion ; « Il y a quelque temps , lorsque le vieux Pc m'a retenu ch^% lui , il avait un hôte qui logeait dms sa maison , un certain Tchangfanjou^ qui ma. tenu compagnie pendant plusieurs jours. Je l'avais perdu de vue depuis qua nous nous étions quittés. Ces jours derniers, il ma fait remettre UQ billet en demandant k me voir, J'ima^pjuai qu'il voulait tirer avec moi quelquavamage de sa liaison avec le vieux Pe ; et ne me. souciant pas d'une pareille intimité , je ne voulus pa$ le recevoir. Mais il à propos maintenajil que je rinvite à cttner; je commencerai par expédier l'affaire qui lavait amené , et je pourrai œ'in' former ensuite des dispositions actuelles du vieux Pe. S'il est ^^Ique machine ipion. puîsfie feire jouer , il nous «este encore de la ressouA. »

Après. 3'être arp^lë à ce plan , le gouverneur manda un. de ses officiers, et lui dit décrire un simple billet avec son 90m , et l'adresser du sieur Tcbangfanjou de Tanyxiog^ eo l'invi* tant à venir dîner dans son eppartement pmiciilier. Goofonnément à cet ord^e 1 l'officier

prépara un billet et envoya quelqu'un pour faire l'invitation*

On se rappelle que Tchangfanjou, en sortant de la maison de Pe où il avait joué un rôle si ridicule , avait pris pour prétexte rapproche de re^mea provineial , afin de pouvoir se f étirer chez lui. Il notait pas homme à rougir, et, songewt à la connaissance qu'il avait faite du gouverneur Yang , il était venu se réfugier à H^ngtcheou, Là , il avait Ëpt au gouverneur un gcand nombre de visitas ; mai» cohiine il ne Yoyait pas <fa on répoiujh à sa politesse , il jugea que le gouverneur ne se souciait pas de lui , et il finit par renoiScer à le voir. Ce ftu donc pour lui une nowelle tout-à-faît inopinée, que l'arrivée du messager porteur du billet de 、visite el de l'invitation. Rempli de joie , îi changea d'habits et bounet avec empressement , et vint attendreldevant la porte du paMs, Quand il fut midi, les portes s'ouvrirent , on appela les invitations , et Tchangfaïq'ou fut admis dans rintérieur.

Aprèa les premiers complimenta, le gouverneur et son hAte s'assirent chacun à leur place, et le premier prenait la. parole : « Pepuis que j'ai reçu vos visites , dit-il , je voulais vous en-

gager à diner ; ne vous offensez pas , je vous prie, si les affaires du gouvernement m'ont fait tarder jusqu'à ce moment. »

一 « J'avais déjà reçu de tous des graces infinies , répondit Tchangfanjou , et je m'estimais le plus heureux du monde. Vous me faites maintenant Finsigne honneur de m'înviter chez vous ; que puis-je faire pour men montrer digne? »

Peu de temps après on servit , et quand les premières tasses eurent été vidées : « Vous feriez fixé votre domicile chez Pe Thaïhiouan : comment avez-vous trouvé le temps de venir jusqu'ici ? » demanda le gouverneur. •

一 « ! Jai pris congé ée sa seigneurie Pe à raison de l'examen provincial de rautomne passé où j étais candidat, répondit Tchangfanjou. C'est ce qui ma permis de venir ici et de m*âpprocher du foyer de la raison et de la vertu. »

一 « Ah ! vous avez quitté Pe Thaïhiouan ? dit le gouverneur. Je ne sais s'il a marié sa fille depuis ce temps : en avez-vous appris quelqxie nouvelle ? »

一 « Pour ne point trompér votre grandeur, dit Tchangfanjou , quoique je fusse précédem»

mmt lo^ chm le seigpeur Pe sur le pi^d d\m h&H iurdioaimi il i» avait réellement hk •espérer qu'il me prendrait pour son gendre. Je nauiais p«A iioagidé que par la suite le seigneur Pe prêterait roreilla aux caloipniéd de quelques gens de xi^f qui. in abligeiraieBt à prendre congé: au reste , j'ai ouï dirg que sa fiUe n'est pâ» encore

: T^rliC vi«ix.Pe est up. homme extrêmement entier et plein de confiance en lui-même. Dans les promierà temps , lorsqae j'étais à la cour, je. lui aurais ùdt &ire deux ou trois fois des propositjona pour itum fiU<; mais il n'a pa» même voulu les «écouter. » 奢.

一 《 Si c'est ainsi qu'il prétend se choisir un gendre, j» .peur qua le mariage de sa filie ne s'achève pas durant sa -vie actuelle ! (i) » s écria T/cbangfanjou,

« C est TES» ! TOUS ayez rahon ! dit le gon* verneur en faisant un grand éiolat de rire. Mais jai entendu idîve tout récemment que le juge Ssie la lui avak fait demander dtaire de 60a Touïm. Vous savez peut-être cela?»

(i) Allusion à la métempsycose , comme on en a déjà TU/plofiaui eacemplffi

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