‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 4 sur 19 · III · texte numérisé non relu

III

一 « S'il en e^t.ains" dlt a^ec joie le docteur Gou, je ne veux pas , monsieur , vous tenir pluft long-temps dans r^rreur. La. personne que je lui aivpropQsée iLyia quelque temps n'était point ma fille; c'était mamièoe elle-méma »

一 《 C'était mademoiselle: ycrtre nièce ! ",é^ cria S&e Yeout© tout surpim -

一 « Oui, c'était ma xiièee, reprjt*e cboieur, lobjet de la plus yive 'affection de Pc mon pa* rent ;. il "ait. reçu l'ordre dûîse rendre .au* eannr pement des.' Tartares,. el^i dans- la csainte de quelque malheur? imprévu , il avait voulu me b> cofi&ec , . et m'aydU > chargé de lui choisir un éppux;.Tie hasardim ayant fait œnoaitre le^tsblent et leâ agréments extérieurs de votre frère, je pensai que ma nièce et lui formeraient un cduple bien assorti , et c'est ce qui m'obligea de mettre tant d'ardeur ^ mes sollicitations. Je ne *vou, lais pa^ rester au^essous de la confiance que^

s'ftMîer à voua :. car cet hoiîmeur «st du pin» grand prix à ses yenx. Vous lui aver déjà montré tant dHtiduIgencë qu'il n'a pas ctaînt dV» sollicittr encore- une mutqaei' Seriez-TOU9', mons΀iir , disposé- à faybrîser ses toux ? » Ce langage serait plùs intelUgible , mais moins caracté»ritfticjue',' et l'on ne deirinerait plus à quelle nation il eat' emprunté. Il faut: comme on ïa dit , savoir à propos' ceUkiètver' kceouleur locale , et le lectettr ne' dôff ' pa» otlblitfp'qne c'est à des Chinais qu^il a affaire.

aattti nmHtrée'iiMm parent. SHI eût été question d'une personne dun mërite aassi vulgaire que ma propre fille , aurais-je osé me permettre d'importuner un sage pour un si mince sujet ? Mais puisque monsieur votre frère daigne luimême revenir sur cette affaire , et que fous , mon dbet monsieur , vous ' rouler bien me» dire votre avis , ikia nièce est encore à mariear, et: il convient qoe je saisisse de nouveau le manche delà coignée. Si des personnes si bien faites lune pour laulre viennent à ètfù unies, on verra bien que tout ce que j'ai dit precQdetnmeiit à ce sujet n'était pas dëpoxirm

~ '« Mon r^pectable maître , nous ignorions absolument que le projet que vous aviez formé, et qui faisait :voir tant d'indulgence pour mon frère , fôt encore fondé sur dés motifs' si généreux. Notre conduite a été ridicule à l'excès, Mais si iB»ntenatit votre bienvielUante assistmoe veut acheter^ comme elle a commencé , vous mettrez k coiïïble à' vos bontés, et Von pourra dire d'u«e tbWe affection quelle 'est intime comme l'union de la chair et des los, et qû'elle durera à la vie et à la mort Quand; à l'a — venir, mon frère épuiserait ses forces à votre

service (i) , il ne saurait jamais reconnaître la dix-millième partie des bienfaits dont vous 】e comblez. »

、 Alors reprenant les présents qu'il avait apportés , il fit une profonde révérence : « Ces bagatèllea sans valeur, continua-t-il; sont de bien faibles marques de mon sincère attachement. Si vous les repoussiez, ce serait exclure votre disciple du seuil de votre porte. J*ose espérer que vous voudrez bien les accepter comme un gage de souvenir. » .、 一 « Je ne devrais pas , reprit le docteur Gou, recevoir de si grandes marques de votre courtoisie; mais puisque vous me montrez des sentiments si affectueux, je ne puis (ja'accepter un ou deux de ces objets en rougissant. » Et il en désigna .de quatre sortes. Sse Yeoute renouvela ses instalnces ; mais le docteur Gou ne voulut absolument rien prendre de plus.

Le thé ayant été servi de nouveau, Sse Yeoute se leva : « Je vous suis importun, dit-i^ et je nuis à votre rétablissement. Je vais me retirer \ mais souffres^ qu'un autre jour je reyienne

(I) Littéralement , quand il st fwait chien ou cheval l'otre service.

tous offrir mes respects- et vous* dèmlander vos ordres, » -

一 « Je devrais vous retenir et profiter de Totre coftversation, dit le docteur Gou; mais TOUS m'excusçrez à cause de mon état. Un autre jour jàurai l'honneur de vous inviter à venir dîner avec moi.» Et il reconduisit son hôte qui sortit à l'instant* Lui-même, prenant pour vrai tout ce qu'on lui avait dit, se flatta quelles bonnes intentions qu'il avait eues précédemment ne demeureraient pas sans effet, et il en conçtit beàûcoup de satisfaction/

Cependant; Sse Yeoute, de retour chez lui , se félicitait' et se réjouissait intérieurement : « Voilà, dit-il , une affaire qui coule comme delle-même. Que je puisse seulement me mettre emare en possession d'une lettre , et le point iitfporlant serà bientôt x^onclu. »

Quelques jours s'ëtant écoulés , il vit arriver un messa|[er du docteur Gou, avec deux billets d'invitation : «Mon maître, dit cet homme , engage messieurs Sse à venir tous deux , à midi précis , dîner avec lui à son jardin. »

一 « Votre maître est trop bon , répondit avec empressement Sse Yeoute. Je ne manquerai pas de me rendre à' son invitation : mais mon frère

cadet est à la campagne pour se reposer de ses études : il y a loin d'ici , et j'ai peur quil ne puisse pas venir, » •

Le messagper s'en alla , et Sse Yeoute , quand il fut midi , arriva pour dîner. Le docteur Gou le reçut , et après les salutations : « Ceùt été mieux encore , lui dit-il , si nous avions pu avoir votre frère. »

― « Depuis que mon frère s*est rendu coupable envers vous , il s'est retiré à la campagne , ou les soins domestiques l'occupent entièrement. A présent même , qu'il a reçu tant de preuves de votre générosité , la honte l'empêche encore d« paraître à la ville et dy fréquenter ses amis. Mab s'il obtient par votre bonté l'alliance qu'il désire, ce sera pour lui une belle occasion de se rendre à son devoir près de vous*»

一 «Les hommes à talent ont leurs singularités ; mais ils inspirent le respect dans les choses mêmes où ils s'écartent des autres hommes. »

On servit le diner : le docteur et son hôte se mirent à table , et continuèrent à converser ensemble pendant le repas qui dura jusqu'à l'approche delà nuit. Lorsque Sse Yeoute annonça Imtention de se retirer , Gou prit une lettre quil lui présenta : « Il conviendrait ^ lui dit^il ,

que je 'VW18 accoiupa^asse dans totre vishe ; tnaisl^ ordres de «a majesté sont très^prëcis. li faut que je me mette en route demain ou le jour suivant. Cette lettre-ci vous tiendra donc lieu de ma présence. Lorsque mon parent l'aura vue , îl y a toute raison de croire qu'il n'aura ■rien à opposer à -vos dësirs. Attendez un moment favorable pour la lui adresser.»

一 « En dépit de tous les obstacles , le jaspe sera donc amené à sa perfection ! dit Sse Yeoate. Mon respectable maître , il n'y a pas de termes ^ur exprinfer tos bontés. Mon frère , cpanà je *vâ!s lui rapporter une si bonne nouvelle i -dwait venir frapper du front le «euil de votre porte, » Après ce discours , il reçut la lettre, et Jsrj^ant encore remercié son hôte deux ou trois •fois , il 'se retira.

Quelques jouVs après, le docteur Gôu, sentant ses forces revenues ét sa santé pëtabKe, se mit Aéffectivement en tonte pour la capitale.

Cependant Sse Yeoute , dès qu'il se vit en ^pmsessîon de la lettre , sortît de la ville le soir 4néme et sen revint chez lui. Là , il déploya -totit doucement la lettre du docteur 6 ou ,'eft il -y YÎt ce qui suit : -

«Gou Koueï, votre humble parent, a VhoiH

neur d'offrir ses respects au vénérable seigneur son beau-frère , en déposant la présente lettre au-devant de son siège.

«Immédiatementaprèsnotre séparation, javsds tourtié la tête de mon cheval du côté du nord. Mais inopinément, à ma sortie de la ville, un accident est venu troubler les santés qui m'étaient offertes. Un mal subit s'est porté sur mon estomac , et dans une seule indispo^tion, m'a fait trouver plus d'un danger. Jai reçu avec sensibilité les divers messages que vous avez daigné m'adresser , et qui m'ont témoigné l'excès d'une affection intime comme runion de la chair et des os. Aujourd'hui , je me trouve heureusement rétabli , et je dois me rendre en hâte à la cour. Je tous ai déjà entretenu , au sujet du mariage de ma nièce , d'un jeune homme du nom de Sse, que j'avais rencontré , et dont le mérite réel et les brillantes qualités pouvaient faire un gendre accompli. Il y a Ipag^temps que mon dessein était arrêté à son égard. Je lui ai fait parler deux ou trois fois par une entremetteuse; mais lui, doué dun caractère ferme et un peu opiniâtre , s'est refiisë à mes proposition^, et j'en avais conçu beaucoup de ressentiment C'est « mou cher beau-frère , le même

jeune hpnune dont je tous ai parlë à notre dernière entrevue. Maintenant, il vient tout-à-coup de se repentir de son refus , et de lui-même il est revenu à moi en m'adressant les plus vives instances. J'en ai ressenti une joie inexprimable, et l'objet de cette lettre e&t, en saisissant le manche de la coignée , de vous le présenter pour le lit oriental (i). Vous avez , mon cher beaufrère, 】ong-tanps exercé votre pénétralion peu ordinaire sur le choix d*un gendre. Si , ne jugeant pas mes discours indignes de votre cou-' fiance , vous ^introduisez dans votre maisoii(2), le pavillon du phénix (3) n'aura jamais vu un couple mieux assorti. Une famille formée sous daussi heureuses influences contribuera puissamment à la consolation de votre vieillesse , ainsi qu'à la félicité de votre fille. Obligé de me mettre en route sans aucun délai , je tous prie de m'excuser si je me borne pour le moment à la présente misswe particulière. »

Après avoir lu cette lettre, Sse Yeoule la relut et s'aperçut qu'on s'était contenté de nom 舞 mer le jeune Sse , sans marquer le surnom de

(i) C'est-à-dire pour être 'votre gendre, (a) Littéralement dan^ vos rideaux, (3) Le lit nuptial.

Yeoupe. Chunné de cette découverte^, il se dit、 à lui-même : cJe navais songé d'abord qua chercher quel— expédient pour m'emparer du nom de Sse Yèoupe \ jnais puisque la lettre que^oici aes'expligue.pas sur ce pointy pourquoi n irais* je pas me présenter sous mpn propre nom? Si , quelqu'un vient à me reconnaître , il n'y aura plus aucun inconvénient. D'ailleurs voilà le docteur Gou qui va partir pour la cour. Une fois* qu'il se sera éloigné , qui pourrait me tenir tête? Si j'ai le bonheur de réussir et de conclure , on aura beau reconnaîtfe la vérité, je ne craindrai pas quon revienne sur cette affaire. »

Ainsi fixé dans son projet., il prit soin de refermer la lettre et de la rétablir dans l'état qù elle était auparavant. Ensuite il fit préparer un certain nombre de présents , et ayant choisi un jour heureux , il se revêtît d'un habillement de cérémonie, prit à sa suite un grand nombre de domestiques ; puis , la tête haute et d'un air délibéré , il se dirigea du «côté du village de Kinchi.

Pour mieux affecter les mai)ières d'un homme comme il faut, il descendit de cheval avant d'être arrivé devant la porte du seigneur Pe , et ayant demandé à quelqu*tin du village la per-

mission de s'asseoir chez lui un moment, il envoya devant lui , par un domestique , la lettre du docteur Gou , ainsi qu'un de ses propres billets de visite , -avec ordre de les remettre à Tdttng, le concierg'e delà maison du seigneûrPe.

A la vue delà lettre du docteur Gou , le concierge, sans perdre de temps , s'en vint .la por^ ter à son maître. Le seigneur Pe était en ce monretit occupé à causer avec Tchangfanjou dans le pâTÎHon des songes champêtres. On de* mandera pent-être comment il se* faisait que' Tcfaangfenjou fftt: encore dans la maison après ce qui s'était passé , lorsque* Yansou avait tout appris de Sse Yeoupe , et tout révélé à sa jeune maîtresse ; mais 11 faut savoir que le jour où le seigneur Pe avait retenu le gouverneur Yang à dîner datis le fond du jardin , la compagnie avait pris plaisir à composer des vers sur les agréables crbjets dotit elle était entourée. Le plus heureux hafsard avait servi Tchangfanjou sans qu,fl y eût songé. Dans les visites que Sse Yeoupe lui avait faites précédemment , et lorsqu'il était venù se promenèt dans le jardin , son imaginatron exaltée kd arah inspiré divers morceaux de poésie qu'il avait , par mégarde , laissés chez Tchangfanjou. Celui-ci les avait pilles , et le jour dont

nous parlons , il sut à propos en faire usage. Le seigneur Pe .ne pouvait jamais imaginer tant de fourberies. Chacune des pièces qui lui étaient présentées ainsi reçut de lui de nouveaux éloges, et sur-le-champ il les faisait passer à sa fille pour la divertir. Houngiu , en voyant qu'après le départ de Sse Yeoupe , les talents poétiques de Tchang||aiijou continuaient à se produire , avait fini par concevoir en elle-même quelques soupçons , et elle n'avait osé prendre sur elle de parler à son père. Ainsi Tchangfan* }oii , fort de ces nouvelles preuves de talent , était resté dans la position qu'il avait auparavant, et tout semblait encore favoriser ses vœux.

Le seigneur Pe était donc au milieu d'un entretien avec Tchangfanjou lorsqu'on lui apporta la lettre du seigneur Gou son beau-fière. Pe l'ouvrit', et ayant , du premier coup-d'œil , vu de quoi il s'agissait , il demeura partagé entre la surprise et la satisfaction , et ne voulant pas s'expliquer devant Tchangfanjou , il serra la lettre dans sa manche. Il prit ensuite le billet de visite , et y lut ces mots : V otre très^^humble et très-soumis disciple et seruitear Sse Yeoute a l, honneur de vous offrir ses respects.

Pe, se levant aussitôt, s'adressa à Tchangian*

jou : cMon parent Gou, lui di"il, me recom* mande un de ses disciples; il est ici. Je ne puis me dispenser d'aller le recevoir. »

一 c Cela va sans dire , » répondit Tcbangfanjou ; et aussitôt il prit congé , et s'en retourna dans son appartement derrière le jardin. Pc passa sur le devant de la maison , et chargea quelqu'un d'aller inviter le seigneur Sse à entrer auprès de lui. A cette invitation , Sse Yeoute changea d^habit.et de bonnet, et vint à pied jusqu'à la maison de Pe. Celui-ci, debout au haut du salon, tenait les yeux attachés sur Sse Yeoute pour voir quel homme il était; ce qui le frappa en lui j

« Ce furent ses habits et sa coiffure neufs- et « recherchés. Sa démarche était noble et aisée. «一 II avait de Vembonpoint et une belle prestance, « une physionomie avantageiise; mais l'air d*un « homme riche plutôt que d'un homme à ta- « lents; le teint blanc et le nez rouge, toute sa « figure semblait respire le vin et la bonne chère. , On l'eût pris pour un seigneur opulent et non « pour un solliciteur. Ses vêtements , chargés « d or et de jaspe, appelaient le^ regards. Les- « plis de sa robe le précédaient par devant et

« \e suivaient par derrière. Tout son mérite était « dans ces beaux dehors. »

Tout en entrant dans ! le salon , Sse Yeoute présenta à Pe le biQet de cérémonie , et voulut lui adresser une salutation complète. Pe s'y jeftisa par deux et trois reprises ; mais, finissant par eédeVj il exigea que Ssc Ye©ute quittât son habit de Tille avant de faire la rérërence. Après les salutations , on prit place avec les mêmes façons ; et, quand on fut assis, Pe ouvrit le premier la conversation : « Il y a long-temps, dit-H, que mon parent Cou m'a vanté votre rare mérite, et qu'il m'a inspire pour vous une smoère estime. Aujourd'hui , qu'une plante fortunée yient répandre sons mon toit ses heureuses influences , une douce consolation ranime mes sentiments refroidis par la vieillesse. •»

Sse Yeoule se hftta de faire mie révérence :

«Je ne suis, dit-il, qu'un pauvre étudiant peu avancé, et qui n*aifait encore qae de bîen £niliies progrès. Je sum dépourvu de capa<;ité, et mon talent est du plus bas étage. Mais le. seigneur Gou a daigné iii*honorer de son attention, et c'est sous ses auspices que j,,、i la témérité de me présenter dans la maison d'un excellent sei-

gitear , qai est pcmr moi comme la montagne sacrée ou comme les étoiles du septentrion.

J'humilie ma penseetout en elerant mesregards. Rien n*éga]e mon trouble et ma confusion. »

一 « Je fie suis qu'un yieillard af&ibli parles années, reprit Pe ; mais c'est pour moi une heu« reuse destinée que de voir un jeune homme à la fleur de l'âge tel que vous , pareil au jaspe et aux pierres précieuses. » Et aussitôt il s^informà de son hôte quel était le lieu de sa demeure , et si le frêne paternel et rh«fnérocaUe(i) éudent dans un état florissant.

一 « J'ai eu le malheur de perdre mon père , réppndit Sse Yeoute. Il ne me Teste que ma mère qui est veuve. Mon logis n'est qu'à ly ou i8 milles d'ici (2) , dans un endroit qu'on nomme Matchun.

一 «Ah! TOUS demeurez si près d'ici ! reprit Pe; mon âge est cause que je ne parais guère dans le monde ; mais je nen suis pas moins

(i) Le frêne , arbre qui yit trèfl*Ioiig-teisp8 , désigne

poétiquement le père de la personne à qui l'on parle , comme rh^niérocalle désigne la mère. Cette question répond à celle qu'on ferait à quelqu'an , en l'informant ù les auteurs de ses jours jouissent eTune torme. santé.

(a) Un peu moins de deux lieues.

profondément touché de l'éclat dun miroir aussi pur que la glace. »

Gomme ils parlaient ainsi , les domestiques servirent le thé ; ensuite Sse Yeoute se leva et se prépara à se retirer.

一 * Après la peine que vous avez eue de venir de si loin pour me voir, dit Pe , je devrais tous offrir une petite collation ; mais je n'oserais , dès le commencement de notre liaison, me conduire avec vous d'une manière si peu conforme à la politesse. Vous permettrez que je choisisse un moment plus heureux pour vous prier de me faire cet honneur. »

~ «Les faveurs dont vous m'avez comblé ^ répondit Sse Yeoute , ont déjà dépassé toutesmes espérances. Quel excès d'ambition me faudrait-il pour désirer quelque chose de plus ?» Et aussitôt il fit la révérence et prit congé. Pe 】e reconduisit jusqu'au dehors de la grande porte, et après de nouvelles démonstrations de courtoisie, ils se séparèrent. Les domestiques offrirent les présents dont ils étaient chargés : Pe en marqua de six sortes qu'il accepta , et tout le reste fut remporté. L'extrême considération' que Pe loi avait témoignée persuada à Yeoute que son affaire était en fort bon train-.

et cette idée lui causa J[>ei|ucoap desatisfiiction.

Cependant Pe était à peine rentré claus Fap* partement intérieur , que sa fille vint l'y trouver: « Quelles visites avex-TOUS eue» aujourd'hui, mon père?» demanda-t-elle avec empressement*

一 c Aujourd'hui , répondit Pe, je nai pas eu d'autre visite que celle d'un jeune homme du nom de Sse, qui yient avec une lettre de recommandation de ton oncle pour te demander en mariage. » Et il prit la lettre du docteur Gou qu'il remit à sa fille. Celle-ci la reçut, et en y jetant les yeux , elle reconnut le nom de Sse. Elle en fût charmée, dans la persuasion que. c'était de Sse Yeoupe qu'il s'agissait | et ce^cjui augmenta sa joie , ce fut de voir que ce Sse Yeoupe était le même dont son oncle ayait précédemment fait ch(Hx pour elle. Prévenue de celte idée : .« Et ce jeune homme , demanda-t-elle avec intention , quel est son surnom ? EsmI yéritablement aussi bien que le dit mon onde?»

. ― « Son surnom , reprit Pe , est Yeoute* C'est lui dont ton oncle m'avait parlé il y a quelque temps et qui a eu la première place au concours , .un jeune homme de talent et de mérite. Il me le vante encore beaucoup dans sa lettre d'au" )ourd*hui. Je viens de le voir lui-même il ny a

quiin moment. Son extérieur est assez* atanta*' geux) sa conversation «ne manque ^pos d'agréments. Mais qu'il ait un grand mérite, c'est de quoi je ne suis pas encore bien assuré'»

Houngiu , quand son père lui nomma 'Sse Yeoute, avait l'esprit prévenu du nom de Sse Yeoupé. EHe prit donc T«n pour l'autre , et ne conçut pas le moindre soupçon à cet égard; mais un peu surprise de ce que son père avait ajouté qu'il n'était pas encore bien assuré du mérite du jeune Sse : « Quand mon oncle, ditelle, a fait choix de ce jeune homme pour votre fille, il ne &, est pas.dé^dé dans l'espace da matin au soir. Il faut qu'il ait trouvé en lui quelque chose de recommandable : comment se ferait-il , mon 'père , que vous et mon oncle , vous ne fassiez pas du même avis à ce. sujet?»

一 « Je ne l'ai vu qu'un instant aujourd'hui, repondit Pe, il est bien possible que je ne l'aie pas absolument pénétré à fond. Mais je ne manquerai pas de Imviter à dîner quelqu'autre jour , et je lexaminerai avee une scrupuleuse attention. Il n'y a qu'une chose, c'est que nouA avons encore ici ce M. Tchang, avec lequel je :iie sais vraiment quel parti prendre. »

一 « Il ne fiiut point de préférence &, reprît

Houngiu ; à yùs yem:,'mon pire ,'le ttlentetle» agréments doivent seuls déterminer TOtre choix... »

一 « Du qôté ée la figure , dit Pe, quoique le jeune Sse he soit pas parfait comme les joyaux dW« couronne, il me semble cpi'il a laTantage, sur Tchang; mais so^ le rapport du talent , ▼wlà plusieurs pièces de vers que le jeune Tchang - a composées , et qui m'ont fait un grand plaisir. Sse na pour lui que k recommandation de ton onele. Je ne pts eneore mis à répreuve, et o est ce qui fait que Je suis mcore dans rincertitude. » • •

HouDgiuylivréeà sesréâe»oDS|«e dbaità elldmême que Sse etTchang étaient amai différents run de iautre que le ciel est éloigné de Fabime; comment se faisait-il que son père, si reiumané pour sa connaissance des hommes, pùt commettre une semblable méprise ? c était, sans doute , une sorte de taie qu'il avait sur les yeux en -ce moment. Il ne fallait que faire trouver ensemble ces âéux jeunes gens^ pour que, de lui-même, le jaspe se distinguât du csillou. Elle s'adressa donc à Pe : Les eaux du King et du Weïjie se mêlent pas ensemble, dit 'elle, et .le UanoAe alurait êtcefiris pourle noir. Siyow êtes

menu par quelque doute , mOii père , qui empêcherait deréunir ces deux prétendants dans une même chambr e,et de les soumettre à uneepreuVie par le choix de quelque sujet «[ue vous leur feriez traiter? par là, vous ne parviendriez pas sealement à discerner celui qui a du mérite et celui qui n'en a pas ; mai$ lorsqu'ensuite vous congédieriez luti , en accordant la préférence à l'autre, aucun des deux n'aurait sujet de se plaindre. »

一 « l^u as parfaitement raison , répondit Pé : Dès demain , j'adresserai un e invitation au jeune Sse; j'engagerai le jeune Tchaflg à me tenir compagnie, et sur l'heure même je prendrai quelque sujet de composition un peu difficile pour les examiner. De cette manière nous parviendrons enfin à savoir de quel côté est la force ou la faiblesse. »

Que la pluie et le Tent s'élèrent an même moment ,

Les hiroDctellies et les- faucons fbient ensemble Forageb

Si le printemps n'annonçait son vè^e par le retour du feuillage,

La mousse en imposerait aux yeux par ses teiates verdoyantes»

Nous Islisserons le père et la fille occupés à' délibérer ensemble. Tchangfanjou , comme on sait) était dans une intimité parfaite* avec les domefttiijues de Pe, Le lendemain diÉ: jour ou

Sse Yeoute était venu former sa demande de mariage, qudquun de la maison vint aussitôt en prévenir Tchangfanjou. A celle nouvelle, il demeura tout troublé : « Quel est ce personnage?» demanda-t-iL

Le porteur de nouvelles répondit que c'était un bachelier du collège de Kinling , nommé Sse Yeoute. En entendant ces mots, Tchangianjou, trompé par Vanalogie de la prononciation, ne fit pas attention à la différence de l'orthographe , et, il ne douta pas que ce ne fût Sse Yeoupe. « Le petit sot! se dit-il en lui-même, je me -demandais pourquoi il était parti sans prendre congé de moi, et c'était pour aller trouver le docteur Gou, et pour le prier d'être son entremetteur et d'écrire en sa faveur ! Il faut qu'il vienne rompre une affaire déjà conclue : qu'il m'est odieux! et encore moi qui suis établi ici, bien que ce soit dans la vue du mariage, je-ne suis reçu qu'à titre d'hôte, et sous un autre prétexte; et lui, il vient ouvertement et sans détour former une demande de mariage. Si on nous confronte , je ne pourrai remporter sur lui; par la figure , je ne lui suis pas supérieur. De plus, mes vers sur les saules printaniers , ma chanson sur le poirier à fleurs rouges , c'est

lui qui les a faits. Que Pe ait aveo lui une entre* vue d'une- heure, il va découvrir tout cela.: on lui acco'rderasa demande, et moi, je serai ruiné, malgré toutes les ressources de mon esprit.

Pour que les choses aillent à- mon gré , il faut absolument que j'imagine quelque expédient .

qui Iç fasse mettre, à la porte* »

Au bout dun moment de réflexion, il lui vint tout dun coup une pensée: « Ge jeune Sse m'a dit que le docteur Gou lui avait proposé une de ses filles, qu'il l'avait refusée, et que ie docteur en avait conçu beaucoup danimosité contre lui. Comment se fait-il que ce soit lui qu'il ait été .charger de traiter de son mariage ? Ily a là-dedans quelque chose d'cxtraondinaire* »

Il était au milieu de ces incertitudes quand il vit Tenir le concierge Tchoungyoung qui lui apportait un billet (limitation. « Monsieur, lui dit ce concierge, mon maitre vous prie de venir demain dîner chez lui avec le jeune M. Sse, qui e$i arrivé de Kinling. v

—«Vous voilà bien à propos , mon ami , répondit Tcbangfanjou. J'avais précisément quelque cboseà vous demander. Queik affairé. amène ce M. Sse qui est.Tena hier voir votre mattreP»

一 € C'est , reprit le concierge , un jeuile

bômmie que le seigneur Gou , loacle de mademtûseUe , adresse ici pour- la lui hire donner en mariage.»

一 € Et quelles bçlkfi qualités l'oncle de rotre maîtresse trouve-t-il à ce jeune homme pour le recommander ainsi? »

― « C'est une histoire qm serait bien longue à raconter* A Fepoque où mon maître était à la cour, ma jeune maîtresse vint passer quelque temps dans la maison du seigneur son oncle. Ce Alt alors que celui-ci , qqi savait que le jeune M. Sse avait obtenu la première place à l'examen, et qui d'ailleurs avait TU, je ne sais dans quel endroit, de beaux vers de sa façon, voulut lui faire épouser mademoiselle. Mais M. Sse s'y refiisa , ce qui fit manquer laffaire. Je ne sais comment , depuis (juelque temps , il a changé d'avis ; et cela est cause que l'oncle de mademoiselle lui a donné cette lettre de recommandation avec laquelle il est verni. »

Tchangfanjou souriant d*ùn air froid: «Si les choses sont comme tous dites, reprit-il, c'était donc par une vaine apparence que votre maître et sa fille s'annonçaient comme voulant choisirun homme à talent ?fl suffirait d'avoir pour soi la rècommandation de quelque grand personoageN

一 a Que dh^YOUs là , monsieur ? répliqua le concierge. G* est parce (jue mon maître trouve un vrai talent à ce M. Sse , qu'il lui accorde la préférence. Ce n'est point du tout une vaine apparence. » |

一 « Mon vieux ami, pouveïF^ous avoir les yeux si obtus ? Vous avez déjà vu ce personnage. C'est celui qui , l'autre jour, est venitaTec moi apporter des vers sur les saules printaniers, dont votre' maître et sa fille (mt'éié si peusati" faits et se sont tant moqués. •

一 « Celui-là , monsieur TdiangP dît le con- , cierge. Oh! je me souviens parfaitement de ce- I lui qin vint av^c vous le jour que tous dites : c'était un tout jejune homme bien fait; mais le M. Sse dont nous parlons, sans être irès-àgé , est lin homme fort et vigoureux : ce n'est; certainement pas lui. »

一 «Ce n'est pas lui! s'écria TchaDgfanjou tout étonné. Comment se fait-il donc ^'il s'appelle aussi Sse Yeoupe?» 、

一 «Il y a sur son Juillet Sse Y.eoute , » répondit le concierge.

一 « Gomment s^écrijt son surnom? » demanda Tchangfanjou.

一 《Il y à, reprit le concierge , jami qui shgnifie avoir , et to qui veut dire vertu. »

En entendant celte explication, Tchangfiinjou aussi joyeux ^ue surpris: « Voilà qui est très- QXtraordinahre , s'écria-t-iL ComineDt , il jr en a encore un autre ? »

― «Monsieur, dit 】e concierge, vous tous trouverez demain avec lui , et tous saurez ce qui en est. Vous aVez reçu le billet d'inTiution. Il faut encore que j'aille porter ce billet -ci à M. Sse. » Et en parlant ainsi, il déposa le billet et s'en alla.

Tchangfanjou' demeura plongé dans ses réflexions : « Si ce n*est pas Sse Yeoupe, disait*!!, je suis encore ferme sur la plante de mes pieds. Je me rappelle c[ae k docteur 6ou youlait pour gendre celui qui avait eu la première place au concours } et le jeune Sse ma bien assuré que c'était lui qui avait obtenu cet avantage. Com* ment cet autre a-t-il pu lui demander aussi une lettre de recommandation ? N'y aurait*il pas encore quelque fraude là-dessous? Demain, quand je le verrai, j'observerai sa contenance tout à mon aise; j'éplucherai ses moindres paroles, et s,il y a de la fourberie dans son affaire , il aura

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