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LES ANTÉCÉDENTS HISTORIQUES

La lutte pour l'empire de la Baltique fut, au seizième siècle, un concours entre héritiers. L héritag^e était celui de la Hansa, la grande confédération politique et commerciale, ruinée par la découverte du nouveau monde et désarmée devant les convoitises voisines. Conflit formidable, autant par les compétiteurs qu'il mettait en présence : Suède et Danemark, Moscovie et Pologne, que par les intérêts qu'il mettait enjeu : industrie et commerce, culture et religion. Jusque vers 1540 Moscou n'y fut engagée qu'en sous-ordre, comme auxiliaire des deux puissances Scandinaves. Mais à cette époque, l'adversaire commun — les Hanséates — se trouvant presque hors de combat, il était inévitable que les alliés de la veille en vinssent aux prises pour le partage de ses dépouilles.

Historiquement, les titres du concurrent moscovite étaient les plus anciens. Jusque dans Nestor on a pu trouver la preuve que la Livonie et l'Esthonie faisaient partie intégrante de l'ancien empire russe. En dénombrant les peuples soumis à la domination des princes varègues, le vieux chroniqueur

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narle de Liv et de Tchoud. établis sur le littoral de la Baltique. Ce sont, toutefois, des indications assez problématiques. Le premier essai certain des Russes pour prendre pied sur la côte livonienne remonte à l'année 1030. date de la fondation de louriév en pays tchoude, sous laroslav le Grand. Mais, bientôt mise en échec par les Sémigaliens du voisinag^e, cette prise de possessi'on resta précaire, et, au siècle suivant, elle se trouva compromise par une concurrence plus redoutable : les Allemands arrivaient.

L'histoire de la colonie allemande en Livonie se rattac';e à la fondation de Lubeck par Henri le Lion, vers 1158. Les marchands de la nouvelle cité, en quête d'une route de pénétration vers les pavs Scandinaves et vers lOrient lointain, ont été les Colomb de cette autre Amérique. Entre Allemands, Russes et Scandinaves ce fut alors à qui s'emparerait du cours de la Dvina orientale, déjà reliée avec tout le système fluvial de la Russie et avec le bassin même du Dnieper. La clef était fin Livonie, et ici, comme en beaucoup d endroits alors et aujourd'hui, la colonisation allemande eut pour auxiliaire l'oeuvre des missionnaires teutons. Dans la seconde moitié du douzième siècle — la date n'a pas encore été précisée — Meinhard, chanoine de Tordre des Augustins, bâtit auprès de la ville dUexkuU une église qui devint le siège d'un évèché et le novau dune place d'armes. Le successeur de Meinhard, lévéque Berthold, un cistercien, fut un prélat à la mode de Barberousse, portant l'épée au côté et s'en servant plus que de la croix. En 1198, muni d'une bulle pontificale de croisade, il parut à l'embouchure de la Dvina avec une flotte et une armée. Après une série de succès et de revers, Ihonneur dune conquête définitive n échut toutefois qu au troisième évéque livonien, Albert, descendant d une noble famille de Brème, fondateur de Riga — et de l'ordre des Porte-Glaive. Organisée sur le modèle de Tordre des Templiers, mais moins directement subordonnée au pape, avec son grand maître établi à Riga, son chapitre comprenant cincj uiaitres principaux, et tous ses chevaliers également soumis à l'autorité

LES PORTE-GLAIVK iér

épiscopale, la nouvelle confrérie constitua une puissance fortement centralisée sur place. Elément séculier et rép^ulier n'y vécurent pas cependant longtemps en bonne harmonie, et, dans une lutte bientôt eng^ag^ée, l'ordre fut amené à développer le côté matériel et politique de son organisation au détriment de son mandat spirituel. Il y trouva sa perte, en rencontrant d'autres rivaux.

A côté de ces chevaliers, porteurs de croix rouges sur leurs blancs manteaux, dans la Prusse voisine se dressaient les croix noires des chevaliers d Hermann de Salza, rameau de l'ordre de 1 Hôpital de Sainte-Marie de Jérusalem , érigé depuis 1191 par le pape en ordre hospitalier, converti après 1198 par des princes allemands en ordre spirituel de chevalerie et doté d un établissement en terre slave par le duc de Mazovie et de Cujavie, Conrad, qui, en 1225, avait malencontreusement fait appel à son concours pour subjuguer et convertir les Prussiens idolâtres. Au siècle suivant, sainte Brigitte devait dénoncer déjà et vouer à des châtiments terribles les méfaits de ces faux apôtres « ne combattant que pour nourrir leur orgueil et donner carrière à leur cupidité » . Orgueilleux et cupides, ils se sentaient à l'étroit dans leur domaine et la Livonie voisine leur parut une prise enviable. En 1236, une chance inespérée, la destruction j)resque complète des Porte-Glaive dans une rencontre avec les Lithuaniens, à la Saula, favorisa leur ambition. Sollicitée des deux côtés, la fusion des deux ordres fut décidée à Piome, et les Croix Rouges disparurent.

Dans cette combinaison nouvelle, il fallut cependant fair: la part des voisins. En 1238, le Danemark reçut Reval, llariicn et Wirland. En 1242, après une rencontre meurtrière sur le Peipus avec les Russes d Alexandre Nevski, les Croix Noires, qui déjà s'étendaient le long de la côte finnoise, durent reculer, abandonner les acquisitions les plus récentes. A la fin du treizième siècle, l'ordre eut à compter avec un autre élément hostile : la bourgeoisie des villes puissamment développée et prenant fait et cause pour les évéques contre les

chevaliers. Ces derniers l'emportèrent, et, vers le milieu du quatorzième siècle, ils célébrèrent un plus (jrand triomphe encore : la réunion de la Courlande, de la Livonie et de 1 Esthonie sous leur domination exclusive, le Danemark ne conservant de ses anciennes acquisitions qu'un titre nominal qu'il devait faire valoir plus tard.

Triomphe de courte durée. Au siècle suivant, la Polog^ne entrait en scène, et le 1" septembre 1435, à la fameuse bataille de la Swieta, les troupes de l'ordre et les bandes russes lithuaniennes de Svidrig^aïlo, artificieusement engfagées dans une lutte fratricide, subirent une défaite complète. A ce moment, en Prusse même les Croix Noires périclitaient. Le 15 juillet 1410, en une rencontre mémorable et dont on prépare en ce moment la commémoration de Cracovie à Moscou, s'était vidée une querelle deux fois séculaire alors et renouvelée depuis, perpétuée sous d'autres formes. Mieux partagés cette fois entre deux camps ennemis, le monde germanique et le monde slave naissant avaient mis face à face lélite de leurs guerriers, et ce fut GrûnM^ald, la grande journée, la fleur des chevaliers teutoniques succombant sous Teffoi't de l'armée polono-lithuanienne de lagiello et de Witold, et la puissance de l'ordre croulant dans la rouge poussière de ce champ de bataille épique.

La Pologne jouait là sa destinée. Disposé à s'allier contre elle, même avec des Slaves, mais, en haine du nom slave, la traitant d' « ennemie héréditaire » , elle de qui il avait tout reçu, l'ordre conspirait sa perte et ne reculait devant aucun moyen pour la consommer. Dès le siècle précédent, il avait travaillé à faire adopter par la Suède, la Hongrie, l'Autriche, un plan de partage, le premier de tous. (Treitschke, Historiche und politische Aiifsàtze 1867, p. 35. Gomp. Martens, Recueil des traités, V. Introd., p. vi.) Dès cette époque aussi, tout en cherchant à prévenir cette entente entre la Pologne et la Lithuanie qui devait lui être fatale, il avait tendu à faire sien le mot d'ordre futur de la Prusse sécularisée : l'alliance avec Moscou contre les bienfaiteurs ainsi payés.

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