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Sorte de représentant des paysans, nommé par eux

chôme la fête : les moujiks travaillent. Mikhaïl Semenitch, le gérant, se leva assez tard, et fît un tour sur ses terres. Sa femme et sa fille veuve s'habillèrent, un domestique attela une petite voiture et elles se rendirent à la messe. Elles revinrent, une servante prépara le samovar. Mikhaïl Semenitch revint aussi, et l'on se mit à prendre le thé. Après le thé, Mikhaïl Semenitch alluma sa pipe et fit appeler le staroste.

— Hé bien, as-tu installé les moujiks au labourage?

— Installés, Mikhaïl Semenitch.

— Tout le monde y est-il?

— Tout le monde y est. Je les ai conduits moi-même.

— Installés, installés... Travaillent-ils? Vas-y voir et dis-leur que j'irai après dîner. Il faut qu'ils tracent une déciatine par deux charrues, et que ce soit bien fait. Si je trouve de mauvais ouvrage, je ne tiendrai pas compte de la fête.

LE ClEllGE !2S

— C'est entendu.

Le staroste allait se retirer, mais Mikhaïl Semenitch le rappela. Il le rappela, Mikhaïl Semenitch, il voulut ajouter quelque chose, mais il se sentait emharassé; il ne savait comment s'y prendre :

— Voilà de quoi il s'agit. Écoute bien ce que ces brigands disent de moi. Quels sont ceux qui profèrent des menaces, ce qu'ils disent, rapporte-moi tout. Je les connais, ces drôles-là, ils ne veulent pas travailler. Ils voudraient rester couchés toujours, à ne rien faire. Manger et faire la fête, voilà ce qu'ils aiment, et ils ne songent pas que si on laisse passer l'époque des labours, il sera trop tard. Donc écoute-les bavarder et raconte-moi tout ce qu'on dira. J'ai besoin de le savoir. Vat'en, et ne me cache rien.

Le staroste se retourna, sortit, monta à cheval et s'en fut aux champs vers les moujiks. La femme du gérant, ayant entendu la conversation du staroste et de son mari, s'ap-

prochade lui et lui adressa une prière. C'était une femme douce et de bon cœur. Quand elle le pouvait, elle calmait son mari et défendait les paysans auprès de lui.

Elle vint donc à son mari et lui adressa une prière :

— Mon ami, Michenka, pour le grand jour, pour la fête de Notre-Seigneur, ne commets pas de péché et, au nom du Christ, ne fais pas travailler les moujiks.

Mikhaïl ne tint aucun compte des paroles de sa femme et lui rit au nez.

— Il y a donc bien longtemps que le martinet ne s'est promené sur tes épaules, que tu es devenue si hardie? Ce ne sont pas tes affaires.

— Michenka, mon ami, j'ai eu un rêve à ton sujet, un mauvais rêve ; écoute-moi, ne fais pas travailler les moujiks.

— Je te le dis, tu as probablement trop de graisse et tu penses que le martinet ne te cinglera pas. Prends garde! Prends garde!

Il se fâcha, Semenitch, porta le feu d<> sa pipe près de la bouche de sa femme, la renvoya et lui donna l'ordre de faire servir le dîner.

Mikhaïl Semenitch mangea de la daube, du pâté, du stchi au porc, un cochon de lait rôti, une soupe au lait et aux pâtes, but de l'cau-de-vie de cerises et finit par un gâteau sucré. Puis il appela la cuisinière et lui ordonna de chanter, tandis qu'il l'accompagnait sur une guitare.

Ainsi gaiement Mikhaïl Semenitch passe le temps, digérant avec bruit, pinçant les cordes et badinant avec la cuisinière. Le staroste entre, salue et fait son rapport.

— Hé bien, on laboure? Finiront-ils leur tâche ?

— Ils en ont déjà fait la moitié.

— Est-ce bien tracé?

— Oui, je n'ai rien vu de mal; ils ont peur.

— Est-ce que la terre s'ouvre bien?

— Oui, ça va bien: elle se poudroie comme de la graine de pavot.

Le gérant garda le silence quelques instants.

— Et que dit-on de moi? On m'insulte?

Le staroste sembla embarrassé. Mais Mikhaïl Semenitch lui ordonna de dire toute la vérité.

— Dis sans crainte. Ce ne sont point tes paroles que tu prononceras, mais les leurs. Si tu dis la vérité, je te récompenserai ; si tu me dissimules quelque chose, je te fouetterai, ne t'en fâche point. Hé, Katucha! Donne-lui un verre d'eau-de-vie pour l'encourager.

La cuisinière alla chercher l'eau-de-vie et l'apporta au staroste. Le staroste porta un toast, avala le contenu du verre, s'essuya la barbe. « Ça m'est égal, pensa-t-il, ça m'est égal, qu'on ne dise pas de bien de lui; je dirai la vérité, s'il le veut. » Et il commença :

— On murmure, Mikhaïl Semenitch, on murmure.

— Mais qu'est-ce qu'on dit? Parle.

— On dit qu'il ne croit pas en Dieu.

Le gérant se mit à rire.

— Qui a dit cela?

— Tout le monde. On dit encore qu'il a commerce avec le Diable.

Le gérant rit de plus belle.

— C'est bon. Mais raconte-moi en détail : qui parle de la sorte ? Que dit Wassili ?

Le staroste n'aimait pas dire du mal de ses camarades . mais avec Wassili il était depuis longtemps en mésintelligence.

— Wassili crie plus haut que les autres.

— Mais que dit-il? Parle-donc!

— J'ai crainte de le répéter. Il dit quil n'échappera pas à la mort impénitente.

— Ah bravo ! Eh bien ! pourquoi attend-il et ne me tue-t-il pas? Il a donc les bras trop courts? C'est bien, Wassili, tu auras ton

compte. Et Tichka, le chien, lui aussi, n'estce pas?

— Tout le monde dit du mal.

— Mais qu'est-ce qu'on dit?

— C'est mal de le répéter.

— Qu'est-ce qui est mal? Aie donc du courage ! Parle.

— Mais ils disent : que son ventre lui éclate et que toutes ses entrailles en sortent!

Mikhaïl Semenitch devint alors tout à fait

gai.

— Nous verrons les entrailles qui sortiront le plus tôt. Qui est-ce qui a dit cela? Tichka ?

— Mais personne ne dit de bien; tous disent du mal et menacent.

— Hé bien, et Pierre Mikheev, que dit-il? Il me maudit aussi, j'espère?

— Non, Mikhaïl Semenitch. Pierre ne maudit pas.

— Et que fait-il.

— C'est le seul de tous qui ne dise rien.

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