‹ Ivan le TerribleChapitre 123 sur 228 · IVAN ET JEAN DE SUÉDE · texte numérisé non relu

IVAN ET JEAN DE SUÉDE

d' " ordres sévères » et les autres d' « avertissements comminatoires ", jusqu'à ce que, lassé ou peut-être déconcerté par quelque riposte plus verte, Ivan déclarât à limproviste qu'il n'entendait pas engager de dispute par écrit :

" Tu as pris la gueule d un chien pour aboyer contre moi. II ne me convient pas de lutter avec toi de cette façon. Si tu as du çoùt pour ce g^enre de combat, prends un paysan comme toi pour adversaire... "

Ces lettres ont été publiées fAncienne Bibliothèque russe, vol. I, 1" partie, p. 23 et suiv. ; 2® partie, p. 52 et suiv.; . Elles ne pouvaient ni donner au roi Jean le désir de continuer des négfociations ainsi apostillées, ni lui laisser 1 espoir de les voir aboutir. D autant que, à sa connaissance, le tsar nouait en même temps des relations avec Erik emprisonné et se prêtait à une entente avec Mag^nus.

Cette entente était 1 oeuvre de deux renégats livoniens, Taube et Kruse, l'un ancien conseiller de lévéque de Derpt; l'autre, membre de la députation livonienne envoyée à Moscou en 1557. Prisonniers du tsar et gagnés à sa cause, ils s'étaient, depuis, faits les agents d'une propagande active exercée à son profit. En 1568, évoquant une ancienne tentative de rapprochement entre Albert de Prusse et le père d Ivan, ils en avaient fait la base dune nouvelle combinaison, à laquelle le vassal actuel du roi de Pologne semblait incliner. En 1570 enfin, déjà récompensés en dépit de leur échec, l'un par le titre de prince, 1 autre par le rang de boïar, ils trouvèrent leur voie et leur homme. Depuis 1567 déjà, Ivan songeait à installer en Livonie, comme gouverneur, un des anciens membres de l'ordre. Furstenberg et Kettler se refusant, les. deux renégats pensèrent à Magnus.

Repoussé de Reval en 1560, rappelé Tannée suivante par son frère qui espérait le faire élire coadjuteur du riche évêché de Hildesheim. éconduit et renvové en Livonie pour v voir Suédois et Polonais se partager les territoires dont il ambitionnait la possession, avant en vain essayé depuis de lier partie avec les uns ouïes autres, ce prince-aventurier, avorton,

borg^ne et pied-bot, d après les rapports d ailleurs suspects des écrivains catholiques, se trouvait présentement à bout de ressources et d expédients. On imagfine sa joie quand Taube et Kruse ne lui offrirent rien moins que la royauté de la Livonie sous la suzeraineté du tsar. Pour la forme, il sollicita le consentement de Frédéric II, en assurant que son nouveau rovaume resterait dans la dépendance du Danemark, ce qui était une contre-vérité et un non-sens. Pour la forme aussi, le frère aine formula quelques objections, et laffaire fut décidée. Les plénipotentiaires de Magnus rapportèrent de Moscou des conditions inespérées, mag^nifiques : hérédité du trône dans la famille du nouveau roi, avec dévolution à la couronne de Danemark en cas d absence d héritiers mâles: abandon de toutes les conquêtes faites ou à faire par la Moscovie en terre livonienne ; promesse d un secours pour prendre Riga, Reval et d autres villes — le tout sous la seule oblig^ation de servir dans les armées du tsar en temps de g^uerre. En mai 1570. Magi^nus se rendit lui-même à Moscou avec une suite de quatre cents personnes, et, avec la couronne, y reçut une fiancée, la propre nièce d Ivan, Euphémie, à laquelle le souverain donnait cinq tonneaux d'or en dot! La Livonie devait conserver sa religion et ses institutions. Le tsar s'interdisait dy introduire des fonctionnaires russes. G était un rêve! Ce ne fut quun rêve. LAllemaçne et l'Europe entière témoig^nant quelque émotion, le roi de Danemark plaida son irresponsabilité : Mag^nus avait agi sans son aveu. Sous main cependant, les agents de Frédéric II travaillèrent à retourner l'opinion : c'était la faute de lempereur si la Livonie était à qui voulait la prendre, et il y avait d'ailleurs le précédent dAlbert de Prusse. Comme Magnus faisait officiellement part à son frère de l'événement, Frédéric répondit par une lettre de félicitations. Mais le nouveau roi de Livonie débuta mal : ayant, à la tète d'un corps de mercenaires et d'auxiliaires moscovites, entrepris de prendre Reval aux Suédois, il dut battre en retraite après un siège de trente semaines — du 21 août 1570 au 16 mars 1571 — brûlant son camp et licenciant ses troupes, tandis que Taube et Kruse se sauvaient à

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