LA PRISE DE KAZAN
galoper pour rejoindre son régiment. Mais maintenant encore, bien que la bataille touchât à son terme et qu'un retour offensif des assiégés ne fut plus à craindre, au témoignage de Kourbski et sans que le Terrible se soit avisé de contredire ce témoin oculaire, on eut quelque peine à faire avancer le che\ al et son cavalier : les boïars durent mettre la main à la bride...
Déjà les étendards moscovites flottaient sur les remparts, et les premières colonnes d assaut avaient pénétré dans la ville. Le carnage commençait. Six mille Tatars essayaient en vain de gagner la campagne en passant à gué la Kazanka. Ivan ne songea pas à arrêter la tuerie. Même en Occident, une ville prise d assaut était une ville vouée à la mort. Les femmes et les enfants seuls furent épargnés et emmenés en captivité. Après quoi, ordonnant de chanter un Te Deum, le tsar planta de ses mains une grande croix à la place où, pendant le combat, avait flotté le drapeau du dernier khan de Kazan. Une église dut y être construite et, deux jours après, elle était prête et consacrée. A la fin de la semaine, deux gouverneurs, le prince Alexandre Borissovitch Gorbatvï et le prince Vassili Siémiénovitch Serebrianyï, se trouvèrent installés dans la cité conquise et le conquérant se hâtait de regagner Moscou et d y rejoindre Anastasie.
Sur le chemin de la capitale, à Vladimir, une joyeuse nouvelle l'attendait : la tsarine venait d accoucher d'un fils qui reçut le nom de Dmitri. A Taininskoïé, un des plus anciens villages des environs de Moscou, où Ivan devait se retirer un jour au milieu des épreuves qui 1 attendaient après ce succès, son frère Georges, en compagnie des principaux boïars, vint lui apporter les premières félicitations. A Moscou, allant à sa rencontre avec tout le clergé, le Métropolite le compara à Dimitri Donskoï, à Alexandre }sevski et à Constantin le Grand; puis se prosternant à terre, il remercia le souverain pour le triomphe donné au pays et à l'Église.
Le triomphe était grand, en effet, — plus considérable dans ses conséquences immédiates ou lointaines que l'acqui-
sition des Trois Evêchés faite cette même année par Henri II à l'autre extrémité de l'Europe.