CHAPITRÉ XVIII
REKCOKTRB d'ok GBKDRB DANS VIS VOYAGE ÀU MtLIEV DBS BÀUX ET DES MOKTAGKES.
Toot finit par s'édaircir, et les hommes de même k^mpe se reconnaissent:
Mais aa sein de la tristesse , comment parler du miroir nuptial ? PiÎT^de rharmonie du Inth et de la guitare , ^d'importé la difTérence da parfum de VoroDge et de la Tanille ? Ponr le connaisseur , fodeor du poisson salé n'est pas fétide : Quelle pénétration y aorait-ii à savoir le moment quand on entend la clocbe ?
Peyo rencontra réellement un coursier généreux. Ce fat son coup d'ceil qui le lui fit distiogner parmi les plut médiocres.
ï)epuis la rencontre que Sse 'Yeoupe ayait faite de l'hermite , les opérations divinatoires qu'il lui avait vu exécuter , les explications si positives qfiii en avait reçues , n'avaient pas laissé de lui inspirer quelque confiance, et il avait, sans hésiter davantage, dirigé sa route du côté de l'occident Mais dans la crainte quon ne vînt à savoir ses démarches , il cacha son véritable ^nom , et prit celui de Lieou (saule), en souvenir des Ters que mademoiselle Pe iayait composés sur les saules printaniers*
It ne se fit connaître aux gens qu'il trouva sur son chemin que par le nom du l>achelier Lieou.
En peu de jours il parvint à Ghanyin. En cet endroit, la route lui offrit les beautés d'un site imposant et véritablement agre&te. Mille vallées donnaient cours à des ruisseaux qui semblaient rivaliser entreux. D'admirables points de vue se succédaient sans fin •comme sans interruption. Sse Yeoupe fut très-frappe de ce spectacle^ et pour en jouir plus à son aise il atta se loger dans un vieux monastère qu'on nommailt le temple de Fempereur lu. De là il partait pour ses promenades champêtres , qu'il réeommençait tous les matins et tous les soirs.
H arriva que le conseiller d'état Pe , au retour de la course qu'il avait faite à la grotte de lu , vint aussi loger dans le même couveirt.
Tous deux un jour, après leur déjvùner, sortaient pour aller jouir des charmes du paysage. Ils se rencoBtrèrent à Vimproyiste : Sse Yeoupe, en tournant la tête , vit un vieillard , la tête €0UTerte dun bonnet de toile de lin , et vêtu d'un de ces manteaux de toile blanche comme en portent les religieux. Son air annonçait un homme singulièrement distingue , et supérieur
aux hommes ordinaires. Sse Yeoupe , qui se rappela dans rj^nstanbles prédictions de rhcrmite de la Reconnaissance , fut tellement frappé à la vue de ce p^sonnage qu'il demeura debout sans pouvoir faîne un pas en ayant. De son côté Pe remanfua dans Sse Yeoupe , avec Fair de la jeunesse, un extérieur avantageux et tous les signes d'un mérite eminent. La vue de ce j^une homme lui fit beaucoup de plaisir; comme il ^'aperçu^qiie Sse Yeoupe s'était arrêté pour le xîoifôidërer , il demeura lui-même à la place où il se . trouvait. Tous deux, tinrent leurs regards attachés lun sur lautre , et se saluant mutuellement , ils conmiuèrent à se regarder sans pouvoir s'éloigner. À la fin Pe se mit À lire: « Mon cher monsieur , dit41, vaus êtes ici seul à jouis du plaisir de la promenade : c'est le délassement; des grands génies , que d'errer au milieu des eaux et des montagnes. »
. Sse Y«oupe répondît à son sourire : « Je n'dspire pas à la qualité d*homn(|e de 哲 énie, ditil, et je me borne à maccher sur les traceis de ▼être aeigneurie. n
Pe vit, sur le côté de la route, plusieurs pins très-ëlevés qui formaient en cet endroit un
ombrage agréable : « Mous sommes des campagnards , habitants des inoiM;agne& et des bords des lacs : que n'allons -nous nous asseoir et causer un instant au pied de ces pins ? »
一 « Je ne désire rien plus , répondit Ssé Yeoupe. Mais je crains de mal répondre à votre obligeante proposition. »
Tous deux s'avancèrent entre les pins , et firent choix de deux grosses pierres pour sy asseoir. Puis Sse Yeoupe prit la parole : « Votre seigneurie , dit-il , me permettTja-t-elle de lui demander son nom , celui de son pays , et le motif qui l,a fait venir en cet endroit? »
一 « Mon nom est Hoangfou , répondit Pe ; mon pays est Kinling ; je suis venu ici pour joiiir des beautés de ces montagnes et admirer la grotte de lu. Et vous , mon cher monsieur , comment vous appelez -vous ? Quelle afiaire vous a conduit ici ? A votre accent , je juge que TOUS devez être mon compatriote. »
― « Mon nom de famille est Lieou , dit Ss« Yeoupe. C«st pareillement le goût pour les montagnes et les eaux de ce pays qui m'y a amené. Je suis effectivement de Kinling. Je n'avais pas encore eu riionneur de faire votre connaissance dans la ville où je suis né. C'est
line bonne fortune pour moi que d'avoir l'avantage de TOUS voir ici, au moment où je ne pouvais lespérer, »
— « Je suis un vieillard inutile au monde , et le diyertîssement que je viens prendre ici au milieu des montagnes m'est tout-à-fait loisible. Mais vous , monsieur Lieou , vous pa-* raissez fait pour monter le coursier d'or ou siéger dans la salle de jaspe (i): comment vous a-t-il été possible de venir aussi faire un voyage de plaisir ? »
一 « J'ai lu, répondit Sse Yeoiye, que le plus grand de nos historiens (2) avait parcouru tout l'Empire, visité les montagnes les plus célèbres, et les plus nobles rivières ; qu'il s'était ainsi muni d'une ample provision d'images et de souvenirs , et que cetaU par ce moyen que, dans son style brillant et animé , il était parvenu à s'approprier toutes 】es merveilles de l'antiquité, comme celles de nos jouts ; on peut
(i) On a déjà vu plusieurs fols que ces deux expressions figurées désignaient le collège suprême ou la grande Académie.
(a) Lt grand historien est le litre qu'on donne au célèbre Ssemathsian , que quelques 'missionnaires ont «urnommé VHérod^U de ta Chute.
( xîo )
dire aii^oiml'liui la même chose ^ votre »ei» gneurie. Pour moi qui suis peu araneé dans mes études , j'ai quelque faîUe parcelle do goût tlont TOUS parlez ; mais je ne suis pas , et j'en arougis, l'iiocnnie que vous supposez. »
— «t Les grandes vues ne conviennent qu'aux talents supérieurs , reprit' Pe , et ce n'est pas à un vieillard affaibli par Fâge , tel que je suis , quil appartient d'en avoir de pareilles. Mais un jeune homme comme vous a des devoirs à remplir : seriez-vous, monsieur , seul affranchi de ces devoir»? »
― « faî eu le malheur de perdre mon père et ma mère; je suis orphelin , et je n,ai pas encore contracté de mariage. C'est pourquoi il m'est permis de me laisser aller à mes fentaisies» Je n'en reçois pas avec moins de respect l'avis que vous voulez bien me donner , et je suis infiniment redevable h Votre frarichise. »
― « Ah ! la chose est ainsi ! » dit Pe.
― « Permettez , seigneur , interrompit Sse Yeoupe , que je m'informe où votre h6tel est situé à Kinling..A mon retour , je me ferai un devoir d'aller vous demander. »
一 « Je demeure à la •campagne , dans un
TsUage à soixante ou &oixante-d[ix milles (i) de la villâ, et qu'on nomme Kinchi.
一 « Ah! TOUS habitez le village de Kinchi ! Y connaîtriez- vous Pe Thsuhiouan , du ministère des ouvrages publics ? » demanda Sse Yeoupe.
A cette question , Pe ne put s'empêcher de sourire intérieurement : « Voilà la demande ! pensa-t-il. Cet homme-ci serait -il un second Tcliaotsiaiili? 一 «Pe Thaïhiouan ? continua-t-il: c'est un de mes parents : comment ne le cou nsutrais-je pas? Mais, monsieur Lieou , puisque vous vous informez de hii, sans doute vous êtes lié avec lui. »
一 «Je ne suis pas lié avec lui; mais j'honore son beau caractère , et c'est pourquoi je me suis informé de ses nouvelles. »
一 « Mon parent Pe a beaucoup de fierté et de roideur dans le caractère : comment a-t-il pu vous inspirer de l'affection ? » demanda Pe.
~ « Un homme vulgaire n'a jamais de roideur , et la fierté siérait mal à celui qui serait sans talents. L'une et l'autre sont bien placées chez un homme de lettres. L'affection que j'ai
-(i)'Six ou iept lieues.
pour lui n'a donc rien, que de très-convenable , répliqua Sse Yeoupe. Ce seiguçur , à mon ayis, a pourtant un défaut. »
一 « Quel défaut ? « demanda Pe.
一 t Son jugement n'est pas bien arrêté , et il est par fois le jouet des intrigants , » dit Sse Yeoupe.
― ff Oui, j'ai dît quelquefois la même chose , reprit Pe. Mais, monsieur Licou , puisque vous n'avez pas de liaisons avec lui , comment donc le connaissez-vous si bien ? »
一 《 Le seigneur Pe avait une fille qui , pour le mérite et la beauté , n'avait jamais eu sa pareille. Vous dev€z le savoir , seigneur , puis({ae TOUS êtes son parent. »
― « Oui , jen sais quelque chose, » répartit Pe.
一 《Eh bien , ayant une telle fille , il devait naturellement s'occuper du choix d'un gendre. Toutefois les recherches qu'il a faites de tous les côtés se sont uniquement dirigées sur des jeunes gens riches , mais , dépourvus de mérite ; et il na pas fait la moindre attention aux hommes de talent qu'il avait sous les yeux. C'est ce qui me fait dire quil n> pas pn jugement bien arrêté. »
― « Avez-vous été voir mon parent, mon-»
sieur Lieou ? » demanda Pe.
― « Jy suis allé, mais je n*ai pu le voir, »» répondit Sse Yeoupe,
一 « Eh bien , monsieur lieou, ne portez pas un jugement trop sévère contre mon parent. Le hasard la mal servi , puisqu'il n,a pu se rencontrer avec vous. Sil vous eût connu , monsieur Lieou, il n'aurait pu manquer de reconnaître en vous les agréments de Tseutou. »
— « Je ne mérite nullement cet éloge , dit Sse Yeoupe. Mais assurément le personnage qu'il arvait appelé chez lui n'était pas un homme accompli. »
Ces mots firent naître une réflexion daps l,esprit de Pe : « Les choses de ce monde ont un singulier tour ! pensa-t-il; je commets une me* prise avec un Tchangfanjou, que tout le monde connaît, et quand je jette les yeux sur un Sse Yeoupe, personne ne sait qui il est. C'est bien le cas dé dire qu'une bonne nouvelle xke sort pas de la parte, et qu'une mauvaise se répand à mille milles. 一 Puis s*adressant à Sse Yeoupe .*I1 y avait au collège de Kinling un élève nommé Sse Yeoupe: le connaîtriez-yous^ monsieur Lieou?"
Cette demande étonna quelque peu Sse Veoupe : « Pourquoi nie fait-il cette question ? dit-il en lui-même. 一 Sse Yeoupe moi , continua-t-il , nous sommes condisciples et il est fort de mes amis. Quel motif a votre seigneurie pour 晷, informer de lui ? »
— « Permettez-moi une question, ajouta Pe:
dîtes-moi , je vous prie, monsieur Lîeou, quel degré de talent a ce Sse Yeoupe? »
一 《 Il n'est pas plus habile que moi,» répon dit Sse Yeoupe en souriant.
一 « On peut juger de lui s'il mérite de -vous être comparé , reprit Pe : mon parent m'a dit que ce jeune M. Sse était celui sur létjuel son choix s'était fixé pour lui donner sa fîUe, ,el que les autres ayaient disparu comme des mouches étourdies ou des papiUons q\ie le tourbillon entraine. Direz-vous , M. Lieou , que son jugement n était .pas bien arrêté? » 、
En entendant ce discours , Sse Yeoupe ressentit intérieurement un mélange de sin^ise et de joie que tempérait un regret inexprima* ble : « Quoi ! s,écria 小 il , j'ai donc commk une indiscrétion inexcusable ! »
Après cette conversation, to»s deux.se mirent à causer des. agréments du pays où ils se
trouvaient» Ils restèrent assis jusqu'à lapprochef de la nuit. Us levèrent alors, et s*en revinrent en se promenant jusqu'au monastère , où ils se séparèrent.
Ii66 segurda de deux beaux yeux ne fatiguent jamais ,
Et Ventretien se prolonge de lui-même entre deux cœurs droits.
Que voil-oii par delà ces saules, an-dessus des monts ?
Dos oiseaux qno le crcpiuqile rappcBe du haut des Bia|;«s.
B.entré chez lui, Sse Yeoupe s'abandonna à toutes sjes réflexions : « Le seigneur Pe , dit*il , m'avait donc donne une place dans son sein ! si j'étais venu simplement me présenter devant lui, et solliciter son alliance, je n'aurais pas éprouvé de refus. C'est cette idée d'aller demander rintercession de Gou Touïan , c'est encore ce désir d'acquérir de la considération , désir qui ma retenu des mois et des années ; c'est tout cela qui fi^t que je suis revenu trop tard, lorsque la peine et le ressentiment ont conduit mademoiselle Pe aux neuf fontaines (i). Âpr^ès une telle infortune , tu mourrais de douleur, 6 Sse Yeoupe, que ta mort même ne ra* chèterait pas ton crime ! maïs je ne songeais
(i) Nous dirions sur les, bords du Styx,
pas d'abord à cette vaine gloire : c'est Lo Meng- H qui, par ses exhortations réitérées, m*a fait un devoir de la rechercher. »
一 « Les exhortations de Lo Mengli partaient d,un bon motif , conlinua-t-il ; il m'assurait qu'une fols investi de considération, toutes choses me deviendraient faciles. Pouvait-on prévoir que mademoiselle Pc me serait sitôt enlevée , et que lui - même disparaîtrait sans laisser de traces ? non, sans doute, mon mariage n^était point écrit sur les livres du destin : de là naissent tant , de 'contretemps et de malheurs. Mais il y a quelques jours, cet hermite m'a annoncé qu'en venant dans ces lieux, j'y ferais certainement une rencontre : et j'y ai' trouvé en effet ce vieillard. Il m'avait indique le jour du «calendrier : c'est justement aujourd'hui le troisième du cycle. Plus jy pense et plus la chose me paraît inconcevable : le sort de mon mariage serait*il donc attaché à ce vieillard ? »
Toute la nuit se passa pour Sse Yeoupe dans une grande confusion d'idées et de réflexions. Le lendemain il s'empressa d écrire un billet^ de visite sous mie forme respectueuse , et il se présenta chez Pe. Celui-ci le retint chez h\i ; ils se micent à payei' tribut à l'antiquité et à causer
de littérature, la tasse à la main. Jls passèrent ainsi toute la journée', et ne se séparèrent que le soir. Le jour suivant , Pe vint à son tour ren" dre une visite à Sse Yeoupe , qui le retint pareillement pour prendre une collation. De ce mdment ils ne cessèrent |>lus, ou de composer de compagnie, ou de jouir ensemble de la vue des fleurs ou du spectacle des eaux. Leurs humeurs se convenaient, leurs cœurs étaient d'accord. Ils ne se quittaient plus pendaiU la journée entière. « On vante les talents de Sse Yeoupe, disait Pe en lui-tnéme ; mais je n'ai pas encore vu personne : voilà plusieurs jours que je passe avec M. Lieou. J'ai pu étudier à fond son caractère ; il a un talent très-éminent, des connaissances fort étendues; son extérieuir est agréable , et sa physionpinie annonce- lin homme comme il faut. Dans les deux capitales et dans toutes les provinces que j'ai parcourues, j'ai passé en revue beaucoup de jeunes gens : je nen ai pas trouvé un seul qui réunît autant de qualités que celui-ci ; de plus ii n'est pas encore marié. Si j'âllaw manquer une telle occasion , il n'aurait pas seul sujet de me railler sur mon jugement peu arrêté. Il n*y a qu'une chose : si je ne conclus que le mariage de Houiigiu , ma
iiièce IVtengli me demandera où elle pourra trouver un autre époux aufifii digne -d'elle , et elles se plaindront que mon afCection aura été mesurée «ur le degré de parenté. Sî, au contraire , je parlais d'-abord de Mengli , pour recommen^ cer ensuite mes recherches en faveur de Houngiu, ce serait faire le sacrifice de mes sentiments personnels. Je vois >des talent» pareils , une égale beauté dans les deux cmisines. Leur»
caractères se conyiennent parfaitement. Le m^* leur parti est de les dernier toutes cbem en ma* riage au jeune lieou, et de cette manière toutes nos affaires seront terminées. Quel heureux eyeaeniient ! ce jeune homme , à ce qpe je vois , possède des talents qui Je cooduirosxt quelifijie jour aux jardins académiques. La réputation n'est pas d'ailleurs ce qui mcccupe ; nul autre que lui ne peut me convenir pour ce mariage* » Il s'adressa donc à Sse Yeoupe et lui dit :
« J'ai une affaire dont je devrak naturellement charger quelqu*ainî de tous parler. Majs vou» et moi sommes hors des habitudes ordinaire»^ du inonde ; j'ai enyie de mouiorir à vous di" rectement : le puis-je faire, mon ohdr monsieur? »
一 « Quelles instructions ayez-vous à me
donner? je ne puis les recevoir qu'avec respect, » répondit Sse Yeoupe.
一 « Rien de plus que ce qûeje vais .vous dire : j'ai réfléchi plusieurs fois, monsieur Lieou, à ce que tous me disiez l'autre jour , que Pe Thaihiouan avait en tous lieux promené ses regards pour le choix d'un gendre , sans même s'informer des bons partis qu'il pouvait trou* ver sous ses yeux« Je juge que vous avez parfaitement raison. Or, mof aussi, jat une fille, et de plus j'ai une nièce : je m me permettrais pas de vous les représenter comme des personnes accomplies; mais il y a peu de difference à faire d'elles à la fille de Pe Thaifaiouan. Mamtenant je rencontre en vous un jeune homme plein de mérite , un lettré qui n'a pas son pareil dans l'empire; et justement tous n*éte$ pas encore marié. Si je ne témoignais le désir de serrer avec vous les liens du mariage (i), et qu'à l'avenir il me fût impossible de trouver un second gendre tel que vous, que de railleries j'encourrais de la part de ceux qui se moquent de Pe Thaihiouan ! et tous , monsieur lieou , seriez- ▼ous disposé comme moi à cette alliance? »
(I) Littéralement le tissu de soie.
Lorsque Sse Yeoupe avait entendu P« lui parler du double mariage d'une fille et d'une nièce, de ces circonstances qui s'accordaient si parfaitement , et sans qu'il y eût un seul mot de différence, avec les prédictions de l'hermite, il était resté confondu de surprise. Toutefois il s*einpressa de répondre : « Que votre seigneurie ne prenne pas pour uiie marque d'impolitesse le langage que je vous tiendrai dans le premier moment dune émotion extrême ! Quoi c'est de vous que part un tel projet ! c'est vous qui voulez accorder rhonneur de votre alliance à un pauvre étudiant tel que moi ! Par où puis-je avoir mérité cette faveur ? J'ai pourtant encore un scrupule sur le cœur , et je ne sais si je dois me permettre de vousen faire part. »
一 « Pourquoi des amis, qui se trouvent- ensemble^ ne s'expUqueraient-ils pas avec toute franchise ? » dit Pe.
一 « Il est vrai que je ne suis pas encore établi , reprit Sse Yeoupe ; et pourtant j'avais detnandé deux filles en mariage. L'une des deux est comme un luth brisé : elle a vu le- neuf fontaines (i). L'autre a fui pour éviter une per-
(I) Elle a passé Fonde noire. Voyeai ci-desstis , pàge i35.
sécutlon , et je n'ai d'elle aucune espèce de nouvelles. Quant à celle qui n'est plus, quoiqu'il ne soit pas en mon pouvoir de lui rendre lame qui lui a été ravie, la fidélité que je lui ai vouée exige que je nen épouse pas une autre. Et quant à la seconde qui est vivante , si la perle égarée venait à se retrouver , je craindrais que son retour ne pût se concilieF avec l'offre que vous me faites. Tels sont les «entiments dont je suis animé. Veuillez , seigneur , m'enseigner à les diriger. »
一 « En annoMçant rintention de ne vous pas marier, parce qu e celle que vous vouliezëpouser n'est plus , vous tenej. le langage d'un cœur fidèle et fortement épris. Mais vous êtes jeune, monsieur Lieou, et vous devez songer aux suites de cette résolution , si nulle barrière ne s'oppose à la fougue des passions. Si la perle égarée vous était rendue , vous avez des engagements qu'il serait juste de remplir. Mais qu'elle ne revienne jamais , devez-Tous , pour cela , vous vouer au célibat? »
一 « Vos leçons sont si sages , répartit Sse Yeoupe , que je ne puis que m'y conformer avec respect. Mais dépourvu de mérite ét de talents comme je sui$ , j,ai,Ueu de craindre que
le choix que vous feriez de moi n'apportât peu , d'honneur au seuU de votre maison. »
― « Pour un^ pauvre maison comme la mienne, c'est une bonne fortune que de s*allier i à un sage tel que vous , , répondit Pe.
一 « Je dois donc recueillir la marque de henté dont vous daignez m'iionorer. Ma»
comment Jjrcndre les arrangements conTena* bles P » - '
— « La parole une fois donnée est engagée pour toute la vie ; et quant aux actes et aux démarches d'usage, rien ne sera en retard qitand le jour des noces arrivera. »
Tous deux furent également satisCdtB d'avoir conclu cet engagement. Ils s'arrêtèrent encore trois ou quatre jours , pour jouir du plaisir de la campagne. Ensuite Pe, exprimant rintaitioD de s'en alter le premier : « il y a loiig*temps que je suis hors de chez moi , dit-il ; il famt que je m'en retourne demain* Et vous , monaîear Lieou , à quelle époque comptez ^ rom rerenir ? »
一 K Je n'ai aucune ai&ire ici , répondit Sse Yeoupe, Je me mettrai en route après le départ de votre seigneurie. Je ne serai séparé de tous qu'une qoiazaine de jours^ et j irai enuiite vous
demander dans le Tillage que vous habitez. »
— «Au terme indiqué , la maison sera balayée et tout mis en ordro pour tous recevoir, » répartit Pe* Leur conversation finit ainsi , et le lendemain , Pe prit èongé et partit le premier.
Le départ de Pe livra Sie Yeotip6 à tontes ses réflexions : « Il y a .Traknent quelque chose de surnaturel dam les prédictions de cet hermite* De tout ce qu'il ma annoncé , il n'y a pas un mot qui ne se son vérifié. Mais je ne puis m,ex pli^pier ce qu'il a touIu dire, au sujet de mon avancement , quand il m'assurait que le grade dacadémicien ne mavak pas été retiré. »
Il passa quelques jours encore à parcourir le pays. Il songea ensuite qu'il deyail se mettre en route , et s'imaginant Uen qu'il ne serait pas reconnu, il chargea un domestique de ltd louer une barque , et il reprit le cbeimn qnil avait suivi à son arrivée , en traversant le fieuTe de Tsiantang.
Or il faut savoir que le gouverneup Yang , quand il avait, à plusieurs reprises , suscité de^ embarras à Sse Yeoiipe, n'avait eu d autre objet que de l'obliger à consentir à la proposition d'allianoe qu'il lui avait ailretsée. Cependant Sse Yeoupe avaUpris de lui-même la résolution
de se démettre et de s'éloigner. Quand le préfet et les sous-préfets vinrent lui annoncer cette nouvelle , il en Ait quelque peu ému , et il donna ordre à Ces ^magistrats d'envoyer des gens^ sur toutes les routes , à la poursuite du fugitif. Où aurait-on pu découvrir ses traces ? Le préfet et les sou^préfets revinrent faire part au gouverneur de ce mauvais succès. Ce contretemps lui donna à réfléchir : « Sse Yeoupe est mon subordonné , pensa-t-il ; mais voilà bien peu de temps qu'il était en charge, et il n,a point commis de fautes dans l'exercice de ses fonctions. Quoiqu'il ne soit pas manifeste que je Taie obligé de se retirer , au fond' c'est moi qui en suis la cause. L'intendant et le juge de la province le savent très-bien. Lorsque Sse Fanghoei, qui est à la cour, viendra à rapprendre, il en concevra du ressentiment contre moi. Il y a là dedans quelque chose d'assez fâcheux. »
Il était tout justement occupé de ces idées , lorsqu'on lui apporta la gazette. Le gouverneur l'ouvrit, et du premier coup dœil ses regards tombèrent sur une déclaration où le ministère du personnel reconnaissait une faute qu'il avait commise, déclaration accompagnée d'un décret impérial qiii portait en substance: « Que Sse
Yeoupe , ayant obtenu la première place au second concours des docteurs, aurait dù être désigné pour une des chaires de la cour : comment se faisait-il qu'on leAt envoyé pour être juge dans le Tcheklang ? Une telle conduite méritait un châtiment exemplaire: mais comme le ministère avait de lui-même reconnu sa faute, il avait par là mérité quelque indulgence. Sse Yeoupe devait être rétabli dans la charge qu'il avait mérité d'obtenir , et un autre nommé à sa place de juge dans le Tchekismg : Respect ! »
On a TU qu effectivement 'Sse Yeoupe eût été désigné pour occuper une des charges de la cour, si quelques grands , mécontents de son élévation , n'avaient obligé le ministère du personnel à lui donner une charge de juge dans le Tchekîang. Mais dans la suite les membres du grand collège setaient refusés à laisser enfrein* dre les règlements. Deux personnes , avaientoils dit, ont été choisies pour recevoir le titre d'académicien : il n'y a nulle raison d'en envoyer une pour remplir une place de magistrature. Us roulaient même présenter à ce sujet une requête publique , et faire mettre en jugement les membres du ministère du personnel, comme pi«Tenus d'infraction aux lois et de prévarica-
tioiK Le ministère du personnel intimidé n'avait trouvé dautre moyen que de reconnaître lui-même sa faute , en présentant une déclaration qui avait amené le décret dont il s'agit,
La réintégration de Sso Yeoupe dans le grade de docteur de la grande académie ne fut nullement agréable au gouverneur Yai>g. Il eut p^ur que Sse Yeoupe ne conservât au fond du cœur du ressentiment contre lui , et qu'une fois à la cour , il ne tint à ce sujet des discours peu avantageux. Le seul parti qu'il avisa fut de mettre encore des gens en campagne et de faire de nouveaux efforts pour le retrouver.
n arriva qu'un jour le préfet avait invité de la compagnie sur le lac occidental* Ses hôtes n'étant pas encore arrivés , ce magistrat était seul dans sa barque et s'amusait à regarder par la fenêtre. Tout justement celait le jour où Sse Yeoupe , venant de passer le fleuve^ était arrivé sur le lac 5 il avait pris un petit bateau et se dirigeait du midi au nord. En passant près do la grande barque préfet ^ il fut bientôt reconnu par les gens de ce magistrat » qui décrièrent en le montrant: « Voilà le seigneur Sse!»
Le piréfet leva la tête- et du premiec coiq»-
d'oeil il reconnut en effet Sse Yeoupe. Il ordon^ Ha, sans perdre de- temps, qu on arrêtât rembarcation du seîgneûr Sse, et s en vint avec emprefts«menl; à lexftremite de son navire pour le recevoir. Les gardes eurent bientôt rejoint le pe» tit bateau de Sse Yeoupe, et ils ramenèrent à côté la proue fie la barque» Sse Yeoupe , se YCiyaot découvert jmr le préfet, ne trouva aucua moyen d'éqhapper et( (ut obligé de monter sur le navire de ce magistrat. Celui-ci lui fit un aocueil tjrèd-empressé : .« Seigneur Sse, luL ditil, pourquoi donc vous en étes-vous allé sans prendre congé de nous ? En combien d'endroiu nairje pas envoya pour vous chercher ! » '
一 o Mon naturel indolent et inactif me rendait peu propre aux affaires , répondit Sse Yeoupe. C'est.ce qui ma fait prendre ma retraite si précipitamment , pour éviter les fautes que je n'aura" pu manquer de commettre en admiids, trant la justice. Une telle conduite n'était'elle pas juste et raisonnable? Mais avez- tous pu effectiyement, monsieur le préfet, tous- donner la pine de songer à moi ? »
Le préfet invita imiaediatement See Yeoupe à passer dans sa barque : il le salua, et faisant au3"tiôt|)pmr、u&fwi;wil au haut bout, il en-
gagea son h6te à s'asseoir. Sse Yeoupe s'y refusait , et voulait se placer à l'orient ou à roccident Mai» le préfet prit la parole : « Monseigneur, dit-il , TOUS devez naturellement vous asseoir à la place d'honneur : il y aurait par trop d'humilité de votre part. »
' 一 « Par quelle raison changez-vous volJe manière de me parler? demanda Sse Yeoupe.
Pourquoi ne resterais-je pas à ma place, et pour- j quoi sortiriez-YOUs de la vôtre ? »
一 a Un docteur de la grande académie a ses prérogatives qui ne sont pas celles d'un fonctionnaire tel que moi , répondit le préfet. Je ne | me permettrai plus d'en user comme autrefois. »
A. ce, mots , Sse Yeoupe dans le plus grand étonnement : « Puisque je me^uis démû de ma charge, s*écria-t-il , je suis un homme sans emploi : que me parlez-Tous de la grandie acadé» mie? »
— a II paraît , monseigneur , que vous n'ayez | pas encore vu la gazette ? Le ministère du personnel s'était trompé dans le choix qu'il avait fait de votre excellence pour remplir une charge de judicature. Alais votre académie s'est /Opposée à Vinfraction des règlements : elle yoa^
lait entamer une discussion publique, €ft le ministère, se voyant pressé , a pris le parti de produire une déclaration pour reconnaître sa faute. Il y avait déjà eu nn décret qui rétablissait les choses comme elles devaient être. Respect et joie, monseigneur ! souffrez que je vous offre mes félicitations. »
Cette nouvelle fit paître dans le cœur de Sse Yeoupe autant de surprise que de satisfaction : w Quel caractère surnaturel dans les prédictions de Vhermke ! » s'écria-t-il en lui-même.
Tous deux s'assirent et continuèrent à s'entretenir quelque temps, après avoir pris le thé. Pais Sse Yeoupe voulut se lever et partir. Mais le préfet s'y opposa : « Depuis le départ de votre excellence , dit-il , le gouverneur .est bien tourmenté. Il m'en a beaucoup voulu dene vous avoir pas retenu. Hier encore , il nous a dit lui-même, aux sous-préfets et à moi , de vous faire chercher en tous lieux. Aujourd'hui que je vous ai rencontré , je ne prendrai pas sur moi de vous laisser aller si aisément. »
Aussitôt il ordonna de lâcher la barque , ët conduisit lui-même Sse Yeoupe au monastère dè Tchaoking, où il FinTita à s'arrêter dans la salle des méditations. Il désigna quatre gardes pour
l'accompagner, et pevint ensuite à sa barque pour j traiter sa compagnie.
Pendant ce temps -là, des gens avaient déjà été porter la nouvelle aux autorités. Ge furent les deux ious^préfets qui vinrent les premiers , avec les employés de la préfecture , rendre visite à Sse Yeoupe. Le lendemain, les intendants et les magistrats lui apportèrent leurs hommages, et peu de temps après, le gouverneur Yang vint aussi lui faire unp visite. Au moment même où ils se saluaient , il s'exdusa plusieurs foiâ. En même temps il'fit préparer une collâtion sur le lac , et se montra e^xtrémement empressé .et attentif. Sse Yeoupe &e conduisit à son égard •comme son ancien subordonné , et ne laissa voir ni orgueil ni ressentiment.
Parmi les charges , il y en a de grandes et de petites.
Pour les magistrats , c'est atfx fonctions qu'il faut prendre garde.
C'est yraiment comme uae pouUe à puiser de l'eau :
On est , sans l'avoir prévu , tantôt haut et tautAt bas.
Pendant ce tei^ps"là, Tchangfanjou , au lieu de s en retourner chez lui , avait coniinué de séjourner sur les bords du lac. Lorsqu'il entenàit parler de cette élévation Sse Yeoupe , il ne put s'empêcher de songer à ce qu'il, avait hit : n Quoi ? diUiï en lui-même , un gQUverneur
qui le traitait si mal il y a quelque temps, lui fait aujourd'hui une pareille réception ? Il est bien vrai de dire que leâ manières des gens changent suivant les sitijations. Et toi , bon Tchang , serais - lu assez sot pour aller te faire de lui un ennemi? Dans les rapports que j'ai entretenus avec lui, il ne m*a jamais fait le moindre mal. Il tij a çu entre nous que ce petit débat à locoasion de mademoiselle Pe. Mais maintenant qu'il n'y a plus d'espoir pour moi de ce côté , pourquoi ne pas y ramener sea yeux, et m'en faire un ami par ce moyen ? Si je lut rends mademoir selle Pe, certainement il en sera ravi, et je ne puis pas me trouver mal de cette liaison avec un docteur de la grande académie. »
Une fois fixé sur ce projet, il s'en vint foire une visite à S%e Yeoupe. Après les salutations d'usage , Tchangfanjou prit la parole : « Savezvous, seigneur, dit- il, quel est le motif de ma visite d'aujourd'hui ? »
' « Je l'ignore,» répondit Sse Yeoupe.
viens , seigneur, pour m'excuser près de vous, et vous féliciter, » reprit Tchangfanjou.
一 « Quel sujet d'excuses y a 一 t-U entre des amis qui ne se sont fait auçuue injure ? Quant aux
charges, quelles soient à la cour ou dans les provinces , ce sont toujours des charges :
quelle occasion y a-t-il de me féliciter ? »
一 « Ce n'est pas sur cet objet que je viens TOUS féliciter : c'est sur quelque chose qui vous causera la plus grande joie. »
一 « J'espère donc que vous allez me rapprendre , M dit Sse Yeoupe,
一 «La nouvelle que je vous ai donnée l'autre jour de la mort de mademoiselle Pe, c'était une nouvelle fausse : et la faute que j'ai commise et dont je viens m*excuser, c'est de vous lavoir contée. Ce que je vous apprends aujourcThui ne vous charme-t-il pas ? Voilà de quoi je viens vous féliciter. »
一 « Comment ! » s'écria Sse Yeoupe dans le ravissement. •
一 « Véritablement elle n'est pas morte encore , reprit en riant Tchangfanjou. Ce que je vous en ai dit n'était qu'une plaisanterie. »
一 « Et quel pouvait être le motif dune pareille plaisanterie? » s'écria Sse Yeoupe encore tout surpris et non moins satisfait.
一 a 11 y avait un motif, répondit Tchang- £aDjou., Celait le gouverneur Yang qui désirait contracter une alliance avec vous. Et comme il
savait que vous étiez épris de mademoiselle Te, il m'avait donné rhumiliante mission de vous faire ce conte pour mettre un terme à vos espérances. » ' A ce récit qui confirmait la vérité de ce qu'il venait d'entendre , Sse Yeoupe fut au comble dé la joie , et se laissant aller à un éclat de rire: « Eh bien ! mon cher monisieur, puisqull en est ainsi y vous avez effectivement une faute à vous reprocher, et j'ai un véritable sujet de satisfaction !»
; ― « SoufiPrez, seigneur, dit Tchairgfanjou , que jô devienne votre entremetteur: que le ser 舞 vice que je vous rendrai efface ma feule jusqu'à un certain point ! » . . * . -
― « Déjà , -répondit Sse Yeôupe , mon père et Gou Toman^ ont tous tes deta écrit à ce sujet. Une déiîiàrche de tous, mon chef inoiisietir, ne saurait être que très-avaiita^ù^' : mais dois-jé me permettre de vomi donner cette peine ? »
: ― « de sont deux êtres si rares dans le mopdé qu'un homme de talent et une bfeauté parfaite ! Ily a>èncoi*é'qiielqàe,gfoire à les réunir : quelle est la peiné dônt tous parlez ? ,
Puis<}ue votis me permettez d'attendrè d^^ous une si grande marque de complaisance^
dès demain je me rendrai dbu&L vous pour la solliciter, reprit Yeaupe. »
― « Une parole une Soi$ lâchée , quatre chevaux ne sauraient la retenir, dit Tchangfaojou ; TOUS couTiendrez qu'il est mieux que je parte dès clemaii}. Vous êtes , &eigQeur, un liabitant de la i^Ue jaspe; votre. illustre pèreet Goû Touïan ont écrit chacun 4« leur côté. Le premier mot va term^n^ cette affaire. Il faut seulement que YOns me suivieaty pour jouir du bonheur de placer les cierges parfumés dans la chambre nuptiale* , • 一' Si vous lexëcptez ca que yous avez la boDté de m« promettre , ma. gratitude tie sera légèr«> et uxon devoir sera de reconnaître un tel service , » dit Sse Yepup^. .
L'entretieq finitâjn&i : TcluiogfanjoupritcoDgé sortit {S^e Y^oupe d^mepr^ ^ul Jivrn à iâé^n 气 Puisque; mademoiseUfî Pf, existe 9 pep^çr-t'^i}, notre mariage offre encore dies chances noihbreuses. Mais je vi 卿 tout récami^ent
comment in^ dési&t^r, id^ çi^tte aijit^e. ^Uiance? Le seigneur HoangfcMi est m boipme refnpli de bonté et du plps nobl^ ^^aractère^' Il 庫 agi envers moi de la manière U plu» bienyeiikmte ; pui&je être ingrat avec lui? «'il |3>v^it qu!upç
«pouse à m'ofifrir, peut«étre leâ deux affaires / pourraient-elles marcher de front. Mâis du côte de*floangfou,il y a déjà deux demoiselles : quelles propositions lai faire ? Les prédictions de rhemite m'avaient disuse à accueillir S6S ofSrcs. H n'y a pas une seule partie de ses discours qui ne se soit vérifiée ; en serait«>il autre* ment de la destinée de mon mariage ? en m'asertissant d'accepter, jugeait-il que mon alliance avec mademoiselle Pe finirait par ne pas avoir "lieu? »
一 « Le seigneur Hoangfou est un homme extrêmement franc et sincère , continuait-il. Quand nous avons eu'cet entretien ensemble , il ma dit qu'au moment d'agir nous nous conformerions aux circonstances. Ce que j ai de mieux à flaire , c'est de lui écrire une lettre sous mon ancien nom de Lieou , de lui faire part en détail de toutes les particularités de cette av^nUu^e, el de le^ consulter sur le parii qu'il faut prendre. Qiii peut savoir s il n aura pas qîielquVxpé^ient à proposer? »
Il s'arrêta à ce parti , et écrivit la lettre surle-champ. Le lendemain , «n allant voir Tchang- &njou , il lui dit seulement qu'il avait up. ser- ' vice d'ami à lui demander : qii^l s'agissait d'iule
lettre à remeure à Hoangfou , bourgeois dans le village de Kinchi. Tchangfanjou sen chargea volontiers , et se mît immédiatement en route. Quelque temps après , Sse Yeoupe partit de son côté; beaucoup de magistrats du Tchekiang raccompagnèrent lorsqu'il prit le chemin deKinling.
Le papillou qui voltige est toujours un papillon. Mais le buisson n*est pas le cerf mort, ni le cerf, im buisson. Si l'on cherche à deviner ce qui doit arriver à Varenir, Qu'on suive tout doucement un seul chemiD jusqu'au bout.
. Nous laisserons Sse Yeoupe s avancer sur les j^asde Tchangfanjou: cependant mesdemoiselles Pe et Lo avaient pdssë tontes leurs joutnees et léurs soirées , depuis le départ de Pe , à s'occuper de littérature , et à composer des vers, ce qui était ietiT amusement favori. Un jour , le concierge appoirta deux lettres : lutie était du dôcieur Gôu ,'《t Vautre de'l,iiispectôui*:général Sà^: Qdai)d Pe' ^tait chfez lui (i), sa fille a^ait coututtie d oirvrir et dè litte toutes ses lettres. Elle déploya donc tes deux: qu'on venait de lui • :,'、."' . , ;••/ • '、入 ■ - '
(I) 'Je suppose gii,il,fgut lire : quand Pe n était pas chez lui. Mais la faute , sî c'en est une ,• est dans l'orîginal, feel*6n'<îiiit toujours être réservé quand il s'âgît de faire dire ^ j[^u(çur i^«pi^ti'4i|> ^ |1« ce4u*oiitrouv€<iam sesparoifss.
remettre, et les lut conjointement avec made 一 moiselle Lo. La lettre de Finspecteur-général Sfte «tait conçue ainsi qviHl suit :
« Votre vieux frère Sse Youan a Fhonneur « de vous offrir ses respects , ses compliments « et ses vœux. »
Communication particulière»
« Depuis votre glorieux retour, un an tout « entier s'est écoulé sans que j'aie eu llionneur « de vous "voir. J'imagine que dans la noble re- « traite que vous habitez au sein des monta- « gnes de lorient , n'ayant pour occupation que « le vin et la poésie , vous êtes entouré de tou*- « tes sortes de félicités. Pour moi , au milieu « même des affaires dont j'ai été chargé pour « le service de letat, j'ai toujours présent à « resprit votre exemple , source pour moi d'une « inexprimable confusion.
氣 Mon neveu Yeoupe , primitivement in- * scrit parmi les candidats de votre pays , et « dont j'avais été séparé jusqu'ici , est venu sof- « frir à moi l'année passée , quand je me plai- « gnais d'être sans enfants. Je Fai retenu et adopté « pour mon fils. Le hasard la constamment fa- « vorisé , et il vient d'être nommé juge dans la
« proTince de Tchekiang. Mais quoiqu'il ait « atteint Vâge viril , il n'est pas encore marié.
« Mademoiselle votre fille, dans la retraite « profonde qn elle habite, est bi«n au-^ssus des « qualités qui forment l'union des sarcelles. « Mon fils m'a exposé les sentiments dont il est « touché pour elle , et le désir qu'il aurait de « l'obtenir en mariage. Je n'ai pas supposé que « les sentiments particuliers dont un garçon ou « une fille peuvent être épris fussent capables » d'entraîner un homme tel que tous. Cependant, « si vous ne dédaignez pas une familte pauvre et « obscure , et si vous lui accordez l'accès au mur « oriental de votre maison, notre reconnais- « sauce sera véritablement sans bornes. Si au « contraire vous éprouvez quelque répugnance « à voir rentrelacement du lierre et de la eus- « cute (i), et que vous ne voulussiez pas leur « prêter l'appui dun grand arbre , je recevrai « votre réponse sans amertume cle cœur, et je « ne me permettrai nullement de marehér sur « les tracer d'un certain personnage qui nous a
(I) Même ohaeryatîoo qui a été déjà faite tn pareil cas
ci-dessus. Ce ne sont pas ici des équivalents botaniques ; mais il s'agit de plantes grimpantes enlacées autour d'un atbre.
« précédés, et qui n,a recueilli que les railleries « de nos amis. Je mets ma confiance dans cette ff feuille de mûrier (i), et j'attendrai les ordres « qu'il vous plaira de me transmettre. »
La lecture de cette lettre fit briller la joie dans les yeux des deux cousines. Ayant ensuite déployé celle de Gou Touïan, elles y trouvèrent ce qui suit :
« Votre parent Goù Koueï vous salue avec « respect.
« Oblige , l'année dernière, de partir prëci- « pitamment pour la cour , j'ai , par l'effet « dune méprise , sollicité de vous , en faveur « d'un intrigant, l'appui que l'arbre fournit à la « plante. Il avait par ad^/esse tire de moi cette « lettre dont j'ai importuné votre seigneurie. « Mais les artifices mêmes des demons des mon- « tagnes ne sauraient prévaloir auprès d'un es- « prit aussi éclairé que le vôtre* Cçp.eiîdant, la « faute que ma légèreté m'a fait commettre n,ad- « met pas d*exciise. En revenant ce printemps « prendre les ordres de 1* empereur , j« xne suis i ttouvé av^c notre frère Sse , dontj'ai appris la
(i) Le papivr de la Chine est fait arec l'écorce d'une espèce de mûrier que nos botanistes ont consacré à la mémoire de Broussonet.
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«I chose , non sans étonnement, et qui le pre^ « mier ma fait connaître mon erreur. M. Sse * avait déjà combattu avec honneur dans les « palais du midi (î), et il avait obtenu une « charge dans le Tchekiang. Il a songé à len- « roulement du lierre et de la cuscute, et c'est « à inoi*qu,il s*est adressé pour lui oavrirla route. « Profitant du voyage même auqueb sa charge « l'oblige, il compte s'élever jusnu à la montagne « sacrée que vous habitez. Vous verrez, du pre- « mier coup-d'œil que vous jetterea sur lui, « qu'il a véritablement les qualités du jaspe. « Vous vous êtes , jusqu'ici , donné beaucoup de « tourment pour le choix d'un gendre; mais « ici, vous trouverez , je crois ^ bien facile de « vous fixer. Jé compte sous peu de temps « prendre un prétexte pour retourner dans le « midi. Je veux assister au joyeux festin , et join- « dre mes félicitations à celles qui vous seront « adressées. Si vous avez auparavant quelque » chose à me mander , favorisez-moi (Tune Te- « ponse, etc. » …
La satisfaction 4e& deux cousines redoubla quand elles eurent achevé de lire cette lettre.
(i) Le collège de Nankiog.
Mademoiselle Lo se leva sUr-le-champ , et faisant son compliment à mademoiselle Pe: « Salut et joie , ma sœur ! » lui dit-elle, "
Mademoiselle Pe s*empre9sa de répondre à ce compliment : « Vous y avez part comme moi , ma sœur , repartit-elle , et je ne suis pas la seule qu'il faille féliciter. »
一 « Ma sœur , reprit mademoiselle Lo , vous avez pour vous les ordres du père , l'inspecteur général Sse , Vinterôt quy prend le docteur Gou et les sollicitations dont il s'est chargé. Quand mon oncle reviendra , il accédera de Im-méme , dès le premier mot , à cette demande. Quant à moi, j'ai bien un engagement de cœur; mais je n'ai pas encore d'entremetteur. Et quand même le jeune Sse me serait fidèle et reviendrait remplir ses serments, il ne sait pas que je suis dan§ cette maison. Sll reçoit ma lettre et qu'il vienne me chercher jusqu'ici , mon oncle a pour vous une affection bien profonde , ma sœur : voudra - t-il ainsi , pour lamour de moi , réunir deux cuillers dans la même tasse ? Quand je pense à tout cela ; je trouve que mon sort n,a encore rien de fixe. »
一 « Vos réflexions seraient très-justes , ma sœur , si elles s'appliquaient à ce qu'on voit
d'ordinaire dans le monde, filais mon père n'est point (lu tout un homme comme les autres.
Puisqu'il a de raffection pour moi , il vous aime, ma sœur; d'ailleurs il a accepté la commission de ma tante ; et certainement il ne mettra point de différence entre nous , 、 en faisant de moi une femme jalouse et égoïste. »
一- « A la bonne heure ! reprit mademoiselle Lo; mais il reste bien des difficultés encore* Au moment où tin homme hii donne sa fille , aller aussi lui demander sa nièce , cest une chose dont le jeune Sse aura de la peine à faire la proposition. D'un autre côté, mon oncle W croira pas nous affliger en choisissant un époux pour sa fille et un autre pour sa nièce. Mon établissement dépend tout-à-fait de la volonté de ma mère et de celle de mon oncle : quelle résistance puis- je leur opposer ? »
一 «Ne vous inquiétez pas , ma sœur , reprit mademoiselle Pe. S'il survient quelque débat, c'est à moi qu'il appartiendra de déclarer la vérité. Si votre mariage ne se concluait pas , je resterais fidèle à mes engagements avec vom, et je ne me marierais pas non plus. »
一 « S'il en est ainsi , la protection qiie vous m'accorderez excitera toute ma reconnais*
samce , dit mademoiselle Lo. Dans la lettre da docteur Gou , continua-t-elle , il est clit que le jeune Sse profitera du voyage auquel sa charge l'oblige pour s'approcher de la montagne sacrée. Ainsi , le jeune Sse doit être venu en même temps que la lettre. S'il était arrivé , comment aurions-naus de ses nouvelles ? Il serait bien bon qu*il pùt savoir que je suis ici. »
一 《 Vous avez raison , » dit mademoiselle Pe. Et elle chargea quelqu'un (Taller demander au concierge si le seigneur Sse était déjà venu rendre sa visité. Le concierge répondit : '« Le seigneur Sse a envoyé quelqu'un pour annoncer sa visite , et c'est moi qui ai répondu que mon maître n'était pas chez lui , et qu'il n y avait ici personne pour le recevoir ; que puisqu'il voulait faire une visite , il suffisait qu'il laissât son billet dans les registres de la porte , sans se donner la peine de venir lui-même de loin. Son domestiqua s'en est allé , et j'ignore s'il doit revenir. »
~ « Si on lui a fait cette réponse , le jeune Sse ne reviendra pas, » dit mademoiselle Pe.
一 « Je le suppose , dit mademoiselle Lo; et quand il viendrait , nous aurions de la peine à lui faire passer des nouvelles, »
一 « Quelle peine aurions <*nous à lui faire passer des nouvelles ? reprit en riant mademo" i selle Pe. Vous n'auriez besoin , ma chère sœur, que de prendre des habits cThomme, et daller le trouver comme l'autre fois. »
Mademoiselle Lo ne put s'empêcher de rire à son tour de cette plaisanterie.
Que d'agitations dans le cœur des belles habitantes de l'appartement intérieur ! 、 Qne d'inquiétudes naûsent dans leur tendre sein. La tristesse , la joie , se succèdent dans leur ame. Elles se liTrent à loisir aax soins qui occupent leur cœor.
Les deux cousines demeurèrent pourtant plus satisfaites qu'auparavant : on apprendra dans le prochain chapitre la suite de leurs aventures.