LA LIVOME DU SEIZIÈME SIÈCLE
Jusque dans la littérature allemande de l'époque et jusque dons la poésie populaire l'invasion moscovite qui se préparait ainsi, avec toutes les horreurs qui l'accompagnèrent, a été représentée comme une punition de Dieu. Le pays offrait en vérité un triste et répug^nant spectacle. L'ordre était en pleine dissolution. L'esprit belliqueux des anciens chevaliers avait disparu; l'esprit civique ne le remplaçait pas. L'obligation du célibat se traduisait en un déchaînement de débauche crapuleuse. Les femmes de mauvaise vie pullulaient aux abords des châteaux, et l'orgie perpétuelle où on y vivait, le luxe dont on v faisait étalage livraient le bas peuple à la plus effroyable misère. Dans sa Cosmografjhie publiée en 1550 (traduction française de 1575, p. 1618), Sébastien Munster a fait de ces ripailles et de la détresse qui en constituait la contre-partie un sombre et hideux tableau, et un prédicateur du temps, Tilman Brakel d Anvers, n"a pas montré sous un jour plus favorable les mœurs du haut clergé, avide, dissolu, entouré de concubines et de bâtards.
La corruption des mœurs était alors générale en Europe. Ce seul trait ne suffirait donc pas à expliquer l'énervement de toutes les institutions locales. D'autres causes y contribuaient. Dej)uis le douzième siècle, ce pays offrait le speclacle paradoxal d une colonie allemande poursuivant, à l'exemple des établissements grecs sur les côtes de l'Asie Mineure ou en Sicile, la formation d'un Etat indépendant, s.ms base nationale. Subissant les maîtres étrangers qui lui imposaient leur joug, la population locale, de race finnoise ou lettone, n'avait avec eux rien de commun, ni langue, ni mœurs, ni religion, Convertie au catholicisme par la violence, poussée maintenant au protestantisme, elle