‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

LA SOTTISE AUX ABOIS SE TRAHIT SUK LB LIBU MÛME 、 DE L^ÉP&EUYE. - *

Vons voua rantez trop t6t, tous qui n ,氣 ▼« rien pour justifier votre audace ;

Faibles champions , tous . comptez trop snr rindUTcrence du. ciel.

Pour quelques méprises qui ont tourné à votre profit , Vous oubliez les Mupçons dont la masse augmente inaensiblem^nt. Une fois qae vous serez pénétrés , nn mur va s'opposer à ros vcenx ,

Et , aans qu'ils y pensent , rharmonie rapprochera ceux qui

doivent être unis, fly a long-temps que la maxime du sage enseigne Vart de ooi^^dtre

^ les hommes :

Voyez sur quoi ils se fondent et qu^^est le sujet de leur tran* qualité. *

Le lendemain , Pe, après avoir tout fait pré-

son beau-frère le seigneur Gou, était anciennement lié avec lui, ou s'il avait fait récemment ' sa connaissance ?

一 « Ce nest pas, répondit Pe, une très-ancienne connaissance. En allant au temple de la vallée des immortels, pdur jouir du spectacle des, pruniers en fleur, mon beau-frèi'e a tu, sur 、 la muraille, des vers de ce jeune homme qu'il a trouTés très-agréables , et c'est ce qui d'abord a fixé soil attenlion. Il a su ensuite que le seigneur Lir, rexaminateur du collège , lui avait accordé la première place au concours, et cela lui fit naître Fidëe de le marier à ma fille. Contre son' attente, le jeune homme n'écouta que son idëe , et refusa l'offre de mon beaufrère. Celui-ci se fâcha : il se plaignit au seigneur Li ; on ôta au jeune Sse la place qu'il avait obtenue à rexamen. Mon beau- frère me raconta toute cette histoire à mon retour de la capitale ; mais je n'y fis p^s grande attenlipi^, et j*avais absolument perdu de vue tout cela. Je ne sais comment les choses out tourné ; mais, ces iaurs derniers, il m'est venu une lettre de mon beau-frère, qui m'annonce que Iq jeune homme a changé davis, et qui me le recommande une seconde fois avec de nouvelles instances. Je l'ai vu hier i mais je nai pu, dans une heure de temps 5 in*assurer de ses belles qualités, et il me reste beaucoup d'incertitude à ce sujet. Toute-

fois , la lettre de mon beau-frère ne me permet pas de lui foire un mauvais accneil , et c'est ce qui est çause que je laLinvîté à venir dîner aujourd'hui avec nous. Je compte, dans quelqum* tervalle du repas , avoir recours à votre talent , soit en vers , soit en prose, afin de l'obliger à vous répondre. S'il ne possède pas un véritable nv^rite , cela me servira d*excuse auprès de mon beau-frère. »

一 « S'il en est ainsi, -reprit Tchangfanjou , votre seigneurie saura bien s'assurer delà chose par ses propres yeux : elle pourrait se passer d'un nouTel examen. Mais comment le surnom de ce M. Sse est-il ëcrit dans la lettre du sei, gneur votre parent ? »

— « La lettre l'annonce simplement Aons le nom- de M. Sse, saiu marquer son surnom.

Mais par son billet de visite que j,ai vu hier ,、 j'ai appris qu'il se nommait Sse Yeoute.»

Tchangfanjou se mit à rire et garda le silence. « Maître, lui dit Pe, qu'avea-vous à rire ? Au* riez-vous appris quelque chose au sujet de ce jeune homme? » ,

Tchangfanjou€ontinua de rire: «Que j,aie, ou non, appris quelque chose, dit-il ensuite , je prie votre seigneurie de ne pas m'intetroger :

je ne me permettrais pas de lui rien dire. Votre seigneurie est pénétrante et éclairée, il suffit quelle applique les lumières de 3011 esprit aux choses qui frapperont son attention. »

一 « Nous sommes intimement liés, dit Pe.

Qui empêche que voua ne tous expliquiez clairement ? Si vous TOUS taisez quand tous, ave^ quelque chose à dire , c'est donc une considération étrangère qui vou3 retient. »

Tcbangfan^u reprit sa physionomie ordinaire : « Comment voulez-vous que je m'explî» qu<é ? 4û,il, Je puis ^voir entendu dire quelque qhose ^ sans être bien certain. En youlant garderie «lencç^ jet craios quelgue méprise qpi troubkradt une affaire importante» et j*ai peur, en yoiilapt parkr, de m'exposer au reprocha 4e médîsànc^ VoVà la seigle chpse qui ipe retienne. »

一 Le vrai et le faux se débattent en. publie , dit Pe, et il n*e«t fiqUeiiM^nt que$tioxr.igi de médisance. Ayez , je vous en prie, h bon^ë de me meure au faiti » .

一 « Puisque voire seigi^^rie y m^t t^m •d'instance, répondit Tchanigfanjou , je ne puis me dispenser h $a^isfairb« Ce qu^ j'^v tendu dire, cest que le jfeune Sise qui vous

est adressé par le seigneur votre parent est bien un Sse , mais que ce n'est pas celui-ci. »

一 * Je cherche à me rappeler le surnom que m'a dit mon parent en me parlant de lui. Au»

tant que je puis m'en souvenir , céiM bien Yeoute. Quel autre du nom de Sse pourrah-ce être?»

• — « La prononciation se ressemble , dit Tchangfanjou ; mais rorthographe est différente; Celui dont votre parent avait fait choix est Sse Yeoupe et non pas Sse Yeoute. »

一 « Comment , ils sont deux ! s'écria Pe dans sa surprise. Et mon beau-frère est pavti pour la cour : quel moyen de les distinguer ? »

一 « Cela nest pas bien difficile : votre seigneurie n'a qu'à envoyer demander si celui qui, dam le dernier examen , a obtenu la première place, se nomme Sse Yeoupe , ou bien Sse Yeoute. Et tout sera éclairci. »

― «Vous avez raison, » dit Pe. Et aussitôt il chargea un de ses dt>me5tiques d aller vérifier le fait. Comme il finissait de parler, on annonça rarrlvée du jeune seigneur Sse. Pe le fit prier d'entrer. Ce fut Tchangfanjou qui lui fit le pre* mier la révérence. Ensuite Pe lui rendit le même honneur , et les civilités terminées, on s'assit

dans l'ordre où doirent être des hôtes et un maître de maison : Sse Yeoute du c6té gauch#, Tchangfj^tojou du côté droit , et Pe vers la droite et un peu plus bas. Ces dispositions obU^ gèrent la compagnie à s'occupa quelque temps de sujets indifférents; ensuite Pe prenant }sl p4n role : « Mon humeur , dit-il , m/s fait par-d^siu tout estimer le talent. Ces t6mp$ passés, quand je portais mes pas à 】a cour du souverain , je m'occupais sans cesse du soin de le rechercher, et xi^es efforts étaient superflus. Quel bonhejur aujourdliui de pouvêir, réunir deux sages dans l'espace étroit de cette maison ! »

― : « Mon vénérable maître , reprit SseYeaute» vos paroles, peuvent justement s'appliquer axa, rarjes talents du seigneur Tchang. Pour moi , votre disciple , j'ignore le grand art d'usurper un mérite étranger, et de me par^r aux Jt(fix des hommes des belles qualités que je ne pojh sède pas. Bt loin d'épuiser mes forces' dans une pareille eptreprise, je cr^ndrais , si je devais tonstriiire un édifice . en commun; avec le seigneur Tchang, de mettre de vils matériaux en oppogitioB^ avec lejaspe.et les .perles. »

— "t Je tie àUTs qu'un' lettré du dernier ordre,* reprit Tchangfanjou,' et il n'y avait que Findul-

géîice et Textrêrae bonté de votre seigneurie (fài pussént m'inspirter la côn&ance de* venir ici prendre tin titre et remplir des fonctions qui m'honorent (i). Il n'en est pas de meme du sei* gùidUT Sse ; il .esl réritablcment feit pour mar« cher à la tête et ^devancer tous ses rivatix; il ést digne en tout de la préféreriez que Totré sei^euriô et s<5n 'illustre beau-frère peuvent lui Accorder. » ;''

― « Vôns êtei-^ux hommes de taleht , 'tïifessieiu*s, tiit Pe: l'iin de vous èst comme le dïfàgoh qui fait route pariùi les riuàgëà , et l atitre, tomme la ci^^^gtre (2), dbiit là Vôîx metbdieusè fait retentir la prairie. Digtaes rivaux qu'anime ùtte lotiàble ëniulation , si î oii* ▼cm'^ proposait an prix d^ne de tos efforts , jaitiai^, je fenséj on ne saurait de Quelle maïft le cerfd pêri '\(S). Qùéje tôtirrle més regaUfch à gâudié otk

d'or, • .,.•,, : ';,

' (î) Noils préférerions la compataîson â\i tygàe; ' ùiàiâ )a cigogne eH t^à^itméei à' la Cb&no et joue, nu gnauà r^le dans la loythplogie. >' :. , , ,

(3) On a déjjà vu ce proverbe , t. i , p. 1 20 ,' et éiid'autres endroit» éfacîbfe. H* epl' de C4îux <fA^i^j^é guatid dire) fc|ii€ . dei/x.. cboseys se Tabat/ 9u qu'il

e»t difficile de les démêler et d'accorder la préférence à l'uue bu à râWi^é."' ' ' i

à droUe , je suis ag^looiieiit touché d*un retpecl inexprimable. »

La conTersalioti coatinuait depuis >quel<{ue t^ps sur 06 ton, lorsque Us domestiques entrèrent pour aonoQcer qu'oi^a^ah acheya de servv» Pe engagea ses h&ie$ à yenir se mettre à taUe , et ne fot, comnie rapaca^n" Sse Yeoute qui m- «upak fBUobe; Tchan^^jou s^assit à droite, et Pe , au bas. bout,

Afirèa qu'on, eut ^usi 卿 s fois fait passer du Tin à la ronde, P« reprit Fentretien : 親 Ces 4emps paasasjy dU,il, /C|imid k.^eigsîeur li était 4^ U cour, tout le- vsnetnd^ le désignait comme hoavpe dont le mérite doanait beaucoup d'espérance ; au$si IVv^on nommé examiniiteuFgémvii la proYiaçe de N^oaluDg. Maïs puisqUil ^ pu inscrire sur la U^e des noms tels que 1- y4ua> Moasieiiir S$e, m p«u; dire que le$ es-

mal fandiées.9

* A ma^re dQU^ vous parlez de, votre 4iêc}fkf vépo^ùp^ yeoute, on diwt un o^l 4e poWs««i|u^ voii^ pne^diiez, pi^ur^une pejrle. Iâ、fip péU/qjie .t0ri¥f laolav^li «miroir 4^ notre aiiMtfe alj4Ki»o9!M[S , m (iira qi^'U est FégAl

de Kiahou dans Fart de discerner et de récom penser les gens de mérite. »

― « Seigneur S»e , reprit Tchangfanjou , vous vous êtes, dès le premier moment , fait connaître pour un lettré de distinction; et si le seigneur examinateur trouvait à en nôter de pareils dans ses tournées automnales^ il en re> jaillirait un nouvel éclat sur la littérature. Mais aujourd'hui ^ dans l'état où sont tombées les mœurs , à peine le soleil* éclâire-t-il un homme d'un vrai mérite , qu'il naît aussitôt une ombre qui s'attache à lui comme les lutins des montagnes ouïes démons des ritières. C'est un scaibdale que de pareils abus aient lieu publiqiiement, en plein jour, à la clarté du ciel. »

Sse Yeoute sentît ce que ce discours voulait dire, et comprit bien que Tchangfanjou prétendait le désigner. 11 répondit en conséquence : « Ceux qui ont des yeux savent sans peine dis* cerner les gens dont vous parlez. Ce qui est vraiment honteux , c'est de voir une classe de misérables qui pillent les cornposilions des autres et s'en attribuent rhonneur pour s'intro» duire et se pousser auprès des' grands. Pour peu qu'on soit clairvoyant, ne seraitjl pas bién

ridicule d'avoir sous les yeux de semblabîeii fraudes , et de s!y laisser tromper? »

一 « Les choses que vous dites ont pu arrl' ver, reprit Pe; mais raveûglement n*a qu'un temps, et il est difficile que cela dure. • ' La conversation se prolongea quelque temps avec ce ton d'aigreur, les deux adversaires se portant ainsi réciproquement 4^5 coups fourrës. Pe écoutait avec attention , et marquait tout cela dans son souvenir.

Il y avait déjà long-tiemps qu'on ^tait à boire, et les domestiques proposèrent de relever le couvert. Pe invita ses deux hôtes à venir se promener dans le pavillon des songes champé-» très. On se lava les mains, et Tcfaangfknjou passa dans son appartement au foitd du jardin , poor prendre de nouveaux vêtements. Pe demeura seul avec Sse Yeoute et changea d'hat-» bits dans le pavillon ihême: Ensuite on prit plaisir à considérer un bosquet fleuri qui se trouvait vis-à-vis de Tescàlier et des inscriptions qui étaient suspendues aux murailléS' du pavil* Ion. De ce nombre étaient les vers sur les saules printaniers, et la chanson sur le poirier à fleurs rouges , écrits de la main de Tchangfanjou, Sse Yeoute vint pour parcourir ces in-

scriptions, çt Pe les lui montrant du doigt : « Voici , dit-il , qui est de la bcon du seigneur Tcliang: j'estime beaucoup ces compositions; examinez-les un peu, mon cher monsieur, et veuillez lu^n dire votre ^vis. » .

Sse YeoiUe se hâta d'approcher, et voyant du premier coup-d'œil que c'étaient les pièces loêmes qui avaient été écrites par Sse Yeoupe , il se mît à sourire" et réjjpndit iroidement : « Oui , ce sont de beaux vers. »

Pe voyant le sourire de Sse Yeoute jugea bien quil avait quelque pioûf ; il Vinterrogea donc en lui disant Je voiis ai prié de ,ipe faire connaîtr^e Yotre opinion. Ce nest pas J^à tout ce quç tous en pen$ez, Vou» avejt de r*, res connais^anoes^ monsieur; si voiw y trour yçzquclgi^es imp^erfectionç, xi^n. nempêcbç que Yç>}ïs ae me W montriez. ».

t Sse Yepute ^'eiDftrfi^sa ,de répondre par UDje Fiçvécencç .: « \oX,xe dispiple nt se perjnettrait pa» uij^.^r^ille chose ^.dit-il^ cçs yers sopt p«r&ijt6inent beau^ et i^g^prieuxî il UJ «rien à y ajoutop, Que pou^^iiis^e j trouy^r,.à!dire? ipdU ce#|t .<}ue-,.. v,îU &i|n^rroii)p}t 4 :çé|s. jpfitB et garda le siteftt<î!Ç. : , : "!"

一" Vous 9L¥9%h hontfé, m'i|istrjair|^.> d^*

Pe en insistant : quelle est votre pensée 化 crête ? il n*y a pas d'inconvénient à m'en faire part. »

— « Il n'y a riêii de bien secret , répondit Sse Yeoute; mais c'est que j avais déjà vu ces deux pièces. » 一

一 《Et dans qod endroit les aviez r vous -vues ? » démanda Pe.

一 《 C'est un de mes amii qai me les avait montrées. Il mé dit qu'il vous les avait adressée^ ce priiiténips, à lu seconde lime, et que tous, mon respectable maître, vous ne' tm^ en aviez pas 拿 ecus^ réception. Indigné de voir que son lalent rayait si mal servi , mon atni s*est retiré , et été 'trè"affligé de tout cela à cause de lui. Je ti AÎ nullement Tintêniion de déprécier le trésor que vous possédez : mais comment se fait»i] que les cotoipositions du fteigneur Tchang ne diffèrent pas de celles-là dun seul mot? C'est une chùSe 'to|it:o>à-fail; «]!^tfûOrdipaice, i .

— « Pe demeura fort surprix: « De tout un trt^ j 'dk'ily jp ii,ai vu personne autre Tcnîr id. « " ■ •

~ k J'imagine ,dit Sse Yaoute ^tqp'il est venu à la métiié époque que lé' neignenr Tchang; ,oUS ",mu4e2, mon respectable isaître , qua exathiner lés registres de rotre porte; »

— « Qui est lami dont voû* parlez ?» demanda Pe, Mais Sse Yeoute n'avait pas encore eu le temps de répondre, quand Tchangfanjpu revint après avoir changé d*hahits. Tous deux se taredi en le voyant arriver, et Pe invita ses hôtes à se remettre à tablé. Après qu'on eut bu quelque temps encore, Pe prit la parole ; «Une si maur vaise chère, dit-il , et un' repas si frugal font peu d'honneur à un maître de maison 5 mais il Êiudrait que je fusse bien mal avisé, qfiatid 1^ hasard réunit en même temps chez moi deux illustres lettrés de la prorince de Nanking^ pour laisser échapper une si belle occasion. Il itije prend envie , messieurs, de &ire choix. dVû &vl^ jet, pour vous engager à mettre au jour àn jaspe et de» perles: je serais heureux de ne pas^ perdre les fruU^ brillants de TOtre veçver »

Messieurs Tchang et Sse, tout occupes en moment à s'observer a^ec un œil de dë£aace et d*envie, et quiyenaient de sattaquei^ IwraiUre par des paroles mordantes , demeurèrent s tu-* péfaits en entendant Pe leur proposer tout d'un coup de composer des vers : «Quand votre sei* gneurie daigne me donner ses ordres , répondit Tchangfanjou , j'ai pour coutume de mj sou-^

mettre ; mais je ne sais si le seigneur Sse se trouTe en verve ? »

一 «Lorsque l'on est sous le toit de Totre seigneurie , mon excellent maître , reprit Sse Yeoute., il serait bien naturel de vous satisfaire, même en n'ayant à vous présenter que roflranâe la plus vulgaire ; mais aujourd'hui que vous nous avéz fait boire à l'excès , le vin a porté le trouble dans mes sens , et je crains de ne pas être en état de recevoir vos instructions. »

一 « Vraiment , dit Tchangfanjou , à le prendre ainsi , j'ai bu beaucoup plus que vous encore.» '- 一 « Une urne de vin inspire cent pièces de poésie , et la coupe du nénuphar bleu «st la source des beaux vers. Avec le talent qui tous distingue , quel est , messieurs , cet excès de modestie?» Et il appela ses domestiques pour leur demander les quatre objets précieux qm sont à Fusage des gens de lettres (i), et leur làîre placer devant chacun de ses hôtes une feuille de papier. Puis il traça lui-même le sujet de la composition: ce fut de célébrer la soirée qii*ils passaient ensemble : « Messieurs , continua-t-il , tout en vous proposant ce sujet , je

(i) Ces quatre objets précieux sont l'encre, le papier , les pinceaux et récri'loire ou pierre à broyer l'encre*

m'en rapporte à tous pour le cfaoîx des finales; mais quand vous aurez achevé vos vers, j'en composerai aassi à mon tour sur les mêmes rimes* Si je vous imposais des consonnaiïces de mon choix, vous pourriez supposer que jevoo& provoque, à mon avantage. Quen dites -vous , messieurs?»

― « Avec un talent digne du ciel , mon r^s* pectable maître^ comment pourriez -vous vous mesurer avec nous ?» dirent ensemble messieurs Sse et Tchang. Mais tandis que leur bouche tenait ce langage , leurs esprits semblaient prèK$ à les abandonner e% à â*ét^indre. Ils étaientassis tout tremblants et ne pouvaient rester eû repQ^. Ils étaient également hors d'état de composer et de répondre qu'ils ne voulaient pas composer* Ils se tournaient à droite et à gauche en ptofé^ rant des mots inarticulés. Sse Yeoute alléguait particulièrement l'ivresse. Tchangfanjou feignait d'être dans une profonde rêverie, Pe , voyspat que les afiaires de ses deux hôtes allaient mal, se leva : « Messieurs , dit-il, je vais vous laisser un moment : j ai peur de troubler vos méditations poétiques.» Et il passa derrière le payillozK

L'imposture a peine à durer tout an jour ; Le soupçon ne tarde pas à la pénétrer.

Celui qak t'expose «& plein th^tre

Doit bientAt se laisser déooumr.

Le soleil commençait alors à passer du côté de l'occident. Tchang et Sse, placés face à face, se lançaient mutuellement des regards furtifs: nul stratagème ne pouvait venir à leur secours: ils ne se soilRiaient ni l'un ni l'autre de consul* ter ensemble. Après un instant de confusion , Sse Yeoute se leva, descendit au bas de lescaliei>, et s*appuya sur un treillis, en feignant d'être gravement indisposé. Tchangfaiijou, pré* testant une crampe d estomac, se redra dans «on appartement; et fut long-temps ayant de reyfnir. P«, caché derrière le pavillon, les observait secrètement. La conduite de ces deux personnages, tout en excitant son ressentiment et son indignation, ne laissait pas de lui donner en même temps une grande envie de rire. Il ne jugea pourtant pas à propos de pousser jus qu'ail bout cette humiliante épreuve; il aima mieux prendre sur lui de revenir près d'eux et de les tirer d'embarras. Il ordonna du -vin chaud et pria ces messieurs de se remettre à table. Tchang et Sse, voyant Pe de retour , ne purent se dispenser de reprendf^ leurs places. •

« Messieurs, leur demanda Pe, vos vers sontils déjà achevés ? »

Tchangfanjou, poussant jusqu'au boutTimpudence, se gardâ. bien de dire qu'il n'avait pas commencé : « J'avais presque à moitié fini , répondit-il; mais j'ai été surpris par une vive douleur , et il me manque encore UBéttakon pour terminer. 、、

Sse Yeoute, voyant Feffrontetic de Tchangfat^ouy voulut aussi répondre : « J avais pris sur moi d'achever ma pièce, dit-il, mais après les rasades que vous nous avez versées , la prairie est encore trop inondée. Il y reste quelques défauts , et dans cet état je n'oserais vous la présenter. »

—- « Votre ébauche étant faite, messieurs,, dit Pe , il lîe faut pas que le reste de la soirée soit perdu. Je craindrais que le feu de la composition ne vous empêchât de répondre à mes santés: Un autre jour, je recevrai vos instructions. Je vois venir le viri chaud : buvons largement pour compléter la joie. »

Lorsque Sse et Tcfaang entendirent parler d'achever leurs vers une autre fois , ils commencèrent à reprendre courage : « S'il éts»t

question, de composer, ditSseYeoute, je pourrais encore me faire' yiolence ; mais s*il s'agit de boire, cela mest yëritablemeat impôts" Vile. »

« Un bon buveur est sourent un méchant

poète y reprit Tcbangfanjou. Je n'ai pas coutume de me laisser àller ainsi tous les jours. C'est ce que le seigneur Pe sait très-bien. L'excès d'aujourd'hui m'a déjà fort incommodë, et mon ardeur poétique en est tout éteinte. Je ne serais pas en état de remplir mon devoir auprès de notre hôt^ Seigneur Sse, que puis-je faire ? »

— « Pour la méchante liqueur que j,ai à vous offrir, je ne devrais pas insister. Mais il est encore de bien bonne heure II but que je pro&te jusqu'au bout de l'ayantage que j*ai de vous posséder chez moi. »

S'il n'eût été question que de yin , les deux convives auraient encore fort bien pu en vider deux cruches; mais comme ils avaient si longtemps pris ce sujet même pour excuse , ils ne jugèrent pas à propos d'en accepter autant cpiîls auraient été capables d'en tenir. Après quelques tasses, le jour commençant à tomber, Sse'Yeoute se leva pour prendre congé ; Pe, XQut en feignant de vouloir le retenir encore ,

se leva aussi pour le reconduire. Il iaccompagna d,abord jusqu'à la porte. Ensuite il se se.para de Tdiaûgfaiijou qui retourna dans la bi bliothéque , et lui-même se rendit à son appartement.

La vérité est comme an vin savoureux ; L'imposture ressemble à nne lûjucur insipide. Réserrez vos égards pour le vrai mérite , Et traitez sans façon les gens sans talents.

Au moment où Pe rentra dans rappartement intérieur , sa fille s'y trouva pour l'y recevoir. « Mon enfant , lui dit-il, j'ai vu aujourd'hui les façons d'agir de Tchang et de Sse. Nos soupcons sur l'un et sur l'autre n'étaient pas mal fondés. Il s'en est peu fallu que nous ne soyons devenus leur dupe. »

Ce discours causa quel(jue surprise à Houngiu. « Pour Tchang, dit-elle en elle-même, il y avait bien lieu à concevoir des soupçons ; mais à l'égard de Sse , quel pourrait en être le sujet ? Mon père, continua-t-elle , qu'est-ce que vous avez pu découvrir?»

一 « Je me rappelais que ton oncle m'avait dit que le jeune Sse avait obtenu la première place au concours. Eh bien, Tchang ma appris

que celui qui ayait eu cette place était Sse Yeoupe , et non pas celui-ci. »

― « Mais , mon père , vous mayiez dit hier que ce jeune homme était Sse Yeoupe luimême. »

一 m II S'appelle Sse Yeoute : les noms se ressemblent; mais n'est réeUemeiU pas loi:

premier motif de soupçon. Tai fait voir à Sse Yeoute les vers et la chsoiscm du jeune Tdiang; il m'a dit qa'ils étaient de la composition d'un de ses aiùis intimes , et quil ny avait pas un seul mot de Tchang ; n'est-ce pas là nii second motif de sôupçon ? A la fin j'ai mis en avant un sujet pour les obliger tous deux à composer des vers : tous deux se sont rejetés sur l'Wressè , »ur TOie indisposition , enfin sur ks prétextes les plus ignobles ; et de toute laprès-dînée ils n'ont pu tracer un seul mot à me montrer.

Ce sont deux fourbes et deux usurpateurs de réputation. » -

La jeune fille avait été pour un moment tout interdite en apprenant qu'il n'était pas (juestion de Sse Yeoupe, « Si les choses sont ainsi , ditefle enfin , il est bien heureux , mon père , que vous ayez mis tant d'attention à cet examen ; autrefn^nt nous serions tombés dans leurs

pif ges. Gomment eussions-nous pu nous garantir? »

一 « J'ai envoyé quel(pi*un au collège , reprit Pe , et demain bous saurons la vérité. »

Le père et la fille demeurèrent ainsi quelque temps à converser ensemble : après quoi ils se retirèrent chacun dans spn appartement. Le lendemain Pe se leva , et quand il eut fini sa toilette , il alla s'asseoir dans une salle où il manda Toungyoung pour l'interroger : « Il y a deux mois , lui dit-il , qu'un jeune seigneur est venu m'apporte!* des vers sur les saules printaniers. Comment se fait-il que tu ne me les aies pas remis ? »

— « Je suis chargé de la garde de 】a porte , répondit Toungyoung. Aussitôt qu'il arrive des lettres, des livres , des vers ou de la prose , je viens à l'instant tous les apporter. Comment me permettrais-je d'y manquer ? »

一 « C'est, dit Pe, un jeune homme qui est venu en même temps que le seigneur Tchang. »

Touiig[young avait , dès le principe , des torts graves dans cette affaire; ce jour-là, en se yoyant tout dun coup interrogé sur ce sujet, il ne put s'empêcher d'être interdit, et ses excuses et sa physionomie trahirent' également le

(97) , trouble dont il était agité. « Si c'est en même temps que le seigneur Tchang , répliqua t-il enfin , il y a eu un monsieur qui est venu avec lui. J'ai remis à votre seigneurie les deux pièces ijixiU avaient apportées. » -

一 « Quel était le nom de famille de c« monsieur? » demanda Pe.

一 《 Il y^long*teiiips que la chose est passée, dit Toungyoung , et je n'y ai pas fait beaucoup dattentioQ dans le temps. »

一 « Montre- ^oi les registres de la porte depuis deux mois , , dit Pe.

En recevant lordre d'apporter les registres de la porte, Toungyoung courut en toute hâte. Mais Pe remarquant son embarras et sa précipitation , le rappela : « N'y va pas\ » lui dit*il; et il chargea un autre domestique d'aller dans la loge prendre les registres. Ce domestique s'y rendit et prenant un assez grand nombre de registres qu'il y trouva , il les init sous son bras et les apporta à son maître. Tandis que celui-ci parcourait le registre de la seconde lune , Toungyoung se hâta de ranger les autres à Vëcajrt. Pe continuait d'examiner et de parcourir celui qu'il avait devant les yeux , et il y vît que le jeune homme qui était venu en même temps m. 5

que Tchangfanjou se nommait tout justeftient Sse Yeoupe. Cherchant alors à se rappeler les détails de cette* aventure : « C'est, dit*il , ce jeune homme du nom de Sse;*je me souviens encore très -bien de ses vers : ils étaient parfaitement ridicules. Gomment pourrait-il passer pour un leltié distingué? Voilà un grand sujet d'incertitude. » Puis continuant d'interroger le concierge : « Toutes les fois qu'on inscrit un nom sur le registre d'une porte , oii marque le pays de la personne : pourquoi n'â-t*on pas mis celui de ce Sse Yeottpe au-dessous de son nom? »

― « J'imagine , dit le conciergè, que edmme c'était un passant ; dont vous rfavez pas' même reçu la visite , on aura oublié de Fiiiscrire. »

二 « Quand ce serait un passant , répondit Pe , il aurait toujours fallu marquer le lieu doù il venait. »

― a Peut-être^ Tafvait-il marqué siir son billet de visite,» répartit le concierge.

― « Montre-moi ce billet , » dit Pe.

. « Ce n'était pas une chose d'importance que ce billet , répliqua le concierge. Je crains bien que depuis si long-temps il ne se soit égaré. Permettez que je le cherche à loisir. »

. Pe avsût rem^vqué que le copoierge ayakpris sous son bras les autres registres , et quil se trouyait entre les feuilles un grand nombre de billets de visite enussës pêle-mêle. Il lui ordonna de les lui fadre voir à rinstant. « Les billets qui soQt ici, dit le concierge , sont tous d'une date céce&te. Les andeos n'y sont pas. »

Pe,.obseK\ant son trouble et le refus qu'il Êdsait de lui jooiitrer ces billets , n'en fut que phis curieux de les regarder ; et msllgré son obstinationy Toungyoung se vit forcé de les laisser Toir. Or cet homme était un ivrogne , inattentif et sans précaution* Les deux anciennes pièces de vers, qu'il avait serrées auJiasarddans un vieux registre , y étaient restées , et quand l'affaire avait été passée, il les avait entièrement oubliées. Ce jour-là, l'examen avait commencé à rimprovistei et il n'avait pu les niettre en sûreté : c'était ce qui causait son eibbarras. P«, qui voyait bien qu'il y avait là quelque chose dextiaordinaire , y fixa son attentioi}, se mit à feuUleter les registres dans tous les sens. Tout d'un cou^ le hasard lui fit tomber sous la main le& deux pièces de V6r$, dornt l'enveloppe inline nayait pas. été touchée* Sur une de ces enveloppes était inscrit le nom de celui qui Venr

voyait, le nom de Tichangoutche ; sur lautre , celui de Sse Yeoupe. Pe les ouvrit , et du premier 、 coup d,œil il reconnut que la pièce deSseYeoupe était précisément celle qui lui avait été présentée sous le nom de Tchangfanjou , et que la pièce de ce dernier n'était autre que celle dont on avait tant ri précédemment. A cette découverte , Pe entra dans une grande colère , et lès yeux fixés sur le concierge : « Que signifie ceci?» lui demanda- t-il.

Aussitôt que Toungyoung vit les de\ix pièces découvertes , il fut saisi de terreur, et tombant précipitamment à genoux il se prosterna le front contre terre. Pe, très-irrité , se mit à le réprimander sévèrement : « Ainsi donc, misérable esclave , dit-il , c'est ta fourberie qui a fait cet échange , et qui a failli ni'induire en erreur dans l'affaire la plus importante! »

一 « Aurais-je jamais osé faire cet échange ? dit le concierge. C'est le seigneur Tchang qui a tout fait : c'est lui qui m'a dirigé. Je n'aurai 癸 pas dû récouter : j'aurais dû préférer la mort. »

Pe, de plus en plus irrité, ordonna à ses domestiques de saisir Toungyoung et de lui appliquer vingt coups de bâton • Il le chassa ensuite, ex mit un autre concierge à sa place.

( loi )

Be la macmise action qu'on a précédemment commise baissent les malheurs qui en seront un jour le juste cbAtiment.

Après avoir ainsi fait châtier son concierge, Pe vit revenir le domestique qu'il avait envoyé pour s'informer, du nom de celui qui avait obtenu la première place, au concours; cet homme lui rendit compte de sa oominission en ces termes : « Je me suis transporté au collège, ditil. L'élève qui a eu la première place est Sse Yeoupe et non pas Sse Yeoute. Celui-ci est le soixante-quatrième de la troisième classe , et il n'a pas obtenu de degré. »

一 « Ces renseignements sont-ils bien positifs? «demanda Pe.

一 « j'ai vu la liste même dans le collège , répondit le domestique. Rien ne saurait être plus certain. » 、

Aussitôt qu'il eut appris cette double circonstance , Pe se hâta d*aller la communiquer à sa fille , et lui montrant en même temps les anciennes pièces de vers : « Se peut-il qu'il y ait dans l'univers de pareils misérables ! s*écria-t4I , et vit -on jamais une aventure aussi extraordinaire ? Sans rextrême attention que j'ai apportée à tout cet examen , mon enfant , nous

étions induits en erreur dans la circonstance la plus grave et qui intéresse ta vie entière.

― « Les hommes sont vraiment bien à craindre , reprit Houngiu , si les choses de ce mondé vont aipsi. Je vois combien il est difficile dé se garantir de tout dangjer en restant fille. Ce n'est pas sans de bonnes raisons que le premier de nos livres classiques accorde une qualification si honorable à, celle qui s'abstient de tout engagement pendant dix années (i). »

一 « Ces deux jjrutes, Tchang et Sse, s'étaient ^doiinés effrontément poUr ce qu'ils n'étaient pas. Ce sont des misérables sans pudeur. Mais aujourd'hui que leurs intrigiies sont déjouées , il n est plus besoin d'en parler. Ce que je vois maif] tenant 9 c'est que celui qui a obtènu la première plaûe au coftcdurs est Sse Yeoupe ; que celui que ton oncle nous recommande est Sse • Yeoupe, et que celui qui a composé ces deux pièces de vers sur les saules printaniers est encore Sse Yeoupe. Il est évident que ce Sse Yeoupe doit être uû jeune homme plein d'agréments et de mérite : je ne vois aucune raison d'en douter. Mais, par un concours fâcheux de circonstances,

(i)Le Yikîng donne le titre de vierges pures à celle* qui se montrent capables de l'effort dont il est ici parlé.

U nest point ici , et nous ignorons où l'orage Fa conduit en çe moment. C'est une chose extrêmement contrariante, »

-r- « Puisque ce jeune homme a tant d'esprit , dit Houcigiu , je ne pense pas qu il ait été englouti dans , un abîme. D'ailleurs il est déjà venu vous apporter des vers sur les rimes donpées et la chose doit avoir laissé, des traces. Quoiqu'il ne $e soit pas encore présenté devant vos yeux , uo vrai poète sait sans doute ce qu'il a à faire. Peut-être n'est-il .pas bien loin. S'il apprend que les mauvais desseins de ces deux hommes ont avprté , bien certainement il reparaîtra. Mais ce sont ces deux fripons de Tchang et de Sse , avec leurs ruses incroyables , dont il faudrait bien se débarrasser, »

― « Cela sera bien fa^cile, dit Pe : il n'y a rieu d*entap3^ avec Sse Yeoiite; mais poujr Tchaflgfanjou qùi est logé ici, il faut tout simplement le remerxîier et rcwjjpre avec lui. » .

― f《 Çe parti e^t fort bon, dit Houugiu ; majs claprèç le caractère qu'ils ont montré, j'ai peur qn*ils ne reviennent à la charge. ».

一 « Maintenant que je suis prévenu , tu peux n'avoir aucune inquiétude; mais une autre chose me revient à la mémoire : ton oncle

- t io4 )

m'a raconté qu'après que l'affaire du mariage eut manqué , il avait fait ôter au jeune Sse le rang qui lui avait été accordé ; je ne sais si on le lui aura rendu. Voici maintenant le tentp^s de fiexamen provincial qui approche ; si on ne l'avait pas encore rétabli , ce ne serait pas un médiocre embarras pour ce jeune homme (i). Je vais envoyer de suite prendre des informations à ce sujet , c'est un service à lui rendre , et de plus nous saurons par là où il s'est retiré. »

一 a Vous avez là , mon père , une excellente idée, » répondit Houngiu. Aussitôt Pe fit partir pour Kinling un domestique Intelligent avec ordre de s'assureï du fait. Le domestique fut absent trois ou quatre jours, et quand il fut de retour : « Je me suis, dit* il ^ informe de ce qu'était devenue la promotion du jeuneseigneur Sse , et l,on m'a appris que le seigneur Gou avait engagé le principal du collège à la lui rendre f mais depuis l'époque où son grade hii avait été retiré , ily a un oncle de ce jeune seigneur qui est dans les charges, et qui est venu le prendre pour l'emmener à la cour avec lui ;

(i) N'étant pas porté sur la liste des bacheliers , Sse Yeoupe ne pourrait se présenter au concours pour la licence qui a lieu en automqe.

et il n'est pas encore de retpur. On m'a dit aussi qne depuis quelques mois on ne savait où il était allé; que soil oncle, qui voulait le conduire à la capitale, n'avait pas pu le rejoindre. J'ai élé prendre des informations diez*】ui, et l'on m'a assuré la même chose. Ainsi la nouvelle paraît conforme à la vérité* »

Pe s'arrêta un instant pour réfléchir , puis il dit à sa fille ^ « Puisqu'on lui a rendu sa placfe, quand le moment de l'examen provilicîal approchera, il deviendra de lui-même. U ny a p^s lieu de concevoir de l'inquiétude, •

Une erreur de l'épaisseur d*un cberea Tons met à cent milles dn but.

L'occasion une fois manqoée , Les contretemps s'élèreot en foule.

Pe laissa passer quelques jours, au bout de$ - <[aels il fit tout préparer pour re'poodiffe à la politesse de Sse Yeouie ; et comme il âa,s^t bien que le .docteur Gou n était plus che£ luij,'il écrivit une lettre par Isiqueilje il annonçait son retas au sujet du mariage proposé. Sse, Yeoute , .lorsqu'il vit toutes ses. machines démontéesi , sentit en luUiaème assfSTi^e çoniîi$ion pom; pas renouveler se$ importwit^s^, .: <. '、

Pour Tchan^cyou, U y 'ffit quelqu^in qui

^mtfi Piiiâ«rtiité 'dé V-^L^entàt&^àeTomgfàvha^^ èt bdftirtié^l 'SiifV paf là (jtt'il ri'étak pAs Iteiamémc en st&méy il tint^co/iisè» arét; WîrtïgWerihfarig , et prit le parti dè se pejetér mt Yey^^n^RtW frà^ rviiicistl dbni Yépoqtxè àpprô<«bâit , et daiition- •ber-iltfil hii'fâlMt teiouM6¥ à la capilàlé poiïf s y préparer par la retraite. Pe lui lai^» Tft«ttre ! kdfhatcpXe m coutâM dé l'eau , et se gutdâ ïien ' éte'faârë aucun effoi^t pouf le reteair.

< :T0bà«gfâfi§da ei? Ss^ YcoUte tftftieh t ainsi ^p^ràu tdiMe&leà peî'Afes qu'ils à'étdefat d<ynnées pour arriver à letitsf fe»5; Mais Pe , qui âVâit renfermé dans son cœur les contrariétés que lui causait cette affaire y finit par tomber malade et se vit obligé de garder le lit. Sa fille désolée fut en proie à des alarmes continuelles. -Elk i¥6 «{'(Hicupait qti*à coWstfftet^de*' Wédëcins ^«t4 fâii*è prendre à $oti' pète tes rètnèdes qtri Hliî 'ëtàieftft pî^scrlts; EH« interrc^geàit lé^ sdrtt , ^ëUié'aâi^éftôàltdei' voélix âhx liielix, mill^ soiidS 今 ékïabséifbaietk mti% teiewùj^iorfï; etle m iâêîlk\MiîVplik ééinturë, ët passàit 1— oui* rèl^ les huké à plettfef et à géittir. Il én f lit atittiii ^ttdalU^^urt^ttdis?, au" bo'àt *éf^trél lè- miM'àe commença à pèôèitfvi?éi* W^aittt^. '

Tiennent allérer, la^sapté. do père.

S'il était privé des soins de cette tendre fiil« »

Qui , dans la maladie » Msistenit le pert ?

Ces ennuis , oes fioiii& partagés jusqn'à la fia

Font éclater les sentiments paterneù et l'amour filial. -

Pendant que Pe- ae voyait retenu chez ltd par les suites de sa maladie , Sse Yeoupe , après avoir pris congé de Sse Yeoute, et traversé le grand fleuve, s avançait sur la route du nord. TIne seule pensée foccupait , le désir de vcfir le docteur Gou. Il faisait diligence pendant les journées entières sans s'apercevoir de la &• tigue.

Il vint un jout à la petite ville de la province de Chantoung, qu'on nomme Tseau (i). Là, voyant que le soleil commençait à baisser, il se mit à la recherche d*urie auberge pour s'y arrêter. Il se leva le lendemain de bonne heure , et Siaofai , en ramassant le bagage , trouva , à la tête du lit ^ un sac de toile blanche, qui parais , sait contenir quelque chose. Il se hâtà de lé porter à son maître. Celui-ci ouvrit le sac, et reconnut qu'il contenait quatre gros paquets d'argent , montant ensemble à plus de cent

(i) Ce pays est .1» ipsmîe 4e;:Goaitichif ^ «t il «era , plus tard , fait allusion à cette circonstance.

( io8 )

pièces : à cette vue , Sse Yeoupe s'empressa de remettre le sac en bon état , et après un instant de réflexion , il dit à Siaolii : « Cet argent appartient sans doute à quelque voyageur qui aura passé ici la nuit, dernière , et qui l'aura laisse tomber par mégarde. Si la chose est comme je rimagine, je devrais attendre ici qu'il revînt le chercher, afin de pouvoir le lui rendre : ce serait le procédé d'un honnête homme; mais ma pensée ^ole avec la rapidité d'une flèche. Je nç puis endurer l'idée de m'arrêter un quart d'heure , moins encore de séjourner ici. Le mieux est de le confier à l'aubergiste en le chargeant de le rendre au propriétaire. »

― <v Seigneur , dit Siaolii , vous êtes dans l'erreur: il se^peut quil y ait encore maintenant quelques honnêtes gens dans le inonde ; mais si, quand nous serons partis, l'aubergiste nef fait pas: la restitution, à qui pourra-t-on s'a» dresser ? A la vérité, le malheureux vous sera redevable d'une bonne intention; mais si vous voulez lexéculer et mériter la protection du Çiet, le meilleur moyen serait de vous arrêter , et d'attendre ici , du moins une demi-journée. »

— « Tu as raison, dit Sse Yeoupe» C'est re-

tarder lé terme de mon voyage ; mais il tfy « pas moyen de faire autrement, v

Quand il eut achevé sa toilette et pris son déjeuner , le maître de lauberge voulut préparer son cheval : « Ne vous pressez pas , lui ctit Sse Yeoupe. Il faut que j'attende encore quelqu'un. Je ne m'en irai qu'après midi* »

一 « Si TOUS attendez qneiqu'un , reprit Faubergiste , vous ferez bien de ne partir que demain. »

Sse Yeoupe s'était déterminé à attendre ; mais il n'en était pas moins impatient. Il se promenait dans la salie d'auberge , il en sortait, il y rentrait. Sur le midi , comme il venait de ^îner^ il -vit un homme habillé (le bleu , la tête couverte d'un grand bonnet, et qui avait Fextérieur d'un courrier du gouvernement. Cel homme était à cheval et venait au galop comme s'il eût volé. Il s'arrêta derant la porte de l'auberge , et descendant de cheval d'un air tout effiiré : « Où est l'aubergiste ? » s*écria-t«iL

Le maître de l'auberge vint à sa rencontre :

« Seigneur courrier , lui dit-il , c'est vous qui «êtes passé hier par ici : qudi est le sujet ({ui vous ramène aujourd'hui ? »

一 《 Une mauvaise a£^re , dit le <?ourrier , et dont TOUS tous ne yous trouverez pas bifs^ non plus. Je suis le courrier du tribunal» et j étais charge des dépêches officielles du seigneur ji^e crimiBeL En arrivant à Tseou , j ai reçu* cent vingt onces d'argent (i) , appartenant à la caisse publique , et destinées à la réparation dos tombes ; et hier , en partant pEeGtpitamiH€nt , je les ai laissées dans votre auberge. S'il y a quelque chose de perdu , votre vie à tous Aest pas en sûreté, »

A ce discours , l'anbergiste tout intinudâ :

« Que yenez-vaus me mêler ici , moi et mes hâtes ? dit^il. Il vient miUe persomiies dans Jane auberge , il en sort dix mille; si vous ne bkes pas attention à vos affaires , en quoi cela me concerne - t"l ? »

一 « Je nai pas le temps de discourir aTcc rous、 repirit le courrier. Allons sur-le-champ voir si nous trouT€roiis quelque chose^. »

Tous deux entrèrent précipitammedt ^am la efaambre , et allant dnou au lit, ih le remuèrent €t mirent tout fiens dessus dessous, infrnotuensenent, comme on peut mûre» Le

(I) Environ 900 francs.

courrier, voyant que son argent avait disparu , perdit patience , et d'une mâhi saisissant f au 藝 bergisté : « C'est chez vous qu'elles ont été perdues , lui dit*il : c'est vous qui en répondrez. Vous allez venir avec moi. »

一 « Quand voua êtes entré ici , répliqua l'aubergiste , vous ne m'avez pas dit que vous aviez de largent. Quand vous êtes parti , vous tie me lavez pas confié. De quelle couleur e«t* il, votre argent? Vous êtes venu 'à vide; vous vous en retournerez de même.' Pourquoi vene2* vous ra'iiisuher ici à la face du ciel et de la terre ? »

一 « Je suis un employé da district , dit le covttiet. ravaiff quatre paquets d'argent; chaque paqueft ëtait de trente onces. Il y avait en tout cent vingt onces , j'en avais remplt un sac de toiïe blanche ; je l'avais noué autour de mes reins. La nuit dernière, je l'ai détaché, et mis sous la paille , à la tète du lit. Jai là ma patente, le ne vous en impose pas , peut-être ? » Et aussitôt il tira de sa manche une feuille de papier avec def rëcriture rouge qu'il présenta à î, Aubergiste : « Ceci est-il faux ? lui dif-îl. Si TOUS ne \ou\ez pas venir avec moî, je m'en vais à la yille et je ne manquerai pas de vous dé-

noncer. » Et tirant dehors l'aubergiste , il .se mit à marcher en l'entraînarit. Celui-ci , fort irrité, poussait de grands cris : « On m'insulte ! on m'injurie! »

Sse YeoupCjbien convaincu alors de la vërité de la chose , vint en hâte se mettrcJ s^u devant deux , et les obligeant à sarrêter : «Lâchez-le surle-champ, dit-il. Vous, n'avez, messieurs, nul SWet de vous emporter ainsi. C'est moi qui ai trouvé l'argent, et le voici, » Et l'ayant fait apporter par Siaohi , il le remit au courrier. En voyant l'argent retrouvé, le courrier et l'aubergiste s'avancèrent pour le regarder, et s'empressèrent d'adresser à Sse Yeoupe leurs remercîments avec de grandes civilités. « On aurait de. la peine à, rencontrer quelqu'un qui eût autant de bonté , dirent-ils. Si cet argent fdt tombé dans les mains dune autre personne qui l'eût emporté, notre vie à tous deux eût été bien aventurée. »

― « C'est de l'argent du gouTernement , répondit Sse Yeoupe, Quels remercîments me devez-vous ? Voyez seulement , je tous prie , s'il est dans l'état qu'il faut: car je suis trèspressé de partir. »

― « Vous in*ayez rendu un service impop-

tant, dit le courrier. Comment pourrai -je le reconnaître ? Je vous prie, monsieur , de vous arrêter un demi quart d'heure , je ferai préparer uu petit goûter et je vous inviterai à y prendre place , afin de vous témoigner mon respect, i

― « Des affaires très^pressées m'obligent de me rendre à la capitale , dit Sse Yeoupe. Je voulais vous restituer votre argent, et je n'avais d*autre moyen que de rester ici à vous attendre. Maintenant que je vous ai remis en possession de ce qui vous appartient , je veux partir immédiatement ; je nai absolument pas le loisir de recevoir les témoignages de votre affection. »

一 « Buvez, je vous prie, un coup avec nous, reprit l'aubergiste. Il n'y a rien ici d'assez rare pour vous. Mais il est bien tard -aujourd'hui. Vous n'avancerez pas beaucoup d'ailleurs la route nest pas bonne. Vous pourrez partir demain deft^nne heure et avec plus de sécurité. »

— « Je suis un étudiant , dit Sse Yeoupe ; je n'ai avec moi que le bagage le plus indispen^ sable , et je ne porte aucun objet précieux* Que polirrais-je craindre ?»

— « On a beau ne rien avoir de précieux, cela

n'empêche pas d*âtre inquiété. ^ » dit laubec^ giste.

Sse Yeoupe persista à vouloir partir , et malgré son obstination, Faubergiste Ait obligé de charger le bagage sur le dos du cheval. Sse Yeoupe dit à Siaohi de compter avec lui pour le repas et la couchée , et il sortit de l'auberge: le courrier et l'aubergiste lui reuouvelèrieat leurs remerciments et leurs vœux , et le reeondubirem jusqu'à son cheval II y monta et partit.

Un trésor égaré est rendu à sou propriétaire ;

Où l'eût vainement demandé à tout autre voyageur.

Ne dites pas que ce jeune homme n'entend rien aux affaires ,

Plus que TOUS ne croiriez , il est sur le chemin de s'enrichir.

Le courrier, remis en possession de son argent, s'en alla à ses affaires. Pour Sse Yeoupe, il poussa-son cheval du côté du nord. Il n'avait pas fait au-delà d'une dixaine (le milles (i), quand tout-à-coup un vent furieux s'éleva ; le ciel se couvrit , des nuages noirs s'amoncelèrent (le tous côtes et semblèrent annoncer la pluie. Sse Yeoupe se trouva alors assez embarrassé , et voulut chercher un gîte. Mais en re-

(夏) Une lieue.

( ii5 > 、

gardant des deux côtés de la route, il n'aperçut qu'une plantation de saules , un Taste désert , et pas une seule maison habitée. An milieu de cette incertitude , il allait piquer son cheval , quand , du fond des broussailles , un grand gaillarb s'élança brusquement armé d'un bâton , €t sans dire un seul mot en donna sur la tête un coup violent à Sse Yeoupe. Celui-ci perdit connaissance sans avoir pu dire autre chose que : « Je suis perdu ! » Et ne pouvant plus se soutenir .en selle • il tomba en bas de son cheval, et alla mesurer le gazon. Le brigand saisit le moment favorable , s'élança sur le cheval , et l'excitant de deux ou trois coups de bâton sur la croupe , il le força de partir comme s'il eût eu des ailes , et s'enfonça dans la forêt de saules.

Siaohi, qui était resté par derrière,, accourut pour aider son maître à se relever. Le brigand, avec le oheval , avait aussi emporté le bagage y et Von ne pouvait savoir où il était allé. Sse Yeoupe s étant relevé , trouva par bonheur qu'il ne s'était pas blessé dans sa chute; mais il n'avait plus ni monture ni bagage. Le maître et le Talet se regardaient Fun l'autre, sans avoir autre chose à faire qu'à déplorer leur infortune.

(Il"

On était tout prépare ponr les fatigues d'un voyagte. Et Toilà qvHwa. brigand vient ajouter à notre infortune. Le temps du boubeor n'est pas encore arrivé ; Qael contretemps qa^une telle rencontre !

Sse Yeoupe se trouvait alors aussi embarrassé d'avancer que de reculer. On verra dans le chapitre suivant de quelle manière il se tira (l'affaire.

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