‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 2 sur 19 · LES AJOISUZ A LA GROS · texte numérisé non relu

LES AJOISUZ A LA GROS

( Rimant avec U mot rien.)

L'automae avec ses teintes dorées nons cache encore Ifttnsleise de

ràrrière saison.

la fougère âes rochers , le jonc d«s sables ôat aoiai de §MCt M

pcintcmps qu'en ce moment.

Le saule soyciix , convert de feuilles agrandies , semble , à ,

«nooncer ton départ

Et U £nà$ zéphjre, ngitaot le Imnciuige dn bunboii, now propct

、 qae ffhcnrenx songes précéderont toa retour. La courge encore libre a atteint l'extrémité âm m. tige. Et les graiqs de ht terre natale te rappellw; dans Ut co»tf^ dp Nord.

Le Taitarr «a teint basané tfatttnd pour

Le ^[trdiea <jks magnoliera • l,œil ouvert sur tt» ratei.

U SALUT ▲ i/hI 聽 OBTD 直 LLB.

(Rimant avec le motmà.)

Le cjrtifle au branchage doré attend le nid qui doit refietoir m eonple fortaioé.

Un flcirtier garni de .«aiQoQZ y pondnin par un détour tortnci». Le feuillage soyenx ajoute son ombre à l'épaisseur des treillit. Hais déjà le xéphyre brûlant a jonché la tmrt 4« fimin. QÎHVo. réta de noir, la ^urde «e Xc oqimU pa» àffiâ Um Infliction ;

■ail n* vme pas nn toprent de lames ca floii|^iit à ton pays :

Si l'on Toohit encore t'entonrer d'upe doable muraille.

Du haat de la galerie que ces arbustes parfument ,

Tu plongerais sur la retraite mystérieufe où t'attend ta compagpt.

Hoimgiu lut ces deux pièces l'ane après ÏMr tr^, et quand elle les eut terminée-, elleuepu^ conti/enir son admiration : « Qu^el 知 eau talent ! s'éoria-t-eUe , quel admirable talent ! Non-seulement Us niots obligés coiDoi^iiçeme^t et à la fin des vers viennent s'y plajcer «ans aucun effort ; mais les sentiments et les pensées y sont naturels ; les expressions et les phrases sont d'une délicatesse charmante. En vérité tout ce. gUQD remarque d'élégant dans I'exterieiKr de ce

jei^ne homme semble s'être fixé sur ce papier. L'estime qu'il m'inspire ne me quittera ni dans la veille , ni dans le sommeil. Mais cette brute de Tchang a mis un obstacle à nos vœux, eii s'introduisant ici. Comment nous en débarrasser? »

― « Cela nest pas bien difficile, dit Yansou. Si vous alliez vous-même raconter la chose à votre père, vous craindriez peut-être qu'il ne nous soupçonnât de quelque intrigue. Mais, pourquoi ne chargejriez'vous pas le seigneur Sse daller le trouver en personne, et de le mettre au fait de tout? Si on le confronte avec cet animal de Tchang, la vérité se découvrira d'elle* même. »

一 Oui, cela est vrai; mais il yaut mieux , je crois , que les choses se passent doucement, et que nous évitions de nouvelles sources de res* sentiment. Ne te souviens-tu pas, quand mon père était à la cour, à combien de tempêtes il s est vu exposé, pour avoir refusé l'alliance de Finspecteur général Yang ? Nou^ avons dans cet être odieux un homme expert en fait de fourberies et totalement dépourvu de principes. Si on l'oblige à montrer sa sottise en plein théâtre, je crains que cela ne suscite quelque mauvaise

affaire au jeune Sse, qui est d'ailleurs orphelitl et sans appui, et -qui finirait par en être la victime. »

一 《 Vos reflexions sont parfaitement justes ; mais J'ai peur que, si voiis voulez ainsi être en garde contre la tête et contre la queue , vous ne puissiez en venir à vos fins. »

一 « Il me Tient une pensée : le meilleur est d'engager le jeune Sse à s'en aller de suite à la capitale. Quand il né sera plus ici , cet imbécile de Tchang n*aura personne pour teuir le pinceau à sa place. Alors je prierai mon père de le soumettre encore une fois à l'épreuve : les brouiHards se dissiperont et il s'en ira. Pendant ce temps-là nous dirons au jeune Sse d'aller demander à mon oncle une lettre avec laquelle tl puisse s'introduire ici , et de cette manière tout s'arrangera à merveille. »

Ce discours satisfit pleinement Yansou : cMademoiselle , dit-elle, votre idée est .excellente. Le seigneur Sse vante votre esprit et votre pénétration , et il n'a pas tort." Vous formerez véritablement un couple parfait : une beUe personne et un homme de talent ! Cest le ciel qui TOUS a faits l'un pour l'autre, mais c'est Yansou qui a deyiné tout cela 1 »

Après que les deux jeunes filles eurent ainsi arrêté leur plan, Houngiu reprit la feuille de vers pour les lire de nouveau , et Yansou alla se mettre aux écoutes sur le devant de la maison. Elle apprit ainsi que le lendenfain on retenait encore le gouverneur Yang. Effectivement Pe voulut garder son hôte ce jour-là, et Tchangfanjou fut obligé de lui tenir compagnie. Il ne put par conséquent pas trouver le temps de venir dans le jardin derrière la maison.

Sse Yeoupe , informé de cette circonstance , attendit que l'heure de midi fût passée , et de la même manière qu'auparavant, il s'introduisit dans le jardin et s avauça jusque dans la galerie, où il $e tint caché pour attendre. U ny avait pas long-temps (ju il y était , -quand il vil accourir Yansou Fair riant et satisfait. Elle vint à lui sur-le-champ : « Monsieur , vous êtes un homme de parole, » lui dit-elle«

Sse Yeoupe répondit à son sourire, et sa* luant avec empressement : « Tout rempli de ridée de votre jeune maîtresse , dit-il , je syis accouru avec l'impatience de receyoir ses ordres. Avez - vous réellement quelque chose d*heureux à m'appreftdre ? Dois-je ajouter foi à vos paroles ? Que je tous aurais d'obligations ,

jeune dèiooiselle! Vous agissez avec un yërUable zèle , vous n'avez pas manqué d'une minute à vos promesses. Vous méritez tuie reconnaissauce qui n'ait ni fin ni limites. »

一 «. Quand un sage recherche ime fille vermeose, pourquoi la fille vertueuse ne serait-elle pas sensible Jfc laraour du sage ? dit Yansou. Et quand on Toit des sentiments si bien assortis , comment ne mettrait-on pas du zèle à les servir?»

― « Jeune demoiselle , reprit Sse Yeoupe , expli^ezrvous promptmeiu : rendez de nou' velleft forces à mon cœur déjà ranpU d'amour et d'espérance* »

― « Qu'est*il besoin de vains discours ? dit Yansou; ma maîtresse a lu et relu par deux et trois fois,avec toute l'attention possible, lea deux , belles pièces que vous rnavex remises hier. £Ue ne pouvait sen détacher. Elle trouve que n'étant qu'un homme , vous devez m jour surpasser les génies. »

一 《 Ainsi donc votre maîtresse a daigné ap* prouver mes faiblf» compositions ! s'écria Sse Yeoupe. Mais quels ordres m'adr«sse-t-<elle au aujet de rhuiniliante fourberie dont j'ai été la dupe ? »

一 «Noua avons long- temps consulti hier sur

6e point, mademoiselle etmoi, répondit Yansou. Nous voulions d'abord tout découvrir à monsieur; mais nous avons craint que la chose n'eût l'air de tenir à quelque intrigue, ét cette crainte ferme la bouche à ma maîtresse. Elle aurait ensuite voul|i vous charger dialler vous - même éclaircir toute l'affaire ; mais elle a encore eu peur que vous ne vous fissiez un ennemi du seigneur Tchang , que cela n'entraînât mille tracasseries. Ces deux partis lui ont semblé avoir trop d'inconvénients, et maintenant, après y avoir bien réfléchi, elle trouve qu'il n'y a qu'une bonne marche à suivre : c est que vous ne restiez pas ici, où TOUS êtes entouré d'yeux et d*oreilles. Elle vous engagé donc à partir en toute dili 一 gence , et à aller prier son oncle maternel de venir faire pour vous la demande en mariage; De cette manière, il ny aura plus rien qui s'oppose à votre succès. Pour cet insupportable personnage de Tchang , après que vous serez parti , ma maîtresse demandera à son père le renvoyer , et alors tout sera fini entre vou* deux. "

一 « Le plan de votre maîtresse me paraît excellent , répartit Sse Yeoupe, et l'on peut dire qu'elle n'a rien oublié. Mais il y a une "chose qui

m'afflige : pendant que je m'en irai ainsi chercher un appui, il s'écoulera plus d'une journée; et si dans l'intenraUe il aUait se présenter quel* j|ue homme de mérite qui fdx plus expéditif | et qui sût l'obtenir ayant moi , que deviendra Sse Yeoupe? et dans quels lieux pourra-l*il faire entendre ses plaintes ? »

一 《 Monsieur , reprit Yansou , prenez garde de faire injure à ma maîtresse. Elle a le cœur rempli de droiture , et de la fermeté dans le caractère ; elle ne le cède en rien aux héroïnes des temps anciens. Puisqu*aujourd*hui elle a ddnné une parole , For et le jaspe ne s'altècent jamais. Vous pouvez , monsieur, vous mettre en route avec l'esprit tranquille; soyez bien assuré qaen vous attendant ^ le lit oriental (i) sera gardé avec une inviolable fidélité. »

一 D'après cette assurance,' jeune demoiselle, je yais partir aujourdhui même, et chercher ce seigneur y Fonde maternel de votre jeune maîtresse ; mais, dhes-moi , qui est-il?»

一 《 L'oncle maternel de mademoiselle est le seigneur Gou , l'un des membres du collège académique. En quel<{u*endroit que tous vous

(I) Le lit nuptial.

( iS)

informiez de 〗ui,、il n'y a pçr«Q9Pe qui ne le connaisse. »

Elle Qavait pas fini de parler quand tout-— coup on entendit derrière le corp$ de l、ogi$ la voix de personnes qui s'avançaient du côté du jardin en criant : « Jardinier , balayez vite de çe côté-ci : voilà le seigneur Yang qui va vepir prendre une collation dans le jardin ! »

En entendant ces paroles , Yansou dit précipitamment à Ssa Ycoupe: « Voilà notre entretien fini; allez-vous-en bien vite, monsieur; il est inutile cjue vous reveiiiez , ear vous ne parviendriez pas à me voir. » En parlant ainsi, elle s'enfoâça dans un boscpet de saules en 0eur, et disparut*

De son côté , SseYeoupe n'osa pas demeurer plus long-teinps; il se retira en hâte et sortit du jardin. Sur là. route , il se livra à ses réflexions : « Elle vient de me dire , pensa-t-il y que l'oncle maternel de sa maîtresse est le s^eigneui* Gou , membre du collège académique. Il me semble qu'il nj a pas à Kinling d'autre dpcteur de la grande académie, du nom de Gou, que GouTouïan ; si c'est véritablement lui , me voilà de nouveau dans les embarras et les difficultés. U n'y a pas long-temps qu'il a Toulu me ffdre

épouser sa fille, et que je me suis , à plusieurs reprises , refusé à ses avances. Il m*a même fait retirer le grade que j'avais iQérité au concours. Si je vais le trouver maintenant , et que je le prie d'être mon entremetteur , je suis bien sûr d'avance de son refus ; et quand il devrait s'y prêter , puîs-je moi-même aller lui faire en face une pareille demande?»

Tout en se consultant ainsi sur la route , il arriva, sans s'en apercevoir, au jardin de Tchangfanjou. Wangwenhiang^, qui avait dans ce moment quelques affaires à la ville , ny était pas Tenu depuis plusieurs jours. Le jardinier et Siaobi se trouyèrent à sa rencontre : il les envoya souper, et lui-même alla se mettre au lit.

Le lendemain matin , en se levant , il écrivit à Tchangfanjou et à Wangwenhiang une lettre pour leur annoncer son départ; et comme heureusement il n'avait aucun bagage , il ordonna à Siaolu de lui amener son cheval , et il reprit le chemin du couvent de Roiianjin. Il voulait prendre congé de Tsingsin , et s'informer de lui en même temps si le docteur Gou était le même que Gou Koueï.

Le hasard voulut que Tsingsin se trouvât dans ce moment devant la grande porte du

couvent , occupé à regarder un jeune novice qui balayait la terre. Dès qu'il aperçut Sse Yeoupe , il vint avec empressement au-devant de lui, et tout en le saluant : « Je vous ai bien peu vu tous ces jours-ci, seigneur Sse, lui dit-il. Qui donc TOUS a fait lever si matin aujourd'hui?»

一 -«Je vais m'en retourner à la ville , répondit Sse Yeoupe , et je ne suis venu que pour vous dire adieu, mon maître, et vous faire mes remercîments. »

~ « En ce cas-là , reprit Tsingsin , je vous prie d'entrer dans notre cellule , et d'y venîr prendre un repas avant de partir. » •

一 « Jai déjà déjeûné , et ie n,ai besoin de rien ; mais j'aurais une demande à vous faire. Le beau-frère du conseiller d'état Pe , qui se nomme Gou , serait-ce par hasard Gou Koueï , docteur de la grande académie ? »

一 《 C'est lui-même : il y a quelque tempa qu'il avait pris sa retraite sous je ne sais quel prétexte; mais j'ai entendu dire qu'il avait été rappelé et qu'il était retourné à la cour. S'il était chez lui , vous le verriez sans cesse en cet endroits »

Ce que Sse Yeoupe venait d'entendre lui laissa dans Fesprit beaucoup de déplaisir, II prit

aussitôt congé de Tsingsin , remonta sur son cheval, et se dirigea vers l'extrémité du village, dans rintention de se rendre à la capitale. D'un autre côté , voyant qu'il lui était impossible de s'adresser au docteur Gou , il ^tait tenté de retourner au jardin de Tcliangfanjou , et de cher* cher à obtenir quelques éclaircissements près de Yansou. Mais cette fille lui avait dit qu'il ne pourrait plus la revôir. Toutes ces pensées Fassiégeaient «et le toturmeotaient sans cesse. Il laissait aller sa monture qui tantôt hi tait le pas et tantôt le ralentissait.

L'homme le pins sage , trompé dans ses max , «st comme le chien

qui a perdu m mison (i)* Le poren qui a réuni à se cach«r est comme le potason échappé

du filet. * Le sage royat me alliaaee fertimée près de loi échapper, Qael^ae route qa*il prenne , quelque parti qu'il embnsse , s,é>

puise en vaines agitations.

Sse Yeoupe, monté sur son cheval , suivait ainsi sa route, livré à toutes sortes d'irrésolutions et tourmenté de pensées affligeantes , quand une réflexion se présenta à son esprit : « Lorficpe je siûs venu ici il y a quelque temps, dit «'il ^ mon intendpn était de me rendre à

(i) AliuMon il un trait de la yi« de Ginfuciut.

Keouyoung y et dy consulter l'hennitè de f.i reconnaissance. L'aventure qui m'a rapproché de mademoiselle Pe m,a retenu ici bien longtemps , et m'a fait perdre de vue mon projet; mais puisque cet hermîte a su que j'étais sorti de chez moi pour me mettre à la recherche d'un inàriage , aujourd'hui que ce mariage est une chose arrêtée, et que je ne vois pourtant aucun mùyeh pour me tirer d'embarras , qui empêche que je n'aille le consulter ? » Et sur-le-champ il tourna bride et se dirigea vers le sud-ouest , oà était la route de Keouyoung.

Il n'avait pas fait plus d'un ou deux milles(i), quand une nouvelle réflexion Tint l'arrêter : « L'autre jour , quand je voulais aller consulter rhermite, c'était dans la vue dun mariage au sujet duquel il n'y avait rien encore de déterminé ; mais aujourd'hui tout est éclairci à cet égard. Mademoiselle Pe existe, et &i je ne lob* tenais pour épouse , de ma viè je ne voudrai» me marier. Je n'èn cherche pas d'autre : je cherche seulement un chemin pour m'approcher d*eUe» Yanscm m'a dit le plus nettenleiit du monde qu'elle Toukat que /allasse trouver 1«

(i) Ije cinquième d*tin« Keae.

docteur Gou* G*e$t àiaiiitetunt moi seul que je défe c6tisulter stir k C6<idttite que j'ai à tenir. Qu'ai-je besoin d*i»tei^Dger cet hermite? Quand je î'àrirai cànénhé , et h^êlH m'aura dit que cette af&iré peut êtehé amMëê à bien , il fkudrâ toujèùrt enfin tfue j'âiUe tiicri-^lnéttie former ma de» mtthdë. PoUH'^Ml Aièt là faire à ma place ? Et s>i\ ttie cKsait què môti màiîage est itnpôsaible , m*ett t&p{>otteràis^je à lui pour y renoncer? Il vaut ittteux qué fàbotde le ^rieillard en face ; que je stiive \é& cdiiseîb Ae Yatiscm. Le premier et lé plus important est me rendre auprès âè Gùù Totiîan. Peat-èttà àurft-t-ii lul-méme AiMgé datfe sûr l'àHiaârcé qû*il tnaTak propo:

Cette nouvelle détermination i-obllgéa de change^ de rotite îèncotè titie fois , et il se mh à suiVte celte ^'il'aVàît d^jà pstreourue» Il n'atait pas fadt{>lus d*CiAè dixài^e iilill^ (i), quand 3 (|ae lé tem|)$ i'éiiàt patoé pendant

ses irrésolution^ y ée^ tHUes^ët sés Teiiûes , et qiife le soleil était parV 触 àtf milièil dé 5à carrière. Il se sentit dé Fappetit , et ayant arrêté soti bîïteTal, il prt>ihehâ nés ttga^tds dàvk toutes

<i) Une tida«. ,*

les directions* Il aperçut un village sur le càté de la grande route, vers le sud -est ,, et il eut quelqu*enyie de le gagner pour y acheter des vivres ; mais il ne savsijt trop s'il y trouverait une auberge. Comme il était encore indécis, il vit venir devant lui ua homme à cheval, suivi de trois ou quatre domestiquas à pied. En sapprochant l'un de l'autre, tous deux s'aperçurent avec autant de joie que de surprise qu'ils étaient gens de connaissance. Le Toyageur ouinant le premier la bouche : « Que £aites-Tous ici y frère liansian ? » s'ëcria-t-il.

一 «Je me demandais qui je voyais, répondit avec empressement Sse Yeoupe , et c'est mon frère Yantsoimg. Il faudrait plus d*un mot pour vous dire....»

― « Il y a long-temps que je ne vous ai vu , interrompit le nouveau venu ; mais je n'ai pas un instant cessé de penser à tous. Puisque nous nous sommes renconti'és , ce n'.est pas ici un lieu commode pour caaser ensemble. Heurwsement mo^ logi# n'est pas loin d'ici. Faite*-inoi la grace de m'y accompagner. »

一 • En' quel endroit est donc yQtre Jbabitation ? « demanda Sse Yeoupe.

― « De ce côté, » répondit l'autre, en mon-

trant du doigt le bord de la route et le milieu dii village.

- «A nevouspas mentir, reprit Sse Yeoupe, moi , mcHi domestique^^t mon cheval nous avons en ce moment besoin de prendre quelque nourriture , et cest ce qui hit que jetais ici à délibérer , lorsque je tous ai rencontré. Puisque votre habitation n'est pas éloignée ) je vais être obligé de vous causer de l'embarras. »

Le voyageur, très-satisfàit^se mit aussitôt en route avec Sse Yeoupe , et ils se dirigèrent du côté du village.

Tchingtcliouang setil , milieu d'un voyage ,

Est invité par Saema à goûter nu instant de repos.

Hais ce n'est pa» le.méiite et la renommée qui remuent le monde.

Est-il bon de recevoir ainsi l'hospitalité en tous lieux ?

Le nom de famille du noùyeau yenu était Sse(i)^ son petit nom était Yeoutc, et son titre d'honneur, YantsouDg; Quoiqu'il . eûit le même

(I) Ce personnage porte le même nom de famille que notre lîéros ; mais il n'est point son parent. Il n'y a à la Chine que 400 noma de famille pour aoo millions d'individus ; par conséquent il y a , terme moyen , 5 00 mille personnes qui portent le même nom et à qui la loi . iiiterdit de se marier ensemble. ~ L'analogie des surnoms est ici une autre circonstance fortuite, et qui doime lieu k quelques méprises d'une grande ressource dans les romaus.

non de famille que Sse Yeoi^, U ny avait pa^ entreux de parenté ; mais ils avaient été cama' radies dans le même collège, lie nouveau Tenu n'ayait pas fait de grands progrès dans le^ lettres , mais il étai% fort riche. Parvenu à l'âge de TÎnfl* cinq ans , et fort adonné au vin et au pl^ir n'avait giière avec cela <{u*ime bonne qualilié : c'était de répandre Varg^t avec profusion quaad il pouvait rassembler des hôtes chez lui. Et cowwe il avait renpncé à toute contrainte , il était, contimnelleinenil à la ville, où il aTait beaucoup de connaissances. Il en revenait tout justement le jour où il rencontra Sse Yeoupe, et où il l'invita à venir chez lui,

Arrivé devant la porte de la maison, le» deux amis descendirent de cheval, et entrèrent dans la saUe du mitieii. Après les compUments d'usage , Sse Y«oute ordonna à se» gens de serrfar promptement ce qu'ils auraient de pvèt, parce que le seigneur Sse avait faim , et que quand il aurait satisfait son appétit, lui-même Voulait boire quelques tasses avec son ami.

Les domestiques obéirent, et quapd le dîner i .eut été servi , Sse Yeoute s'adressant à son hote : j « Voilà plusieurs mois, que je ne vous ai vu , lui I

dit-il. n n'y a pas d*endroit où je ne ine mxU \

mfonné de yc^us. Qa'él«&,v<Hi$ donc deveitai , mon cher ami, et comvfhesk^ te fait,il qua isouB $07^ ici?.

一 « Quelque tempi que l,oo meiUr»* tir« moa {pra4e| cepoit^ît? S»e Yeoupe , il esl arriré ipe moa oDple pat^]^, au mour d'une ia$pectioa qu'il ayait faite dans la contrée de Tsoa (i), A fai^ 8Vt:Mar 9^ bsùtt|ue à rembou* «bure gmuid fleuve , et qu'il a délire m'emmeiier av/fo lui slKoou!^,. o" il va chercher de nouveaux or^r£$ 4^ ."«mpereur, N'ayant rien qpi mattacl^ât dau^ ce pays, j,《i accepté sa proposition. . 2VL^ j ai ren^ontFé tant d'obstacle» et d'einpêchejn«l)ts $ur;ma route, qu'il, ne 911a pas été pQs«i^l|â tr myer «u i*e94ez-¥<ms»'

De son c 今 ji^ jp» 种, onçle,. ne pQuvant matteinfee plus long-teflcy^s , s'en est sdlé. j^^ 戰 sws enaiiite arrêté chçz uu de mes anû&, où j'ai plo»

sieurs jo|4fs. A^jf^d^hui nn^ petite affaire me ramenait à la ville ^ fW^A je, me juû trowé i l'endroit; où vous m'avez rencontré. Y a-t-il long-temps , mon cher ami, que vous ny étiez

(I) Nta 4l'«n Ancien ro^nanme qui répondait an Hovkonang , et qtt*6ii employa îci pour désigner eexïe pro- ▼ince y pa» mne tort» dfafSfitotattion Mt-ordfHalfe aux lettrés.

hnte de rexamiDatem*. ïûvam dire qiie c'était à la soBicilatioh d'un dsoctjeur de la grande: âca« demie, du s^gn«ur Gou, que la chose avait eu lieu ; votre résistance au ^iésir qu'il vous aVait témoigné die vous Êiire ëpousrér sa fîUe l'arait irrité pour^ un moment , et il s-était' veilgé par ce Riauvais tottr ; mais , à la longue, âon bon cœur a repris le dessus; il a réfléchi que ce n'était pas un si grand criin* que dfe reftiser de se marier. D'ailleurs il a remarqué que vous tous étiez rétiré en silence et 咖 s faire d'éclat; que vous ne vous étiez permis aucune parole injurieuse contre lui. Son re&seiïfiment n'a pu tenir contre votre conduite. D aparlié à Vexaminateur, et c'est alors que celui-ci vous a rétabli dans votre grade. »

Sse Yeoupe ne fut pas moins satis&it qu'étonné de ce récil : •« Ami Yantsoung , les bhoses se sont-elles bien passées ccmunevous le dites?» demaDda-t-îl.

一 《 C'est ainsi que l'ont raconté l'examinateur, le gardien dés livres' et tous les huissiers du collège , répondit Sse Yeoute. Ce n'est pas mon rapport seul que tous devçz en croire. »

A cette nouvelle , Sse Yeoupe éprouva line joie qui se manifesta sur son visage. Il venait

jii9t«|D€nt d'achever de diner : il prit à la main use griuide tiose de yin, et la bot tout entière d'un «eul trait. Sse Yeoute le voyant faire Mon itère, lui ditrily ceci n'est encore pour tous qu'une petite joie : quand viendra l'autoinne, ce sera la grande. »

― * Croyez 拳 vous, dit Sse Yeoupe, que j'attache tant de pnx à un grade obtenu ou retiré? J,ai bien im autre sujet contentement ! »

― « Je ne vois pas que vous en ayez d'autre qjae celui-là, » dit Sse Yeoute.

一 « Pour ne vous rien cacher , repiît Sse Yeoupe 9 ce nest pas de ce qu'on m'a rendu mon grade que je me réjouis; maiç ce qui me ravit 9 c'est que ce soit Gou Touïan qui me 】'ak fait rendre. »

一 a Pourquoi cela ? » demanda Sse Yeoule.

一 《 C'est, répondit Sse Yeoupe, parce que f ai une petite afFaire à lacpielle je yeux prier le seigneur Gou de s'intéresser. Je craignais justement que sop ressentiment ne fût pas dissipé , et j'avais quelque peine à laller trouver. Maintenant que je vois qu'il a encore de Vaffection pour moi, je vais dès demain aller le sojiiciter, et je ne serai point embarrassé pour lui parler. Voilà le motif de ma satisfaction. »

Sse Yeoùte se mit à rire : « Ne serait-ce pas, dit-il, que vous songeriez à revenir sur votre première résolution , et que vous voudriez lui demander sa fille? Mais sa fille est mariée à ui^ autre. »

― « Point du tout , » répondit Sse Yeoupe, ― « Si ce nest pas cela, c'est que vous savez qu'il a du crédit dans les concours , et que voys voulez vous recommanikr du titre de son disciple. »

一 « C'est encore moins cela, , dit en riant Sse Yeoûpe.

― « Qu'est-ce donc enfin ? » demanda Sse Yeoute.

Sse Yeoupe continuait de rire, et ne répondait pas : « Je vous ai appris une bonne nouvelle, continua Sse Yeoute, et lorsque vous avez un sujet de vous réjouir , comment se fait-il que vous ne puissiez m'en instruire P Ne sommesnous pas amis intimes ? En quoi pourrais-je gâter vos affaires ? Peut-être que si vous me disiez celle-ci , je serais en état de tous prêter l'épaule. Que sait-on ?»

La . jjpie avait monté la tête à Sse Yeoupe ; il avait pris quelques tasses , et le vin l avait encore animé. Il se trouvait alors disposé à la

cdnfiaace et à labandrnf : « XI* est , dit-il , mon cher, ami , une affaire sur laquelle gavais justement projet de Yous consulter ; car pourquoi v<mdiala,je tous rien caeher? J'ai un. mariage en vue , et je désirerais pirier le seigneur Gou de s'y intéresser».)» "

A ces mots y Sse Yeoute , frappé d'une rë* flexion: ..«Ne serait-ce pas la fille de Pe Thaïfaiouan, que tous voudriez qu*il demandât pour TOUS ? » lui dit-it'

Sse Yeoupe , voyant qii、il devinait si ju^te ^ ne fxtt Vcimpècher .de fi^re un grand éclat de riré:<«:yoî»s:!ête& uiï' génie ^ mon frère! » se-

U fiiat aairoir que: Sse Yeoute était voisin de csB&pagiie du /con6ie}Her d eCat Pe , et que depuis latkg^femfë il étskit parfaitement au fait de la l)eav4é et talëfit^ mademoiselle Pe, aussi bien qn^ de Vexuème sévérité que lè père voume%t4t,iskn^]e. choix dun gendre. Il avait boaucoup regretté de ne pouvoir s'omnrir d'accès pour; tui-mêmèy et en voyant iriainteoatit que Sse Yeoupe, qtd venait du vilWge même , voulait prier le docteur Gôu de faire pour lui l'office d'entremetteur , il ne lui avait pas été difficile dé deviner du prèmier coup de quoi il

sagissaît. Mais songeant à sdn propre imitérét : '« Il est superflu , dk-H,. de parier de laJaeaul» de mademoiselle Pè; nais le père est m faannnc intraitable. Il a reftise je ne ms cjDmhîéB'de gens au st^et de ce mariage. Gou Touîan s'y emploierait lui-même qu'il n'en Tiendrait pas. à bout. D'ailleurs j'ai entendu dire —îè avait 卞 ris à demeure chez lui (i) im certain Tdiaii^. Celte affaire ne saurait réussir qu'autant qu'on aurait quelque intelligence avec l'intérieur: die là maison. » -,、 - '• • 1

Quand Sse Ycoupe le rit si bien iiîlbi<ttiéy'il se mit à lui raconter coititti^nt il »fsHt faic la connaissance de Tchangfanjou^ et compoâé des Ters sur lés sautes printaniers; cbimneiitjl avait été trompé par Ttehângfenjtfu , et commenr il xvdit ensuite rencontré Yàiwou. Sfte Yeomè écouta tout ce tédt avec kr p)u^ grande anëii* tion : « Si les choses en sont à' <5ft p^m';^ûi^ii ensuite, le mieux est sans doute dallër cônlter r^rfTaire «t» séignenr Gou. Ce qni est ftelieitt , c,e« qu'il vient d'être rappelé à k cèut. , '

一 * A la cour ! s'ëcrià Sse Yéoupé. irserdt au ddf qu6 firais l'y cbercfaer» »

(I) Daas %^iUon accidentai, t. T. II. p. "6,

一一 «Si vous voulez alkr le tnmrer daat la

capitale, reprit Sse Yeoute,que nepanei^TOiu immê^iatenent ? Vous êtes f\m jprte ici pour palter le grand fleuve: qu'aTezrTou» besoin de Mourner à la ville ? Il faut aller vite et rercnir de même , et tous serez encore de retour à temps pottr l'examen provineial. »

一 « Sans dottie il vaudrait mieux partir de wile, répartit Sse Yeoupe. Mais il y a loin did à la cour; et quand , il y a quelque temps, je su» sorù de chez moi en hâte , je n'ai fait au* <him proTÎsioh pomr la route et je n'ai pas: pris d'àrgent aveo moi. Il faut que je retourne à h yillB fowt me munir de ce qni m'est nécessaire, et c'est alors seulement cjue je pourrai me mettre en roufe-. » *

― J« É!iç réjoui» infiniment de ce qui peut tous arriver d'bràreiix, dît Sse Yeoute. Vstrgeat M le bagaga pour la tout» sont une faagatelle. Je puis: vous procurer tout cela. Qu'avez -vous begok» d© retourner lir,U yîtte pbur perdre eni^^e «les jotirs left des mois ? »

• — ^« Si VOTO )a bpntë de mtn prêter , 4k Ss6 Y^obpe a¥ec beaucoup de satitfactibii:, îe^aitmi» ifamédiateinent d'ici pour k iiotd , fitjd B'ftimia'iiu} befoii» aeloamer i la vîUe;

mais comment pourrais -je reconnaître un si grand service de votre part ? *

一 《 Les biens sont communs entre amis, re»

prit Sse Yeoute. Autrefois comme à présent , tous ceux qui ont été liés dune commune af»

fecdon en ont usé de cette manière. Pourquoi voudriez-vous que j'en fisse moins pour tous ? Buvons ce soir ensemble , en causant joyeusement , et demain je vous verrai vous mettre en route. »

- ― « Voilà le langage et les sentiments d,un véritable ami , dit Sse Yeoupe. Je ne pourrais pas daillenrs tous quitter sùr-le-champ, à moins d'aller demander à coucher dans quelque chaumière. » .

Les deux amfs continuèrent à converser ainsi, tout en 'buvant gaîment ensemble. Sse Yeoupe écrivit les vers sur les saules printaniers et la chanson sur le poirier à fleurs rouges, pour les feire VOIT à Sse Yeoute. Celui-ci y donna de grancU éloges ; la collation fut contimiée jusqu'à ce que les têtes des deux' jeunes amis fussent complètement échauffées. Ils se séparèrent alors , et Sse Yeoupe resta pour passer la nuit dans la bibliothèque. Cette soirée, comme on le dira plus tard , produisk l'échange d'une péehe con-

tre une prune, et la dispute de la pie et du ramier.

Le renard se dent coi ; Les deux aarceUes s'appellent d'une Toix himnoniense. On boit ensemble à la même coupe , Et chacon y trouTe son profit.

On verra dans- un autre chapitre comment se séparèrém les deux amis.

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