‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 15 sur 19 · IT · texte numérisé non relu

IT

— « Je ne le savais pas encore'; mais permettez-moi de vous^ demander qai est ce juge SseP ».

C'est un docteur de la noaveUe .plromo, tion , Sse Yeoupc , , répondit le goureriieur.

-— « C« Sse Yeoupe est de la province de Hq> nan , » observa Tchangfanjou.

一 « C'est son onde paternel qui est du Honan, répondit le gouTerneur, et<>*eat pour cette raison qu'il est inscrit parmi les «candidats de cette province. Pour lui, il est de Kinling. »

'- ft En ce cas-là , c'est M. Sse , sumommé Liansian ! s'écria Tchangfanjou très-^rpris ; je croyais que^'était une autre personne du même nom. »

一 « Est-ce que vous avez des ; liâisons «avec luip» demanda le gouverneuR.

一 « Nous sommes amis intimes , JML See et moi: Ù a demeuré plus d'un mois dans mon jar'din, » répondit Tchangfanjofi.

— « Je suis channé 'qu'il en soit J^à&sk , dit le gouverneur. J'aurai mne affaire à 'Tous confier^ a Puis-je vous demander quelle affaire ? »

reprit Tchangfanjoiu

― J,ai une fille , dit le gouverneur, et jayais jeté les yeux sur lui pour en faire moagéndfe ;

mais ses tues s'^téient dirigée- sur la fiUe du à&ig^euT' Pe> s'est obstiti^ment refiusé à mes o&iss. Puisque v<yus êtes liés ensemble , il faut que vous preniez la peine daller lui parler. Le seigneur Pe est ûn tionifhe fantasque etopiniâtre. Le niaoriage qu'il pi^ojetteé^ôuvcra bîei> des difficultés. Le miètix pourlluî est d«n revetiirà Fkllianc^^ue je lùi ai proposée. Si l'affaire rëuscomme je lé dërire, jê saurid reconnaître ce service. it

Tchang£inj6a 'fit tinef'riVérence : « Je reçois ▼os ordres , » ajotita-1>-il ; ét après avoir bu ^elques tasses de plus, il se levà, prit congé du gôtiYerneur et sortit.

En s,en retournant cbeî lui, '- Tchang&njou fit &es réflexions sur cô ^'îl tenait d'apprendre. « Qtre de tourmènts'iievdtè sab-je ipas'doifliéis, disâit^il en Ivd^ménie, ^ue d'âi^ent li'àUje pas dëpetisé dans lé principe, ponîr ei^^ tenir à cette ailiaiicé avec la maison de Pe ! et j'àî perdii ma pekié et Hidn -temps f Yoilà qu'il fait choix d'un docteur de noàveUè pi^èinotion , et qu'il le ptend pour soeT getidre.^ ^ a^t-it pa"là de qùoi m'ipriïer? Mai《 rfai rien de mieux à Éinre que de ê^tanget t^t cekv' Us ne sont pas encore accordés, et s'il y a quel({ué^ moyen

(:IOO》

le* fcrpuUte , j'en se^ p^W imomv à la proteçtion ,gpjiv/É^ii»u|?, ]VMs >^— t S^e est en amaiir w^; ^mt&,4^ ^^1901^, long-temps <ju,il est épris il est coming un. hoipiqe: ^^in^^ -ou. d^^oi^e par la 5oi£. Si je œe ^inaç. à^、 l,€;xbçï^f:,<te r^^, ou à QBpqwp m»t^i A' v^. 1 YQiwJra jamais jg^'éconf^f^. 3 卿 pf> ! i»e,peutpas 糸]; i:ep' 科 foitefpçiUjbf|9C0iéd€iÇf{ip|i^ 够 , arrivé dans la maison dePe depuis quelqueJ^^p^; I il fout cf^ je Ipj d(^)bÂ^j^w rÇo^Xe^ lt Im cUr^i^l^e

n'aura pas le chagrin de vfi^îr Jjçapq 稱: le '勢, ri^^e qu'il; ^tBTo^eM-A*)

dès te ^i^€^mai9 ^ p^ifp^ qmlqw^ prét>mHf viflt r^iMÎrc ^es fi«yoifs 银 toe 柳 çQm^P9^M

causa ^ l^eauqoup; d^jilaisir. 竃 Cgt, kfimm^rtçk^ gftWÇ'Ps., • ■ ' ,. .. <'

(lb"

'tl cdiiPttt <tonc ûtéc empresséinem au saloii ^J)ouf y técev^îr Tcliangfanjoti. Tbu» d<eux s"a" -boitfèi^nt aveéAin àîrîrtant et satisfait, et après les prefwifers ètMiijpliawhts , ils s'assirent jdyéti* * 細 ei^. Pais Tdh^gfanjôu ptehânt la parblè : Vous êtes ^rtï bien sabitemetiti seîgneiit j ÔMl 5 Wtfffflli n'y sl fis dejouf cplè^ei/aite "péksé à vous. Aujourd'hui que j'ai le bonheur dè toûs teTtttfdiïttët y jë tt^en sùis JfâaT moiâs en* chante de S/^tl* tôii^^ ^oiqtiil y ait étttre notA là 'di^âttcé dès^hiiaLges au limow iè )à tferrev»

tes dispositions pour illoi , tépàr^t'Ssfc Yebtiipe. î^ptiîs qué îâ îôrttee ; plus qvit xtiàn YnSrite, ih*â feVoTisé, jé désîVdis vous dontrer de me^ nôiiVeïïéi j liïâî* qttoi ! la dtsbhce dth Kèùt Vrt nie péttùh: l>ernièremént;, èïi ^a^sàht

parKinling, le délai qu'ôn m'avait accordé ét^ht près d'expirer, jè nafi pu aller vous rendre visité. J« n'ai pas efu jusqu'ici un tnomètit de ^ëlàch'è. AujourdiiTii que vous avé2 la bonté àé venfr itte voir, jè suîs extrêmement touché "âé cette fatetir. Mais pentiettez, monsietit , que jè t^ôus fairse uhe dehiatiâë : lè èeîgnéùt "Pé. s'étàit ârtangé poui» tôus teger chréz ltlî} vôUsttie 化 to

quittiez ni le soir, ni le matin : comment avez** vous fait pour tous éloigner de chez lui ? »

— et Mon premier prdjet, comme vous le savez bien, .reprit Tchasg&njou, avaôi été le désir deppuser sa âUe ; mais depuis, quand sa fille a été morte, à qaoi m'eût servi de marrê-ter encore chex lui ? J'ai fini par pr^dre mon congé. » ~

Ces mots . jetèrent Sse Yeoupe dans le plus grfind troubla : « Qui morte ? » s*éqria-t-iL

、 一 « Sa fiUe^ mademoiselle Pe; elle est morfe^ répondit Tchangfanjou» Est-ce que vous ne le saviez pas encore ? » •

Après un instant daneantissement, pendant lequel il lui fut impossible de pwler : «cGom* ment laurais-je appris , » s'écria 3se Yeoupe.— « A quelle époque est-elle morte ? ajoutait* il, quelle maladie la enlevée ? »

― « Elle est morte dans le courant de Fhiver, dit Tchaqgfanjou« La plupart de ces fiUei à grands talentsne viennent pas à bien. Mademoi* selle Pe ne manquait pas de confiance dans les siens , elle passait tout son temps à composer. Pour peu quelle vît la lune en automne ou les fleurs au printemps, elle se livrait à des émo*

âbns fonestes. Elle avait d'ailleurs rencontré uq père intraitable et opiniàtrê : occupé du choix d'an gendre , tantôt d'un calé, tantôt de l'autre , il ne songeait pas à mettre un terme aux ennuis du célibat de sa fille. Elle a fini par tomber ma* lade , et- son état a dégénéré en une langueur dont elle ne s'est plus relevée. Tous les médecins ont dit que c'était une sorte de consomption ; mais , autant que j'en puis juger ,• c'est le moral qui Va fait périr. »

A ce récit qui présentait tant de Traisem- Uance, Ssefeonpe, qu'un coup si cruel prenait au dépouTTu, ne put retenir ses lannes : « J« suis revenu trop tard ! s*é€ria*t-41. Je désirais acquérir de la réputation ; mais cette répu 一 tation , quand je Faurab obtenue, je voulais qu'elle me méritât le bonheur d'épouser cett« personne charmante. Mon état est fixé maintenant , mab celle pour qui je le désirais a d&S" paru. "Un vain songe de gloire m'a égaré, et à mon tour je lai conduite à sa perte. Il y a un ancien quPdit : /e n,aipas tué Pejin ) mais je suis la cause de sa mort. Aveugle que fêtais y d avoir manqué à cet excellent ami ! Voilà bien mon sort avec mademoiselle Pe! Ah ! c<Hnment ne pas avoir le cœur navré ? »

― ctl^aeé comme vous Fêteg air Mte des offiees^ poMios , dit Tchangfamjott, tous ûtez les regards des lettres du peuple. Vaas devez , il me semble, seigneur, modérons af£eeiians conformément aux rite». »•

― « Un auteur du temps de ia dyna&tie des Tski dit que les objets de nos affections sont ideDitifié& avec nous-mêmes y reprit Sêe Yeoupe; TOUS me parlez de rites: est-ce poor nous qu'ils ont été institués ? Quel homme sûîs-je;, mon cher ami, pour que vom ayei^ une teUe idee de mdl »

, 一 《 Vow êtes jeuM , monsienr ,! et parrenu à «m grade élevé. ÀecuBeriiez«^TOUs le monde ewriec de ne pas vous oii&ir tëine belle épouse et imcdriez«TOtts rester ."taché à «elle qui n'est plus? »

一 « EUe est la seule que jaie aimée dan»tome ma vie! sécria Sse Yeoupe ; maintenaiit qpe son huh est brisé , &on image du moins me snrvta dans ma solitude* Quelle infidélité ne s^âît-ce pas, que d'aller chercher une autre belle pour compagne ! »

― « Une nouvelle qu'on apprend à l'heure même cause naturellement une vive affliction , reprit Tchangfanjou; je suis bien éloigné, sei-

gnèti^, de ti^ôuvef àrètfereà lâvôfré. Ce^etaitte léti^gè*d*un iiiisiérable qtte de tous entretettir de la màrsile et de laliàtna nuptial (i), au mo^ itiént itiéme où vous êtes plongé dans les dotf-leurs (fun hommage fturèbre. Il laut (jtre pen à pèu Vous Vouis accoutumiez à y penser. ï>

一 k Vous avez de laflEection pour moi , mon cher monsieur : vos pai*oles ont tout le charm»ô de l'amitié ; mais mon cœur n'est pas de rôclàe, et je ctàins qu'il ne se rétablisse jamàis. »

― « Votre sensibilité est excessive , dit Tchangfenjou , et voilà trop long-temps qu« jt TOUS fatigue par toes discours. Je vais preîfidre congé dte vom; uh àutre jour , je revi«iïdrâi tou* oÉÊrir mes consolations. »

-— • Mon cœur est bien souffrant , répondit Safe Yeotipe; je n'oserais vous retenir plus longtetti^s : je vt)iïs reverrai un àlitre jour, et jte rècéVrài i^ôs^ bienveilkntes instructions. »

En p^atit ainsi , Sse Yeoupc recbodui^t Tchangfâtijbu et ils se ^ëparèrent. Le lendèiiiâiA il alla lui rendre sa -visite , et Tchangftrtt* jôu veilourela ses représetitàtîoit», « Seigneur , dit-il , quelquidée que voûs vôus fussiet

(i) Voyez la note • sur le chapitre xy , ci-dessus ,

\ ( io6 )

formée du talent' de mademoiselle Pe, tous n'avez point avec elle d'engagement de mariage.

Si sa mort devait vouç ^empêcher d'en épouser une autre , ce serait faire de mademoiselle Pe une autre Soupou. fai nouvellement entendu dire que le gouverneur avait une fille d'un mérite et d'une beauté remarquables ; il a même déjà chargé le préfet de vous l'offrir en mariage , seigneur , et vous l'avez refusée à cause de tos précédents engagements avec mademoiselle Pe, Mais maintenant^ vous savez qiie celle-ci n*est plus, et vous n'avez pas de raison pour persister dans vos refus. Sa grandeur a su que vous mlio* notiez; de votre amitié, et elle ma chargé de vous reparler de cette affaire. Vous ne devea pas, seigneur , garder une pareille résolution. »

一 « Une langueur extrême, une stupidité complète se sont emparées de tout mon être, répondit Sse Yeoupe; c'est au point qu'il ne m'est plus possible d'entendrç parler de mariage : mille obstacles«s'opposent à ce que je me rende aux ordres 4^ sa grandeur. J'espère , mon cher monsieur, que vous vous chargerez de lui porter mon refiis. »

Tchangfanjou insista de cent manières , et Sse Yeoupe ne mit pas .moins d'obstinaticMi

• ( ) à refuser. A la fin , Tchangfanjou, ayant épuisé tdtts ses moyens , se vit oblige d'aller porter cette réponse au gouverneur , et de lui transmettre mot pour mot la conTersation qu'il avait eue avec Sse Yeoupe. « La chose dépend de lui, dit Yang en riant; je vous invite à revenir me voir : je trouverai moi-même quelque moyen. »

L*abeille et le papillon se désolent de ne pouvoir recneillir le

parfum des fleurs ; L^irondelle et le loriot rondnient, à tout prix , arrêter le cours

du printemps. 一

Mais c'est an roi d'Orient qu'il appaitieiit de fidre épanouir les flenn :

Ni la pluie , ni le rent ne sauraient les emp^her d'éclore.

- Le refiis de Sse Yeoupe, ée consentir à l'alliance du gouverneur , pénétra le cœur de ce* lili-ci du pliis vif ressentiment;. Il s'occupa bientôt de rassembler ou de susciter des affaires difficiles et embrouillées pour les donner à démêler -à Sse Yeoupe. Celui-ci les lui ren* voyait après les avoir parfaitement tirées à clair. Ce nétait pas là du tout le compte du gouverneur, nie contrariait en toute occasion, le forçant à revenir sur ses jugements, ou cassant lui-même les décisions qu'il avait prises ; i\ faisait revivre des causes qui avaient été jugées. D autres fois, il

«aûgeait de Sse Y^upe qu'il restituât d« Far* gent^quil navaU pa& reçu ou qu'il saisit des voleurs dont il n'euatait pas de traces» Il fatiguait aimî Sse ïeoupe par une persécution de tous le» jour», et quand les affaires doDt il laocaUaât étaient lermiaées^ il lerépriinandait en-* eore, sans jamais lui témoigner la moindi^e bienveillance.

一 « Tout ceci , disait Sse Yeoupe , vient manifestement de mon éloîgnemeot pour le mariage qu'il m'a propdsé. Il veut me pousser à* bout, et moi qui suU son subordonné , je nai nul moyen de lui tenir tête. Mademoiselle Pe n'est plus. Je n'ai pu découvrir aucun vestige de Lo MengU, ni éè sa sœun. Je suis seul ; je nai ni père, ni mère, ni épouse , ni aucune âutrd femme dam ma . maison. Je . ne tiens null~ ment aux richesses , et je resterais , sans aucun dédommag^ent , à mener la vie d'une béte de somme, pur attackement pour cette écharpe de gaze noire,' et. pour le vaiïi plaisir d'être in« scrit les Ustes des gens en place ! D,a^eim, Toilàau^dessuft de moi on adTersaire dangereux. Gomme il n'y a que peu de' temps que je suis tii charge, il na pu trouver encore aucun sujet réside m'amquer. Mdfr après un exercice pkis-

prolongé de mes fonetions , il finira par di* couvrir quelque petit prétexte pour me siisci^ ter une affaire , et akm», A je yeux me debarpasser de lui, il faudra qtie^} épuise toutes mes ressources. Le meilieui' parti que j'aie à pm^ dre , c'est de donner immédiâtement ma démis* sion. Par là, ceux qui nom entourent verront bien que cet homme insuppo|:^b1e est la cause de ma retraite; et quant aux affaires , si je veux quelque jour revenir sut ma dét6nmiiation, cela ne me sera pas difficile. »

Aussitôt qn it eut pris son pafni, il expédia successivement toutes les affaires qui aTaient été renvoyées à son tribunal. Il fit réponse à tons les placets qui lui avaient été adressés , et finit par écrire une lettre, qu'il diépécha par un de ses huissiers au préfet , en le priant de faire part de sa rétraite aux trois directeurs , ainsi qu'aux imendaffits et aux autres magistrats dé la province. Il n'avait pas de fâmille avfec lui , et formait à lui seul toute sa màison. Il n'emmena avec lui <jùe les domestiqnes qui rayaient àc^ compagne , ainsi qi4e Siaofai, et prit seulement le bagage nécessaire ; puis, de très-grahd matin, il partit en disant à ses officiers que le juge provincial l'avait chargé d'une âffftipe retire à sa

(IIO),

charge , et leur défendit de le suivre. H sortit par la porte de Tsîantang , avec l'intention de prendre une barque pour s'en retourner à Kinling; Mais quand il se vit hots de la Tille, et parvenu sur les bords du lac, il fit de nouvelles, réflexions : « Je voyage sans but déterminé, se dit-il à luhméme : lorsque le préfet et les deux sous*préfets vont apprendre mon départ, ils ne manqueront pas d'envoyer du monde à. ma poursuite. Si je suis cette route, ils me r^oindront infailUblement; et ce serait un grand désagrément pour moi que d'être obligé de retourner. Le mieux est de passer le fleuve à Tsiantang, et daller faire un tour à Châiiyin , aux environs de la grotte de l'empereur lu.

J'y séjournerai quelques jours , et quand on verra qu,il n'a pas été possible de me rattraper, on laissera nécessairement tomber la chose, et il me sera facile de reprendre mon chemin sans rencontrer dobstacle» »

D'après ce nouyeavi plan , il prit sur le lac une petite barque et se fit ramener à lemboucliure du fleuve. Quand il y fut arrivé , il continua son chemin, tout doucement à pied. H n'avait pas fait plus d'un mille (i) , quand il

(1) Un dixième de lieue.

Page 1