LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES 5IAGNUS
Marié à une Jag^ellon, le nouveau roi de Suède était Tallié naturel de Sigismond-Auguste et l'instrument désig^né de la réaction catholique contre le protestantisme. Le traité de 1563 entre la Pologne et le Danemark se trouva virtuellement annulé, la Suède passant dans le camp opposé. Politique habile, homme de guerre instruit quoique plus théoricien que soldat, par la lutte bientôt entamée avec Moscou, par la défense héroïque de Reval en 1570-1571. par la brillante victoire de Wenden en 1577, Jean allait fonder la grandeur militaire de son pays pour plus d un siècle, jusqu'à la journée néfaste de Poltava. En novembre 1568, il se crut près d obtenir, à Rœskilde, la paix avec le Danemark et avec Lubeck, mais ne put ratifier les concessions que ses plénipotentiaires s y étaient laissé arracher. Sous la médiation de l'empereur et du roi de Pologne, les négociations traînèrent jusqu en 1570, et alors la cause des Danois se trouva compromise par l'entente de Magnus avec la Moscovie. tandis qu intervenant au traité en préparation, prétendant imposer à la Suède l'abandon de toutes ses conquêtes en Livonie et une action commune contre Moscou, Sigismond-Auguste compliquait encore le problème à résoudre : ne venait-il pas de signer avec Ivan une trêve de trois ans en laissant au tsar la liberté de soutenir Magnus contre les Suédois!
J'ai lieu de craindre que la tète ne tourne à mes lecteurs, mais je n'y puis rien. Je simplifie et j'abrège autant que faire se peut, quoiqu'il n'y paraisse sans doute pas. Magnus agissait-il en Livonie comme représentant du Danemark? Sur ce point, qui demeure en discussion, on discuta alors à perte de vue; on multiplia les rendez-vous diplomatiques et les congrès; on évoqua la question litigieuse du dominium maris baliici et celle non moins épineuse de la navigation de la Narova, pour aboutira un traité signé à Stettincn février 1571
OÙ lEurope presque entière, lEmpire et. par l'entremise de l'empereur, la France, 1 Espagne, lAngleterre, 1 Ecosse et les balles hanséatiques elle-mêmes, quoique peu satisfaites, figurèrent avec les parties contractantes en prononçant leur accession, et qui ne fut pas plus exécuté que les autres.
En accommodant la Suède avec le Danemark, ce traité laissait en principe Ivan aux prises avec les Suédois et les Polonais, désormais libres d'unir contre lui toutes leurs forces. Mais en échange du libre passage par le Sund qu avait concédé le Danemark et de sa médiation offerte vis-à-vis du tsar et de Magnus, la Suède sétait engagée à respecter la navigation de la Narova; or, le roi de Pologne s en mêlant, elle ne devait pas tarder à violer sa promesse. L'empereur, de son côté, s'était obligé à rachètera la Suède les territoires par elle occupés en Livonie : ni lui, ni ses successeurs n'y songèrent jamais, pas plus que la Livonie ne songeait à reconnaître la suzeraineté de lEmpire. Le Danemark sortait victorieusement de la lutte et gardait en apparence la suprématie sur la Baltique ; mais la clef du dominium maris baliici restait en Livonie, et, avec Magnus dont il allait bientôt faire son instrument. Ivan v conservait une situation dominante.
Ni les Polonais, ni les Suédois n'arrivaient à lui faire échec. La flotte polonaise rêvée par Sigismond-Auguste n était toujours qu un rêve et aux corsaires allemands ou flamands que le roi parvenait à armer le tsar en opposait d autres qui. sous un chef fameux, Kersten Rhode, poussaient jusqu'à Dantzig. Là-dessus, le Danemark intervenait et faisait saisir le hardi pirate; mais ses tentatives pour prendre pied sur la côte livonienne demeuraient également infructueuses. Avec le successeur d Erik, Ivan échangeait des coups de canon en Finlande, où il envoyait une armée, et des ambassades; mais les ambassadeurs suédois se heurtaient à la prétention du tsar d'obtenir l'exécution intégrale du traité de 1567. Retenus d abord à Novgorod, puis traînés de Moscou à Mourom et de Mourom à Kline, ils eurent à subir une véritable captivité, accompagnée, d'après leurs rapports,