III
à entretenir dps liaisons arec les principaux magistrats. Ily a quelques jours que le nouveau juge de la province (i) est arrive. Il a bit un trè&*bQn accueil à mon parent, qui a ,oulu lui offrir des présents considérables. Le juge les a refiisés par désintéressement , et mon parent, ne sachant plus comment lui témoigner sa considération , a formé le projet de lui envoyer un parareort couvert de soie , et d'y faire peindre , par quelle attiste habile , «piatre jolis sujets, n Tondrait encore y faire ajouter par un lettre d^: tnavque autant de pièces de vers , pour sj^ù* d'expUcations aux quatre sujets^ et remplir ainsi les huit feuilles du parava&t. Si you$ pouy^z , seigneur , employer vos rures talents à composer ces pièces , il sera facile de vous procurer Vargent nécessaire pour votre voyage. »
一 % Il nest pas bien difficile de composer des ver$ , dit Sse Yeoupe. Mais est-œ qu'il n'y
emprunté , par un abus assez récent , de l'une des premières charges de la magistrature chinoise. Il en est à peu près de mén« dq celui de concilier qui "ppliq«e en France à des offices judiciaires de différente nature et de plusieurs degrés.
(0 Le juge de la pra?inoe eat tin grand personnage <pû a riûspecliou sur tons les tribunaïui proymcîaux.
aurait pas dliommes d*un talent distingué parmi les habitants dune ville qui est le pays de la littérature (i), pou» que vous soyez clbWgê d'avoir recours à moi ? »
一 « A ne vous point mentir, seigneur Sse , répondit le vieux Tchang, il ne manque pas de lettres dans cette province de Chantoung ; mais je n'en connais pas, qui, après être entrés dans les charges , consacrent leurs loisirs à l'étude de la littérature ancienne et à la culture de la poésie, n nj a qu'un certain licencie Tsian , qtii est en état de composer quelques vers. Mais c'est up homme rempli d'amour propre et de vanité, et dont on a de la peine à tirer quelque chose. Ce printemps , mon parent ravait prié de lui composer rare pièce pour l'anniversaire de la naissance du sous-préfet. Il Yù invité trois fois à dîner, il Ini a fait des prë^entu pour la valeur de vingt ou trente onces (2) ; tout cet» n'a pas suffi ; îl rient encore p^rpétipellement empninteT, tantôt une chose et tantôt une autre. Dernièrement mon parent s*est encore adï*essé à lui pour les quatre pièces de vers : il a
(i) La patrie de Gon£aciiis et de ses principaux disciples, comme on l'a vu ci-dessus , page 107.
(a) i5o ou a 00 francs.
promis 'qu aussitôt —il aurait Mu moment de verve il tiendrait prendre ses ordres. Il a promené de jour en jour mon parent qui ne cesse de rinviter à sa table ; mais on na encore rien vu venir- Si vous pouvez , seigneur Sse, composer ces vers, vous épargnerez à mon parent, toutes les peines qu 'il «se donne avèc ce personnage. »
一 « Puisqu'il en est ainsi , dit Sse Yeoype , il est aisé de rendre ce seryice à monsieur votre parent; mais je suis extrêmement pressé dan$ mon voyage : &i je fais les vers aujoiirdliui, je voudrais me mettre en route iaimédiajtement après. Il faudrait , monsieur, que nous allassions ensemble à l'instant. »
. Le vieux Tchang se mit à rire : « Il y a quelque temps, dit-il, la seule pièce d'anniversaire \ a coûté plus de quinze jours au licencié Tsian : | est-ce qu'il vous sera si facile de composer en j si peu de temps ces quatre pièces de vers ? seigneur Sse , si TOUS avez assez de talent pour ' venir à bout de les achever, mon parent ne i manquera pas de vous offrir un présent , et bien i certainement il ne se permettra pas de vous arrêter dans votre voyage. »
- « Je m'en rapporte absolument à vous , et
je vous prie dé vouloir bien arranger cette affairé, » dh Sse Yeoupe.
一 « En ce cas , monsieur Sse , partons ensemble à l'instant , 》 dk le vieux Tchang.
― « Est-ce loin d'ici? » demanda Sse Yeoupe.
― « Ce n'est pas très loin , répondit Faubergiste. La maison du seigneur Li est au bout de la vjTle du côté du levant , c est celle qui touche à là maison du vice-intendant Lo. »
一 « Puisque ce û'est pas loin , reprit Sse Yeotipe, je vais m'y rendre de suite; et si vous avez de bons chevaux, notre hôte, prenez la peine de m,《n préparer un. »
一 « Cela n'est pas difficile , » dit laubergiste. En finissant de parler le vieux Tchang s'éloigna avec Sse Yeoupe , qui se fit suivre par Siaôhi , et tous trois prirent la route de la ville , et de la maison du chancelier Li.
On s'expose en courant les montignes les grandes routes ; Le poisson tombe dans les filets séduit par l'éclat des yagues. Les nuages blancs «ont par eux-mêmes ra capables de sentiment. Et c'est le -rent qui les promène à sou gré.
Le vieux Tchang et Sse Yeoupe arrivèrent en peu de temps à la maison du chancelier Li. « Seigneur Sse, dit le premier à son compa-
gnon, TeuUJez, je vous prie, attendre un moment. Je vais entrer le premier pour vous annoncer à mon parent, et je reviendrai vous chercher à rinstant. » ♦ .
一 «Je vous attendrai , répondit Sse Yeoupe. » Le vieux Tchang entra dans la maison, .et Sse Yeoupe demeura debout devant la porte; en jetant les yeux autour de liii , il vit deux hôtels attenant l'un à l'autre, A la porte de l'un des deux étaient placées huit bannières qui ne paraissaient pajs trèâ-ancienncst Au-dessus, de la porte ou lisait les mots :
Direction des MOEtTRs.
L'extérieur avait lair un peu délabré; et Ion voyait bien pourtant que c'était rhabitatlon d'un magistrat émërite et d'une'humeur tant soit peusingulière.
De lautre côté , il ny avait pas de bannières ; Finscription placée au-dessus de la porte était
Second degré du grand collège.
Tout y semblait en bon ordre et bien arrangé , tout indiquait la demeure d'un homme investi de hautes fonctions administratives.
Sse Yeoupe n'avait pas encore terminé ses
observations, quand il vit venir de rintérieiir un domestique qui lui dit : « Le seigneur mon maître est dans le salon t il vous prie , monsieur, de vouloir bien venir le trouver. »
En arrivant à lâ porte d'honneur, Sse Yeoupe vit le conseiller Li qui descendait l'escaliet pour fèttir à sa rencontre. Il jeta les yeux sûr lui et ce qui le frappa ce fut :
« bonnet escarpé comme lé pic d une « montagne, la physionomie composée et là « Toix creuse dutt magistrat affranchi ûîBà « épreuves littërait^s , lair fier d'utt officier dé- « core de la ceinture; son âge ëtait entre (juà* « rante ét cinquante ans , sa charge était entte « lâ huitième et la neuvième classe.
< li avait plusieurs bandes jaunes à ses vête* « mf'.nts ; des pendants descendaient aU*-dessous • de la pkque qu'il portait sur la poitrine , et uti « inot'ceau cfe gaze noire s'élevait paf dessus. « Son air affecté , sa démarche imposante n'eiïi- « péchaient pas de rire à ses dépens. »
Le conseiller vint au-devant de Sse Yeoupe et ramena dans le salon. Là , après les salutations ordinaires , ils s'assirent tous deux âiix places qui leur appartenaient. Alors le conseiller prenant la parole : « Monsieur Sse , lui dît-
il , mô^ parent vient de mç» vanter vos talents 5 mais je nai pu savoir encore par quel heui^eux hasard vous avez bien voulu montrer tant de condescendance. » *
― « Il est bien inconvenant de débuter ayec TOUS d'une manière si peu cérémonieuse, répondit Sse Yeoupe; mais c'est le malheur que j'ai eu, d'être absolument dévalisé dans un voyage , qui in,a fait par hasard entrer en conversation avec monsieur votre parent , et qui 'm'a conduit devant votre excellence. Jai appris que vous aviez à faire faire un petit travail deçriture; j'ai beaucoup d'obligation à votre pa* rent qui ne m,a pas cru totalement dépourvu de talent, et qui a bien voulu me présenter pour cet objet. Il m'a donné, dès l'abord, matière à de longs souvenirs. C'est pour cette besogne que j,ai eu la hardiesse de venir me présenter chez vous, et j'ai des excuses à vcms demander de ma témérité. » •
一 « Oui , dit le conseiller, le juge provincial est arrivé ici depuis quelques jours. J,ai eu l'honneur de fixer ses regards. Je veux lui faire hommage dun paravent de soie, et jai déjà fait exécuter par un peintre célèbre quatre sujets que jai ici. Je voudrais encore y ajouter quatre
, (、29 ) 、 pièces de Ters qui servissent à expliquer les peintures , de manière à former un paravent à huit feuilles. J'avais envie de prendre sur moi le sôin de composer quelque médiocre morceau de poésie; maisjenai pu trouver un seul instant de loisir. Maintenant que je vois en vous tant de talent et une si grande complaisance , et que TOUS consentez, mon cher monsieur, à prendre en main le ciseau, je vous dois infiniment de gratitude; mais puis-je , au moment même où je viens de faire votre connaissance, abuser à ce point de votre bonté ? » -
一 « Je ne crains qu'une chose, reprit Sse Yeoupe, c'est que mon faible talent ne me rende peu digne décrire sous votre nom. Maïs puis* que TOUS ne dédaignez pas de m'employer , j'e§père que vous m'aliez indiquer les sujets en question. »
一 « Eh bien ! dit le conseiller, puisque tous me montrez une si grande complaisance, allons dans le jardin de derrière , prendre une couple de tasses, et je serai tout prêt ensuke à recevoir vos instructions^ » Et aussitôt fl ordonna à ses domestiques de servir une collation. Il se leva en même temps, et pria Sse Yeoupe de passer avec lui dans le jardin.
Toute la partie orientale de ce jardin était plantée fleurs , €t l'on y voyait une galerie fevmée par des treillis peinte en rouge et artistement travaillés. Il était garanti du soleU par des bambous et des arbri33eau;L en fleur.
De riches couleur^ ornaient le& muf ailles ^ au« 4elà desquelles ou apercevait des orioes et dea saules dor^t les cimes entouraient un pavillour dune construction uès-élevée , et bornaient U TU^ de la maïuère la plm agréable.
En entr^iiit dans la galejie , Ssé Yeowpe né* tait pas d'humeur à s'arrêteir à ces beautés» Peu de temps, après , on servit la collation , et le co^ns^illiçr,, faisant les honneurs à son hôte, smit à table avec lui. Ils avaient k tasse à la inaip y quand, on vit çntreu un dom«stique qui annpniç^ la visite du licencié Tsian :• « Il vient très-à-propos , dit le conseiller. Allez vita le prieij dL'qn^rer. » -
En parlant ainsi,, il se kva et soctit pouK aller à la r^nQontre du licencié ; au bout d'un in— stant , il leTamena avec lui*. Sse Yeoupe se leva aussi pour le recevoir, et vit que le licencie était un homme à loi^gue barbe, avec un g^os ventre, le corps rempli d'embonpoint et un menton à double étage. « Quî.e»!; oe monsieur ? »
demanda le licencié Tsian àU conseUlér, aussitôt qu'il aperçut Sse Yeoupe.
一 « C'est M. Sse de Kinling , » àit le conseiller. • •
• « Ah! reprit le licencié, c'est un hôte qui vous arfitedëloiù, » et il lui céda le côté gauche. Les civilités terminées, les trois convives reprirent leurs places, et le licencié s*adressant à Sse Yeoupe : « Monsieur Sse , lui dit-il , quel motif amène dans notre petite ville une personne de votre belle province ? »
Avant que Sse Yeoupe etit eu le temps de répondre, le conseiller prit la parole : « Ce n'est pas à dessein que le seigneur Sse est venu dans notre ville. Il se rend à la capitale. Ha été dépouillé sur la route , ce qui a interrompu son voyage. Un de mes parents l'a rencontré aujourdTiiii par hasard; il à su que monsieur, tout jeune qu'il était, avait un talent très-distingué, et comme il' voyait que je nVvais pas encore pu obtétnr de vous lé$ quatre morceaux de vert t^t je vous ai demandés poùr le seigneur juge, ii a songé à donner à M; Sse la peine de les eottiposer. M. JS^e ne s'est pas refusé à cette proposition ; et il a bien voulu m'hottorer de sa ▼isk^. Nous allions nom dlVfîrtir tête-à-têté ,
mon hôte et moi ; mais la joie naurait pas été complète. Il est très-heureux que tous ayez pris ce moment pour venir me voir. Nous ne manquerons pas d'inspiration. »
— «Ala bonne heure ! dit le licencié. Ce n'est pas que je ne sois venu tous ces jours-ci. Mais au milieu des détails et des importunités dont j'ai été accablé , je n'ai pas eu un seul moment de verve. J'avais entendu dire aujourd'hui que le juge était de retour d'une course d'inspection. J'ai eu peur de faire manquer votre af, faire, et je me suis arrangé pour venir vous pflfrir mes services. Mes idées poétiques n'en étaient pas pour cela moins resserrées. Heureusement le ciel a conduit ici le seigneur Sse^ Puisque le voilà , il va me dispenser de la pei^e de chercher et de me creuser la tête. »
一 « Je ne suis, reprit Sse Yeoupe, qu'an pauvre passant, réduit aux expédients. C'est ce qui m'a fait naître la folle pensée de composer 4es vers en échange dun bon office. Je prends la place du joueur de flûte. Mais les mauvaises» herbes que je puis présenter sont bien peu dignes du festin qui m!est offert.. Je n'avais pas calculé dabord la faiblesse de mes moyens.
Maintenant que le grand magicien s'est montré»
le petit magicien va itianquer d*haleme , et ce qu'il aurait de mieux à faire , sérait de se retirer. »
一 « Messieurs , interrompit le conseiller, ne soyez pas si modestes. Puisque vous ayez tant de complaisance, il faut que tous deux vous me prêtiez le secours de vos lumières. Prenez bien vite quelques tasses , pour vous mettre en humeur de composer. » Et il se mit à leur verser du vin en les exhortant à boire.
Ils passèrent ainsi quelque temps , après quoi Ssfe Yeoupe prenant la parole : « Je suis un très - &ible buveur, cHt^il. Seignéur Li, puisque vous ne dédaignez pas mes services, je vôus prierai de me donner vos sujets, et quan4 j'aurai fini, je soumettrai ce que j'aurai composé à T-otre jugement. »
Le conseiller ne voulait pas consentir à cette proposition; mais le licencié Tsian insista : « Si £aiit, si fait! dit-il , montrez^nous vos sujets. On composera, on boira tout à* la fois : l'un n'em- -^êche pas lautre. »
Alors le conseiller envoya chercher par ses domestiques un coffre à présents , qu'il fit ou, wir, et dont il tira quatre feuilles peintes , représentant des femmes, av^c les titres des
sujets , qu'il présenta à ses deux conrivcs. Ceuxci les déroulèrent pour les considérer. La première portait pour inscription : les Couturières; on y voyait deux femmes assises vis^à-Tis Vme de Vautre , et s'occupatit à coudre*
La seconde feuille était intitulée : la Pegeuse ; elle représentait une femme qui pesait quelque chose dans une balance , et plusieurs autres à ses côtés qui la regardaient.
Le sujet de la troisième feuille était la Cui, sine ; on y Toyait plusieurs femmes âairs une cuisine, les unes soufflant le feu, les autres préparant des mets, qoelque^^unes lavant des pièces et les autres les faisant cuire.
Le quatrième sujet était : les Dennéuses ; trois ou quatre femmes jouaient à la Mourre , sur le calice des fleurs.
Tels étaient les sujets sur lescjuels on devait composer des vers ; et comme il y avait quatre peinture», il fallait autant de pièeés dont les allusions marquassent les sentiihents qu'on devait au personnage à qui ces peintures étaient destinées. Sse Yeoupe s'arrêta quelque temps à les considérer sans rien dire. Pour le lieen* cië Tsian , il prit la parole : c Seigneur Li, ditil, vous êtes bien magnifique. Voilà de très*
belles peiatures que vous avez fait faire. Maid ces ,ujets*là sont difficiles : on ne peut pas y mettre la main, tout de suite. Il faut prendre le tanps dy penser. Je ne suis pas en état de tous faire cela en si peu de temps. Mais je vou M. Sse qui est un homme habile.... »
一 Maître Tsian , interrompit Sse Yeoupe , ce que toi» dites là, je dois le sentir à plus forte raison» Mais j,ai des affaires extrêmement pressantes. Je ne puis mempécher de hasarder un essai , quelque médiocre qu'il puisse être , pour faire excuser la témérité que jai eue de me mettre en ayant ^ et pouvoir prendre ensuite congé de vous. »
一 « Je suis touché de votre complaisance , »
dit le conseiller; et il ordonna sur-le-champ à ses gens d'apporter les pinceaxix , Fécritoire , et une feuille de papier. Sse Yeoupe les prit sans pltts de cérémonie , et saisissant le pinceau, il écrivit tout d'un trait.
Ce n'est pu à pied qn*il s*aTanoe :
Un coursier ne saurait le siÙTre.
Il part comme le démoa , s, 廳 bat oommesa montore ; Son papier est obscurci par les nuages de famée qai oomposent l'encre (i).
(I) l«'eocre de la Chine est faîte avec du noir de foinée.
Eh finissant décrire, Sse Yeoupe présenta sa composition au conseiller Li et au licencié Tsian : « Si ceci mérite peu de fixer yos're 气 gards , leur dit-il , puisse au moins ma faiblesse ne pas se montrer trop indigne de votre confiance ! »
Le conseiller et le licencié ayant déroulé la feuille de papier y trouvèrent ce qui suit :
PREMIER $UJKT : LES COUTUBliftKS.
Ces trayanx rappellent les belles da temps jadis :
Tels étaient ces vêtements ornés de ce que le ciel et la terre ont
de plus brillant. • Habiles comme Niuwa dans l'art de manier FalgnifSe , Assises près l'une de l'autre , vous pourriez les comparer an soleî^
et à la Inné.
SECOITD SUJET : LA PSSSUSX.
Le doux sonrire d'une belle mettra éternellement le poids le plas
fort dans la balance , Et du premier coop d'œil un air renfrogné sera trouvé plus léget , Juge incorruptible , elle lient la balance d'one main ferme , Et ne souffre , à son égard , noUe inégalité parmi les homme».
TKDXSliMX SUJET : I.A. ClTlSIirs.
L'eau et le feu se livrent , dans runirers , mille combats diffé*rents:
De même nos homenn of&ent le contraste de l'aigreur on de 1st douceur.
De tant de saveura opposées comment produire nu doux et agréable mélange ?
Youa nous rapprenez par l'iieureax usage qoe tous fiiites etdeb pnin^ et du seL
QUAT&IEXA SUJET : LES DITINIOSU.
Ne comptez pas sur de yaines conjectiu^ ou sur les inspirations du hasard :
Vous trouveriez son nom inscrit dans la pensée du souverain. La coupe d'or an jour , vieiidra récompenser d'éclatants services ; Xi es étoiles qui président aux plus hauts oflfices se montrent an travers des nuagei. -
En achevant de lire , le licencié Tsian laissa éclater les marques de sa surprise et de son admiration. « Que d'esprit , de grace et d'habileté ! s'écria-t-il. Vous avez, monsieur, le génie d*un immortel. »
一 « De vaînes paroles , ouvrages d'un moment , sont indignes de fixer vos regards ^ » ré* pondit Sse Yeoupe.
Le conseiller Li examina les vers à son tour. Il n'avait pas un gout très -exercé ; mais comme il yi% que le licencié Tsian les louait sans réserve , il jugea qu'ils devaient être bons , et très-satisfait intérieurement : « Les gens de votre belle province , dit- il , ne ressemblent guère aux habitants de ce pays. Quel bonheur de posséder ceci , et que d'honneur il va m'en revenir ! Mais les hommes ne sont jamais con-* tents. Une fois à Loung , on tourne les yeux (|u côté de Chou. Si je vous demandais décrire
ces vers de votre propre main , voudriez-vous y consentir? »
― « Quelle difficulté y aurait-* il ? » dit Sse Yeoupe. Et aussitôt il demandai aux domestiques de dresser au pied de rescalier une table à écrire bien sèche et bien propre, èt il se mit à broyer de l'encre. De son côté , le conseiller Li prit quatre pièces d'une forte étoffe de soie blanche et il les fit étendre $ur la table.
Sse Yeoupe , dans ce moment un tant soit 一 peu es cité par le vin , se saisit imftiédiat^meût d'un pinceau , et l'on eût véritablement dît le vol des dragons «t les agitations des serpents. En un instant il eut achevé cette nouvelle besogne. Le licencié et le conseiller le regardaient faire , et leurs éloges ne discontinuaient pas. Pour Sse Yeoupe, tout occupé de ses réflexions : « Quelque chose de si commun mérite-t-il le . nom de poésie ? disait-il ej% lui-même. Ah ! que si quelque jour, assis près de la demoiselle Pe, ayant un bosquet devant mes yeux , des lanternes au-dessus de la tête , je pouvais boire et chanter tour-à-tour , qu'alors ma vie tout entière serait remplie de pensées délicieuses ! Aujourd'hui des perles brillantes sont semées dans robscurité. Mais arrêté comme je suis, au milieu
de la course que f ai entreprise pour 1, amour de mademoiselle Pe , que pouTais*je faire autre diose? »
Au moment même où il était occupé de ces réflexions, il leva la tête, et crut voirpax^dessus la muraille , dans le pavillon , quelqu'un qui le regardait furtivement au travers du feuillage , et qui s'arrangeait pour n'être pas aperçu. Il kd sembla que c'était une figure belle et intéressante , et il ne put s'empêcher de songer qu'elle pouvait avoir amant, de charmes que la demoiselle Pe , mais que peut-être elle ne possédait pas les mêmes talents. Sa pensée venant à toucher ce point se détoarna avec la rapidité d'une flèche. Sadressant donc au conseiller Li: « La tâche, que tous m*ayez prescrite est terminée, lui dit-il. Je vais maintenant prendre congé. ,
Le conseiller s'empressa dele retenir : « Quand j,ai été assez' heureux pour rencontrer un sage tel que vous, dit-il , puis -je le laûsser partir de cette manière ? Il se fait déjà tard : tous ne pouvez TOUS en aller. Il faut absolument que vous restiez ; il. faut même que vous acceptiez ici un mauvais lit pour cette nuit* Demain vous TOUS mettrez en route de bonne heure. »
一 « Je pourrais, dit Sse Yeoupe, ne partir que demain de bonne heure. Mais je nai ni cheval , ni bagage. Il faut qu'aujourd'hui je retourne ençore à l'auberge pour faire mes dispositions. »
— « Ne TOUS inquiétez pas , monsieur Sse , dit le conseiller. Tous ces petits soins Ine regardent.»
— « Ne nous traitez pas si mal , monsieur Sse, dit à^on tour le licencié. C'est un coup du ciel que de bons amis se trouvent ainsi réunis, sur terré. Je veux aussi demain vous faire un peu les honneurs du pays. Il ne fkut pas abso* ment que le seigneur Li vous laisse aller, w
― « Je dois nécessairement parlir demain de bonne heure , reprit Sse Yeoupe, Je suis , maître Tsian , très-sensible a toutes vos bon* tés. »
一 « Nous reparlerons de cela demain , reprit le conseiller. Finissons d'abord Vaffaire d'au* jourd*hai. » Et aussitôt il engagea ses deux hôtes à venir dîner dans la galerie. lU restèrent à table tous trois, à discourir et à rire , jusqu'à ce quon eut apporte les lanternes. Alors le licencié Tsian les quitta , et le conseiller Li obligea Sse Yeoupe à demeurer dans une bi,
bliothéque au fond de la galerie pour y passer la nuit.
Qa*an h6te vulgaire sc présentc, on ne songe pas à le saluer. Mais le poète trouve partout un accueil plein de prérenance.
" S&e Yeoupe ne put dormir de toute la nuit.
Le lendemain il sempressa de se lever dès le grand matin, et aussitôt qu'il eut fini sa toilette, il voulut partir ; mais ne voyant pas paraître son hôte , il s'arrêta quelque teipps. Sur ces entre&ites , il aperçut Tcliang qui s'approchait 4e son côté : « Monsieur Sse , lui dit celui-ci , pourquoi donc vous êtes vous levé de si bonn« heure ? » . .
― « Tout le temps que je m'arrête 勺 répondit Sse Yeoupe , les jours me paraissent comme des années. Je "voudrais avoir des ailes pour me rendre à la capitale. Monsieur, je vous en prie : ayez la bonté de dire un mot à votre parent , pour' qu'il me remette sans délai le secours qu'Uji {promis» Voup me repdrez par là le plus important service. »
一 « C'est la moindre des choses que Fargent pQur votre route , répondit le. vieux Tchang. II est tout , simple qu'il vous l'offre ; mais nioR {>arent a encore une autre affaire , au sujet
de laquelle il veut vous adresser des prières instantes. »
— « Quelle est cette autre affaire? » demanda Sse Yeoupe*
一 « Mon parent a tu par les éloges que le licencié a donnés à votre talent et à vos connaissances , que vous étiez un homme dune haute volée , monsieur Sse. Il a conçu pour TOUS beaucoup d'estime ; il vouetrait bien tou& retenir habituellement près de lui. Et comme il a un fils , âgé de treize ans , il désirerait passer avec vous un engagement et mettre ce fils sous Totre direction , pour que tous lui donnassiez des soins pendant le cours d'une année. Vos honoraires seraient à votre discrétion , et à quelqxie somme que tous les fixas* siez ,* il ne se permettrait pas (Ten rien rabattre. » 、-
― « Je n'entends rien aux fonctions de précepteur, dit Sse Yeoupe; ailleurs je ne suis qu'un passant; je vais partir à' Finstant mémè : comment pourrais-je accepter une pareille proposition? » -
Gomine il parlait ainsi, il vit entrer un dih> mestique chargé de hti remettre un billet d'inr» TÎtation. Ce billet venait du licencié Titian qui
( "3 ) 、 l'engageait à dîner diez lui. Sse Yeoupe s'empressa de répondre : « Je ne puis absolument pa3 accepter. Soyez assez bon pour vous charger de mes respects , de mes remercîments^ et prenez la peine de remporter ce billet. »
— « Le diner est déjà préparé, repondit le domestique. Il faut de toute nécessité que vous demeuriez une demi-journée, monsieur Sse. » Et tout en parlant ainsi il déposa le billet et &' élo^na.
Le vieux Tchang prit la parole : «Monsieur Sse, dit*il y puisque tous ne tous sentez pasd'incUnatioB pour demeurer ici , mon parent ne saturait Yons contraindre. Mais il n'y a pas moyen que TOUS refusiez l'invitation du licencié Tsian. D'ailleurs ce diner nest pas de ceux qu'on trouve aisément. Si le licencié n'avait pas une double estime pour vous, il n'aurait jamais eu la&ntaisîe de vous engager. C'est un dîner qui TOUS tombe du Ciel. »
一 « Oui, dit Sse Yeoupe: cest Traîment trèsobligeant de sa part ; mais je suis extrêmement empressé de partir. »
一 « Modérez un peu votre impatience, reprit le vieux Tchang, je Tais m'occuper de préparer "votre cheval €t votre bagage. On dîne de bonne heure chez le licencié , tous accepterez
de lui une couple de tasses , et vous vous mettrez en route à Finstant. »
~ «Je compte entièrement sur le bon office que vous allez me rendre , dit Sse Yeoupe. En finissant de parler, le vieux Tchang le quitta, et il demeura seul assis dans la galerie, livré au plus prôfond découragement. Au milieu de rimpatience dont son cœur était comme desséché , il s'emportait contre la nécessité d'atten-dre l'argent nécessaire à son voyage. « Va, ditil à son valet , voir un peu là-devant si la route est bonne: nous nous en irons, car il n'y a pas moyen d'y tenir et dattendre de cette manière. » 、 •
― « La porte du jardîn est fermée , répondit Siaohi, nous ne pouvons sortir; et quand nous le pourrions, nous n'avons pas d'argent pour le chemin. Bon gré mal gré, mdnsieur, il TOUS faut patienter aujourd'hui. Demain , sans faute » nous nous mettrons en route. i»
Sse Yeoupe, ne sachant comment sortir d'em* barras , se résigna à demeurer. Comme il était à attendre, il entendit du monde dans le pavillon qui tenait à la muraille, et quelqu'un qu'on ne voyait pas se mit à dire : « Les grenadiers hors de la porte de derrière sont en pleine fleur. » •
i^etle reniarcpae firappâ Sse Yébupe, qui fit réflexion que sans doute le jardin où il était avait aussi une poite de derrière. Il se mit donc à Imstant à suivre la muraille pour chercher cette porte, et après sàToir fait le t<mt d'uii' bosquet âe fleurs, il la trouva effectiTement demère un rocher artificiel. EUe était, «iacte《 ment fermée, mais^ Sse Yeoiipe dit à son valet de rouvrir , et il s'avança ipdur j,elèr un coupai d'œil dehors. Il vit tme pièce ^de terre fort écartée, plantée partout d'ormes et de saules, et que l'ombrage rendait dun aspect agréable. Il y avait bien aussi deux grenadiers^ mais qui n'étaient pas fleuris d'une manière remarquable (篁 ),
Sse Yeoùpe fit quelques pas pour pecoonaitre leJieu où il était , et vit que la muraille attenant à celle de la maison d'où il sortaH était aussi l'enceinte d'un jardin fleuriste, et quelle
(I) Ce^e^i\âfte çst,. dans rorigiml, marquée des gcûU lemetft dont l'objet est d*é veiller rattentîoa des lecteurs. Il y en a beaucoup d,auti,es au sujet desquelles on a pris la - mémé . précdiAioii^ On a' sapprimé ces éignes injurieux à la pénétration européenne , et l'on n*?n est moins certain que rien nç sera perdu des intentions de l'auteur et des tooches pai* fois àn péu légères' échappées à ton pinceau. -、'''. i