ERIK XIV
à laquelle il ne renonçait pas. Avec la Livonie presque entière, il voulait Catherine. Elle était mariée : peu lui importait. Un duc de Finlande, ça ne comptait pas ! Il avait pris femme de son côté, ça ne comptait pas davantage, la nouvelle épouse n'étant qu'une de ses sujettes, une esclave. Il s'est défendu, depuis, d'avoir voulu attenter à la liberté de la femme convoitée ou à la sainteté des liens conjuxyaux contractés par elle ou par lui-même. Le duc Jean était mort, croyait-il... Il ne songeait pas à épouser Catherine ni à en faire sa maîtresse, mais voulait simplement avoir un otage en sa personne... Il a multiplié les explications les plus invraisemblables. Le fait brutal reste : la prétention impudemment manifestée, opiniâtrement maintenue de se faire livrer, dans des intentions assurément peu honnêtes, cette nouvelle Hélène, pour laquelle des peuples allaient en venir aux mains. Quant aux motifs de cette obstination, ils ne sauraient faira de doute : moins que la femme, bien qu'il y songeât sans doute aussi, c était la Lithuanie que le fougueux despote poursuivait de son impérieux désir.
Erik XIV se donna d'abord une attitude héroïque : il ne voulait pas plus abandonner sa belle-sœur que la Livonie, et déjà il parlait de s'allier avec la Pologne, avec lempereur, avec tous les princes d'Allemagne, pour mettre à la raison le barbare moscovite, quand ces rêves menaçants se trouvèrent en présence d une réalité autrement redoutable : depuis 1561 des négociations étaient entamées entre la Pologne et le Danemark ; elles venaient d'aboutir ; un traité d'alliance défensive et offensive signé à Stettin le 5 octobre 1 5(53 avait été suivi d'une entente avec Lubeck, qui faisait entrer l'Union hanséatique dans la coalition. Ivan, de son côté, avait aussi négocié avec le Danemark et signé à Mojaïsk, le 7 août 1562, un traité qui obligeait les deux puissances à agir contre la Pologne et la Suède, le tsar reconnaissant les droits du Danemark sur l'Esthonie, Oesel et Pilten. La Suède se trouvait isolée. Elle dut capituler. Peut-être mit-elle trop d'empressement au sacrifice et trop de complaisance. Se ren-
262 IVAK LE TERRIBLE
dant à Derpt et consentant à ne traiter qu'avec le gouverneur de 2vovgorod et de la Livonie russe, Michel lakovlevitch Morozov, les envoyés d'Erik acceptèrent à peu près toutes les conditions précédemment exigées par Ivan : labandon de la Livonie, moins Reval, Pernau. Wlttenstein et Karkhus, et, par une clause secrète, l'obligation de livrer Catherine. Du moins le tsar n'a-t-il pas cessé, dans la suite, de réclamer l'exécution de ce dernier engagement, au sujet duquel nous manquons, il est vrai, de témoignage précis et absolument probant. Erik avait toujours été contraire à une union qui mettait son frère dans le camp polonais, et la présence des envovés danois en Pologne au moment de la célébration du mariage semble indiquer que les combinaisons diplomatiques, dont la Suède avait à ressentir maintenant l'effet déconcertant, n'y étalent pas étrangères. La question de l'indépendance de la Finlande parait avoir été aussi posée en même temps, et, sans attendre que ses soupçons à cet égard fussent confirmés, Erik s'était hâté de mettre le frère rebelle hors d état de les réaliser. Après une lutte de courte durée, il l'avait capturé et enfermé au château de Gripsholm. Catherine v partageait la captivité de son époux. Le roi pouvait donc disposer d'elle au gré de la fantaisie de son redoutable partenaire.
En a-t-il eu l'intention à quelque moment, ou ses plénipotentiaires ont-ils dépassé leurs pouvoirs? Le problème attend encore une solution. Le traité de Derpt n'a pas été ratifié à Stockholm : tel est le seul fait certain. De nouvelles négociations n'ont abouti qu à la conclusion d une trêve. Toutefois, engagé dans une double guerre contre la Pologne et le Danemark, Erik v devenait, qu il le voulut ou non. lallié d Ivan, et cette situation le mettait sur une pente périlleuse ou il devait glisser jusqu'au bout. Deux coalitions se trouvaient désormais en présence, Magnus. réduit maintenant à la possession d Oesel, de Dago et de quelques forteresses, faisant bande à part dans la mêlée et guettant 1 occasion d y prendre le parti le plus avantageux.
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