LA LIVOISIE EN DÉTRESSE
demeurait iiidi-férente et hostile. Donc, absence de point d'appui en bas, nulle attache sérieuse à une métropole, source de pouvoir rég^ulateur. Pouvoir purement nominal de 1 empereur sur l'ordre et pouvoir ég^alement nominal du pape sur rÉjjlise. Nulle centralisation réelle et nulle unité. Conflit perpétuel des séculiers et des réguliers sur leurs domaines aux frontières mal définies, incessamment changeantes. Tendance générale des villes à répudier indifféremment l'autorité de ces puissances rivales. Antagonisme partout. Ainsi que Droysen l'a observé avec justesse (Geschichte der Gegenreformaiion, 1893, p. 204), à 1 heure où les sept provinces des Pays-Bas tiraient d une grande guerre viribus unitis les éléments d un nouvel État européen, 1 État livonien se désagrégeait viribus dissolutis sous 1 action centrifuge de ses éléments dissociés.
Contre la quadruple menace d'une invasion polonaise, moscovite, suédoise, danoise, pas de ressources propres : comme puissance militaire, l'ordre n'existait plus, et, pour recruter une armée, l'argent manquait, ou manquait l'envie d'en donner. Rien à espérer du dehors : on comptait bien à Iheure du péril se réclamer de la patrie allemande ; mais depuis deux siècles on ne s'était pas fait faute de revendiquer vis-à-vis d'elle tous les droits, toutes les licences d'un particularisme hautain et ombrageux. La Pologne offrait, imposait même son appui; mais, déjà déchirée par ses discordes intimes, affaiblie par les vices de son gouvernement, absorbée ;iar la grande œuvre de l'union avec la Lithuanie, elle était plus à craindre comme ennemie qu'elle n'offrait de sécurité comme alliée. En 1554, Gustave I", roi de Suède, avait voulu mettre à profit les embarras d'Ivan engagé dans ses con(juètes orientales; mais la ligue à laquelle il conviait la Livonie, la Pologne et la Lithuanie ne put aboutir, et, laissé seul aux prises avec Moscou, il dut en 1557 consentir une trêve de quarante ans. Ainsi la malheureuse Livonie restait seule vis-à-vis de ce quatrième larron, auquel les causes ou les prétextes d'une agression ne faisaient pas défaut.
Les causes? Dans le concert tacite dune partie de l'Europe occidentale pour tenir fermée la porte de communication entre elle et le puissant voisin du nord-est, les provinces baltiques assumaient volontiers le rôle du gardien. L'affaire célèbre de Hans Schlitte témoignait à ce moment même de leur zèle à cet égard. Autorisé en 1548 par l'empereur Cbarles-Quint à recruter en Allemagne des artisans et des savants pour le service du tsar, cet aventurier saxon avait été arrêté par les Livoniens, lui et sa troupe, jeté et maintenu en prison jusqu'à ce que ses hommes, au nombre de cent ou de trois cents — les documents sont en contradiction sur le chiffre — se dispersassent. Autre cause : une fois }sovporod incorporé à lempire moscovite, la conquête de la Livonie devenait pour cet empire une nécessité. Les nouveaux maîtres de la ville avaient commencé par v détruire le comptoir allemand ou niémiéishn dvor; mais, enlevé ainsi à la Hansa, le commerce passait aussitôt aux villes livoniennes, Riga, lîsarva, autres centres d une exploitation dont la Moscovie restait victime, autres cités ennemies, où 1 on défendait aux étrangers d'apprendre le russe et de trafiquer directement avec la Russie, où le crédit accordé aux marchands russes était frappé d'amende. (Richter, Geschichte der Ostsee Provinzeyi, 1857, II, 422.)
Les prétextes ? Entre la ville livonienne de Neuhausen et Pskov existait anciennement une zone sauvage, où à la suite de longues contestations les Moscovites avaient obtenu une sorte de suzeraineté, sur la base d'un tribut annuel de dix livres de miel à paver par les agriculteurs livoniens de l'endroit. Les ruches disparaissant dans la suite avec les forêts qui les contenaient, le tribut avait été converti en argent d'abord, fixé à six écus d après certaines sources, puis était tombé dans l'oubli. En 1503, Moscou réveilla ce souvenir lointain, en s appliquant à le confondre avec ses prétentions sur Derpt, 1 ancien louriév russe. En 1554, au lendemain de la prise d Astrakhan. Ivan v ajouta des griefs plus récents : violation des frontières, confiscation d églises orthodoxes par les fanati |ues protestants. En 1556, ayant