‹ Ivan l'imbécileChapitre 7 sur 14 · Gai'tan de dessous · texte numérisé non relu

Gai'tan de dessous

L'étrangère regarda la poddiovka, regarda le vieillard, prit la poddiovka et fondit en larmes. Avdiéitch se détourna, non moins ému; puis il alla vers son lit, retira un petit (•(.lire, l'ouvrit, chercha et vint se rasseoir en face de la femme.

Et la femme dit :

— Que le Christ te sauve, petit grandpère ! C'est Lui sans doute qui m'a conduit devant ta fenêtre. Sans cela, l'enfant aurait pris froid. Quand je suis partie, il faisait chaud, et maintenant, quel froid ! La bonne idée qu'il t'a inspirée, Lui, notre petit Père, de regarder par la fenêtre et d'avoir pitié de moi !

Avdiéitch sourit :

— C'est Lui, en effet, qui m'a inspiré cette idée, dit-il. Ce n'était point par hasard que je regardais par la fenêtre.

Et il raconta son rêve à la femme, comment il avait ouï une voix, et comment le

Seigneur lui avait promis de venir chez lui ce jour même.

— Tout peut arriver, répartit la femme, qui se leva, prit la poddiovka, enveloppa l'enfant, s'inclina et remercia Avdiéitch.

— Prends, au nom du Christ, dit Avdiéitch en lui glissant dans la main une pièce de vingt kopeks, prends ceci pour dégager le châle.

La femme se signa, Martin se signa aussi, puis il la reconduisit.

Et l'étrangère s'en alla. Après avoir mangé du stchi, Avdiéitch se remit à la besogne. Tout en tirant l'alêne, il ne perdait pas la fenêtre de vue ; et chaque fois qu'une ombre se profilait, il levait les yeux pour examiner le passant. Il en passait qu'il connaissait, d'autres qu'il ne connaissait point; mais ceux-ci n'avaient rien de remarquable.

Voilà qu'il vit s'arrêter, juste en face de sa fenêtre, une vieille femme, une marchande ambulante, qui tenait à la main un petit pa-

aiier de pommes; il n'en restait plus beaucoup, elle avait sans doute vendu les autres. Elle portait sur son dos un sac de menu bois, qu'elle avait dû ramasser dans quelque chantier, et s'en retournait chez elle. Comme le sac lui faisait mal, apparemment, elle voulut le changer d'épaule: elle le posa donc à terre, mit le panier de pommes sur une poutre, et se prit à tasser le bois. Pendant qu'elle était ainsi occupée, un gamin, venu on ne sait d'où, avec une casquette déchirée , déroba une pomme dans le panier et voulut se sauver.

Mais la vieille s'en aperçut. Elle se retourna et saisit le petit par la manche. L'enfant se débattit, mais elle le maintint avec les deux mains, lui arracha sa casquette et lui tira les cheveux.

Le gamin hurle, la vieille tempête ; Avdiéitch, sans prendre le temps de piquer son alêne, la jette par terre et court à la porte. Même il trébucha dans l'escalier et laissa .tomber ses lunettes. Il se précipita dans la

rue: la vieille tirait toujours les cheveux au petit, le tançait d'importance et le menaçait du gorodovoï i.

L'enfant se débattait, niait :

— Je n'ai rien pris, disait-il, pourquoi me battre? Laisse-moi !

Avdiéitch voulut les séparer. Il prit le gamin par la main, et dit :

— Laisse-le, babouchka. Pardonne-lui, au nom du Christ.

— Je vais lui pardonner de telle sorte qu'il s'en souviendra jusqu'à la prochaine correction. Je vais le conduire au poste, le vaurien.

Martin supplia la vieille.

— Laisse-le, qu'il dit, babouchka, il ne le fera plus. Laisse-le donc, au nom du Christ.

La vieille lâcha prise; le gamin allait se sauver, mais Avdiéitch le retint.

— Demande à présent pardon à la babou-

Page 1