‹ Ivan le TerribleChapitre 125 sur 228 · LA SUCCESSION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

LA SUCCESSION DE POLOGNE

que la copie d'une lettre dont lauthenticité reste douteuse. La petite noblesse ne pouvait sinspirer des mêmes raisons, ou plutôt les mêmes raisons rengageaient, au contraire, à donner ses préférences au candidat moscovite. En Pologne, au moins, la Szlachia se prononçait pour lui d enthousiasme. Ignorait-elle le caractère et le tempérament du Terrible? Cela n'est guère probable. Le contraire est même attesté par le texte des manifestes électoraux publiés à cette occasion. Les défauts comme les qualités du souverain désiré y étaient mis en balance et les excès de Y Opritchnina congrùment commentés et discutés. N'avait-on pas Kourbski et d'autres transfuges sous la main pour être bien renseigné? Oui, Ivan était un maître sévère et impitoyable; mais il avait affaire, en Moscovie, à des sujets qui, par leurs trahisons, justifiaient les traitements qu il leur infligeait. Ce serait autre chose en Pologne, où ses électeurs désarmeraient sa colère par leur loyauté et adouciraient aussi ses mœurs par le contact d une culture supérieure. Et l'on aurait avec lui un prince énergique et ferme, audacieux et entreprenant. Bref, on en raffolait, et, ainsi que les envoyés d'Ivan eurent à le constater, vêtements, équipages, harnachements de chevaux, tout à Varsovie était par avance à la mode moscovite. (Recueil de la Société imp. d'Hist. russe, LXXI, 763 et suiv.)

En Lithuanie, les sentiments paraissaient plus partao^és. Associés depuis peu aux immunités, privilèges et libertés du régime polonais et y ayant pris goût, les hobereaux du pavs redoutaient davantage d'en perdre le bienfait. Mais ils demeuraient sous l'impression de la prise récente et si facile de Polotsk, et, partagés entre deux craintes, celle d'avoir Ivan pour maître et celle de l'avoir pour adversaire, les grands seigneurs eux-mêmes, tout en la détestant et en espérant bien la faire échouer, acceptaient la candidature du Moscovite, comme le plus sur moyen d obtenir une prolongation de trêve. En somme, Ivan avait pour lui le nombre, et, dans cette crise, il faut en convenir, l'esprit politique et la largeur de vues étaient du côté de cette petite noblesse, dont Voropt.ï

s'était fait l'interprète. Déjà elle avait, seule, pris résolument en main l'œuvre si urgente d'une réforme des institutions nationales; seule maintenant encore, elle concevait lespoir den assurer le succès avec le concours de ce souverain redoutable mais fort qu elle appelait de ses vœux, comme aussi la possibilité de créer, sous son égide, un grand empire slave à base polonaise, assez puissant pour remplir une mission historique dont ni la Pologne ni la ^loscovie, isolées, ne pouvaient assumer la charge.

L'idée de cette autre union n était pas nouvelle. En 1506 déjà, un semblant d'élection se produisant en Pologne à la mort d Alexandre Jagellon, le père d Ivan, Vassili, s était mis sur les rangs. Le fils s en souvenait. Aussi fit-il bon accueil à Voropaï. Mais pourquoi parlait-on de Féodor? Ce serait perpétuer l'antagonisme entre les deux pays. Longuement, à ^rand renfort d arguments et de métaphores, le tsar développa cette thèse et plaida sa propre cause, a II n'avait que deux fils, qui étaient comme les deux yeux de sa tète. Voulait-on le rendre borgne? On lui faisait en Pologne et en Lithuanie une réputation de méchanceté. Il n'entendait pas s'en défendre. Méchant il était, en effet, mais avec qui? » Voropaï dut écouter le récit fait par le menu de tous les méfaits dont le tsar avait à se plaindre de la part de ses boïars. <i Les Polonais étaient-ils hommes à le desservir et à le trahir de la même façon? Assurément non ; aussi seraient-ils traités en conséquence. Le tsar-roi respecterait leurs privilèges et leurs libertés, les augmenterait même. Il savait être bon avec les bons. Tenez, disait-il à l'envoyé, à un homme bon je donnerais le collier que j'ai au cou, cette robe que je porte. . . » Et il faisait le geste de se dévêtir. « Que si la Pologne ne voulait pas de lui pour souverain, il se déclarait prêt encore à signer la paix, voire à restituer Polotsk avec toutes ses dépendances contre l'abandon de la Livonie jusqu à la Dvina. La paix et le règlement des questions litigieuses entre les deux pays, c était la seule chose qui importait, et 1 éU ction de Féodor n y pouvait servir, u

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