‹ Ivan l'imbécileChapitre 12 sur 14 · Voitures-tentes particulières aux Baschkirs · texte numérisé non relu

Voitures-tentes particulières aux Baschkirs

L'été, tu foras des journées pour moi : l'hiver, tu donneras à manger au bétail : et Scham-Schemaghi traira les juments et fera le koumiss. Moi, je vous nourrirai, je vous habillerai tous deux et ne vous laisserai manquer de rien.

Ilias remercia son voisin, et vint vivre avec sa femme au service de Mukhamed- Schah. D'abord, cela leur sembla pénible ; puis ils s'y accoutumèrent et vécurent en travaillant dans la mesure de leurs forces.

Le maître se trouva bien d'avoir pris de tels serviteurs, car les vieux, ayant été maîtres eux-mêmes, s'acquittaient à merveille des soins du ménage, et n'étaient guère embarrassés de s'occuper selon leurs forces. Seulement Mukhamed-Schah avait grand'pitié de les voir, eux, autrefois si riches, tombés maintenant si bas.

Un jour advint que des parents vinrent de fort loin rendre visite à Mukhamed Schah. Parmi eux était un mollah. Il ordonna de

prendre un mouton et de le tuer. Ilias en tua un. le fit cuire et l'envoya aux hôtes de son maître.

Ceux-ci donc mangèrent du mouton, puis ils prirent du thé et du koumiss. Assis sur des édredons et des tapis, ils buvaient des tasses de koumiss et causaient entre eux.

En ce moment, passa devant la porte Ilias, qui avait terminé sa besogne. Mukhamed-Schah l'aperçut et dit à l'un de ses hôtes :

— As-tu vu le vieillard qui vient de passer ?

— Je l'ai vu, répondit l'autre. Qu'a-t-il \^ donc d'extraordinaire ?

— Yoici. C'était le plus riche du pays. II s'appelle Ilias. Peut-être en as-tu ouï parler?

— Comment donc! fit l'autre. Je ne l'avais jamais vu, mais sa renommée s'étendait au loin.

— Eh bien ! maintenant il n'a plus rien.

Il vit clioz moi, comme serviteur, et sa femme trait mes juments.

L'autre, tout surpris, fit claquer sa langue et hocha la tête.

— Oui, c'est ainsi : le honneur tourne comme une roue qui élève l'un et ahaisse l'autre... Eh bien ! continua l'hôte, est-ce qu'il est affligé, le vieillard?

— Qui peut le dire ? Il vit paisiblement, doucement, et travaille bien.

— Ne peut-on lui parler ? reprit alors le visiteur, l'interroger sur sa vie ?

— Pourquoi non ? fit le maître.

Et il cria hors de la kibitka :

— Babaï ! (c'est-à-dire : grand-père, en baschkir). Babaï ! viens boire du koumiss avec nous, et amène avec toi Scharn-Schemaghi.

Ilias entra avec sa femme. Ils saluèrent le maître et ses hôtes ; puis Ilias fît la prière et s'accroupit près de la porte, tandis que

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sa femme passait derrière le rideau et allait s'asseoir avec la maîtresse.

On tendit une tasse de koumiss à Ilias. Il s'inclina, but une gorgée, et reposa la tasse.

— Eh bien! grand-père, lui dit le visiteur, cela doit t' affliger de nous regarder, en songeant à ta vie passée, en comparant ton bonheur d'autrefois avec la vie désolée que tu mènes aujourd'hui !

Ilias sourit et répondit :

— Si je parlais moi-même de mon bonheur ou de mon malheur, tu ne me croirais peutêtre pas. Interroge plutôt ma baba. C'est une baba qui a le cœur sur la langue 4; elle le dira la vérité.

Et l'autre cria derrière le rideau :

— Eh bien ! babouchka, dis-moi, que pen- ^ses-tu de ton bonheur passé et de ton malheur présent ?

Et Scham-Schemaghi répondit de derrière le rideau:

i. Proverbe russe.

ILIAS 163

— Voici ce que j'en pense. Nous avons vécu cinquante ans avec mon vieillard, cherchant le bonheur sans l'avoir trouvé. C'est seulement depuis deux années que nous n'avons plus rien et que nous vivons aux gages d' autrui, c'est maintenant seulement quenous avons trouvé le vrai bonheur. Nous ne demandons rien autre.

Les visiteurs et le maître furent saisis d'étonnement. Ce dernier se leva et s'en fui écarter le rideau pour voir la babouchka. Et la babouchka était debout, les bras croiséssur sa poitrine, et elle souriait en regardant son vieillard, et le vieillard lui souriait aussi.

Et la vieille reprit :

— J'ai dit la vérité, je ne plaisante pas. Pendant un demi-siècle nous avons cherché le bonheur ; riches, nous ne l'avons point trouvé. Et maintenant qu'il ne nous reste plus rien et que nous vivons chez les autres, nous avons trouvé le bonheur, et nous ne désirons plus rien.

166 ILIAS

— En quoi consiste donc le bonheur dont vous jouissez aujourd'hui ?

— Mais voilà. Nous étions riches, et nous n'avions, mon vieillard et moi, pas un seul moment de répit. Nous ne pouvions ni causer entre nous, ni songer au salut de notre âme, ni prier Dieu ! Que de soucis ! Tantôt il nous venait un hôte, et voilà un souci ; nous nous disions :

— Que faut-il lui servir ? Quel présent lui faire pour qu'il emporte une bonne opinion de nous ?

Puis, le visiteur parti, il fallait surveiller nos gens, toujours portés à flâner et à bien manger, et nous prenions garde que notre bien ne se gaspillât point, et voilà un péché. Tantôt, nous craignions que le loup n'enIeT vât un poulain ou un veau, et qu'on ne nous volât. Et une fois couchés, on ne dormait guère : pourvu que les moutons n'écrasent pas les agneaux ! On se levait, on allait voir, la nuit. A peine étions-nous rassurés, c'étaient

«d'autres inquiétudes : comment faire les provisions d'hiver pour le bétail ? ou pis encore. Nous n'étions pas toujours du mémo avis, mon vieillard et moi : lui voulait faire ceci, moi je voulais faire cela : et voilà un péché. Ainsi tombions-nous d'un souci dans l'autre, d'un péché dans l'autre; et notre vie n'était pas heureuse.

— Et maintenant ?

— Maintenant, nous nous levons, avec mon vieillard, toujours unis de bon accord. Ni discussion, ni inquiétude. Un seul souci, servir le maître. Nous travaillons selon nos forces; nous travaillons avec plaisir, afin que les choses tournent au profit du maître et non à son préjudice. Nous arrivons : le koumiss est prêt, le dîner tout servi. S'il fait froid, nous avons kisiak l et chouba. Et nous pouvons causer entre nous à loisir, songer au salut de notre âme et prier Dieu.

i. Combustible de bouse et de paille mêlée.

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Nous avons, cinquante ans durant, cherché le bonheur : et ce n'est qu'aujourd'hui que nous l'avons trouvé.

Les hôtes se mirent à rire.

Et Ilias leur dit :

— Ne riez pas, mes frères ; ce n'est pas une plaisanterie, cela; cela, c'est toute la vie de l'homme. Nous étions bien sots auparavant ma baba et moi, quand nous pleurions la perte de nos richesses. Mais, maintenant, Dieu nous a dévoilé la vérité ; et ce n'est pas pour notre plaisir, c'est pour votre bien qu'à notre tour nous vous la dévoilons.

Et le mollah dit :

— Voilà de sages paroles. Il vous a dit la vraie vérité, Ilias. C'est écrit dans le Coran.

Et les visiteurs, cessant de rire, demeurèrent tout pensifs.

Un pauvre moujik s'en fut aux champs pour labourer sans avoir déjeuné. Il emportait un croûton. Quand il eut retourné sa charrue, il cacha son croûton sous un buisson et étendit par-dessus son caftan.

Le cheval s'était fatigué, le moujik avait faim. Le moujik détela le chevalet le laissa paître; puis il s'approcha du caftan pour dîner. Il souleva le caftan : pas de croûton. Il cherche, il cherche, il tourne et retourne son caftan, il le secoue : pas de croûton.

Le moujik s'étonne.

— Quelle chose étrange! pensait-il. Je

n'ai vu venir personne, et cependant quelqu'un m'a enlevé mon croûton!

Et c'était un diablotin qui, pendant que le moujik labourait, lui avait volé le croûton. Puis il s'était assis derrière le buisson, pour écouter le moujik, comme il allait s'emporter et nommer le diable.

Le moujik n'était pas content.

— Bah ! qu'il dit, je ne mourrai pas de faim. Celui qui me l'a pris en avait sans doute besoin : qu'il le mange à sa santé.

Et le moujik s'en fut au puits, but de l'eau, se reposa un moment, remit le cheval à la charrue et recommença de labourer.

Le diablotin était furieux de n'avoir pu jeter le moujik dans le péché. Il alla demander conseil au diable en chef. Il lui raconta comment il avait pris au moujik son croûton, et comment le moujik, au lieu de s'emporter, avait dit : « A sa santé ! »

Le diable en chef se mit en colère:

— Puisque, dit-il, le moujik t'a roulé dans

cette affaire, c'est que toi-même tu as manqué à ton devoir. Tu n'as pas su t'y prendre. Si, qu'il dit, on laisse les moujiks et aussi leurs babas nous braver ainsi , ce ne sera plus une vie... Cela ne peut pas se passer de la sorte: va donc, retourne chez ce moujik, et gagne ton croûton si tu veux le manger. Si, d'ici à trois ans, tu n'as pas vaincu ce moujik, je te plongerai dans l'eau bénite.

Le diablotin fut épouvanté.

Il revint en courant sur la terre, et songea longtemps au moyen de réparer sa faute. Il réfléchissait, il réfléchissait, le diablotin ; il finit par trouver.

Il prit la forme d'un brave homme et entra au service du moujik. Prévoyant que l'été serait sec, il persuada à son maître de semer le blé dans les terres marécageuses. Le moujik écouta son serviteur, et sema le blé dans les terres marécageuses.

Chez tous les autres moujiks, le blé fut brûlé par le soleil ; chez le pauvre moujik

tout poussa haut et dru: il eut à manger jusqu'à la moisson suivante, et il lui resta encore beaucoup de pain.

Cet été-là, le serviteur persuada au moujik de semer le blé sur les hauteurs; et justement l'année fut pluvieuse.

Chez les autres, le blé versa, pourrit, les épis ne mûrirent point; tandis que le moujik récolta sur les hauteurs un blé admirable. Et il eut tant de blé en surplus, qu'il ne savait qu'en faire.

Alors le serviteur apprit au moujik à en faire de la vodka, se mit à la boire lui-même et à la faire boire aux autres.

Alors le diablotin alla trouver le diable en chef, en se vantant d'avoir gagné son croûton : le diable en chef voulut s'en assurer.

Il vint chez le moujik, et vit que le moujik, ayant invité les notables, leur donnait à tous de la vodka. C'était la patronne ellemême qui servait à boire ; mais comme elle

LE PREMIEB DISTILLATEUR 17:;

passait près de la table, elle s'accrocha à l'angle et renversa un verre.

Le moujik s'emporta, gronda sa femme.

— Vois-tu, qu'il dit, cette sotte de tous lés diables! Est-ce de l'eau de vaisselle, pour la renverser de la sorte par terre ?

Le diablotin poussa du coude le diable en chef :

— Remarque donc^ qu'il dit. Nous verrons s'il ne regretterait plus son croûton maintenant.

Après avoir grondé sa femme, le moujik voulut servir lui-même, et l'on trinqua à la. ronde. Survint un pauvre moujik que l'on n'attendait pas. Il salua et s'assit. En voyant les autres boire de la vodka, il eût voulu, lui aussi, en boire un peu pour se réconforter. 11 restait là, le pauvre moujik, avalant tout le temps sa salive. Le maître refusa de le faire boire; il ne faisait que grommeler:

— Est-ce que j'en ai fait assez pour en donner à tout venant?

Cela aussi plut au diable en chef. Et le diablotin, s' enorgueillissant:

— Ce n'est pas encore tout; attends la suite.

Les riches moujiks, et le maître avec eux, ayant bu leur vodka, se flattaient maintenant les uns les autres, se prodiguaient force louanges ; et leurs paroles étaient mielleuses.

11 écoutait, il écoutait, le diable en chef, et félicitait le diablotin :

— Si, qu'il dit, rendus hypocrites par ce breuvage, ils se trompent mutuellement, alors nous les aurons tous dans la main.

— Attends un peu ce qui va suivre, reprit le diablotin. Laisse-les seulement boire encore un autre petit verre. Ils sont maintenant comme des renards qui remuent la queue l'un devant l'autre, et cherchent à se tromper; mais tu les verras tout à l'heure méchants comme des loups.

Les moujiks burent un autre verre ; et ils se mirent à crier et à parler grossière-

ment. Au lieu de paroles mielleuses, ils s'injuriaient; une fureur les prit : ils se battirent et s'abîmèrent le nez. Et le patron s' étant jeté dans la mêlée, il eut sa part des borions.

Le diable en chef regardait et se réjouissait.

— Cela va bien ! qu'il dit.

Et le diablotin de répondre :

— Attends un peu ce qui va suivre. Laisseles boire encore un petit verre. Ils sont maintenant comme des loups enragés ; mais lorsqu'ils auront bu un troisième verre, ils seront comme des porcs.

Les moujiks burent chacun un troisième verre. Ils étaient tous comme étourdis. Ils grognaient, criaient sans savoir eux-mêmes ce qu'ils disaient, et ne s'écoutaient pas. Us s'en allèrent chacun de leur côté, les uns tout seuls, les autres par deux ou par trois; tous s'en furent tomber par terre dans leur rue.

Le maître, sorti pour reconduire ses hôtes, se laissa choir dans une mare, se souilla tout à fait et resta là, étendu comme un cochon qui grogne.

Et cela plut encore davantage au diable en chef.

— Eh bien ! qu'il dit, tu as inventé là une fameuse boisson. Tu as bien gagné ton croûton. Apprends-moi maintenant comment tu as fabriqué ce breuvage. Il faut, j'en jurerais, que tu aies mis là dedans, d'abord du sang de renard, et c'est pourquoi les moujiks sont devenus fourbes comme renards ; puis du sang de loup, qui les rendît méchants comme loups; puis du sang de porc, qui en a fait des porcs.

— Non, dit le diablotin; ce n'est pas ainsi que je m'y suis pris. J'ai seulement fait venir trop de blé chez lui. C'est en lui qu'était le sang des bêtes; mais ce sang ne pouvait agir tant que le blé donnait à peine le nécessaire. Et c'est alors qu'il ne regrettait même pas

son dernier croûton. Et quand il commença à avoir trop de blé, il se prit alors à songer à ce qu'il en ferait pour l'utiliser. Et alors je lui appris à boire de la vodka. Et quand il s'est mis à distiller, pour son plaisir, le don de Dieu en vodka, alors le sang- du renard, du loup et du porc est sorti : maintenant, il n'aura plus qu'à boire la vodka pour devenir aussitôt comme les bêtes.

Le diable en chez félicita le diablotin, lui donna son croûton de pain et le fit monter en grade.

Au temps jadis, vivaient deux frères, non loin de Jérusalem. L'aîné s'appelait Afanassi et le cadet Johann.

Ils vivaient dans la montagne, non loin de la ville, et se nourrissaient de ce que les gens leur apportaient.

Ils passaient leurs journées à travailler, non pour eux-mêmes, mais pour les pauvres.

Partout où se trouvaient des gens surchargés de besogne, des malades à soigner, des veuves et des orphelins, c'est là que les deux frères accouraient, c'est là qu'ils venaient travailler, sans jamais rien accepter en échange.

C'est ainsi qu'ils passaient la semaine, chacun de son côté. Ils ne se réunissaient que le samedi soir dans leur demeure. Ils ne demeuraient ensemble, chez eux, que le jour du dimanche, priant Dieu et s'entretenant l'un l'autre. Et l'ange de Dieu descendait sur eux et les bénissait. Le lundi, ils s'en allaient chacun de son côté.

Ainsi vécurent les deux frères pendant de longues années, et tous les samedis, l'ange de Dieu descendait sur eux et les bénissait. Un lundi qu'ils étaient partis chacun pour sa besogne, ils se trouvaient déjà un peu éloignés l'un de l'autre, lorsque Afanassi se sentit soudain tout affligé d'avoir quitté son frère.

Il s'arrêta et tourna la tête. Johann cheminait la tète baissée, et sans regarder en arrière. Tout à coup il s'arrêta aussi comme s'il eût aperçu quelque chose, et regarda fixement de ce côté. Puis il s'approcha de ce qu'il voyait, fit aussitôt un bond de côté,

L'OH ET LES DEUX FRÈRES I8o

descendit en courant la montagne et remonta l'autre versant, bien loin de l'endroit où l'on eût dit qu'une bète fauve l'avait poursuivi.

Afanassi , très intrigué par ce manège , revint sur ses pas pour voir de près ce qui avait tant épouvanté son frère. A mesure qu'il s'approchait, il voyait de loin quelque chose luire au soleil; quand il fut tout près, il aperçut un tas d'or étalé sur l'herbe.

Et Afanassi s'étonna plus encore et de cet or et de la fuite de son frère.

- — Pourquoi ja-t-il pris peur? Pourquoi s'est-il sauvé? se demandait Afanassi. Il n'y a pas de péché dans l'or, c'est dans l'homme qu'est le péché. Si l'or peut engendrer le mal, il engendre aussi le bien. Que d'orphelins et de veuves on peut nourrir avec l'or! Que de malades on peut guérir, que d'êtres nus on peut vêtir! Nous secourons les malheureux, mais notre secours est peu de chose, car minimes sont nos ressources; tandis

qu'avec cet or nous aiderions grandement les pauvres gens.

Ainsi pensait Afanassi. Il voulut le dire à son frère, mais Johann était déjà hors de la portée de la voix; il ne le voyait plus que comme un petit insecte sur l'autre versant.

Et Afanassi, ôtant ses habits, y mit tout l'or qu'il put emporter, chargea le faix sur son épaule et l'emporta à la ville. Il entra dans une auberge, confia cet or à l'aubergiste et s'en revint chercher le reste.

Et quand il eut apporté tout l'or, il se rendit chez le marchand, acheta de la terre, de la pierre, du bois, engagea des ouvriers et se mit à construire trois maisons.

Et Afanassi demeura ainsi trois mois à la ville, et il construisit trois maisons, un orphelinat pour les veuves et les orphelins, un hospice pour les malades et les indigents, et un refuge pour les pèlerins et les mendiants. Et i] trouva trois vénérables

staretzi *, et il confia à l'un l'orphelinat, à l'autre l'hospice, au troisième le refuge. Et comme il lui restait encore trois mille monnaies d'or, il en donna mille à chacun des staretzi pour les distribuer aux pauvres.

Et les trois maisons bientôt se remplirent de gens, qui louaient Afanassi et le remerciaient de tout ce qu'il avait fait. Il en éprouvait tant de contentement qu'il ne pouvait se résoudre à quitter la ville ; mais il songea à son frère qu'il chérissait, et, après avoir fait ses adieux à tout son monde, Afanassi, sans garder pour lui une seule monnaie, et vêtu comme il l'était en venant, reprit le chemin de son vieux logis.

Comme il s'approchait de sa montagne, il pensa.

— Mon frère eut tort de se sauver loin du tas d'or : n'ai-je pas mieux agi que lui ?

Mais à peine avait-il conçu cette pensée,

1. Pluriel de staretz, titre d'honneur qu'on donne aux vieux religieux.

qu'il vit soudain apparaître sur la route le même ange qui venait les bénir : et son regard était sévère.

Et Afanassi devint blême; et il dit seulement :

— Pourquoi, Seigneur?...

Et l'ange ouvrit la bouche et dit :

— Va-t'en d'ici! Tu n'es pas digne de vivre avec ton frère : un seul des bonds de ton frère est plus précieux que tout ce que tu as fait avec ton or.

Et Afanassi lui fît alors le compte des pauvres et des pèlerins qu'il avait nourris, des orphelins qu'il avait recueillis; mais l'ange lui dit :

— C'est le diable qui a mis cet or sur ton chemin pour te séduire, et c'est lui qui t'a inspiré ces paroles.

Et la conscience d' Afanassi cria contre lui, et il comprit qu'il n'avait pas agi pour Dieu; il fondit en larmes et se repentit.

Alors Fange lui rendit l'accès de la route où déjà l'attendait son frère.

Et, depuis ce temps, Afanassi ne se laissa, plus séduire par le diable et son or, et il reconnut que ce n'est point par l'or, mais par le travail seul, que l'on peut servir Dieu et les hommes. Et les deux frères se remirent à vivre comme auparavant.

Et il dit à Jésus : « Sdu- « viens-toi de moi quand « tu seras entré dans ton « royaume. »

Et Jésus lui dit : - Je « te dis en vérité que tu « seras aujourd'hui avec « moi dans le paradis. »

(St-Luc, ch. 23. versets 42, 43.)

Sur la terre vivait un homme de soixantedix ans; il avait passé sa vie entière à pécher.

Et cet homme devint malade, et il ne se repentait pas. Et quand sa mort fut proche, pendant sa dernière heure, il se prit à pleurer et dit :

— Seigneur, comme aux larrons sur la croix, pardonne-moi.

A peine eut-il parlé, qu'il rendit l'àme. Et l'âme aima Dieu, eut foi dans sa miséricorde et vola au seuil du paradis.

Et le pécheur se mit à frapper, suppliant qu'on ouvrît le royaume du ciel.

Et il entendit une voix derrière la porte :

— Qui est cet homme qui frappe à la porte du paradis ? EL comment vivait-il sur la terre ?

Et la voix de l'accusateur répondit, énumérant tous les péchés de cet homme. Et il ne cita pas une seule action méritoire.

Et la voix reprit, derrière la porte :

— Les pécheurs n'entrent pas au royaume de Dieu. Ya-t'en d'ici !

Et l'homme dit :

— Seigncvur, j'entends ta voix, mais je ne vois pas ta face et je ne sais pas ton nom.

Et la voix répondit :

— Je suis Pierre l'Àpotre.

LE PÉCHEI It UEPEMJ !98

Et le pécheur dit :

— Aie pitié de moi, Pierre l'Apôtre. Rappelle-toi la faiblesse de l'homme et la miséricorde de Dieu. N'est-ce pas toi qui fus le disciple du Christ ? N'est-ce pas toi qui recueillis sa doctrine de ses propres lèvres ? Et tu as eu l'exemple de sa vie. Rappelle-toi î Il avait l'àme torturée, et il te demanda, par trois fois, de ne pas dormir et de prier; et tu t'assoupis, cartes paupières tombaient de sommeil, et. par trois fois, il te surprit dormant. Ainsi ai-je fait. Et rappelle-toi encore. Tu lui avais promis, sur le salut de ton âme, de ne le point renier, et par trois fois tu le renias, lorsqu'on le mena devant Caïphe. Ainsi ai-je fait. Et rappelle-toi encore, quand le coq chanta, et que tu sortis en pleurant amèrement. Ainsi ai-je fait. Tu ne peux pas me laisser dehors.

Et la voix se tut derrière la porte du paradis.

Au bout d'un instant, le pécheur se remit

à frapper, suppliant qu'on lui ouvrît le royaume du ciel.

Et une autre voix se fît entendre derrière la porte, disant :

— Qui est cet homme et comment vivaitil sur la terre?

Et de nouveau la voix de l'accusateur répondit, énumérant tous les péchés de cet homme. Et il ne cita pas une seule action méritoire.

Et la voix reprit, derrière la porte :

— Ya-t'en. Un si grand pécheur ne peut vivre avec nous dans le paradis.

Et 1 nomme di :

— . Seigneur, j'entends ta voix, mais je ne vois pas ta face et je ne sais pas ton nom. Et la voix répondit :

— Je suis le roi-prophète David.

Et le pécheur ne désespéra point. Il ne quitta point la porte du paradis, et dit :

— Aie pitié de moi, roi David. Rappelletoi la faiblesse de l'homme et la miséricorde

LE PKCHKlin lŒPKNTl 197

do Dieu. Dieu l'aimait ; il t'avait placé audessus des autres hommes. Tu avais tout, un royaume, la gloire, l'or, des favorites et des enfants. Mais dès que tu eus aperçu, du haut de la terrasse, la femme d'un pauvre homme, le péché t'envahit, et tu pris la femme d'Uri, et tu le livras lui-même au glaive des Ammonites... .Toi, le riche, tu pris au pauvre sa dernière brebis, et tu le fis périr lui-même. Ainsi ai-je fait. Et rappelle-toi encore comment tu te repentis, disant : « Je reconnais ma faute et me repens de mon péché. » Ainsi ai-je fait. Tu ne peux pas me laisser dehors.

Et la voix se tut derrière la porte.

Au bout d'un instant, le pécheur se remit à frapper, suppliant qu'on lui ouvrît le royaume du ciel.

Un troisième voix se fit entendre derrière la porte, disant :

— Qui est cet homme, et comment vivaitil sur la terre?

Et pour la troisième fois, la voix de l'accusateur répondit, énumérant tous les péchés de cet homme. Et il ne cita pas une seule action méritoire.

Et la voix reprit, derrière la porte :

— Ya-t'en d'ici. Les pécheurs n'entrent point au royaume du ciel.

Et l'homme dit :

— J'entends ta voix, mais je ne vois pas ta face et ne sais pas ton nom.

Et la voix répondit :

— Je suis, moi. Jean l'Évangéliste, le disciple préféré du Christ.

Et le pécheur s'en réjouit, et dit :

— Maintenant, on ne peut pas me laisser dehors. Pierre et David me laisseront entrer, parce qu'ils savent la faiblesse de l'homme et la miséricorde de Dieu. Et toi, tu me laisseras entrer, parce que tu es plein d'amour. N'est-ce pas toi, Jean l'Évangéliste. qui as écrit dans ton livre : «Dieu, c'est l'amour, et qui n'aime pas ne connaît pas Dieu? » N'est-

ce pas toi, qui, dans ta vieillesse, allait répétant : «Frères, aimons-nous les uns les autres! » Comment me mépriserais-tu, comment me rebuterais-tu, maintenant? Ou renie ce que tu as dit. ou aime-moi et m'ouvre le royaume du ciel.

Et la porte s'ouvrit toute grande, et Jean l'Évangéliste serra dans ses bras le pécheur repenti et le laissa entrer au royaume du ciel.

Il y avait au temps jadis un bon maître ; il possédait beaucoup de biens, et de nombreux esclaves le servaient.

Et les esclaves louaient leur maître, disant :

— Il n'y a pas sous le ciel de meilleur maître que le nôtre. Il nous donne à manger, nous fournit de bons vêtements et nous fait travailler dans la mesure de nos forces : jamais il n'a de mot blessant, jamais il ne garde rancune : il n'a rien de commun avec les autres maîtres qui traitent leurs esclaves pis que le bétail, les punissent à tort et à

travers et n'ont jamais une bonne parole à leur dire. Le nôtre nous veut du bien, il nous traite avec douceur et nous dit de bonnes paroles. Nous ne pourrions trouver mieux.

C'est ainsi que les esclaves le louaient. Mais le diable était furieux qu'ils vécussent en si bon accord avec le maître. Il s'empara donc de l'un des esclaves, Aleb ; et quand il le posséda, il lui commanda d'induire à mal les autres esclaves.

Or, un jour que les esclaves se reposaient et louaient leur maître, Aleb éleva la voix et dit:

— C'est à tort que vous louez, mes frères, la bonté de votre maître : si vous vous mettiez à faire toutes ses volontés, le diable lui-même deviendrait bon. Nous servons bien notre maître, nous lui obéissons en tout; il n'a qu'à penser quelque chose, et nous l'exécutons ; nous prévenons ses moindres désirs. Comment ne serait-il pas bon pour nous ? Mais si nous changions d'attitude, si

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nous faisions mal. bien sûr il deviendrait comme tous les autres et, par sa méchanceté, nous ferait souffrir davantage que les maîtres les plus durs.

Une discussion s'engagea entre Aleb elles autres esclaves. Ils discutèrent et firent un pari. Aleb se fit fort de mettre en colère le bon maître, en stipulant que, s'il échouait, il perdrait ses habits de fête, mais que, s'il réussissait, chacun lui donnerait les siens. De plus, les esclaves lui promirent de le défendre contre le maître, et, si on le mettait aux fers ou en prison, de le déliver. Le pari fut tenu, et Aleb annonça qu'il mettrait le maître en colère le lendemain matin.

Aleb était préposé à la bergerie ; c'était lui qui soignait les moutons de race. Ce matin-là, comme le bon maître pénétrait avec des visiteurs dans la bergerie, et leur montrait ses moutons favoris, l'esclave du diable fit signe à ses camarades, comme pour leur dire :

— Regardez tous, je vais le mettre en colère.

Les esclaves accoururent et regardèrent, qui par les portes, qui par les fentes des cloisons. Et le diable grimpa sur un arbre, dans la cour, pour mieux voir comment son possédé allait travailler pour lui. Après avoir promené un moment ses hôtes dans la cour, après leur avoir montré ses béliers et ses brebis, le bon maître voulut leur faire voir son mouton le plus précieux.

Comme ce mouton venait de s'arrêter, le possédé, comme par hasard, fit peur à tout le troupeau ; une confusion s'ensuivit, et les visiteurs ne purent distinguer le précieux animal. Le maître en éprouva quelque ennui ; et il dit :

— Aleb, mon cher ami, donne-toi la peine de saisir doucement mon mouton préféré, et retiens-le.

À peine eut-il dit qu'Aleb s'élança comme un lion au milieu du troupeau, et empoigna

le mouton précieux par la toison. Il lui saisit d'une main la toison, de l'autre la jambe gauche qu'il leva, et, sous les yeux du maître, lui tourna brusquement le pied, qui craqua. Aleb lui avait cassé la jambe au-dessous du genou. La pauvre bôto se mit à bêler, tomba sur ses pattes de devant. Aleb lui prit la jambe droite, et la gauche pendait, inerte, comme un fouet.

Les visiteurs, les esclaves, tous jetèrent des cris ; et le diable, voyant comment Aleb menait toute cette affaire, se réjouit dans son àme.

Le maître devint plus noir que la nuit: morne, il courba la tête et ne dit pas un mot.

Les visiteurs et les esclaves se taisaient, attendant ce qui allait se passer.

Le maître gardait toujours le silence. Puis, s'étant secoué comme s'il eût voulu rejeter de dessus lui quelque fardeau, il releva la tète et regarda le ciel.

Il ne le regarda pas longtemps. Les rides de

son visage s'effacèrent, il sourit, et abaissa ses yeux sur Aleb.

Il regarda Aleb, sourit et dit :

— Oh î Aleb, Aleb, ton maître t'a commandé de me mettre en colère ; mais mon maître est plus fort que le tien, et tu n'as pas réussi à me fâcher ; c'est moi qui vais rendre ton maître furieux... Tu as craint que je ne te punisse et tu as voulu être libre, Aleb ; sache donc que tu ne seras point puni, et puisque tu as voulu être libre, je t' affranchis en présence de mes hôtes. Va-t'en aux quatre vents, et prends tes habits de fête.

Et le bon maître rentra chez lui avec ses hôtes ; et le diable, grinçant des dents, tomba de l'arbre et s'abîma sous terre.

Un jour, des enfants trouvèrent dans un trou un objet gros comme un œuf de poule, avec une raie au milieu, et qui ressemblait à un grain. Un passant le vit dans leurs mains, l'acheta cinq kopeks, l'emporta à la ville et le vendit au czar comme une curiosité.

Le czar appela des sages et leur ordonna de rechercher ce que c'était : œuf ou grain? Les sages examinèrent, examinèrent, mais ne purent se prononcer.

L'objet fut laissé sur une fenêtre. Un poulet survint, qui se mit à piquer et à faire un

212 LE GRAIN MIRAGULEU

trou : et tous virent que c'était un grain.

Alors les sages allèrent dire au czar que c'était un grain de seigle.

Le czar s'en étonna. Il ordonna aux sages de rechercher où et quand ce grain avait germé.

Les sages réfléchirent, réfléchirent. Ils consultèrent les livres et ne trouvèrent rien. Ils retournèrent chez le czar. disant :

— Nous ne pouvons vous rendre réponse : nos livres sont muets sur ce point. Il faut demander aux moujiks si quelqu'un d'entre eux n'aurait point ouï dire où et quand un grain pareil avait été semé.

Le czar envoya quérir le plus ancien parmi les vieux moujiks. On découvrit un très vieil homme qu'on amena devant le czar. Il entra, tout vert et sans dents, marchant pénihlement sur deux béquilles.

Le czar lui montra le grain. Mais le vieillard n'avait plus la vue bien nette. Ce fut

moitié eu regardant, moitié en tâtant, qu'il put l'examiner.

Et le czar l'interrogea :

— Ne saurais-tu point, petit grand-père, où aurait pu germer un grain pareil? N'en aurais-tu point toi-même semé de semblable dans tes champs, ou acheté quelque part?

Le vieillard était sourd. A grand'peine putil entendre, à grand'peine put-il comprendre. Et il répondit :

— Non, qu'il dit. Je n'ai jamais semé dans mes champs, ni moissonné, ni acheté seigle pareil. Le grain que j'achetais était aussi menu que le seigle d'aujourd'hui... Il faudrait, ajouta-t-il, interroger mon père : peutêtre aura-t-il ouï dire où pareil grain a pu germer.

Le czar envoya quérir le père du veillard. On le découvrit aussi et on l'amena devant le czar. C'était un très vieil homme, avec une seule béquille.

Le czar lui montra le grain.

Et le czar l'interrogea :

— Ne saurais-tu point, petit vieillard, où aurait pu germer un grain pareil? N'en auraistu point toi-même semé de semblable dans tes champs, ou acheté quelque part?

Quoiqu'il fût dur d'oreille, le veillard entendait mieux que son fils.

— Non, qu'il dit. Je n'ai jamais semé dans mes champs, ni moissonné, ni acheté seigle pareil. De mon temps, l'argent n'existait même pas. Chacun mangeait alors son propre pain, et si les uns en manquaient, les autres partageaient... J'ignore où un pareil grain a pu germer. Quoique le seigle fût plus grand qu'aujourd'hui, je n'en ai jamais vu de cette taille. J'ai ouï dire à mon père que, de son temps, le seigle était plus beau, et le grain plus gros. C'est lui qu'il faut interroger.

Le czar envoya quérir le père du vieillard. On le découvrit aussi et on l'amena devant le czar.

Le vieil homme entra chez le czar sans

béquille, le pied dispos, l'œil clairvoyant, l'ouïe intacte et la voix nette.

Le czar lui montra le grain.

Le grand-père, l'ayant regardé et manié:

— Il y a longtemps, dit-il, que je n'ai pas vu du seigle de l'ancien temps.

Il mordit le grain et mâcha entre ses dents.

— C'est bien le même, qu'il dit.

— Dis-moi alors, petit grand-père, où et quand un pareil grain a germé. N'en as-tu point toi-même semé de semblable dans tes champs, ou acheté quelque part ?

Et le vieux répondit :

— De mon temps, pareil seigle poussait partout. C'est de ce seigle-là, qu'il dit, que jadis je mangeais et faisais manger aux autres. C'est ce même seigle que je semais, ce même seigle que je moissonnais et que j'envoyais moudre.

Et le czar demanda :

— Dis-moi, petit grand-père, si tu Tache-

tais, ou si tu le semais toi-même clans tes champs?

Le vieil homme sourit :

— De mon temps, qu'il dit, personne n'aurait même songé à se charger d'un tel péché : vendre ou acheter du pain ! On ne connaissait même pas l'argent. Nous avions toujours assez de pain pour subvenir à nos besoins.

Et le czar demanda encore :

— Dis-moi alors, petit grand-père, où tu semais ce grain-là et où se trouvait ton champ.

Et le grand-père répondit :

— Mon champ, c'était la terre de Dieu. Où je labourais, là était mon champ. Le sol était libre. On n'appelait point la terre sa propriété, on n'appelait sien que son propre travail.

— Dis-moi encore deux choses, reprit le czar : d'abord, pourquoi ce grain poussait jadis, et pourquoi il ne pousse plus mainte-

liant ; ensuite, pourquoi ton petit-fils marche sur deux béquilles, ton fils sur une seule, et pourquoi tu es toi-même ingambe. Tes yeux sont clairvoyants, tes dents solides, tes paroles nettes et affables... Pourquoi cela, petit grand-père ?

Et le vieil homme répondit :

— Parce que les gens ont cessé de vivre de leur propre travail, et qu'ils aiment mieux faire travailler les autres. Ce n'est pas ainsi qu'on vivait dans l'ancien temps; dans ce temps-là, on vivait d'après la loi de Dieu ; on se contentait du nécessaire et l'on ne jalousait personne.

MALAGHA ET AKOULINA

Cette année-là, la semaine sainte tomba de bonne heure. Les voyages en traîneau venaient à peine de cesser, la neige couvrait encore les cours, et les ruisseaux couraient dans la campagne.

Dans une ruelle, entre deux cours, une grande mare s'était formée; et deux fillettes de deux maisons différentes se rencontrèrent sur le bord, l'une petite, l'autre un plus âgée. Elles portaient un sarafan1 neuf, bleu pour

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