‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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qvov CHERcnx.

Cest en yain qu'une belle Ûent est gardée au fond âfitûe retraite ioacceasible :

Il n'y a rien de sacré pour Fardeur qu'inspire un objet cbarmant. Le lis délicat est exposé anx insultes dn vent et de la plnie. Et lo bouton «parfumé , anx conrses du papillon et de la gaèpe. Mais aussi ne laissez pas errer en tous lieux votre confiance excessive.

Un mi poète deTrait-îl ayoir mie indiscrète légèreté ? On prête une oreille intéressée anx récits de l'amaat malheureux; Mais quelques branches perdues n'obscurcisseut pas en lui l'éclat du talent,

Sse Yeoute avait été fort mortifié d'apprendre qu'il existait un engagement entre Sse Yeoupe et mademoiselle Pe , et il se mit dans l'esprit d'avoir part à cette affaire. Le lendemain donc quand tous deux furent levés et qu'ils eurent pris leur déjeûner , Sse Yeoute donna des ordres pour que les provisions nécessaires à un voyage fussent tenues prêtes, et de son propre mouvement il tira vingt onces d'argent (i) <]u*il

(i) Environ i5o fr.

of&it à Sse Yeoupe : 缪 Voici , lui dit41, une pe*^ tite somme pour les frais de votre route; prenez^ la, mon ftère ; mais surtçut allez et terrenez en toute diligence; tous n'avex pas un instant à perdre. Le seigneur Pe D*est pa» d*uii caractère &ci]e. Je ^craindrais , s'il avait quelque dessein formé, que sa fille même n eût peine à disposer d'elle. »

一 « Votre secours et vos avis me sont également précieux 9 répondit Sse Yeoupe. lis m'im- .posent une recohnaissanee infinie. Une fois arrivé à la cour, je ne m'y arrêterai qne pour jobtenîr la lettre du seigneur Gou, et je m'en reviendrai sur-k*chanip en marchant jour et nuit. Si je reuâ^ià dans mes projjets , mon cher ami, je le devr^^ uniquement à voire générosité.»

En achevant ces paroles , il donna ordre à Siaohi de prendre le bagage, et te leva. Sse Yeoute fit aussi venir un domestique : «Le seigneur Ssé , lui dil-il , ne connaît pas bien les chemida aux environ» de ce village. Tu Tai le conduire jusqu'à r^mboachure du fleure, et ta ne t*eB reviendras que quand ta le lui aoraa vu làraTerser. »

Après que le domestique eut reçu cett^ instruction , Sse Yeoupe prit congé , monta lui-

tnème à cheval , et prit en hâte la rdute de là capitale.

Or , il faut savoir que le docteur ùotx , dè$ qu'il avait reçu le décret qui le mandait à la cour , avait immédiatement fait choix d'un jour heureux pour se mettre en chemin. Mais aU moment même où il sortait de la ville, il s'était senti fort indisposé pendant un repas d*adieu que le préfet lui avait fait offrir. Il avait éprouvé du froid dans l'estomac , et de ce moment une maladie grave s,étant déclarée , il avait failli le rapporter chez lui pour lui dônner des'âoins; Il avait été retenu plus' d'un mois , et il cdtnmençait seulement à se rétablir à FepoqUe dont nous parlons. Sse Yeoute avait appris cètte circonstance en Tenant à la Tille, et comihe Ù craignit que Sse Yeoupe'n'en fût également informé , s'il allait demancler le docteur Gou, et que par là il ne lui enlevât à Ini-niêine toutés lés téssources dont il voulait usèr; if : avait arrânfg^é son histoire en conséquence , et il avait prêté les vingt onces d'argent à"Sse Yeoupe pour le pousser à ise rendre directement à la cffpitde. Pendant ce voyage infructueux qui lui laiàrsaît le champ libre, il pouvait lui-même eiëcutep Ventreprise quil avait projetée* 八

Le médiaiit rit jusqu'à ce qu'il troare nu méchant tel 4|Qe loi. Par ses fourberies , il se joue de rinnocence de l'homme simplef Mais qui sait si le ciel ne suscitera pas un plus méchant encore , Qui £ba tourner ses inCHgnes à la gloire de Finnoeeiice ?

Sse Yeoûte fut donc charme d'avoir ainsi engagé Sse Yeoupe dans un voyage au nord :

« J'avais moi-même dirigé mes vues du côté de mademoiselle Pe , dit -il. Elle éiait l'objet de toutes mes pensées ; mais je ne voyais aucun moyen de réussir. Je n'imaginais guère qu'il se présenterait aujourd'hui même une combinaison si favorable. C'est bien le cas de dire que le ciel se conforme aux désirs des hommes. »

Sans perdre de temps , il se munit d'un billet de grande cérémonie, et s'en vint à la ville faire une TÎsite au docteur Gou. Arrivé devant la porte 5 il chargea un domestique d'entrer d'abord auprès du concierge et de lui remettre un petit paquet de cinq deniers (i) , avant de lui présenter son billet de visite , et de lui dire : « M. Sse, mon maître , désirerait voir votre seigneur : voudriez - vous prendre la peine de le lui annoncer ? »

A. cette demande le concierge répondit : « Le seigneur mon maître relève de maladie ; il ne

(i) 3 francs 70 centimes.

voit encore personne , et je crains (|uil né soit pas en état de recevoir de visite. »

一 «Nous nous en rapporterons à ce qu'il plaira à votre maître de décider sur la visite , reprit le domestique. Voici seulement un message que vous prendrez la peine de lui transmettre. »

Le concierge ayant reçu le petit paquet, et voyant qu'il s'agissait d'un billet de cérémonie, cessa de refuser : « Je vais faire votre commission à mon maître , dit-il; priez monsieur d'entrer dans le salon et de s'y asseoir en attendant.»

Le domestique rapporta cette réponse à Sse Yeoute et l'engagea à changer de coiffure pour entrer dans le salon. Ensuite il prit les présents d'usage et vint les déposer au pied de l'escalier. Le concierge tenant les àeux billets les porta à son maître dans un salon sur le derrière de la maison.

A cette époque, le docteur Gou , nouvellement entré en convalescence , commençait à se lever. II se trouvait en ce moment dans un pavillon au fond du jardin , respirant l'air frais et cherchant à prendre des forces ; il n'attendait que son entier rétablissement pour se rendre à la cour. A Finstant où on lui apporta les deux

billets , il jeta d'abord les yeux sur celui qui portait le Dom dn visiteur, et il y lut ces mots: Votre ttis^obligé disciple Sse Yeoute vous pri^ sente ses respects et ses salutations, U prit ensuite le billet de cérémonie , et vit , sur la liste des présents , des étoffes, des urnes, des tablettes d'ivoire , des garnitures d'habits et. d'autres choses semblables, montant à la valeur de cent onces d'argent (i): «Ce jeune homme n'est pas de ma connaissance, dit-il en lui-même* H faul qu'il ait quelque motif particulier pour Tenir tout d'un coup me faire une si grande démons» tration de politesse. »

Il s'adressa alors au concierge et lui donna ses ordres en ces termes : « Va dire à M. Sse que je relève de maladie et ne puis encore pratiquer les devoirs de l,urbanité , ce qui m,empèche de recevoir des visites; que puisqu'il a daigné me faire l'honneur de me venir visiter , il a sans doute quelques instructions à me donner ; que s'il De s'agit pas d'une affaire trèspressée , il pourra me voir un autre jour; mais que si la chose est urgente , rien ne s'oppose à ce qu'il me la fasse dire de viye voix ; que quant

<î) 741 fr. '

à ses présents , je ne puis me permettre ie les accepter , et que pour cette raison , je Itireù fais remettre la liste. »

Le concierge sortit chargé de cette réponse et vint la rendre mot pour mot à Sse Yeomé:

Celui-ci rayant reçue : « S'il en est ainsi , reprit* il , allez seulement dite à votre maître que son disciple était venu pour lui parFer au sujet dune affaire de mariage , touchant mon frère cadet Sse Yeoupe, et qui s'est trouvée sujette à beaucoup de contretemps ; mais quune entrevue y mettra fin ; que puisqu'il ne peut recevoii' de visites aujourd'hui, je dois naturellement revënir un autre jour; mais que relativemeïit à ces bagatelles , il faut bien qu'il en accepte quelquesunes. Prenez la peine d'aller dire encore ce peu de mots à votre maître. »

Le concierge rentra auprès du docteur Gou ; lorsque celui-ci entendit parler de Sse Yeoupe et d'une affaire de mariage : « Va demander, ditil à l'instant , si ce Sse Yeoupe est celui qui dans ces derniers temps a mérité ' la première place au concours présidé par rexamînateur Li. » '

Le concierge sortit pour faire cette question , et revenant avec la réponse : « C'est lui-même,» dit-il à son maître

一 tEn ce cas- là , dit le docteur Gou, va prier M. Sse de me venir trouver ici , dans le jardin. »

Le concierge sortit avec empressement :

« Môii maître, dit-il, invite monsieur à le venir joindre dans le fond du jardin. » Et il conduisit Ssé Yeâute, en sortant par la grande porte et en tournant jusqu'au jardin de derrière. Là il le fit entrer dans une salle où il l'engagea à s'asseoir. Peu de temps après , le docteur Gou paliit appuyé sur le. bras d'un petit valet. En le voyant, Sse Yeoute apporta bien vite un fauteuil au haut bout de la salle : «Mon respectable et excellent maître , dit-il, daignez vous asseoir, je voua prie , pour que votre disciple vous présente ses respects. »

一 « Jai été fort indisposé, reprit le docteur Gou, et je ne puis encore supporter la fatigue. Si vous vous attachez strictement aux cécémo^ niea ordinaire» ^ vous tie me montrerez pas tine véritable affection. Il vaudrait niieux nous borr lier à uoe "nsiple salutation (i》 》

(i) Celte manière de convenir du geore de salutation doât on fera'lasage rappelle peu M. Jourdain , qui wii qt^éh-Mcble pàur là tfohi^me révérence.' Mais il Yaut se rap— que' If maniéré d<[l se fkire les premiers corn-

一 « Mon respectable maître, si vons l'ordonnez ainsi, je ne me permettrai pas de vous désobéir ; mais ce sera de ma part un man<]pie de respect et une faute grave. » Et en parlant ainsi, Sse Yeoute Ut 1^ salutation demandée. Le docteur Gou l'engagea à quitter son habit de ville , et ensuite ils s'assirent tous deux avec ks compliments d'usage (i).

Après que le thé eut été servi , fe docteur Gou s*adressant à son hôte : « La personne 4ont vous parliez tout-à-l'heure , et qui porte le sur* nom de Yeoupe, est donc votre frère cadet? »

lui demanda-t-iL

" 一 « Nous ne sommes pas du p^ipe 39ng ma* ternel , répondit Sse Yeoute; mais c'est efieeti*

pliments entre gens biens élevés et qui savent leur monde teX aasez fetigante pou» qu'on puisse souhaiter d'en être dispensé, dans l'état de santé où se trouve ici le dootenr Gou. Il faut se tenir à côté l'un de l'autre, debout ou même à genoux , et s'incliner trois fois , plus ou moins profondément selon, le ireapeet qu'on désire témoigne» et Parbanité dont an veut faire preuve. La simple saiutatiçn, à laquelle le docteur prie son hôte de vouloir bien s*en tenir, s'exécute en croisant les mains sur la pôhrine et eb remuant un peu la téte d'un air à la fois grave et obligeant.

(i) C'est-à-dire en — — nt réciproqu«me«t de k voix ou du geste à s'asseoir le premier , et UchaQtjik l'emporter adroitement dài^ft cette lutt^ df po)it9«p«*

veoient non parent et mon cadec C'est un jeunje homme arrogmit et mal éleré qui ne connaît pas le monde. En se révoltant contre les iBarqme& de bonté que par deux et trois fois Yon& ayez^ laissé toinbar sur lui, mon respectable maître , il a ouyert la porte au péché. QuaBd'enauite IhonorabLe examinateur a daigné l'en châtier, c'était bien le fruit de $es œuYxes qu'il recueillait; et cependant tous n'avez pas voulu aggraver sa position , et votre pitié est même venue lui prêter assistance. Par là T€ms TOUS êtes assuré une reconnaissance €t des obligations infinies. Depuis, vous avez eifapé toutes les traces de son humiliatioii : il voulait toujours mettre sa téte dans la poussière (i) , au pied de votre escalier ; mais comme il ne s'en est pas senti le courage , je me rends à sa place aujourd'hui pour vous faire agréer ses

― « B y a eu un moment, reprit le docteur, où , dans l'intérêt d'une faible tige de courge , j'ai désiré l'appui d'un sage. Je n'avais pas considéré que le jeune âge de monsieur votre frère, son talent distingué, ses hautes espérances, ne

; (t) Plus littéraleinent dant ia houe.

pouvaient convenir à une maison qui n'a que les murs. J'avais reconnu avec plaisir en lui des qualités également aimables et honorables , et c était là ce qui m'avait fait songer à lui. C'est une faute que j'ai commise seul : quel tort pouvait avoir monsieur votre frère? Mais dites-moi , je vous prie , à quelle intention vous avez encore rappelé aujourd'hui le mot de mariage ? »

一 « Mon frère a eu lin instant d'aveuglement et de stupidité. Mais il y a long-temps qu'il se repent et qu'il s'afflige de s'être lui-même ferme le chemin du ciel. Depuis qu'il a appris à connaître vos bontés, mon illustre maître, ces bontés hautes comme le ciel et profondes comme la terre, il a de nouveau conçu le désir <le prendre racine au bas du mur de votre maison. Et comme il a récemment enteadu dire c[ue mademoiselle votre fille a , conformément à la décision du sort, uni sa voix au concert du phénix (i), sa route dans la vie n'a plus eu de terme. Ainsi trompé dans ses vœux, il a songe à les reporter sur un autre objet. Il a été infor, mé que son excellence l intendant des ouvrages publics , le seigneur Pe votre pairent , avait une

(i) En trois mots, consentir (lux sorts du phénix, signifie en cbîuois qu'une fille a accepté im époux.

fille , votre liièce , dont l'âge el la figure se pré* teîit des cliarmes mutuels ; et il a .^u la témérité de penser que s'il pouTait avoir ce nouveau tronc d'arbre pour appui, il n'aurait pas perdu ravanlage d'unir la prune à la pêche de votre maison ; car le linteau de votre porte est pour lui la ligne qui sépare 1« ciel de f abîme. Ce sont là peut-étfe Its folles imaginations d*un pauyre lettré. Mais il a déjà été inondé par son respectable et excellent maître de marques de bonté qui ont tellement dépassé son mérite, quil n'a pas rougi de venir en solliciter encore une.

J'ignore, mon respectable maître, si tous êtes encore dans la disposition d*alléger ses torts antérieurs , et si , dans cette circonstance , tous voudf ez. 1 etayer on le renverser (i). »

(i) Si quelque lecteur s effaroacbait de la multitude et de rincohérence des images et des métaphores accumulées en cet endroit , on pourrait, en le» faisant disparaître, rendre en sa fayeur le discours de Sêe Yeonte de ]a manière suivante : « U , a loog-temps que mon parent gémit d*ayoir mis lui-même obstacle à son bonbenr. Vos toochaoteft bontés ., monsieur , ont fait re^hre en lui le déaÎT de formée une alliance avec votre famille. Mais mademoiselle votre fiUe ayant déjà tu .brîUjfcr le flambeau de i'byméoée , il a du chercher un autre moyen, d'ar-< river aa même but : informé ^ue votre purent a uae fille, à la fleur de Fâge et douée de mille at^-ft^ts , il a-TO eu elle la personne qui pouvait lui procurer rayantage d<*

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