Chaussures tressées de moujiks
2. Bandes d'étoffe que les moujiks s'enroulent avtour des pieds, en guise de chaussettes.
prit sa chemise de chanvre, ses culottes, ses lapti et se remit à son travail.
— Je m'ennuie! qu'il dit. Mon ventre commence à pousser, et je n'ai plus ni appétit ni sommeil.
Et il manda son père et sa mère avec sa sœur muette, et il se remit à travailler. Et comme on lui disait :
— Mais tu es un czar !
— Eh hien ! qu'importe? répondit-il, un czar a aussi besoin de manger !
Son ministre vint à lui :
— Nous n'avons pas d'argent pour payer les traitements.
— Eh bien! qu'il dit; s'il n'y en a pas, ne paye pas !
— Mais ils vont tous s'en aller, alors !
— Eh bien! qu'ils s'en aillent. Ils auront tout loisir de travailler. Qu'ils enlèvent le fumier; on ne l'a laissé que trop longtemps s'accumuler sans profit.
On vint demander justice à Ivan. L'un se
plaignait que l'autre lui avait volé de l'argent. Et Ivan dit :
— Eh bien ! c'est qu'il en avait besoin ! C'est ainsi que tous apprirent qu'Ivan
était un imbécile. Et sa femme lui dit :
— On dit de toi que tu es un imbécile.
— Soit.
Elle réfléchit , elle réfléchit . la femme d'Ivan ; elle était, comme lui, une imbécile.
— Quoi ! dit elle, je ne puis m'opposer à la volonté de mon mari. Où va l'aiguille, le fil la suit.
Elle ôta sa robe de czarine, la mit dans la malle et se rendit chez la muette pour apprendre à travailler. Elle apprit à travailler, et se mit à aider son mari.
Et tous les gens sensés quittèrent le royaume d'Ivan ; il n'y resta que des imbéciles. Personne n'avait de l'argent, on vivait en travaillant, on se nourrissait et on nourrissait les autres.
Le vieux diable attendait , attendait des nouvelles de ses diablotins, pour savoir comment ils avaient ruiné les trois frères. Mais n'en recevant point, au bout d'un long- temps, il alla s'enquérir lui-même de ce qui se passait. Il chercha, il chercha : rien nulle part, sinon trois trous.
— Eh bien ! pensait-il, ils n'auront pas eu le dessus. Il faut que je me mette moi-môme à la besogne.
Il se mit à la recherche des trois frères dans leurs anciens logis, mais ils en étaient partis, et il les trouva chacun à la tête d'un royaume différent. Il en fut blessé, le vieux diable.
oO IVAN L'IMBECILE
— Eh bien! répéta-t-il, je vais moi-même prendre l'affaire en main.
Il alla tout d'abord chez Sémen le Czar. Il prit la forme d'un voïvode *, et s'y rendit.
— J'ai ouï dire, qu'il dit, que toi, Sémen le Czar, tu étais un grand guerrier. Et moi, je connais à fond le métier des armes ; je vais te servir.
Sémen le Czar l'interrogea , le reconnut intelligent, et le prit à son service.
Et le nouveau voïvode enseigna au czar l'art d'organiser une armée.
— Le premier point, qu'il dit, c'est d'avoir beaucoup de soldats ; car tu aurais dans ton royaume trop de gens inutiles. Il faut recruter tous les jeunes hommes indistinctement, tu auras alors cinq fois plus de soldats. Puis il faut des fusils et des canons d'un nouveau modèle. Je t'inventerai des fusils qui cracheront cent balles à la fois, lesquelles